‹ Acadie (volume 4)Chapitre 21 sur 82 · N. S. D. Alcins. P · texte numérisé non relu

N. S. D. Alcins. P

41. Lawrence était capable de tout, et l'on peut supposer n'importe quoi de sa part. Seulement, la preuve de ce que Bichard insinue ici à son sujet n'est

Cette lettre des Lords du Commerce à Beloher était essentiellement un document de nature publique, et qui avait sa place marquée aux Archives. Pourtant on ne l'y voit pas. Elle y était encore en 1787, au temps où Brown préparait les matériaux pour l'histoire qu'il voulait écrire; elle n'y était plus, alors qu'Haliburton rédigeait son ouvrage, lequel a paru en 1829. En fait, à cette époque, il ne restait plus un seul document public relatif à la période de la déportation. Ecoutons ce qu'en dit Haliburton: «Il est tout-à-fait étonnant de voir qu'il n'y a pas trace de cet important événement, dans les Archives du Secrétariat de la Province, à Halifax. Je n'ai pas pu me rendre compte si la correspondance y avait été conservée, ou si les ordonnances, les réponses, les mémoires y avaient jamais été classés. Dans le Registre des lettres du gouverneur Lawrence, qui existe encore, on ne voit pas de dépêche aux Lords du Com-

pas faite. Que le bétail pris aux Aeadiena ait été converti par Lawrence en moyens de subvenir aux frais occasionnés par la déportation et ses conséquences, rien de plus certain. Mais que Lawrence en ait profité pour s'enrichir personnellement, et qu'il se soit servi des bateaux pour expédier dans les colonies des cargaisons de bestiaux qui y étaient vendues à son profit, cela est fort douteux. Il y a des explications fournies par les Archives à l 'emploi des vaisseaux pendant un nombre de mois qui paraît invraisemblable, si l'on ne regarde qu'à la distance qu'ils avaient à parcourir d'un port à l'autre; quand ils arrivèrent en Aeadie, l'embarquement des prisonniers ne se fit pas tout de suite; cet embarquement opéré, les vaisseaux demeurèrent des semaines et des semaines en rade; arrivés à destination, comme ces déportés n'étaient pas attendus, et que surtout nulle part on ne se souciait de recevoir ces parias, il a fallu attendre qu'on eût statué sur leur sort et autorisé leur débarquement; en certains cas, les Acadiens à peine débarqués durent être rembarques et transportés ailenrs, jusqu 'en Angleterre . . . Tout cela a pris du temps. Et l'état de compte produit par la cie Apthorp & Hancock, s'il a paru formidable aux yeux des Lords du Commerce, et s'il l'était en effet, peut cependant s'expliquer sans que l'on ait soin d'avoir recours à des conjectures plausibles si l'on veut, mais auxquelles manquent les données documentaires.

merce, entre le 24 décembre 1754 et le 5 août 1756, si ce n'est un banal accusé de réception touchant des provisions. Les détails de cette affaire semblent avoir été soigneusement gardés secrets, encore qu'il ne soit pas facile de voir pourquoi, à moins que les auteurs de cette entreprise n'en aient eu honte, ainsi qu'en vérité ils auraient dû *-. »

Haliburton était juge-en-chef de la province de la Nouvelle-Ecosse, l'auteur célèbre de Sam SlicJc; il était l'une des plus grandes et des plus nobles figures de cette petite province, si remarquable par le nombre d'hommes distingués qu'elle a donnés au pays. Neuf ans plus tôt, en 1820, il avait fait entendre, dans la chambre d'Assemblée de la Nouvelle Ecosse, ce cri d'indignation: « Les Archives d'Halifax ressemblent à un mystère que l'on cherche à cacher, et par le peu que l'on en connaît, il y a lieu de croire que des papiers importants de diverses époques ont disparu en tout ou en partie *". »

42. Ich. IF. P. 196. Note au bas de la page. — La citation suivante est tirée de Eameau (II, XIV. P. 163.) Kameau ne dit pas cependant que c'est dans la Chambre d'Assembée qu 'Haliburton a fait entendre ce cri d'indignation. H nous semble au contraire, à nous, que ces mots que Kameau prête à Haliburton sont simplement la transposition du passage que nous venons de citer, lequel n'est pas tiré d'un discours d 'Haliburton, mais d'une note marginale de son Historical and Statistical Account of Nova Scotia.

43. Le MS. original — feuillet adjoint au fol. 668 — contient la note suivante, tirée de Un Pèlerinage... (III. 37 et seq.) : "Rameau, qui consulta les Archives de a Nouvelle Ecosse en 1860, alors que le volume des archives était en préparation, écrivait ce qui suit à Casgrain : " J 'arrivai en septembre à Halifax; mon ami M. Murdoch m'obtint la permission de consulter les archives du gouvernement, et on m'assigna un rendez-vous pour le lendemain. Je me présentai à l'heure dite; on me montra sur une table un certain nombre de registres et de volumes; mais on me prévint qu'il m'était interdit d'en prendre aucune copie ni extrait. En conséquence, je ne devais avoir ni plume, ni papier, ni crayon. On me plaça près d'une table qui était au milieu d'une salle dans

L'on a voulu contester cette assertion ; mais, lorsqu'il publia son Histoire, neuf ans plus tard, Haliburton réitéra son accusation presque dans les mêmes termes. Nous ne

laquelle travaillaient huit ou dix commis; on ne me donna aucun siège afin que je ne pusse pas m 'asseoir, et qu'aucun de mes mouvements ne pût échapper aux employés. Voilà dans quelles conditions j 'ai pu consulter les archives pendant les huit ou dix jours que j 'ai passés à Halifax. Je vous avoue que cette manière de faire me rappela involontairement ce que raconte Haliburton, à propos de mécomptes qu'il avait éprouvés lui-même en consultant ces mêmes archives, et aussi les soupçons qui lui vinrent à l'esprit, sur la honte que l'on pouvait éprouver à communiquer certains papiers qui auraient dû s'y rencontrer, et qu 'il n 'y trouva pas. J 'ai remarqué comme lui les lacunes qui existaient à certaines époques dans ces archives; lacunes que les extraits publiés à Halifax en 1869 n 'ont pas comblées. Peut-être, du reste, pourrait-on trouver dans d'autres dépots publics, des doubles de quelques-unes des pièces qui manquent à Halifax. . . " Et Casgrain ajoute; "M. Eameau n'est pas le seul à qui des doutes soient venus en parcourant le volume d'Archives de la Nouvelle- Ecosse, publié par le gouvernement de cette province, sous la direction de M. Akins; et c'est précisément pour éclaircir ces doutes que je me suis rendu à Londres, afin d'y faire des études comparatives au Public Record Office et au British Muséum. Je dois dire tout d 'abord que la facilité avec laquelle on a accès à ces archives forme un contraste frappant avec le système de défiance établi à Halifax, Je dois ajouter ensuite que j 'ai acquis la preuve que nos soupçons n 'étaient que trop fondés. Le choix des Documents publiés à Halifax a été évidemment fait en vue de justifier la déportation des Acadiens. Pour cela on a éliminé systématiquement et laissé dans l 'ombre les pièces les plus compromettantes, celles qui pouvaient le mieux établir les droits des Acadiens. Qu'on remarque bien que le compilateur de ce volume n 'a pas le droit de plaider ignoi-ance, car il indique lui-même en plusieurs endroits qu'il a étudié les pièces officielles du Public Eecord Office, afin de les confronter avec celles d'Halifax. J'ai confronté à mon tour la compilation d'Halifax avec les originaux du PuMic Eecord Office, et j 'ai constaté des omissions considérables et tellement essentielles qu'elles changent complètement la face des choses." — A cela se borne la citation que Richard fait de Casgrain, et la note se termine là dans le MS. original. Mais, dans l'édition anglaise (II, p. 146,) il a ajouté les mots suivants: "Philip H. Smith traitant du même sujet dit: "La déportation a été opérée d'une manière si abominable (heartless), que, comme d'un commun accord, les rapports la concernant ont été détruits, et les historiens ont passé outre en y faisant seulement allusion, comme si l'ignominie de cette action leur eût fait peur. ' '

savons pas au juste si les documents dont il parle furent détruits ou seulement soustraits à la vue. Mais une foule de circonstances nous portent à croire que leur disparition se fit graduellement entre 1756 et 1800, et qu'elle fut l'œuvre des principaux acteurs dans le drame de la déportation et de leurs fils. N'avons-nous pas vu, dans un chapitre précédent **, que Brown se procura, chez le fils même de Morris, le fameux rapport, si important et si compromettant, préparé par ce dernier à la demande de Lawrence ? Ce rapport n 'a-t-il pas disparu depuis des Archives *^ ? Sans la découverte du manuscrit de Brown, il serait pour toujours enseveli dans l'oubli. N'avons-nous pas vu également un autre document que Bulkeley, sorti de charge, montra à Brown? Pourquoi ce document était-il entre les mains de Bulkeley plutôt qu'aux Archives? Haliburton ne nous dit-il pas que le Letter-Book de Lawrence existait encore à Halifax au temps oii il écrivait, mais que toutes les lettres, pour une période qui va de 1754 à 1756, avaient disparu*^? Qu'on

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