Tome II. ch. XXVII. P
45. Dans un N. B., de la main du Dr Brown, qu'il y a à la fin de ce rapport, nous lisons: "I found this paper among the Council files relating to the Acadian Removal. From it I corrected a less perfect copy put into my hands by his son, and from it I got this transcript taken. " (C. F. Doc. in. I. P. 137.) Cette note est datée "Halifax, Sept. Ist 179". Probablement 1790. Donc, à l'époque dont parle Brown, le rapport de Morris était parmi les Archives du Secrétariat de la Province; c'est d'après cet original que Brown fît des corrections sur la copie que lui en avait transmise le fils de Morris. — Au sujet du document transmis à Brown par Bulkeley, cf. ch. XXXI. n. 36.
46. Ce n'est pas tout-à-fait ce que dit Haliburton, dont voici les propres paroles: "In the letter-book of governor Lawrence, which is still extant, no communication to the Board of Trade is entered, from the 24th december 1754, to the 5th august 1756, if we except a common Victualling return." — Tout ce que l'on peut inférer de cette phrase est ceci: ou bien Lawrence u 'a pas eu-
veuille bien le remarquer, le registre de la correspondance du gouverneur existait encore, mais les lettres couvrant cette période avaient été détachées et enlevées. N'a-t-on pas là la preuve tangible qu'il y a eu soustraction de documents pour une raison qu'Haliburton, avec beaucoup de vérité, attribuait à la honte ? Et cette lettre des Lords du Commerce à Belcher, lettre si importante, si fatale à la cause de ceux qui, comme Parkman, s'efforcent de laver Lawrence et ses complices de l'ignominie de leurs actes, où était-elle? Elle se trouvait encore aux Archives en 1789; elle n'y était plus en 1820; Eameau ne la vit pas en 1859 lorsqu'il faisait ses recherches; elle n'y était pas en 1865, quand Beamish Murdoch écrivait son Histoire, car nous avons trop confiance en l'honorabilité de cet écrivain pour lui faire l'injure de croire qu'il l'eût passée sous silence, si elle se fût trouvée aux Archives. Et le compilateur de ces Archives n'a-t-il pas été obligé de recourir aux Colonial Records de Londres pour combler les lacunes qui existaient dans celles d'PIalifaxI Et pourquoi, après avoir dépouillé ces Colonial Records, n'a-til pas accordé dans son volume une petite place à cette lettre importante des Lords du Commerce à Belcher, en date du 3 mars 1761? Pouvait-il prétendre que, par une étrange coïncidence, cette lettre, disparue à Halifax, s'était également évanouie à Londres? Mais alors, c'est que le complot qui a présidé à cette disparition avait ses ramifications jusque dans la capitale? Non, cela n'est possible! Dis-
voyé de dépêches aux Lords du Commerce entre ces deux dates, ou bien les dépêches de Lawrence n'ont pas été entrées dans le dit registre. La deuxième alternative doit être la vraie. Rien par contre n'autorise peut-être à conclure, comme dans le texte de Bichard, que ces dépêches ont été entrées par la suite.
parue des Archives d'Halifax, cette dépêche se trouvait bel et bien aux Colonial Records. Il a pu se la procurer avec les autres, mais il n'a pas osé la produire, non qu'elle manquât d'importance: tout au contraire, elle en avait trop à ses yeux.
A ces nombreuses accusations, nettement formulées contre Lawrence, venant des sources les plus respectables, et se rapportant aux diverses parties du service public, nous en ajouterons une autre, émanée du Dr Brown, qui met à découvert le sentiment des citoyens au sujet de la déportation, au temps même où celle-ci s'exécutait. Dans une lettre qu'il serait très intéresant de connaître, Lawrence avait communiqué à son complice Boscawen les inquiétudes que lui causait le blâme que faisaient entendre les citoyens d'Halifax concernant sa conduite envers les Acadiens. Brown insère les remarques suivantes au bas de la réponse de Boscawen, laquelle est datée de Louisbourg, 25 septembre 1758 '' :
« Il apparaît bien que cette lettre est de la main de l'intrépide amiral. Les plaintes formulées par les citoyens d'Halifax, les observations faites par un grand nombre à l'égard de la déportation des Acadiens, étaient une source d'inquiétudes pour le gouverneur Lawrence. Il s'en ouvrit à Boscawen, mais cœur-de-cliêne traita tout cela de haut. Ses sentiments au sujet d'une enquête portant sur les malheurs d'une race ennemie manquaient de délicatesse. Sa haine des Français portait trop la vieille marque britannique ; il avait pour eux une antipathie personnelle, une instinctive aversion; il n'était pas animé envers eux de ce qui semble au-
47. Clin. Fr. Doc. in. sur l'Acdâie. Pièce 92. — Tome II. P. 139.
jourd'hui l'état d'esprit du vrai soldat: galant dans le feu de l'action; généreux à l'heure de la victoire; poli et amical quand tout est fini *^ »
L 'on ne peut, après cela, douter des sentiments qu 'entretenait la population d'Halifax à l'égard de la déportation. Que cette disposition d'esprit ait pu exister assez généralement et se manifester assez ouvertement pour troubler un homme du tempérament de Lawrence, si peu soucieux des sentiments et des opinions de ses administrés, tant qu'il fût le maître absolu, cela indique bien que, dans l'opinion des témoins, la déportation était regardée comme une iniquité. Ce témoignage est précieux: il a une portée qui ne saurait échapper à l'attention de ceux qui se donneront la peine de s'arrêter un instant pour en peser et en mesurer la signification. Lawrence, avec l'habitude qu'on lui connaît, avec un entourage disposé à la servilité et intéressé à le seconder, avait par devers lui les moyens de façonner l'opinion publique à ses vues. Tout concourait à le favoriser: cette guerre qui se poursuivait avec ardeur, entretenant les animosités nationales déjà si violentes ; cette population qui attendait tout de l'autorité, et qui pouvait espérer, directement ou indirectement, profiter des dépouilles des Acadiens, de leurs terres particulièrement. Tout cela cependant, nous sommes heureux de le dire, ne pût prévaloir contre la force du sentiment et la droiture naturelle de la population.
48. Le MS. original — fol. 671 — arrête cette citation de Brown après le mot aversion. Nous donnons tout le reste de la phrase. — Et cette citation est suivie de ces cinq ligues que l 'auteur a bien fait de biffer : ' ' Nous avons ici la preuve que pendant l'exécution même de la déportation, l'indignation des citoyens d'Halifax contre Lawrence, dans sa conduite envers les Acadiens, s'était exprimée assez généralement pour lui causer des inquiétudes sérieuses."
Quand, sous l'empire de l'intérêt, toujours si dangereux, l'honneur disparaît des sommets, on le retrouve encore dans le peuple. Et Brown n'était que l'écho de l'opinion lorsqu 'il dénonçait la déportation en termes si absolus et si extraordinaires.
Ce même Dr. Brown raconte au long une anecdote dans laquelle il était personnellement concerné, et qui peint bien cette même disposition d'esprit existant encore à Halifax au temps où il écrivait. Nous la traduisons intégralement " : « Chaque fois qu'une discussion publique était soulevée au sujet des événements de la guerre de 1756, relativement à ce qui concernait la Nouvelle Ecosse, les vieux serviteurs du gouvernement manifestaient des appréhensions et des inquiétudes, particulièrement lorsqu'il était fait mention de l'affaire des Acadiens. Quand la traduction de l'histoire de Raynal parvint dans la province, l'article sur la Nouvelle
49. Le MS. original — fol. 672 — dit : ' ' Nous la résumons brièvement. ' ' Le résumé de Eichard est à peu près complet, la citation presque textuelle. Il restait cependant de légères lacunes que nous avons comblées. En sorte que il ne saurait pas être question d'un bref résumé. Cette anecdote se trouve dans C. F. loc. cit. Tome II, p. 141-2, et dans Coll. of N. S. H. S. vol. IL P. 149-50. — Voici des notes biographiques sur Deschamps et Bulkeley dont il est question dans l'Anecdote: Isaac Deschamps était suisse d'origine. Vînt en Nouvelle Ecosse quand il était jeune. Il était à Fort Edouard en 1754, comme commis de Joshua Manger. Fut élu député à l'Assemblée pour Falmouth Ouest, en juillet 1761, et cette même année fut élu l'un des juges de la cour des Plaids communs pour le comté de King. En 1768 fut nommé par le It.-gouv. Franklin juge de l'Ile de St-Jean, et vers 1770 assistant-juge-en-chef de la cour Suprême de la Nouvelle-Ecosse. En 1785, à la mort du juge-en-chef Finucane, il fut fait juge-en-chef de la province. Il mourût le 11 août 1801. — Richard Bulkeley était venu en Nouvelle-Ecosse en 1749 comme aide-de-camp de Cornwallis. En 1759 il devint secrétaire de la province, charge qu'il occupa jusqu'en 1793, où il résigna en faveur de son frère Michel. En 1759, fut fait membre du coneeil; comme doyen de ce corps, il administra la province à la mort du gouverneur Parr en 1793. Bulkeley mourût le 7 décembre 1800, âgé de 80 an».
Ecosse fut inséré dans l'un des journaux, pour l'information et l'instruction des habitants. Bulkeley et le juge Deschamps en prirent alarme; cette publication fut considérée par eux comme une injure personnelle, et ils convinrent immédiatement d'y faire une réponse ou réfutation. Cette réponse fut publiée avec beaucoup d'éclat dans quelques journaux, qui me furent remis par le juge : ce dernier la considérait comme une apologie complète et satisfaisante de la Déportation. Quand Messieurs Cochran et Howe fondèrent leur revue, en 1789, comme ils ignoraient la susceptibilité de ces personnages en la matière, ils publièrent à nouveau l'article (de Raynal) considéré comme offensif. M. Bulkeley et le juge Deschamps s'en plaignirent et en furent mécontents comme d'une attaque personnelle. Ainsi que dans le cas précédent, ils décidèrent d'y répondre. J'avais conservé l'article de Raynal paru dans les journaux sus-mentionnés ; et un matin, bien avant sept heures, je fus réveillé par un serviteur qui me tendit une carte du juge Deschamps, me priant avec beaucoup d'instance, de lui remettre les journaux et les autres documents qu'il m'avait donnés relatifs au sujet. A l'aide de ces derniers fut rédigé l'article suivant, lequel, à ce que j'ai compris, fut envoyé à l'imprimerie écrit de la main de M. Bulkeley. Comme M. Cochran ne désirait pas se faire d'ennemis, (et certes sa situation dans ce temps-là ne le lui permettait pas) il fit précéder le travail de M. Bulkeley d 'un paragraphe adoucissant, lequel est enclos dans la parenthèse, où sans avoir étudié la question à son mérite, il jetait du doute sur la véracité de Eaynal. Je prends sur moi, après m 'être donné la peine d'examiner à fond toute la question, de dire que Raynal n'a ni connu ni seulement soupçonné la dixième partie de la détresse des
Acadiens. Et si l'on excepte le massacre de la Saint Barthélemi, je ne connais pas d 'acte aussi répréhensible que la déportation des Acadiens, qui puisse être mis à la charge de la nation française. Dans leurs colonies, rien n'a été fait qui approche de ceci en cruauté et en atrocité. »
A. B. Samedi, Août 13/1791 '\
Il fallait que Brown eût des convictions bien profondes pour s'exprimer de la sorte. L'aveu lui en était pénible: îipon a painfid examination of the îvhoîe matter. Comme il nous le fait assez entendre d'ailleurs, il s'était convaincu que le motif secret de la déportation n'avait été autre que ceci: Lawrence avait voulu spéculer sur le bétail des Acadiens. Pour nous, pour tout esprit impartial, les opinions
50. Dans Col. of N. S. E. S. — loe. cit., ce passage du Dr Brown est suivi de la publication de l'article de Bulkeley, dont il parle. Le titre en est: The case of the Acadians stated. L'anecdote de Brown est datée du 18 août 1791.
Voici ce qui est dit dans le "paragraphe adoucissant" que le directeur du "Magazine" a mis en guise de préface: "In our magazine for february last (nous croyons, d'après ce que dit Brown, qu'il s'agit de l'année 1789,) we inserted that part of the abbe Kaynal's history of the settlement of the East and West Indies — which relates to Nova Scotia. That author was certainly fonder of indulging a very happy and vigourous imagination than of searching with patience after the truth. This had led him to give a high and poetical coloring to every event that could interest the passions. Among many others of this sort, we apprehend, his fidelity may be somewhat questioned, in the account he has given of the removai of the French neutrals, as they were called, from the Province. We, therefore, readily admit the foUowing statement of the transaction, which we hâve received without any signatui'e: — (W. Cochran.) "
Nous avons dit que par febriiary last, il s'agissait probablement de 1789. Nous n'en sommes pas certain, et voici pourquoi: Brown dit bien que Cochran et Howe fondèrent leur magazine en 1789, sans spécifier en quel mois; il laisse entendre que la publication de l'article de Baynal parût aussitôt, mais cela
de cet homme de bien, de cet esprit élevé, de cette âme sympathique, de ce contemporain des événements qu'il décrit, valent bien des fois celles d'un simple coureur d'anecdotes piquantes tel que Parknian. Brown écrivait au lendemain des événements, alors que l'acte de la déportation était pleinement consommé, que la paix régnait en Amérique, que le calme s'était rétabli. L'occasion était plus favorable qu'au temps même de l'exécution de la déportation. Les documents officiels ont beaucoup de valeur, mais ils ne présentent souvent que la version de l'une des parties intéressées. Ici, et l'anecdote que nous venons de citer nous le montre, Brown vivait en contact familier avec les auteurs de la déportation; il connaissait tous les points sur lesquels s'appuyait leur défense, laquelle avait été plaidée à plusieurs reprises par un juge, avec toute l'habileté qu'on peut supposer à un magistrat. Il avait examiné les preuves, écrites ou verbales, pesé le tout. Son opinion a l'autorité d'un jugement de cour, et d'autant plus que la cause s'était instruite en l'absence des Acadiens, c'est-à-dire des accusés, et que ce jugement porte contre la partie qui était seule représentée, contre des compatriotes, et peut-être des amis, qu'il pouvait désirer soustraire à la flétrissure. de l'histoire
Nous avons lieu de croire que, même avant la déportation, lorsque Lawrence persécutait les Acadiens, leur enle-
n'est pas clairement dit. D'uutre part, dans le C. F., il y a, au bas de l'anecdote de Brown, la date: Saturday, Aug. 13, 1791, laquelle date semble celle du jour où Brown a rédigé cette anecdote. Mais, dans les Coll, of N. S. H. S., l'anecdote de Brown est imprimée en caractères fins et entre crochets qui se ferment après les initiales A. B. — Au-dessous, il y a un trait, puis, en caractères pareils à ceux dans lesquels est imprimé l'article de Bulkeley — The case of the Acadians stated — la date — Saturday, Aug. 18th 1791, en sorte que cette date semble être celle du jour où l 'article a paru. Et alors, february last désigoerait février 1791.
vait leurs armes, emprisonnait leurs délégués, la population d'Halifax murmurait contre ces actes arbitraires. Notre opinion est basée sur l'ordre suivant, lequel, pensons-nous, avait trait au blâme que les injustices commises par Lawrence avaient suscité parmi les citoyens de cette ville. Cet ordre est daté du 4 juillet 1755, le lendemain même de l'emprisonnement des premiers délégués acadiens : «Etant donné que des personnes intrigantes, mal disposées, cabaleuses et malicieuses ont, méchamment, et avec l 'intention d 'usurper le pouvoir à leur profit, inventé et publié de faux et scandaleux rapports, retombant sur l'autorité et l'administration du gouvernement, et ayant pour objet d'invalider les lois de la province, etc. etc., — afin de prévenir de la façon la plus efficace de tels criants abus, il est résolu par le lieutenant gouverneur et le Conseil, et cette résolution a force de loi : — le où les personnes qui, après la promulgation de cet acte, oseront, par des paroles ou par des écrits, méchamment et avec réflexion, publier ou colporter des rapports ou des insinuations propres à jeter du discrédit sur l'administration du gouvernement, le ou les personnes commettant ces offenses =' seront considérées comme factieuses, séditieuses, et méprisant tout bon ordre, et obligées de comparaître durant le prochain terme de la cour et d'y subir leur •procès : Si elles sont trouvées coupables, elles devront pour la première offense verser un cautionnement de trente
51. Ce document est tiré du Can. Fr. (II. 145-6, pièce XCVI, soua le titre, Varims extracts of Dr. Brown 's MS.—Dans le MS. original d 'Acadie—îo\. 675 — la citation se termine ici, après les mots tTie person or persans so offending shall etc. etc. — Un trait au crayon renvoie à la marge où le traducteur a mis cette note: "C'est dommage qu'on ne sache pas la sanction," — Nous donnons toute la pièce.
livres; en cas de récidive, elles recevront une sentence de trois mois de prison ; et elles devront, à la discrétion de la cour, fournir des garanties de leur future bonne conduite durant leur séjour dans la province. En cas de troisième offense, le dit cautionnement de trente livres sera confisqué par la cour, et les personnes trouvées coupables devront quitter la province dans les six mois qui suivront la date de leur conviction; pour chaque mois subséquent qu'elles continueraient d'y demeurer après la date de leur conviction, elles devront payer une amende de dix livres, et à défaut, faire de la prison de temps à autre. »
« 4 juillet 1755. »
Après avoir subi l'influence néfaste qu'un despote exerce toujours sur son entourage, plusieurs des acteurs de ce drame de la déportation s 'apercevaient, au temps où Brown était à Halifax, de tout ce que leur coopération avait eu d'odieux. Ils avaient été égarés par la diplomatie de Lawrence; ils n'avaient vu que plus tard les motifs qui avaient guidé celui-ci; leur bonne foi avait été surprise. Dans le calme de leurs pensées, ils avaient pu récomposer les faits et saisir les fils invisibles par quoi s'était faussé leur jugement. Il serait injuste de condamner en bloc les intentions de ces hommes. Nous réprouvons les faits auxquels ils ont participé; mais c'est faute de connaître les intentions de chacun que nous les enveloppons tous dans la même réprobation.
Dans ce qui précède, nous avons l'indice, toujours précieux à l'historien, de l'opinion entretenue par les contem-
porains et les témoins des événemeuts qu'il décrit. Il ne s'agit pas de l'opinion professée par des étrangers indifférents ou d'hostiles adversaires, mais par les administrés de Lawrence, par le peuple qu'il gouvernait. Il semble évident que la population d'Halifax se divisait alors en deux camps sur cette question de la déportation: d'un côté, les conseillers de Lawrence et ses favoris, sur qui « il avait répandu l'argent des contribuables en doublant leurs salaires et par d'autres ingénieuses malversations», ainsi que le porte l'une des requêtes citées plus haut; de l'autre, le reste des citoyens, qui avaient à se plaindre de l'oppression qu'il faisait peser sur eux. En d'autres termes, sa conduite était approuvée ou excusée par ceux qui avaient intérêt à le faire, et blâmée par la masse des autres.
Il n 'est pas surprenant de voir que le juge Deschamps et l'ancien secrétaire du Conseil, Bulkeley, prenaient offense de ce qui se disait ou se publiait contre la déportation. N'avaient-ils pas, de diverses manières, touché le prix de leur complicité ? Parkman, et quelques autres écrivains, n'ont mis aucun empressement à apprendre au public que la complicité des favoris de Lawrence fut largement rétribuée par de nombreuses grâces. Au contraire. Et pourtant nous eussions dû connaître, par leur entremise, que les gros bonnets du complot avaient reçu chacun 20,000 acres des terres des Acadiens. Nous n'avons pas cherché à pénétrer tous les détails de ces alléchantes gratuités ; ce que nous en disent les deux principaux historiens de ces événements doit suffire. Voici, par exemple, ce qu'il y a dans Haliburton ^^ :
52. Le MS. originel — fol. 677 — dit: "à la page 100 du volume I de son Histoire de la Nouvelle Ecosse.'^ Ce passage est, au contraire, dans le tome II
« L'ancien nom de Windsor était Pisiquid, mot indien qui signfie le confluent de deux rivières. Ce canton était tenu en grande estime par les Français à raison de ses prairies étendues et fertiles, qu'ils avaient encloses de digues, et portées à un haut état de culture. Les moissons de blé qu'ils y récoltaient étaient tellement abondantes que, pendant les années qui ont précédé la guerre de 1756, ils en exportaient une grande quantité au marché de Boston. Bien qu'immédiatement occupées par les anglais après la déportation de ce peuple infortuné, ces terres ne subirent pas de changements sensibles jusqu'à ces dernières années. Les plus riches furent concédées à des citoyens d'Halifax, parmi lesquels il y avait plusieurs membres du conseil de Sa Majesté. Cette partie du canton, qui échût à des propriétaires résidents, fut divisée entre un nombre restreint d'individus, et ainsi s'est introduit un système tenancier qui, en Nouvelle- Ecosse, ne contribue ni à l'amélioration du sol, ni au profit du seigneur, (landlord).» —
Que si Parkman, après cinquante années de recherches, n'avait pas eu l'avantage de tomber sur ce passage intéressant de l 'historien distingué, il aurait dû, nous semble-t-il, remarquer du moins ce que dit Murdoch, à la page 528 du
de Ealiburion, p, 100-1. — Haliburton y parle du canton de Windsor, dans le comté de liant. Windsor est à 45 milles de Halifax. Dans sa manière de citer ce passage, Eichard passe du particulier au général, en sorte que l'on croirait qu 'Haliburton désigne toutes les terres des Acadiens ; il est au contraire manifeste qu'il désigne spécifiquement le canton de Windsor. L'auteur à'Acadie commence la citation aux mots : ' ' The crops of wheat . . . ' ' — Nous la commençons deux phrases plus haut, de façon à bien montrer le cornctère 'particulier de c« témoignage de Haliburton.
tome deuxième de son Histoire ". Murdocli y reproduit une dépêche du gouverneur Legge au Secrétaire d'Etat, lord Dai*tmoutli, dans laquelle il est évidemment question de ces octrois de terre dont parle Haliburton. L'on y voit qu'ils ne furent pas du goût des Lords du Commerce ; que, de 20,000, ils furent, on mandamus, réduits à 5,000. Quelques-uns des noms des concessionnaires sont donnés en passant, entr'autres celui de Belcher, qui administra la province à la mort de Lawrence, et celui de Morris, d'arpenteur devenu juge, auteur du remarquable Mémoire que nous avons analysé, dans lequel il concluait que les Acadiens « devaient, à tout événement, être déracinés ''^ Nous ignorons si Lawrence s 'était fait sa part dans ces généreux octrois. Sa prédilection semble avoir été pour le bétail, et les objets aisément convertibles en espèces sonnantes. Mais l'on ne peut douter qu'il ne se soit attribué la part du lion. Tout cela n'était-il pas de nature à ouvrir les yeux de Parlanan sur les motifs de la déportation? Ne dirait-on pas, au contraire, que, de propos délibéré, il les a fermés à tout ce qui pouvait lui donner la solution du problème, préférant égarer le lecteur dans d'indignes PicJionneriesf
Nous croyons avoir tenu nos promesses concernant la preuve à faire de mobiles intéressés de la part de Lawrence. Bien difficile serait celui qui exigerait davantage. Nous ne pouvions produire le résultat d'une enquête menée régu-
53. Pour une fois, l'auteur donne une référence qui se trouve être juste. Le document dont il parle est aux appendices du ch. XXXVII de Murdoch. Cf. Can. Arch. (1894) — 1774, Halifax. September 28. Legge to Secretary of State (Darmouth.) — Col. Cor. vol .9. — C'est le document dont il est ici question.