Ibid., ch. L, p
7. Ibid., ch. L, p. 451. — Eiehard met en note ce qui suit: "Winniett, qui était marchand à Annapolis, et conseiller du gouverneur, avait épousé en 1711 Marie-Madeleine Maisonnat, fille cadette de Pierre Maisonnat et Marguerite Bourgeois. Dans les guerres qui précédèrent la prise de Port-Royal, Pierre Maisonnat, de concert avec Pierre Morpain et François Guy on, avait été la terreur du commerce de Boston. Il était connu dans toute la Nouvelle- Angleterre sous le nom de Baptiste. Vers 1706, son vaisseau fut capturé et lui-même emmené prisonnier à Boston. En 1707, il fut échangé contre le révérend John Williams, l'infortunée victime du massacre de Deerfield. Le major Cosby, lieut.-gouverneur de la garnison d 'Annapolis, épousa l'aînée des filles de Winniett, Anne. Pierre Maisonnat se fixa, vers 1712, à Beaubassin, avec les parents de sa femme. ' '
collecteur des Douanes, et surtout du major Cosby. Voir cette « intéressante » missive dans Beamish Murdoch. A l'arrivée de Philipps en 1730, Armstrong passa en Angleterre, d 'où il revint l 'année suivante. Et voici ce que Philipps écrivît à son sujet au duc de Newcastle, secrétaire d'Etat : * « A mon arrivée ici j 'ai trouvé un mécontentement général ; les dissentions qui s'étaient élevées entre les deux lieut-gouverneurs, (Cosby et Armstrong), avaient séparé les officiers de la garnison en deux camps ennemis. Mais j'ai plaisir à assurer votre Excellence qu'à présent c'est tout le contraire qui existe: la joie et la satisfaction apparaissent sur tous les visages ; le peuple est ravi, et la tranquillité règne parmi la garnison. » Cette lettre est du 3 janvier 1729-30 ; elle se trouve au volume des Archives, page 83, moins le passage que nous venons de citer, et que Akins a soigneusement omis comme trop compromettant sans doute pour Armstrong.
Et voici un fait qui en dit plus long que tout le reste sur le caractère de ce gouverneur. En 1726, arrivait à Annapolis un individu du nom de Mangeant, qui fuyait la justice du Canada pour un meurtre qu'il y avait commis. Armstrong eut l'audace de prendre ce criminel sous sa protection et de lui faire prêter le serment. Ainsi soutenu par le gouverneur, Maugeant sut, par ses basses intrigues, se rendre bientôt odieux à tout le monde : soldats, officiers et Acadiens. Voici ce qu'en disait Philipps, dans une lettre adressée de Canso, le 2 septembre 1730, au même duc de Newcastle : « Le lieutenant colonel Armstrong, qui est parti pour l'Angleterre, a pris avec lui un certain Maugeant, papiste français, qui
8. Thomas Pelham HoUes, duc de Newcastle, à qui cette lettre fut adressée, naquit en 1693; il fut secrétaire d'Etat en 1724, puis de 1746 à 1754. Cf. n. 2 du ch. VII.
s'était réfugié récemment dans cette Province, fuyant le Canada où il avait commis un meurtre atroce. Le lieutenantgouverneur se fit le protecteur de cet individu et l'admit à prêter le serment; ainsi encouragé en haut lieu, Mangeant se rendit détestable aussi bien aux anglais qu'aux français, et compromit l'autorité d'Armstrong dont il passait pour être l'instrument et le conseiller. Quand je débarquai ici. Mangeant, qui savait que de nombreuses plaintes allaient être portées contre lui, demanda la permission de s 'en aller, laquelle lui fut accordée avec défense de jamais remettre les pieds en ce pays. Son départ a été un soulagement pour tout le monde, et c'est grâce à cela que l'on a pu amener les habitants à faire leur soumission à la Grande Bretagne. Le caractère de cet homme est foncièrement méchant, mais il ne manque pas de ressources, et je crois qu'il ferait un excellent ministre sous un prince despote. »
Cette lettre est encore au volume des Archives, moins cependant ce passage ci-haut, que nous empruntons à l'honnête Murdoch, au chapitre LI, p. 463 de son Histoire. Pourquoi donc Akins a-t-il supprimé ce passage, si révélateur du caractère d'Armstrong, et beaucoup plus utile à l'histoire générale de la Province que tant d'autres choses dont il a alourdi sa compilation?
Philipps chantait un peu haut sa propre louange, lorsqu'il attribuait le prompt succès de ses négociations au bon souvenir que l'on avait gardé de lui, non moins qu'à l'orientation judicieuse qu'il sut imprimer à l'administration, et à ses efforts pour réparer les bévues commises par son prédécesseur. Nous aurions des réserves à apporter aux compliments qu'il se décerne avec tant de générosité naïve. Néanmoins il faut admettre qu'il avait du tact, du savoir faire, et plusieurs des qualités qui distinguent les bons admini-
strateurs, — tout cela favorisé par les circonstances et grandi par contraste avec Armstrong. Forcé de s'en retourner en Angleterre pour régler les affaires de son régiment, le gouverneur Philipps fut de nouveau remplacé par Armstrong. Au moment de son départ, il écrit au duc de Newcastle : « Il est très important pour moi, qu'en remettant l'administration aux mains d 'Armstrong, tout soit en parfait ordre, rien ne cloche nulle part, car ce monsieur ne se gêne pas pour tâcher de me trouver en faute et de me salir de boue. C 'est un ingrat ^ »
Philipps était à peine reparti que les difficultés recommençaient comme de plus belle entre Armstrong d'un côté, Winniett et Cosby de l'autre. Cosby ne voulait plus siéger comme membre du conseil, et le Bureau en était réduit à quatre conseillers. Par deux fois dans l'automne de 1732, Armstrong se plaignit de ces deux messieurs dans ses lettres aux Lords du commerce. Vers le même temps il voulut établir un fort aux Mines, mais il en fut empêché par les sauvages. En somme, sur tous les terrains, ce n'étaient qu'échecs et misères, déceptions de toute nature, si bien que le pauvre homme, n'y tenant plus, se suicida le 6 décembre 1739. Moins d'un mois avant cet acte de désespoir et de lâcheté, le 14 novembre, Armstrong avait fait son testament en bonne et due forme. Mais tous ses biens furent saisis aux mains de ses exécuteurs, en garantie des rentes et des droits gouvernementaux, qu'il avait perçus depuis plusieurs an-
9. Nous donnons le sens de ses paroles. Le texte exact est celui-ci: "It importa me much to be very careful in delivering up the government to lieut.govemor Armstrong with the greatest exactness, who is turning up every stone, and raking into every kennel, to find some dirt to bespatter me with, in hopes that some may stick." — B. Murdoch, eh. LU, p. 471.
nées sans en rendre compte. En d'autres termes, le lieutenant-gouverneur Armstrong avait été concussionnaire.
Nous le demandons au lecteur, l'historien qui délibérément ne veut pas tenir compte des faits que nous venons de signaler, est-il en état de porter un jugement équitable? Que si, non content de n'en pas tenir compte, il les dérobe au public, tronque les textes, mutile les documents, pour empêcher la vérité sur un personnage d'éclater dans tout son jour, ne manque-t-il pas au premier de ses devoirs? Quand il s'agit d'un gouvernement dont le pouvoir s'incarne en un seul homme, je dis que le rôle de l'historien est de chercher d'abord à pénétrer le caractère de cet homme qui détient ainsi toute l'autorité. Ceci fait, il aura la clef qui lui permettra d'expliquer et de débrouiller bien des problèmes confus ; la psychologie du héros éclairera toutes ses actions.
Nous pourrions nous prononcer sur quelques-unes des difficultés avec lesquelles Armstrong s'est trouvé aux prises. Mais la chose n'est pas nécessaire. Il importe peu, au fond, que dans tel ou tel cas particulier, il ait eu tort ou raison. L'essentiel, pour le besoin de notre cause, était de prouver que son administration a été marquée par des troubles perpétuels, et que ce gouverneur a eu le don peu enviable de se créer des ennemis dans tous les camps: d'où l'on peut conclure que la faute en était à lui-même, à sa nature bouillante et désordonnée. Armstrong était un déséquilibré. Son caractère présentait un mélange assez difficile à analyser. Il était tour à tour tyran et bénévole. A côté de ses emportements et de ses brutalités, il montra quelquefois de la sensibilité, et un sincère désir de promouvoir les intérêts de la Province. Despote le plus souvent, il fut cependant le premier à suggérer aux Lords du commerce l'établissement d'un gouvernement représentatif dans la Nouvelle-Ecosse ; et quand il se
fut convaincu que son idée était impraticable, du moins pour le moment, il accorda aux Acadiens une compensation en leur concédant, et cela spontanément, le privilège de nommer des députés. Les pouvoirs et les attributions de ces députés étaient à peu près nuls: tout de même la création de cette sorte d'assemblée populaire élective procédait d'un principe sage et désintéressé; elle donna d'excellents résultats sous le successeur d'Armstrong. Nous ne saurions omettre de pareils faits, qui sont tout au crédit de ce personnage, mais qui ne rachètent pourtant pas ses bouffonneries administratives, ses fourberies, ses inqualifiables duretés. Armstrong se mit à dos tous ceux qui l'entouraient, le major Cosby, le secrétaire de son conseil, des marchands, des Acadiens, des prêtres, et même Philipps, qu'il avait tout intérêt à ménager, certes. Son autorité était tombée dans un tel discrédit, qu'un négociant d'Annapolis osa l'insulter publiquement, et que son propre serviteur se livra sur lui à des voies de faits. Pareilles choses n'arrivent pas à celui qui gouverne avec dignité et avec justice. Eien ne nous fait mieux juger d 'Armstrong que ses relations avec Mangeant. Chassé par Philipps à cause de ses tristes antécédents et des menées qui l'avaient rendu détestable à tous, cet homme, que recherchait la justice de son pays, enjôla si bien Armstrong que celui-ci l'emmena avec lui en Angleterre, en fit son compagnon et son aviseur; et, malgré les ordres de Philipps, le ramena en Acadie et le retint auprès de sa personne jusqu'à sa mort. Comment, après des faits semblables, s'étonner que le prestige du lieutenant-gouverneur ait été ruiné?
Les documents que nous avons produits ne couvrent qu 'une faible partie de l'administration d'Armstrong. Nous n'avons rien dit des sept dernières années de sa vie, laquelle se termina par une fin si tragique. Le fait est qu'il y a peu de do-
cuments aux Archives concernant cette période. Il est à présumer que son suicide fut un acte d'aliénation mentale. Le compilateur a exclu de son œuvre les pièces qui eussent fait tort à ce personnage. La mission que s'était donnée Akins consistait à accabler les pauvres Acadiens. Et quand les Archives ne contenaient pas de documents à cette fin, il passait outre. Comme pour faire toucher du doigt son procédé, voici des chiffres établissant le nombre de documents que renferme son volume pour l'administration d'Armstrong: 1725-3 ; 1726-4 ; 1727-11 ; 1728-1 ; (1730-5 Philipps;) 1731-5; 1732-9; 1733-0; 1734-0; 1735-1; 1736-2; 1737-0; 1738-0; 1739-0. — Quant à la nature de ces pièces, voici qui est significatif: à part cinq ou six procès-verbaux du conseil, le reste se compose entièrement des lettres d'Armstrong aux Seigneurs du commerce. Il n'y a pas un document provenant des Acadiens ou de leurs prêtres. Et cependant ces documents existaient, puisque la correspondance d'Armstrong renvoie à plusieurs d'entre eux. Dans une lettre du 10 juin 1732, il dit : « Je vous transmets des lettres : les Nos. 4, 5, 6, sont des lettres de M. de la Gaudalie, prêtre ; les Nos. 7, 8, sont de moi ; la lettre No. 9 est de René Leblanc. » Dans une autre lettre du 22 nov. 1736, il dit : « Le No. 1 est la première lettre de M. St-Ovide ; le No. 2 est ma réponse; le No. 3 est la réplique de M. de St-Ovide; le No. 4 est la déclaration faite en conseil par M. St-Poncy ; le No. 5 contient le procès-verbal du conseil; le No. 6 est la pétition présentée par les Acadiens ^^ »