‹ Accès Pernicieux PalustreChapitre 14 sur 47 · CURE · texte numérisé non relu

CURE

que nous avons recours pour l'examen des gouttes épaisses lorsqu'un accès pernicieux est soupçonné, en raison de sa facilité et de son extrême rapidité ; il va sans dire que chaque fois qu’un doute peut s'élever, nous procédons à l'examen du frottis mince coloré au moyen du procédé de Stévenel modifié qui permet de donner une réponse correcte dans le minimum de temps.

Voici comment nous procédons en pratique : la goutte épaisse est obtenue en «trayant » une grosse goutte de sang que l’on étale au moyen d’un vaccinostyle ou d’une lame en exécutant un mouvement en spirale favorisant la défibrination : on obtient ainsi un disque homogène de 1 cm. 5 à 2 cm. de diamètre ; après dessication, hémolyser à l’eau distillée ; l’hémolyse totale chtenue (la goutte est alors de couleur blanche), déposer quelques gouttes de bleu de méthylène au 1/100°, colorer pendant 15 à 20 secondes et laver à l’eau distillée avec précaution afin que le courant d’eau n’entraîne pas la goutte de sang hémolysée (le mieux est de placer la lame sous le robinet du réservoir à eau distillée en présentant la face non portante et en l’animant de petits mouvements d’oscillation) ; laisser ensuite sécher soit à l’étuve, la lame étant disposée verticalement soit sur une platine chauffante.

Dans les cas d’accès pernicieux à pl. falciparum que nous avons pu observer sur le champ homogène bleu très pâle de la préparation, nous avons constaté une telle abondance de schizontes tassés les uns contre les autres que l’impression était celle d’un fourmillement de parasites, ou, selon l’expression de G. ViLLaIN, d'une « culture pure ».

Ces schizontes jeunes se présentent avec un aspect un peu particulier : les uns sont nettement annulaires, constitués par une petite masse bleu sombre correspondant au noyau et un mince anneau cytoplasmique de la même couleur ; d’autres sont binuclées avec deux petits noyaux séparés, ayant l'aspect classique du bracelet arabe ; nombreux sont ceux enfin, qui apparaissent modifiés : petit point bleu surmonté d’un demicercle ou d’un accent circonflexe, apparence diplococcique ou cocco-bacillaire, toutes modifications qui résultent soit de l’effilochement, soit de la disparition partielle de l’anneau cytoplasmique.

A noter l'absence constante de pigment, pourtant plus visible sur la goutte épaisse que sur l’étalement.

Parfois coexistent des gamètes reconnaissables sous la forme de croissants bleutés renfermant des granulations serrées d’un brun sombre nettement visibles et qui correspondent au pigment.

Cet examen rapide et cette coloration grossière suffisent au diagnostic qui peut être ainsi fait en quelques instants, où que l’on soit, à condition d’avoir à sa disposition un microscope, du bleu de méthylène et de l’eau distillée. Ce procédé ne saurait être recommandé aux débutants, ni considéré comme autre chose qu’un moyen simple permettant d'obtenir dans le minimum de temps un renseignement urgent qui sera soumis à la critique de l’examen du frottis mince.

Dans les cas où l’infestation est massive, les causes d'erreur inhérentes au fait que l’on n'obtient pas le caractère bicolore et souvent tricolore, sur lequel est basé le diagnostic de l’hématozoaire coloré par les méthodes panoptiques deviennent insignifiantes, Nous pouvons d’ailleurs ajouter qu'avec beaucoup d’habi-

tude l’étude de la forme du parasite et celle de la disposition du pigment doivent généralement permettre une identification exacte dans la grande majorité des cas.

Mais lorsque l’infestation apparaît massive il y a une autre raison qui doit imposer l’examen du frottis mince : ce sera en effet la seule manière de juger moins grossièrement de l’importance du parasitisme.

Pour ce faire, et toujours dans le but d'obtenir une réponse rapide, nous avons recours au procédé de Sténevel modifié : après fixation rapide du frottis à l’alcool méthylique (30 secondes suffisent) ou même à l’alcool à 95° (2 minutes), laver à l’eau courante et plonger la lame dans un tube de Borrel contenant une solution d’éosine à l’eau au 1/100°. Après 15 secondes, laver à nouveau et déposer la lame dans un second tube de Borrel contenant le bleu au permanganate de potasse de Stévenel, non dilué ; après 30 secondes laver et sécher.

Cette méthode donne des colorations qui n'ont ni la finesse de teinte ni la netteté des détails obtenus au moyen du colorant de Giemsa par exemple, mais qui sont suffisantes pour étudier convenablement la forme et le stade évolutif de l’hématozoaire et identifier l’espèce à laquelle il appartient ; la préparation du bleu de Stévenel est simple et ne nécessite qu'un peu de bleu de méthylène et de permanganate de potasse. Le cytoplasme du parasite est coloré en bleu violacé ; la chromatine nucléaire en rouge vif.

Dans la très grande majorité des cas d'accès pernicieux à falciparum que nous avons étudiés, l'aspect des frottis minces vus au microscope à été à peu près identique ; jeunes schizontes remarquables par leur

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finesse et leur gracilité : certains paraglobulaires, la plupart endoglobulaire, souvent au nombre de 2, quelquefois même de 3 et de 4 dans une même hématie, volontiers binuclées (deux petits noyaux soit reliés par un très mince filament rouge, soit séparés).

À côté de ces formes annulaires prédominantes existent toujours des formes atypiques : en raquette, en bandelette rappelant les schizontes âgés du Malariae ; mais leur finesse, l’absence de pigment, le contexte enfin permettront un diagnostic différentiel relativement facile.

Plus rarement nous avons observé quelques formes rappelant les schizontes âgés de vivax, mais là encore la différenciation est aisée du fait de l'absence de pigment, de la taille normale de l’hématie hôte, de la ténuité des pseudopodes.

Lorsque le sang est examiné à un moment assez proche du début de l'accès, les formes sexuées font généralement défaut ; elles apparaissent assez souvent dans les jours qui suivent alors que les schizontes se raréfient sous l’action du traitement.

Enfin, nous avons pu observer dans trois cas la coexistence de falciparum et de vivax : la présence à côté de très nombreux schizontes jeunes et de corps en croissant d'une part, de formes amiboïdes pigmentées parasitant des hématies augmentées de volume d’autre part, nous a permis d'affirmer ce diagnostic.

Le nombre des hématies parasitées s’est montré très variable selon les cas, alors que l’aspect obtenu par la méthode d’enrichissement que constitue la goutte épaisse était grosso modo comparable, le nombre de schizontes dans le champ du microscope étant toujours incomptable ; nous avons noté dans certains cas 3 à

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