SUISSE ET ALLEMAGNE
(( En Suisse, dit M. d'Archiac^, la faune quaternaire parait avoir été peu riche en individus et en espèces, et de plus, la position relative des détritus qui renferment les ossements de grands mammifères [Elephas primigenius, Ursus spelaeus, Bos priscus, Cervus euryceros), avec la formation erratique proprement dite, laisse encore beaucoup
1 Ann. civili ciel regno délie due Sicilie.
* D'Archia' Hist, des progrès de la géologie, t. II, p. 257.
dHncertitude, n'ayant été déterminée que sur un petit nombre de points. Cependant s'il était démontré que le phénomène erratique des Alpes fut postérieur au dépôt de Lehm de la vallée du Rhin, lequel est lui-même plus récent que les cailloux roulés qu'il recouvre ; comme ces derniers, dans tout Touest de l'Europe, sont caractérisés par la faune des grands mammifères propres à l'époque quaternaire, il serait également démontré que le phémonène erratique des Alpes fut plus récent qu'aucun de ceux du même genre que nous connaissons ; qu'il a été séparé du phénomène des stries et des surfaces polies d'une grande partie de l'hémisphère boréal, par tout le temps qu'à vécu la faune quaternaire, tant marine que terrestre, et qu'il reste ainsi, du moins quant à pré sent, comme un fait à part dans l'histoire des dernières modifications de la surface du globe.
« L'absence de sédiments marins postérieurs aux marnes subapennines dans les plaines qui bordent au nord et à l'ouest le pied des Alpes, ainsi que dans les vallées qui en descendent, a fait douter longtemps de Tâge des dépôts de transport qui s'étendent sur ces plaines et ces vallées. Il paraissait rationnel, en n'envisageant que le massif des Alpes et les pays voisins, de les attribuer à TefiFet d'un soulèvement qui aurait mis fin à la formation tertiaire supérieure. Mais une étude comparative plus étendue ne permet plus d'admettre cette
opinion, et force au contraire à reconnaître qu'un laps de temps considérable s'est écoulé entre ce dernier grand soulèvement des Alpes et les accumulations détritiques dont la cause est peut-être encore contestée, mais dont l'âge se déduit de considérations générales, dont les unes sont en rapport avec cette cause, et dont les autres lui sont étrangères. Dans les diverses parties de l'Europe, ont eu lieu des phénomènes semblables, sauf quelquefois les dimensions, à ceux qui se sont passés dans la région des Alpes : en outre, ces phénomènes se sont manifestés dans chacun de ces centres, indépendamment les uns des autres, dans la même grande période, ce qui n'implique pas absolument que tous ont eu lieu en même temps. Dans chaque région erratique, si l'on peut s'exprimer ainsi, les détritus ont des limites déterminées, et leur position par rapport aux dépôts antérieurs est toujours comparable. Nous avons déjà dit de plus (c'est toujours M. d'Archiac qui parle) que là où le phénomène s'est exercé avec le moins d'intensité, sur une échelle moindre et non loin de la mer, il avait laissé des traces analogues à celles que l'on observe dans les parties élevées des Alpes. Or, dans la plupart de ces localités, excepté dans le voisinage de cette dernière chaîne, les dépôts erratiques meubles et non stratifiés , comme les dépôts sédimentaires réguliers postérieurs à ce
phénomène, renfermaient les restes d'une faune également comparable sur tous ces points.
(( Le petit nombre des débris de cette faune, recueillis dans la zone erratique des Alpes, avait pu ne pas frapper au premier abord, et ils pouvaient être attribués à quelques animaux peu dififérents de la période tertiaire supérieure ; mais tous les résultats que les nouvelles recherches permettent de grouper aujourd'hui, doivent faire admettre que les détritus erratiques descendus des Alpes appartiennent à Tépoque quaternaire, et sont dus à une cause analogue à celle qui s'est étendue sur tout l'hémisphère nord : cependant rien ne prouve encore que le phénomène ait été synchronique, tandis qu'il y a de fortes présomptions pour croire qu'il est beaucoup plus récent. »
Nous avons dit plus haut, on se le rappelle, que presque tous les géologues sont d'accord pour regarder le phénomène erratique des Alpes comme évidemment postérieur à la grande période glaciaire, et séparé d'elle par toute la formation quaternaire. Nous avons cru aussi devoir donner tout entière cette longue citation d'un auteur dont le nom fait autorité en Géologie ; car à notre point de vue elle est extrêmement importante, et les idées émises avec celte autorité résument parfaitement l'état de la science sur ces contrées. Elle est fertile en déductions motivées par les faits, et nous aurons occasion d'y revenir, lorsque nous
donnerons les conclusions sur le synchronisme des couches et des dépôts de la période quaternaire.
En Savoie, selon M. de Mortillet, qui a exploré et qui connaît si bien cette contrée, on rencontre au-dessus de la mollasse, un dépôt de sables, de graviers, de marnes et d'argiles irrégulièrement stratifiés ; dans le bassin de Chambéry, on voit sous les cailloux une couche de lignite. Les dépôts de marnes et d'argiles sont mieux stratifiés que les sables et les graviers et renferment de nombreuses coquilles fluviatiles et terrestres, qui paraissent vivre encore toutes dans le pays, comme les végétaux du lignite, tandis qu'il n'en serait pas de même des insectes. On a trouvé, il est vrai, peu de mammifères dans ces terrains, une défense d'Éléphant à l'embouchure de la London dans le Rhône, des dents de Rhinocéros dans le canton de Vaud et le département de l'Isère ; mais cela n'est-il pas suflBsant pour qu'il soit permis de ranger ces dépôts dans la période quaternaire, à l'époque de la dernière faune, si riche en grands mammifères ?
Dans les vallées du Jura, de Neufchâtel, on a trouvé des ossements à'Elephas primigenius dans un diluvium peu épais, composé de roches secondaires du pays et surmonté d'un dépôt d'origine glaciaire provenant des Alpes. Des débris d'Éléphant ont été aussi découverts dans le lit de la
Sarine, près de Fribourg, aux environs de Neufchâtel, de Soleure, d'Olten, d'Aarau, de Liestal, dans la vallée de la Barse, à Dornach, à Grellingen, à Rheinfelden, etc. • .
Si nous remontons dans le centre de TEurope, nous rencontrons soit un diluvium analogue à celui de la France, soit des grottes et des cavernes à ossements, contemporaines de cette couche, qui témoignent également de l'existence du terrain quaternaire dans ces contrées ; ce sont encore les mêmes caractères et les mêmes fossiles. Les dépôts superficiels n'offrent rien de différent de ceux de France ; on retrouve toujours des terrains de transports dans les mêmes conditions et des débris de mammifères recueillis dans le diluvium des vallées, soit dans les cavernes et les brèches osseuses. Il y a donc identité complète de caractères, et nous voyons dans ce fait la preuve que ce phénomène a été le même dans toutes ces régions et a eu le même résultat. Déjà, en 1701, David Spleiss, et peu après, J. Sam. Cari, trouvaient des fossiles dans les couches superficielles des environs de Ganstad, près Stuttgard, dans la vallée du Necker; c'étaient des restes d'Hyènes mêlés à des débris d'Eléphants, de Rhinocéros, de Chevaux, de Bœufs, de Cerfs, de Lièvres et de petits Carnassiers, enveloppés dans une masse
*D'Archiac, Faune quaternaire^ p. 115.
d*argile sableuse jaunâtre avec des cailloux roulés et en partie consolidés, constituant une sorte de brèche. A Seilberg, en 1816, on a également recueilli un très-grand nombre d'ossements d'Éléphants et une multitude de dents du même animal. Ces dépôts de Ganstad * ont également présenté, en outre des espèces citées, quelques os humains, des restes d*Ours, de Tigre, d'Hyène, de Loup, de Megaceros hibcrnicus, de Bos primigenius, de Cheval, de Sus, de Rhinocéros tichorhinus.
Près de Brunswick, au village de Thiede, on a découvert des os et des dents avec des défenses d'Eléphant et des restes de Rhinocéros, de Cheval, de Bœuf et de Cerf; tous ces débris étaient mêlés confusément sans avoir été roulés ni brisés. A Brisgau, dans le Lehm, on trouva des ossements d'Ursus spclœus, et à Mosbach, près de Wiesbaden, des ossements de mammifères et des restes humains. A Munster, des os de Pachydermes, de Ruminants et de Solipèdes; dans les alluvions quaternaires, à Sigmaringen, dans le Wurtemberg, des dents à'Ursus spelœus et de Rhinocéros tichorhinus; les mêmes fossiles ont été découverts en Saxe, dans le comitat de Sohl en Hongrie^.
1 G. F. Jœger, Ueberdie fossilen saugelhiere, etc., 1839. * D'Archiac, opère citato, p. 159.