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CHAPITRE IX

Terrain quaternaire en France. — Diiuvium du bassin de Paris ; vallées de la Seine, de la Marne, de TOise, de TAisne et de la Somme. — Bassin de la Loire, du Rhône et du Rhin.

Pour terminer cette revue générale des terrains diluviens de la période quaternaire répandus sur tout le globe, il nous reste a parler de la France. Nous avons réservé cette contrée pour la fin, parce que notre pays a été le plus exploré, le mieux connu, et que la France est généralement la terre classique de la géologie. Tous les terrains y sont représentés, depuis les roches azoïques et primitives jusqu'aux couches les plus superficielles.

Nous avons décrit plus haut l'aspect que présente le diiuvium et les couches qui le surmontent en France, nous n'entrerons pas dans de plus longs détails; il est bon cependant de ne pas oublier que nous avons distingué avec les géologues trois couches principales ; Tune inférieure, le diiuvium gris avec cailloux roulés, graviers,

2j8 le déluge MOSAÏQl^E.

ossements de mammifères; la seconde, dépôt limoneux ou le loess qui recouvre le diluvium gris; c'est une couche calcaréo-sableuse ou argilo-sableuse, différente de composition minérdlogique, selon les différents endroits où on letudie, plus argileuse dans les vallées, plus sableuse sur les plateaux. Enfin, un troisième et dernier dépôt, le diluvium rouge, dépôt de cailloux ou silex anguleux empâtés dans de Targile rouge avec gi-aviers, sans débris organiques, ne présentant pas de stratification bien nette, et reposant, soit sur le diluvium gris, soit sur le loess. Après avoir rappelé ces principes généraux, nous nous contenterons de citer quelques coupes de diûurcntes localités pour servir de preuves et justifier cette division des géologues.

(^est surtout dans le bassin de Paris que ce terrain est le mieux caractérisé. A Joinville-le- Pont , localité classique , M. Gh. d'Orbigny a relevé la coupe suivante qui, sauf quelques modifications, peut s'appliquer à l'ensemble de ces dépôts dans le bassin de Paris.

A. Solv6gi>tttl mélangé de Loess.

n. Loess ou Lhoin ^^aiix eiivirous de BicéLre il a plusieurs mètres de puissanee) 0,50

C, nihuium rouj,^\\tre formé de sables quarizeux trèsargileux et ferrugineux avec nombreux galets et graviei-s 0,70

LE DÉLUGE MOSAÏOTJE. 259

t-20 ). Sable un peu marneux, d'un gris blanchâtre avec

quelques rares galets disséminés seulement sur

certains points de la couche. Ce dépôt, qui, à Join-

ville, forme une zone très-distincte, ne contient point

de coquilles fossiles 0,75

î. Diluvium gris à galets granitiques et porphyriques présentant sur quelques points des fragments de coquilles fluviatiles et terrestres brisées et probablement détachées de la couche coquillière F sur laquelle repose cette assise. Au milieu de ce dépôt, est une petite zone d'environ cinq centimètres d'épaisseur et non continue de sable marneux sans coquilles ni galets 0,30

^ Couche lacustre de sable marneux blanchâtre plus ou moins fin, contenant parfois soit des zones de calcaire niviforme, soit comme le Loess, des rognons géodiques de marnolite. Cette couche renferme quelques débris de Mammifères, de reptiles et une multitude prodigieuse de coquilles terrestres et fluviatiles d'une parfaite conservation 0,70

lï. Diluvium gris d'éléments granitiques formant un dépôt tumultueux à la base duquel se trouvent de gros blocs erratiques 2,70

Ce diluvium gris inférieur contient sur certains points 1« quelques débris de coquilles fluviatiles et terrestres; 2o des Cérites, des Natices et d'autres coquilles marines roulées qui ont été arrachées aux terrains préexistants, notamment aux calcaires grossiers et aux sables dits de Beauchamp ; 3" des ossements de Mammifères, tels que des dents d'Elep/ias primigenius et de Rhinocéros tichorhinus. Enfin, au milieu des galets qui constituent ce diluvium, se trouvent parfois des zones non continues de sable sans galets, ayant de 20 à 30 centimètres de puissance.

i. Travertin inférieur (calcaire de Saint-Ouen, sur lequel repose le diluvium).

M. Gh. d'Orbigny tire ensuite les conclusions suivantes basées sur tout l'ensemble des observations recueillies par lui dans la vallée de la Seine aux environs de Paris :

1° Que le diluvium parisien doit être considéré comme composé de plusieurs zones de nature et d'âge différents ;

2"* Qu'entre les dépôts du diluvium rougeâtre et du diluvium gris à gros blocs erratiques et même avant la fin de ce dernier dépôt, il y a eu une période de tranquillité assez longue, durant laquelle les environs de Paris présentaient de vastes lacs où ont vécu des myriades de coquilles fluviatiles.

La première conclusion est évidemment prouvée par les faits ; la seconde, étant hypothétique, ne doit être acceptée qu'avec réserve, tant que l'on ne connaîtra pas d'une manière complète le mode de formation de ce terrain. Nous ferons remarquer aussi que le diluvium rougeâtre que M. Gh. d'Orbigny place au contact du diluvium gris, n'est pas ce que les géologues appellent le diluvium rouge ; celui-ci est supérieur au loess. Gette couche doit son aspect argileux et ferrugineux au contact du loess qui s'est déposé au-dessus de lui, et a pu faire corps avec la partie la plus superficielle ; et, en efi'et, l'auteur ajoute plus loin, page 70 : « Ge diluvium, à raison de l'argile ferrugineuse qui le colore fortement, semble, au

premier abord, plus homogène que le diluvium gris erratique, mais ce n'est qu'une fausse apparence, car il suffit de le laver à plusieurs reprises et d'enlever toute la matière argilo-ferrugineuse, pour constater que le résidu est composé exactement des mêmes éléments que le diluvium gris. » Au fond du diluvium gris, M. Gosse a trouvé dans un faubourg même de Paris, à Lamotte-Piquet , parmi de nombreux ossements d'Éléphants, de Rhinocéros et de Chevaux, des haches de silex taillés, en tout semblables à celles d'Amiens; ce qui établit complètement la contemporanéité des couches d'Amiens et de Paris. Une de ces haches était encore agglutinée à un os au moyen de sable durci ; de sorte qu'il ne peut y avoir de doute que ces deux morceaux n'aient été ensevelis en même temps dans la couche de sable.

Parmi les nombreux silex taillés que l'on rencontre chaque jour dans le diluvium gris du bassin de Paris, il y en a beaucoup de formes différentes, tantôt triangulaires ou en forme de coin, tantôt en pointe de flèche ; on en voit qui paraissent avoir été des extrémités de lances; plusieurs sont pointus et affilés : ils représentent des couteaux, des scies ou des grattoirs, des lancettes, des serpettes ou des crochets. Le plus grand nombre a la forme de haches ; néanmoins le même système a présidé à leur confection, car

elles présentent constamment un côté convexe et un côté concave; le côté convexe a une arête médiane, avec deux éclats longitudinaux et un talon bien indiqué.

Ces instruments se trouvent souvent plusieurs ensemble et presque à la même profondeur, c'està-dire de 7 mètres à 10" 50 au dessous de la surface du sol, et quelquefois plus bas encore.

La conlemporanéité de l'homme et des grands Herbivores quaternaires ne saurait être douteuse, car les débris si nombreux de ces animaux qui ont été recueillis se trouvent pour la plupart audessus des outils de Thomme.

L'Éléphant, le Rhinocéros, FAuroch, le Cheval, l'Hippopotame, le Renne, le Cerf, se présentent, comme profondeur, à peu de distance les uns des autres, c'est-à-dire de 9 à 6 mètres au-dessous de la surface du sol.

La plupart des silex sont corrodés et translucides; presque toutes les sortes de cette pierre sont réunies : telles sont les cornéennes, les pyromaques, les cacholongs. Près de deux mille échantillons ont été trouvés dans trente-huit carrières ou sablières à Reuilly, Ivry, Vaugirard, Grenelle , Neuilly , Levallois , Clichy et Batignolles ' .

Remarquons encore que le diluvium gris est

1 Bulletin de la Société géologique, 2^^ sériB, t. XXIV, p. 130j

recouvert d'une couche de loess qui, dans certains endroits de la vallée, n'est que de quelques centimètres, parce qu'elle a été enlevée en partie par des courants postérieurs ; dans d'autres [endroits, elle est de plusieurs mètres; et, sur )resque tous les points culminants du bassin irisien, tels qu'à Villejuif, Bicétre et Meudon, >rès Paris, sur les plateaux d'Étrechy et de Saclas iine-et-Oise), dans la forêt de Fontainebleau [côte de Bouron), le loess est surmonté par le iiluvium rouge avec les caractères mentionnés )lus haut.

Ainsi envisagé, le bassin de Paris, à Tépoque [uaternaire, nous présente trois époques parfaijment distinctes : 1^ un dépôt de diluvium gris irtagé en plusieurs zones difiérentos ; dépôt de ransport, produit d'une force cataclysmienne >lus ou moins grande, mais continue, quoiqu'à férents intervalles, et qui suppose une durée lont la longueur ne saurait être appréciée sans imérité ; 2® le loess, déposé dans une période de ftranquillité relative, puisqu'on n'y retrouve plus ^- de galets ni de graviers, mais une argile calca- ^réo-sableuse contenant, dans certaines localités, des coquilles fluviatiles et terrestres ; la couche, tjui souvent a plusieurs mèlres d'épaisseur, a dû se déposer dans un espace de temps plus ou moinslong, et sur lequel on n'oserait se prononcer d'une manière certaine ; 3" une seconde période

cataclysmienne à laquelle est dû le diluvium rouge, dans lequel jusqu'ici, du moins, on u'a pas rencontré d'ossements de mammifères. Cette couche n'existe d'une manière complète que sur les plateaux; elle a probablement été enlevée dans les vallées par des inondations successives qui ont même entamé le loess et souvent le diluvium gris.

Si nous examinons ensuite les vallées de la Marne, de l'Aisne et de l'Oise, nous retrouvons toujours les mêmes couches diluviennes dans le même ordre de superposition et avec le même faciès pour le diluvium gris : prenons quelques points au hasard dans chacune de ces vallées.

Dans la vallée de l'Oise, la couche de diluvium gris, recouverte par le loess, est partout constante et uniforme. Si nous examinons les grévières de Viry-Noureuil, localité la plus riche en ossements diluviens fossiles , le diluvium gris repose sur une couche d'argile plastique qui fait le fond de la vallée dans les environs ; il renferme à sa base des blocs de grès plus ou moins espacés, affectant différentes formes et diverses grosseurs, depuis quelques centimètres jusqu'à un mètre cube. Ils ont les angles très-émoussés, ce

qui semblerait indiquer un transport assez long par les eaux : lorsqu'ils sont de médiocre grandeur, ils sont complètement arrondis en boules, et, avec un peu de bonne volonté, on les croirait facilement façonnés de main d'homme * . Ce n'est que vers la base que nous rencontrons ces blocs de grès, il est facile de comprendre que leur poids a dû nécessairement les faire déposer au fond des courants qui sillonnaient et creusaient ces contrées. Au-dessus est une alternance de gravier plus ou moins fin, et des veines de sables intercalées dans la couche sans aucun ordre ni régularité. Et si nous recherchons les éléments qui composent ce gravier, nous reconnaîtrons facilement qu'ils ont été formés par les débris des couches qui se correspondent de chaque côté de la vallée. Ainsi, à Viry-Noureuil, ce sont, avec un gravier calcaire plus ou moins fin et des sables siliceux, des silex pyromaques provenant de la craie avec des débris des espèces caractéristiques de la craie blanche marneuse, qui affleure à quelques lieues de là, des silex et des cailloux de la glau-

* C'est ce qui est arrivé à un membre de la Société géologique de France, quia cru voir des traces d'industrie humaine dans deux cailloux roulés en grès ; et dans un fragment de grès géodique, il reconnut un éclat de vase antique. Ces objets ont été présentés à la Société géologique de France, mais personne n'a cru devoir adopter les conclusions de l'auteur. (BiUlet. de la Soc. géoL, 2« série, t. XXI, p. 93.)

conie grossière, des fragments de calcaire nummulitique durcis et arrondis, avec des moules de CrassatcUa jylumbca, Cerithium giganteuvi, Lucina gigantea, Turrilella tercbellata, eic, des dents de Squales, des coquilles roulées et brisées, des calcaires grossiers, des sables marins supérieurs du Soissonnais, ou de Targile plastique avec Ostrm bellovacina, Buccinum semlstriatum. I^a localité de Yiry-Noureuil est remarquable par la grande abondance d'ossements fossiles qu'on y trouve. Les corps organisés rencontrés dans le diluvium de rOise se rapportent à deux embranchements, les mollusques fluviatiles et terrestres, et les mammifères, identiquement les mêmes dans tout le bassin de Paris.

Les coquilles ne se trouvent que par place, et elles ne forment pas à Viry de zone continue toujours à la mémo hauteur ; dans la grévière elles existent, non-seulement dans une veine de sable, mais encore parmi les cailloux roulés, parmi les graviers où leur conservation intacte est admirable eu égard ii leur fragilité. A Sempigny, près Noyon (Oise), au contraire, les coquilles fluviatiles et terrestres se trouvent dans un petit ht de sable de 10 centimètres d'épaisseur, qui contient aussi des traces nombreuses de lignite charbonneux, dont la décomposition a donné à la couche une teinte violacée-noirâtre. A Joinvillele-Pont (Seine), nous avons remarqué que les

coquilles fliiviatiles et terrestres sont également dans une couche de sable ; ce serait donc un fait identique.

Parmi les mammifères fossiles dont les restes sont si nombreux, nous citerons les espèces suivantes découvertes par nous-mêmes dans la carrière de Viry-Noureuil : Hyœna spelœa, Goldf ; Ursus, petite espèce probablement nouveUe selon M. Lartet; Elephas antiquus, Falc: outre plusieurs dents, nous avons trouvé une mâchoire inférieure entière et parfaitement intacte; Elephas primlgenius , Blum ; Rhinocéros tichorhinus, Cuv. ; Hlppopoiamus major, Guv. ; Sus scrofa, Equus fossilis^ Cuv.; Bos primigenius, Boj. ; Ovibos moschatus, Blainv. (une portion du crâne de celte espèce a été également découverte par M. le docteur Eug. Robert dans le diluvium de Précy (Oise) ; Cervus tarandus fossilis, Megaceros hibemicus, une autre espèce de Cerf, etc., etc.

Nous avons aussi trouvé dans le diluvium de Viry-Noureuil six silex taillés de main d'homme, situés à la partie inférieure du diluvium gris ; nous en avons détaché trois nous -même de la couche de gravier, ce qui ne permet pas le moindre doute sur leur authenticité.

Au-dessus du diluvium, il existe une couche de loess de trois à quatre mètres d'épaisseur. Cette couche est variable ; dans certains

endroits de la vallée elle n'atteint que quelques décimètres, mais quelquefois aussi, et à très-peu de distance, comme à l'entrée du village de Viry, elle atteint jusqu'à douze mètres de puissauce. On y trouve, sur certains points, des coquilles d'eau douce en assez grand nombre, et dont les plus communes sont : Achatina aciculata, Succlnea ohlonga, Pupa muscorum, Hélix plebeia, etc., etc.

Le dlluvium rouge apparaît non loin de là au sortir du hameau de Noureuil, où, nous l'avons constaté au-dessus du loess, dans une excursion que nous avons eu l'honneur de faire avec le célèbre géologue M. Lyell.

Dans la vallée de l'Aisne, le dihwium gris se • retrouve dans les mêmes conditions avec le même aspect, et recouvert également par le loess. Les mêmes ossements s'y rencontrent aussi quoiqu'en moins grande abondance; et, çà et là, au-dessus du loess, des lambeaux de dlluvium rouge. Ainsi à Bazoches, près Braine, dans la vallée de la Vesle, le diluvium rouge est séparé du diluvium gris par une couche de loess d'un ou deux mètreS' d'épaisseur.

Dans toute la vallée de la Marne, c'est le diluvium gris à ossements d'Eléphants qui fait le fond de la vallée, au-dessus une couche de loess plus ou moins épaisse, et le diluvium rouge apparaît de la manière la plus évidente près de Château-

Thierry, sur la route de Nogentel à la montée de Nesle *.

On nous pardonnera de nous être étendu si longuement sur les caractères du diluvium dans ces trois dernières vallées ; nous tenions à prouver ridentité de ces dépôts avec ceux de la vallée de la Seine. Nous avons cédé aussi à un souvenir de jeunesse, car ces pays sont les premiers que nous avons étudiés spécialement au début de nos recherches en géologie.

Vallée de la Somme. — Nous retrouvons également dans toute la vallée qui parcourt la Somme : 1** la période du diluvium gris ou diluvium à cailloux roulés; 2** celle du loess qui le recouvre, et 3® la période du diluvium rouge.

Ce fait résulte des observations de tous les géologues ; il y a bien quelques dissentiments sur la détermination du loess et du diluvium rouge, mais il n'y en a aucun quant à la position et à la détermination du diluvium gris à ossements à!Elephas primigenlus, etc. On sait aussi que c'est dans la Somme, à Menchecourt et Saint-Acheul, que Ton a découvert pour la première fois des silex taillés de main d'homme , et à Moulin- Quignon, une mâchoire et des débris humains. Ces résultats sont tellement connus et évidents.

* Ed. Lambert, Mémoire sur le diluvium de Viry-Nou- ^euil, 1864.

que nous nous contenterons de citer quelques coupes à Tappui des conclusions que nous avançons.

Coupe de Saint- Acheul, d*après M. BUTEUX*

Argile rougeâtre et limon avec de rares petits silex anguleux et des fragments de craie roulés 2" »»

Lit de silex anguleux 0 33

Argile terreuse brune 0 50

Silex roulés avec argile et sable rouge stratifié irrégulièrement 1 »»

Silex roulés avec veines de sable blanc, de la craie en grains et des coquilles terrestres et d'eau douce, stratifiés irrégulièrement; ossements et silex travaillés 4 »»

Craie

Coupe de Menchecourt, par le même géologue

Argile terreuse brune avec silex anguleux et veines de

limon intercalé là 2™ »»

Limon contenant, dans le haut, de rares petits silex et de petits fragments de craie roulés, en lignes horizontales 4 »»

Sable gris avec coquilles terrestres et Iluvialiles 2 »»

Silex roulés avec sable, quelques ossements l 50

Argile marneuse, sable marneux avec ossements, glaise et sables divers alternants, sables avec coquilles marines et d'eau douce, ossements plus nombreux, silex taillés.

Craie

Les mammifères fossiles que Ton y rencontre appartiennent à YElephas primlgeniios, Rhinocéros

* Bulletin de In Société géologique de France, 2» série, t. XVII, 1859, p. 77.

tichorhinus, Bos primigenius, Cervus tarandus, Megaceros hibernicus; ou des dents et des ossements nombreux de Cheval, etc.

Si Ton veut se rappeler les listes des fossiles que nous avons signalés dans les vallées de la Seine, de TOise, de la Marne et de l'Aisne, il sera facile de constater Tidentité la plus parfaite.

Dans le diluvium des environs de Gaen, dont les couches sont exactement les mêmes que dans toute la vallée de la Seine, et comme faciès et comme mode de déposition, M. Eudes Deslonchamps a recueilli une multitude d'ossements fossiles qu'il rapporte aux espèces suivantes : Hyasna spelxa, Goldf ; Felis spelœa, Goldf ; Elephas primigenius, Blum; Rhinocéros tichorhinus, P.; Rh. leptorhinus , Cuv. ; Equus fossilis , Guv. ; Cervus tarandus, Megaceros hibernicus^ Owen; Bos primigenius, Boj. *.

Il est inutile de parcourir tout le bassin de Paris dans les départements de la Haute-Marne, de l'Aube, de l'Yonne. Nous pourrions y consta-

1 Eudes Deslonchamps, Mémoire sur de nombreux ossements de Mammifères fossiles de la période dite diluvienne, trouvés aux environs de Caen. (Extrait du douzième volume des Mém. de la Soc, linnéenne de Normandie.)

ter l'existence identique de ces terrains, et toutes les fois qu'on y a rencontré des ossements, ils appartenaient sans aucun doute aux espèces que avons citées. Le bassin de la Loire offre les mêmes dépôts avec les mêmes fossiles. Le département de Loir-et-Cher a fourni sur un grand nombre de points des instruments en silex; nuclei, couteaux, hachettes, pointes de lances, boules ou rognons ayant fait l'office de marteaux pour obtenir des éclats. Ces différents outils se retrouvent dans le sous-sol, ou bien à la surface lorsqu'ils y ont été ramenés par les travaux de la culture; ils accompagnent invariablement lediluvium qui se développe généralement en Sologne sur les plateaux, et se rencontre toujours aux points où les formations géologiques affleurent. Dans l'est de la France , les vallées de la Moselle, de la Meurthe et de la Meuse, et de tous les grands cours d'eau qui descendent des Vosges, sont occupées par des dépôts de transports comparables, à ceux des autres bassins de la France, et on y rencontre les mêmes mammifères fossiles : c'est ainsi que dans le département de la- Moselle, on a recueilli dans le diluvium des res^ tes d'Elephas prlmigenius, de Rhinocéros tlcho — rhinuSy de Dos primigeriius, de Cervus tarandiis^ de Cheval, etc. *.

» D'Arohiac, Leçons sur la faune quaternaire, p. 32.

La vallée du Rhin est depuis longtemps connue par le dépôt de lelmi ou loess qu'on y rencontre, et qui s'élève quelquefois à une hauteur assez grande sur le flanc des montagnes, et recouvre toutes les parties basses de la vallée. C'est une alluvion jaunâtre plus ou moins sablonneuse, et elle repose sur des dépôts de transport caillouteux avec blocs. Dans la plaine du Rhin, vers le thalweg de la vallée, à la hauteur de Strasbourg, M. Rozet estime que la puissance du dépôt de transport n'a pas moins de 100 mètres, et qu'elle diminue de chaque côté en se rapprochant du pied des collines. Le terrain diluvien y présente deux assises distinctes. L'inférieure, ou la plus épaisse, est composée de sable et de cailloux roulés, provenant presque tous du grès des Vosges, et la supérieure, d'une marne jaunâtre {lehm ou loess), très-douce au toucher, faisant pâte avec Teau, se réduisant très- facilement en poussière lorsqu'elle est sèche, et dont l'épaisseur est souvent de quinze mètres.

Le lehm constitue de petits groupes de collines au pied des deux chaînes qui bordent la plaine du Rhin. Quelques-uns de ces groupes se trouvent isolés dans la plaine. Aux environs de Mulhouse, de Strasbourg et de Lauterbourg, il existe un grand nombre d'escarpements formant d^s berges assez étendues, dans lesquelles on voit

fort bien les sables avec les cailloux roulés audessous du lehm • .

Des dents et des défenses d'Éléphant et des ossements de Rhinocéros, de Bœuf, de Cheval, d'Hvène ont été trouvés vers le fond de la vallée. Des Limnées, des Planorbes, des Cyclostomes, des Succinées, des Maillots, des Hélices d'espèces identiques avec celles qui vivent encore dans le pays, se rencontrent encore dans tout le lehm, mais aucune trace de coquilles marines n'y a été signalée. La superposition des deux assises, leurs caractères et la présence des coquilles fluviatiles et terrestres dans la plus élevée, ont encore été parfaitement constatés à la carrière de Hangebieten, lors de la réunion de la Société géologique de France à Strasbourg ^. C'est donc encore, dans cette partie de la France, les mêmes couches (juaternaires avec les mêmes fossiles.

Dans le bassin de la Gironde et du Rhône, le diluvium ou terrain de transport existe aussi, et les fossiles qu'on y trouve sont semblables aux espèces recueillies dans le nord. Depuis que les recherches sont tournées vers ce terrain, on a recueilh dans presque tous les endroits des silex taillés, en sorte que nous pouvons affirmer, de la manière la plus formelle, que dans toute la

» D'Archiac, Histoire des progrès de la géologie, 1848, t. XI, U'^ partie, p. 178.

-^ UuUelin de la Soc. groJ. de France, vol. VI, p. 37, 1834.

France il existe dans les vallées un diluvium ou terrain de transport, contenant partout et dans les mêmes conditions, les mêmes fossiles mammifères. Il est bien entendu qu'il faut tenir compte des localités, pour les éléments constitutifs du terrain, et des divers accidents de déposition. Quant à la contemporanéité de ces dépôts, peut-être est-il plus probable qu'elle existe rigoureusement; mais avant d'émettre une opinion semblable, il est préférable d'attendre que l'étude comparative de ces terrains soit plus complète ; h vérité ne peut qu'y gagner.

Il serait, sans doute, opportun de donner ici qti niques explications sur l'origine du loess qui reoouvre constamment le diluvium gris, mais, nous devons l'avouer, l'origine de ce dépôt, aussi bien que du diluvium gris, n'est pas connue, elle ï^'est que présumée. Cette étude est l'objet de toutes les recherches des géologues, mais jusqu'ici la question est restée à l'état d'hypothèse. Nous ne pouvons que constater son existence, laissant au temps le soin de nous découvrir son origine certaine. Nous puiserons les renseignements que nous croyons nécessaires pour comprendre parfaitement cette formation, dans le

mémoire remarquable, publié en 1864, en anglais, par M. J. Prestwich*.

« Toutes les vallées du sud-est de l'Angleterre, dit M. Prestwich, contiennent de la terre à briques (loess). Elle forme des bancs sur leurs côtés, et souvent des lits de hauteurs variées sur leurs sommets. On en trouve la preuve dans les vallées de la Stour, de la Medway et de la Tamise. En France, ce phénomène se montre sur une grande échelle dans les vallées de la Somme, de la Seine et de leurs affluents. Ces dépôts contiennent parfois des coquilles terrestres, mais très-rarement des coquilles fluviatiles, et leur conformation est identique à celle du loess de la vallée du Rhin.

« Le loess s élève à une très-grande hauteur au-dessus du niveau des rivières actuelles ; dans la vallée de la Somme, la plus grande hauteur où l'on rencontre le diluvium gris est de 50 mètres: le loess se trouve encore quelquefois à 26 mètres au-dessus, ce qui lui donne une altitude de 76 mètres au-dessus de la rivière actuelle. Dans la vallée de l'Oise, il s'élève à 38 mètres, dans celle de la Seine à 46 mètres, et, au-dessus de Meudon, on l'a retrouvé à 106 mèlres d'altitude.

(( Les restes organiques que l'on trouve dans le

i J. Prestwich, On llie geological 'position and âge of the llinl'implemenl bearing beds and on the Loess of the soulheast of England and North-West of France {from the philosophical tra)fsactions), jiart. II, 18Gi.

loess sont communs aux graviers fluviatiles, mais ils ont un caractère dififérent, en ce sens que ce sont les coquilles terrestres qui dominent. Quelquefois le loess prend un caractère local tiré de chaque lit adjacent de craie, de sable ou de marne : il se modifie alors de façon à rendre son \Tai caractère diflBcile à distinguer. Dans quelques cas, il devient très-argileux ; dans d'autres, très-sableux ou très-crayeux. »

Pour expliquer l'origiae du terrain diluvien, les géologues sont loin d'être d'accord. Les partisans de la théorie des causes actuelles refusent d'admettre que la terre ait subi des cataclysmes, et ils sont obUgés de recourir à l'hypothèse pour expliquer la présence dans les vallées de tant de matériaux erratiques, venus quelquefois d'une distance considérable. Ils supposent donc que toutes les montagnes, même les moins élevées, étaient couvertes de vastes glaciers. Ils font descendre ceux-ci jusque dans les rameaux inférieurs de nos vallées, ou promènent sur les terres submergées des glaces flottantes chargées de pierres de toute grandeur. Les autres supposent que les dépôts diluviens ont été charriés par les eaux au moment même où nos vallées ont été creusées ; des masses d'eau boueuse, entraînant des blocs de toute grandeur, ont été déversées dans les grands sillons terrestres, en abandonnant des sédiments plus ou moins fins à mesure qu'ils se

rapprochaient des embouchures. D'autres, enfin, tout en admettant cette seconde opinion, la modifient ainsi : le terrain diluvien est dû à l'action des courants, et, dans le transport des eaux, les sédiments se seraient précipités en raison de leur pesanteur, et auraient ainsi formé la couche de diluvium gris ; la couche de loess qui recouvre les vallées et les plaines serait le résultat de la déposition successive des éléments les plus légers tenus en suspension dans les eaux. Cette opinion est la plus commode et la plus séduisante, mais, pour pouvoir l'admettra, il serait nécessaire de rendre compte de certains faits dont la solution parait très-difiQcile. La discontinuité de la couche du diluvium, qui ne s'étend pas uniformément dans toutes les vallées et les plaines, qui manque en certains endroits et quelquefois sur de grands espaces, le peu d'uniformité de l'épaisseur de cette couche : fait qui suppose une dénudation postérieure à ce dépôt, et qui, probablement, a été causé par les eaux qui ont donné naissance à la formation du loess ; il faudrait aussi expliquer au milieu de la couche diluvienne la présence de coquilles fluviatiles et terrestres en amas ou en lits, ensevelies dans des veines ou des couches de sable fin, et intercalées entre deux lits de graviers. Je sais bien que l'on en rencontre aussi dans le gravier de transport parfaitement conservées au milieu des cailloux, mais cela ne détruit pas

robjection ; comment, en effet, expliquer ces lits de sables avec coquilles si fragiles et si bien conservées, et quelquefois ces sables lignitifères avec coquilles dont Texistence permettrait de croire à la formation d'îlots verdoyants sur lesquels ces mollusques auraient vécu, pour être ensevelis plus tard sur place? Gomment expliquer l'existence de ces mêmes fossiles dans le loess? Toutes ces objections rendent très-difficile, pour ne pas dire impossible, une explication dans ce sens.

Il nous semble que le temps n'est pas encore venu de nous prononcer exclusivement pour l'une ou pour l'autre de ces hypothèses; les recherches ne sont pas encore assez complètes. Ramener la formation des couches diluviennes à des phénomènes ou à des cataclysmes, dont la puissance a dû être infiniment supérieure à celle des causes qui agissent de nos jours, serait imprudent; car on ne voit rien qui annonce évidemment de grandes perturbations dues à des causes exceptionnelles; mais cependant nous trouvons un véritable terrain de transport, déposé au fond des eaux qui tenaient les matériaux en suspension et les déposaient à la manière de nos torrents actuels, au moins en apparence, et pour certains cas. Pour être en droit de conclure que ce terrain est le résultat d'un cataclysme, il faudrait en connaître la cause originelle ; et, sur ce point, nous sommes dans la plus complète igno-

rance , il faut donc attendre de nouveaux faits. Attribuer aux causes actuelles et lentes, comme celles qui agissent de nos jours, la formation du diluvium, et accepter complètement la théorie de M. Lyell, serait non moins aventureux, car les faits sur lesquels elle s'appuie sont loin d'être aussi décisifs que les défenseurs de cette théorie sembleraient le croire. Ces deux sortes de phénomènes n'ont-ils pas pu agir simultanément en des contrées difiFérentes et produire dans un espace de temps assez limité les résultats que nous avons constatés? Je n'en sais rien, cela peut être; et, hypothèse pour hypothèse, celle-ci a autant de droit d'exister que les autres; mais nous ne devons pas nous laisser impressionner par des hypothèses non évidemment prouvées, les faits seuls doivent nous convaincre. La prudence nous conseille donc de réserver notre opinion sur ce point ; et il est plus sage d'attendre avec patience que les découvertes nouvelles et Texamen plus approfondi des faits reconnus, viennent trancher le nœud de la difficulté. Et, tout en nous abstenant de nous prononcer sur Torigine et la cause inconnue des faits, constatons ceux qui sont évidents, et évitons d'en tirer des conclusions qui pourraient tout au moins être prématurées.

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