CHAPITRE X
Cavernes à ossements. Première période de l'âge de pierre. — Cavernes du Brésil — de l'Asie — de l'Italie — de l'Allemagne — de l'Angleterre — de la France.
Cavernes de l'ours. — Les cavernes à ossements sont des cavités souterraines se prolongeant plus généralement dans le sens horizontal que dans le sens vertical, et se partageant, sur les côtés et même à différents niveaux, en un grand nombre de chambres ou de couloirs alternatifs. Selon les différents aspects qu'elles présentent, on peut distinguer, dans ces cavités, les fentes ou crevasses proprement dites, qui s'enfoncent presque verticalement sans offrir d'élargissement considérable ; les grottes qui ne sont que des cavités peu étendues, s'ouvrant à l'extérieur par une large ouverture, et les cavernes proprement dites qui offrent souvent une série de cavités réunies entre elles par des passages étroits. Les cavernes ont
souvent des dimensions considérables ; il y en a qui se prolongent sous terre à plusieurs kilomètres, et on a mesuré des salles qui ofiFraient plus de 30 mètres d'étendue en tout sens. Toutes ne sont pas au même niveau ; il faut souvent monter ou descendre avec des échelles pour passer d'une excavation à Tautre, et les passages entre elles sont parfois si étroits qu'il faut d'abord les élargir artificiellement pour qu'un homme puisse y entrer.
Le plus ordinairement on distingue, dans les cavernes à ossements, trois niveaux de sédiments superposés les uns aux autres, tous trois plus ou moins fossilifères. Le dépôt inférieur, dans le plus grand nombre de cas, est formé par une couche limoneuse avec graviers, galets, silex et cailloux roulés et quelquefois des fragments considérables de roches. Cette couche, se retrouvant presque uniformément dans toutes les contrées, semblerait indiquer qu'elle est le résultat d'un phénomène unique qui eut lieu à la même époque, ou du même phénomène qui se serait répété successivement dans différentes localités, dans les mêmes conditions et toujours par voie de transport parles eaux. Mais les cavernes se trouvent généralement à une certaine hauteur au-dessus du niveau de la mer et des rivières ; il a donc fallu que des torrents ou des amas considérables d'eau aient rempli nos vallées et que ces eaux se
soient élevées à des hauteurs très-grandes pour parvenir au niveau et au delà des cavernes et y déposer des sédiments. Si nous examinons les fossiles que nous trouvons dans le dépôt inférieur, ce sont des restes de VFAephas primigenius, du . Bos primigenius , du Megaceros hibernicus, d'Equus, Ursus spclxus, Hyœna spelœa, etc. Or, ces espèces sont exactement les mêmes que celles que nous avons trouvées dans le diluvium gris, aucune ne manque à Tappel. Ce premier fait remarquable ne nous permet-il pas de motiver cette conclusion, que beaucoup de géologues, sinon tous, partagent, à savoir que le dépôt inférieur des cavernes serait, en raison des éléments qui le constituent et de l'identité des fossiles, contemporain du diluvium gris et le produit d'une seule et même cause, pendant la même période ? N'est-ce pas, en effet, une loi rigoureuse, en géologie, que deux terrains sont contemporains, lorsque leur mode de déposition est identique, lorsque les éléments qui les constituent sont de même nature, bien que les dépôts soient séparés par des distances géographiques considérables, et surtout quand leurs fossiles sont les mêmes, appartenant identiquement à la même époque, ou lorsqu'ils sont analogues entre eux ? Il est important toutefois de tenir compte des conditions climatériques des contrées quant à la diffusion des espèces. Dès l'instant que ces êtres n'ont vécu
ni avant ni après la période diluvienne et qu'on ne les rencontre que dans un dépôt dû à un phénomène diluvien, ne doit-on pas logiquement rapporter à la même cause, la formation des couches où ils existent ? Or, c'est sur ces principes évidents que nous nous appuyons pour assimiler la couche inférieure des cavernes au diluvium gris, dans lequel nous trouvons les espèces qui, de Taveu de tous les géologues, sont caractéristiques de ces terrains.
Dans cette couche inférieure, on découvre généralement, avec les ossements d'animaux fossiles, des silex taillés de main d'homme, des ossements humains et des objets de l'industrie humaine. « Les ossements, dit M. Vogt, gisent pêle-mêle dans la couche de limon ou de gravier, sans aucune trace d'ordre ni de connexion réciproque. Les crânes sont généralement aussi bien séparés de leur mâchoire que les autres os du squelette. Les os paraissent avoir été apportés dans les cavernes plus ou moins entourés de chair, car la plupart ont conservé leurs arêtes et leurs angles vifs. D'autres, il est vrai, sont évidemment roulés et usés ; d'autres encore fendus et brisés, comme s'ils avaient été, longtemps avant leur enfouissement, exposés librement sur le sol à toutes les intempéries. Dans beaucoup de cavernes, parmi divers ossements, on en a trouvé qui avaient été rongés ou mordus. »
LE DÉLIGE MOSAÏQUE. 285
Les ossements humains sont en général semblables quant aux changements quils ont subis, quant à la couleur et au degré de décomposition, aux ossements d'animaux avec lesquels ils sont mêlés. Sur un grand nombre de débris de mammifères provenant, soit du diluvium, soit des premières couches des cavernes à ossements, M. Lartet a découvert des traces d'instrument tranchant faites par Thomme.
Au-dessus de la couche inférieure des cavernes, on trouve généralement une seconde couche dont le dépôt est plus moderne. Elle est formée d'éléments diflférents; c'est en général un limon argileux ou marne terreuse. Les restes d'Éléphants, d'Ours ou d'Hyènes n'existent plus. On ne rencontre le plus ordinairement que des ossements de Cheval, de Bœuf, de Sanglier et surtout de nombreux débris du Renne qui y domine ; ce qui a fait donner à ce dépôt le nom à' âge du Renne. Les espèces fossiles se rapprochent beaucoup des espèces actuelles, et souvent elles sont mélangées avec les restes d'animaux qui vivent encore de nos jours, tels que Renard, Chien, Chèvre, Mouton, etc., etc. Il faut donc logiquement admettre un second envahissement des cavernes par les eaux, évidemment postérieur au phénomène qui a fourni le diluvium gris.
Enfln, dans certaines cavernes, il existe une troisième couche de formation beaucoup plus
récente, et dans laquelle on ne trouve plus que des restes d'animaux actuellement vivants et des débris d'industrie humaine (poteries et instruments de silex) beaucoup plus perfectionnés que ceux qu'on rencontre dans les couches inférieures. Ce fait permet de conclure que ces cavernes ont pu, à une époque relativement peu éloignée de nous, mais assurément antéhislorique, servir de cavernes et de repaires aux animaux, et de séjour à rhomme.
D'après les silex taillés trouvés dans les difiFérentes couches des cavernes et d'après les fossiles qui y sont enfouis, on a pu distinguer deux âges de la pierre taillée : le premier comprend les silex trouvés dans le diluvium et dans les cavernes à ossements de l'Ours, de l'Hyène, de l'Eléphant et du Rhinocéros ; c'est la ])remière période de la civihsation humaine, elle appartient à l'époque quaternaire et la termine. Le second âge de la pierre taillée est l'âge du Renne, Cervus Tarandus. Alors rOurs, l'Hvène, le Wilnoccros tichorhinus et YElephas pr'unicjenius ont disparu : le Renne domine, les silex taillés accusent un perfectionnement, les instruments sont mieux traités, le travail est plus compliqué et plus parfait ; on pourrait même dire qu'il y a dans ces instruments une certaine coquetterie révélée, soit par la forme, soit par les dessins qui ont été gravés et reproduits sur les ossements d'animaux, que les hom-
mes de Tépoque travaillaient pour leurs usages personnels. On pourrait encore établir une troisième période dans Tâge de la pierre, ce serait celle de la pierre polie, qui relia Tâge du Renne à la période historique. Il est important d'expliquer, par des faits, cette division admise par les géologues dans rage de pierre ; c'est pourquoi nous croyons devoir donner quelques détails sur les cavernes de la première et de la seconde période. Les cavernes à ossements, de même que le diluvium, existent dans toutes les contrées du monde, et partout elles présentent entre elles les mêmes caractères de composition et le même mode de remplissage. Qu'il nous soit permis de parler de quelques-unes, pour prouver la vérité des principes que nous avons émis, en général, sur les cavernes à ossements.
Cavernes de V Amérique. — Dans TAmérique, les cavernes les plus célèbres et les plus connues sont celles du Brésil. Ces cavernes sont comprises entre les rivières das Vêlas et de Paraopeba, dans la province de Minas Geraes. Le pays, qui forme un plateau élevé de 600 à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer, est traversé par une chaîne d'un faible relief. Les couches calcaires horizon-
taies sont criblées de cavernes plus ou moins remplies de terre rouge semblable à celle qui constitue le sol du plateau. On y trouve un grand nombre d'ossements gisant pêle-mêle. M. Lund en a fait une étude spéciale, et il pense que quelques-uns de ces animaux peuvent y avoir vécu, d'autres y avoir été entraînés, ou bien y être tombés par accident.
La couche de limon, suivant M. Glaussen, est quelquefois recouverte de stalagmites. Dans une des cavernes, il a pu compter jusqu'à sept couches de calcaire concrétionné, et dans la terre rouge des coquilles terrestres et fluviatiles, identiques à celles qui vivent dans le pays. M. Glaussen a recueilli, sur un seul point, des fragments de poterie, couverts d'une couche mince de stalagmites, et placés au milieu d'os de Platyonix Cuvierl parfaitement conservés, et sans que le sol environnant parût avoir été remanié.
Après avoir examiné plus de huit cents cavernes, M. Lund n'a trouvé d'ossements humains que dans six, et il n'y en a qu'une seule où il ait remarqué, à côté des restes humains, des ossements d'animaux d'espèces, soit éteintes, soit encore existantes. Ce fait, quoique unique, le porte cependant encore à conclure que l'homme remonte au delà des temps historiques, et que la race qui vivait dans le pays à l'époque la plus reculée était, quant à son type générique, la
même que celle qui l'habitait encore au temps de sa découverte par les Européens. Cette race était remarquable par la conformation du front, semblable à celle des figures sculptées sur les anciens monuments du Mexique.
Les os humains étaient absolument dans le même état que ceux des animaux, soit d'espèces perdues, soit d'espèces vivantes; entre autres, des os de Cheval identiques à ceux de l'espèce actuelle, qui était inconnue aux habitants avant la conquête. Les anciens crânes humains, observés dans diverses parties de l'Europe, offraient la même dépression frontale que les crânes fossiles du Brésil, et la conformation particulière des incisives du type américain, c'est-à-dire une surface plane analogue à celle des molaires, fait qui se montre également dans les têtes des anciens Égyptiens. Les haches de pierres trouvées aussi dans les cavernes du Brésil sont identiques, suivant le même auteur, à celles que l'on rencontre en Europe. Les recherches de MM. Lund et Claussen ont fait connaître, dans la faune du Brésil, cent quinze espèces de mammifères réparties dans cinquante-huit genres. Les principaux d'entre ces genres sont les suivants : Megatheriwm, Megalonix, Mastodon, Tapirus, Equus, deux espèces de Cerfs, une Antilope, Felis, Canis, Hyœna^ etc., et enfin l'homme et des restes de son industrie : silex taillés, poteries, etc.
Cavernes d* Afrique et d'Asie. — En Afrique, à 6 kilomètres d'Alger, à Test du village de Birmandreis et à une altitude de 132 mètres, on a découvert une grotte ouverte dans le terrain tertiaire. Le sol était recouvert d'une couche de stalagmite, enveloppant des os de Cheval, de Bœuf et d'un jeune carnassier indéterminé. Dans les Etats barbares, on a trouvé un Rhinocéros indéterminé et quelques ossements du Bos primigenius; dans une grotte près de Bougie, une Antilope, un Chien, et une Hyène non déterminés spécifiquement. Entre Oran et Mers-el-Kabir, il existe des brèches osseuses qui offrent le même caractère que celles de France.
L'existence de l'âge de pierre en Egypte avait été jusqu'à présent contestée. Les faits découverts par MM. Hamy et Lenormand paraissent de nature à modifier les idées qui ont cours à ce sujet chez les égyptologues. Nous citons leurs paroles : ce Sur le plateau élevé qui sépare la célèbre vallée de Biban-el-Molouk des escarpements qui dominent les édifices pharaoniques de Deir-el-Baharî, nous avons constaté la présence d'une innombrable quantité de
silex taillés gisant à la surface du sol, dans une étendue de plus de 100 mètres carrés. Ces pierres travaillées, qui appartiennent aux types bien connus, désignés sous les noms de pointes de flèches, pointes de lances , hachettes lancéolées et amygdaloïdes , couteaux, grattoirs, perçoirs, percuteurs et nucléus, constituent évidemment les restes d'une fabrication ancienne, suivant toutes les probabilités préhistoriques et exactement comparable à ce qu'on désigne en France sous le nom d'atelier de la période néolithique.
« MM. Balard, de Quatrefages, Wurtz, Jamin, Broca, Berthelot, avec lesquels nous avons eu la bonne fortune de faire le voyage, ont été les témoins de la découverte et nous autorisent à déclarer ici qu'ils ont constaté Torigine des échantillons par nous recueillis et leur simiUtude avec les objets de l'âge de pierre d'Europe. Nos meilleures pièces seront déposées au Musée de Saint-Germain, où les savants spéciaux pourront les consulter ^ . »
Voici la Us te des ateliers superficiels de silex taillés actuellement connus en Egypte, d'après ces deux savants.
* Comptes rendus de V Académie des sciences, 22 novembre 1869. — Découverte de restes de Vâge de pierre en Egypte. Lettre de MM. E. Hamy et F. Lenormand à M. le Secrétaire perpétuel.
Ce sont, en allant du nord au sud :
« 1" Saqqarah. Cette station, découverte par M. Arcelin, lui a fourni, entre autres pièces, des grattoirs et des r&cloirs assez bien travaillés.
a 2» Neg-Salmani (Lenormand). Petit atelier dans le désert, à quelque distance de la chaîne Libyque, au nord des ruines d'Abydos. On y a observé des couteaux d'un silex blanchâtre.
« 3« Harabat-bl-Masfousseh (Hamy). Autre petit atelier, à l'ouest du grand temple de Séti pi*, au pied de la montagne. Les silex qui y ont été recueillis sont d'une p&te fine, d'un rose tendre, taillés en couteaux, etc.
tt 4" Bab-el-Molouk (Arcelin). A l'entrée de la vallée des Tombeaux, ce naturaliste a ramassé des éclats travaillés en pointes, en grattoirs, en couteaux, etc.
« 5** Gebel-Qouknah (Hamy et Lenormand). Vaste atelier de fabrication. Les silex taillés que nous avous trouvés en si grande abondance se rapportent à des types très-variés. Nous citerons en première ligne des tètes de lances, d'un curieux travail, dont certains types de la vallée de la Somme et des grottes du Moustier, etc., sont des équivalents ea France ; puis des pointes de flèches, de couteaux, avec ou sans talon; des grattoirs, des râcloirs d'une forme particulière, des percuteurs et des nucléus assez analogues à ceux du Grand- Pressigny. La pâte de ces silex est brune ou noirâtre, et d'une grande finesse.
« 6" Deir-el-Bahari, et 7" Deir-el-Medineh (Hamy). Au pied de la montagne de Thèbes, on trouve quelquefois dans ces deux localités des nucléus, des couteaux et des éclats semblables à ceux du Gebel-Qournah. Il est permis de supposer que ces instruments viennent des hauts sommets, o\i se trouveraient des ateliers encore inexplorés.
tt 8" Enfin El-Kab, où M. Ancelin a trouvé, à la base des falaises, des instrumente de diverses formes, couteaux, A^' ches, etc.
« Nous avons omis, dans celte énumération, le gisemeo' dAbou-Mauga, (jui n'est pas superliciol et dont la date es
oeut-ôtro antérioure, et coux de la plaiDo de Thèbes, où nous ivons trouvé des types bien plus anciens, comparables à ;eux de Saint-Acheul, en rapport avec de vieilles alluvions lilotiques, dont la date relative n*a encore été fixée ni par les géologues, ni par les paléontologistes *. »
En Asie, aux environs de Beyrouth, en 1864, M. le duc de Luynes, accompagné de M. Louis Lartet, a visité plusieurs cavernes à ossements, décrites il y a plus de trente ans, mais d'une manière imparfaite, par M. Botta. Ces voyageurs ont trouvé sur une plate-forme, près de plusieurs cavernes, de nombreux éclats de silex ; les fouilles qu'on y a faites ont bientôt amené la découverte de quelques débris d'ossements de ruminants. M. de Luynes a pu y ramasser lui-même de nombreux silex taillés dans la forme de couteaux, de grattoirs, etc., en tout analogues à ceux qu'on trouve en Europe.
Cavernes d'Italie. — On trouve dans le Vicentin des cavernes à ossements et des brèches osseuses. Ces cavernes ont été signalées par Fortis et d'autres naturalistes, Cuvier les cite. A 3 lieues de Vérone, il existe un très-riche gisement de mammifères fossiles. Eléphants et ruminants, etc. , dans
» Comptes rendus de r Académie des sciences, décembre 1869.
une couche concrétionnée rougeâtre et sableuse. La vallée de Ronca présente des restes de Canis et d'Auroch, la caverne de Cere (Véronais) des os d'Ursics spelœus, de Loup, de Siùspriscus, de Cerfet de Bœuf. A Selva del progno, des Felis, des Cerfs et des ossements àHJrsus spelmus\ A Gassino et à la Melfa *, on a trouvé dans une petite grotte des restes d'Hyène, H. campana, de Rhinocéros rapportés au R. Megarhimus, d'Eléphant, Eleph. meridionalis, de Bœuf, de Sios, de Cheval, d'Antilope, de Cerf (C. dama giganteus, Cuv.), de Rongeur [Lemnus) et d'Oiseau du genre Aquila. Avec ces ossements on a recueilli cinquante-sept silex, dont cinq complètement façonnés pour servir de pointe de flèche ou de lance; neuf d'entre eux paraissaient seulement avoir été ébauchés et les autres étaient tout à fait irréguliers. Près de Palma on a découvert des brèches osseuses à pâte rouge, semblables à celles du midi de la France et de Palerme.
Les roches calcaires des monts Pisani, en Toscane, présentent de vastes cavités ou véritables cavernes et des fentes, souvent remplies de ciment rougeâtre en partie spathique, enveloppant des fragments de roches et constituant de véritables brèches où se rencontrent de nombreux
^ Pilla, Saggio comparativo, etc. Pise, 1845.
2 Rendiconto délia r. accad. délie se. di Napoli,, mars 1864.
ossements. La formation de ces brèches, selon M. Savi, paraît remonter à Tépoque quaternaire, à en juger par les fossiles qu'elles renferment : ce sont surtout des ossements de Cerfs avec des coquilles terrestres. La Grotta di Molpa, au cap Palinure, contient également des os de Ruminants.
Les grottes que les savants ont explorées et étudiées jusqu'à ce jour en Sicile, sont au nombre de huit * , c'est-à-dire, trois dans le bassin de Palerme connues sous le nom de grottes San-Giro, près de More-dolce, Olivella et Billiemi ; une près de la ville de Carini, dans la Montagna limga, dite Grotta Maccagnone, et deux près de Syracuse, appelées Grotta Santa et Mandra dci Capuccini. A ces six grottes dans lesquelles on avait découvert depuis longtemps des ossements de mammifères fossiles, UrsiùS etrusaus et U. cultridens, Canis Hippopotamus, Bœuf, Cerf, Antilope, on doit en ajouter deux autres, découvertes en 1857; l'une, située à Mondello, à l'extrémité nord du Monte Gallo, est connue sous le nom de Grotta perciata. L'autre existe au nord de la Sicile, à moitié chemin entre Palerme et Messine, et précisément au pied du Monte San Fratello; elle porte le nom de Grotta San-Teodoro.
* BulL de la Soc. géol. de France, 2e série, t. XVII, p. 684. Note sur la découverte en Sicile de deux nouvelles grottes ossements fossiles, par M. Anca.
Le sol qui revêt la Grotta perciata est composé de quatre couches, la première ou la plus superficielle a 0" 50 c. d'épaisseur ; c'est une terre sablonneuse contenant des coquilles terrestres et marines, comme celles dont est jonchée la surface du sol. La seconde a 0" 10 c. d'épaisseur; c'est une terre cendreuse, très-compacte, contenant des coquilles terrestres et quelques petits ossements brisés qui happent à la langue et qu'on a reconnus pour fossiles. En même temps on y a trouvé quelques rares silex taillés en forme d'armes. La troisième couche contenait des ossements fossiles mêlés aux coquilles terrestres et à des silex taillés. Enfin la quatrième couche est un sable argileux rougeâtre dépourvu généralement de tout corps organique. Seulement dans cette couche, M. Anca a trouvé deux coquilles marines univalves des genres Murex et Fusus. Les ossements fossiles de cette grotte se rapportent aux genres et aux espèces suivants : Ccrvus, une ou deux espèces, Sus scrofa{^), Equus asinus['i). Lepus, un Crapaud et une petite espèce indéterminée d'Oiseau. Les espèces de Mollusques sont les suivantes : Patella ferruginea ou Lamarckii, P. vulgata, Monodonta fragoroïdcs, Murex BranderiSy Fusus{^), Hélix aspersa, H. Mazzuli, //. vermiculata, Bulimus decollatus,
La Grotta San-Teodoro, creusée sur 3"* 50 de
profondeur, 6 mètres de longueur et 4 mètres de largeur, a présenté la coupe suivante :
lo Couche superficielle, terre de transport 0'"40
2" Couche ossifère avec silex taillés . . v 0, 30
3" Terre avec fragments de calcaire au fond 1 , 80
4" Terre avec fragments de calcaire et dents de VEU-
phas africanus 0, 50
5" Terre avec fragments de calcaire sans corps organisés 0, 50
Les ossements rencontrés dans la première couche ossifère ont été reconnus appartenir, en général, aux animaux des genres Cervus, Equus, Sus. Les armes en pierres sont composées de roches appartenant aux phonolites et aux trachytes; leurs formes très-variées ne laissent aucun doute sur leur origine, et on peut avec certitude les regarder comme des restes de Tindustrie humaine. Ainsi, dit M. Anca, la Grotta di San- Teodoro renferme deux dépôts ossifères bien distincts par leur position, par la diversité des animaux qu'on y trouve et par la présence dans Tun de ces dépôts des armes en pierre ; de sorte que ces deux dépôts semblent appartenir à deux époques géologiques différentes. On n'a pas encore trouvé dans ces cavernes de restes de YElephas primigenius, ni de Rhinocéros tichorhinus, espèces caractéristiques de la période diluvienne ; mais les silex taillés se rencontrent avec
les ossements de Cervus, de Sus scrofa et d'autres espèces qui se rapprochent des espèces actuelles ou leur sont identiques; il serait à supposer que le remplissage de ces cavernes est postérieur au phénomène diluvien proprement dit, et marquerait tout au plus la fin de la période quaternaire, ou même le commencement de la période actuelle.
Les animaux fossiles trouvés dans cette grotte sont très-nombreux ; ils ont été détermmés par M. Lartet et appartiennent aux genres et aux espèces suivants : Hyène tachetée, Ursus, se rapprochant de rOurs brun des Alpes {Ursus arcU)s% Canis lupus, Canis vulpes, espèce plus petite que celle de France ; Porc-épic, Lepm cuniculibs, Eleplias africanus{?),Hippopotamus,nne ou deux espèces, Sus, probablement Sus scrofa, ressemblant à celui du nord de rAfriquc, Equus asinus (?), Bœuf de taille moyenne, un autre plus petit et plus élancé, Cervus : une ou deux espèces, Mouton ou autre ruminant voisin, un grand Crapaud, un Oiseau espèce indéterminée; parmi les Mollusques : Hélix aspersa, Osirea larga{l), Cardium edule.
M. Catulle a signalé successivement des cavernes à ossements dans le Bellunais, TAlpago, le Veronais et le Vicentin * . On cite encore comme renfermant des ossements les cavernes de Syracuse.
* Catullo, Caverna ossifera di Cere, etc. Padoue, 1842.
Cavernes d'Allemagne, — Dans une vallée latérale de la Dussel, près d'Eberfeld, nommée le Neanderthal, et formant un ravin sauvage enfoui dans le calcaire dévonien, on a découvert une petite grotte d'environ 5 mètres de long sur 3 mètres de large et 2°» 50 de haut, s'ouvrant sur une paroi de rochers presque verticale, à 20 mètres au-dessus de la Dussel. On y a trouvé une couche horizontale de lehm, dure comme la pierre, sans stalactites, mais avec des fragments arrondis d'une pierre brunâtre; dépôt diluvien comme il s'en trouve partout dans les cavernes ou grottes de la vallée de la Dussel, et qui, dans quelques localités comme à Sandwich et Hônnethal, renferme des os d'Ours. C'est dans cette argile à ossements, mélangés de cailloux roulés, qu'on a découvert, en août 1856, à 0,70 centimètres de profondeur, les os d'un squelette humain, étendu horizontalement dans le sens de la longueur, la tête tournée vers l'ouverture de la grotte.
Le 27 décembre 1858, dans une carrière de Dornap, et dans une fente verticale remplie d'une marne argileuse semblable à celle des cavernes de la vallée de la Dussel, on a découvert des
restes de Mammouth. Ce fait confirme l'authenticité diluvienne du remplissage de la caverne; et si ce Mammouth est bien fossile, les ossements humains le sont aussi. Les cadavres, en putréfaction, ont été évidemment flottés et charriés avec l'argile et les cailloux lorsque les eaux avaient un niveau plus élevé, et comme il n'y a aucune trace de dépôt ultérieur, l'âge de l'argile est suffisamment constaté par les os d'Ours et de Mammouth trouvés dans le voisinage et dans cette même couche de lehm ' .
L'Allemagne présente encore un grand nombre de cavernes à ossements, et toutes renferme at, à peu de choses près, les mêmes fossiles: les principales cavernes sont, en Franconie, celles de Gailenreuth, de Mockas, de Brumberg, de Bauman, au duché de Brunswick ; d'Erpflngen en Wurtemberg et de Wittlingen. Les espèces découvertes dans les cavernes de Gailenreuth et de Mockas sont : Ursus spelœus, en quantité prédominante, Mêles vulgaris, Mustela dlluviana, Canis vulpinaris , Gulo spelœus , Hyœyia spelœa, Felis spelœa, F, prisca, F. catus, Myoxus glis fossilis, Sciurus diluvianuSy Mus diluvianus major et minor, Hypudœus diluvianus major eiminor, Castor aniiquus, Cheval, Cerf, Chevreuil, Bœuf, Mouton.
Caverne de Rabenstein. — Ursus giganteus , Canis
» Garl Vogt, Leçons sur r homme, 1865, p. 347.
spelœus, Elephas primigenius, Rhinocéros tichorhirms, Equus fossilis, Cervus tarandus.
Caverne de Brumberg. — Vespertilio diluvianus, Sorex diluvianus, Talpa spelœa, Erinaceus europasus, Mêles antiquus, Mêles vulgaris fossilis, Canis spelœus, Myoxus glis fossilis, Sciurus diluvianus, Hypudaeus spelœus major, Lagomys spelœus, Lepuspriscus, Sus priscibs fossilis. Sus scrofa fossilis, Equus fossilis, Cervus elaphus, Cervus priscus, C. euryceros.
Cavernes de Bauman. — De TOurs, du Glouton, Tigre, Hyène, Chien, Cerf, Bœuf.
Les cavités verticales dans le gypse de Kôstritz contiennent, d'après Rudolphi : Taupe, Musaraigne, Marte, Belette, Renard, Écureuil, Hamster, Rat campagnol. Lièvre, Lapin, Rhinocéros, plusieurs espèces de Cerfs, Mouton, Chèvre, Poule, Hibou, Grenouille.
Dans les cavités du Zechstein, voisines de ce gisement, on a trouvé les espèces suivantes: Tigre ou Lion, Hyène, Rhinocéros, Cheval, Bœuf, Cerf, Élan.
Caverne d'Erpfingen en Wurtemberg, — Ours, Chien, Renard, Fouine, Belette, Lynx, Lièvre, Rat, SangUer, Cheval, Bœuf, Mouton.
Carrière de Wittlingen. — Ours, Loup, Chien, Renard, Hyène, Cerf, Chevreuil, Daim '.
* J. Desnoyers', Dict. univ. iHiist. nal.y t. VI, p. 37G.
La période quaternaire en Belgique est surtout remarquable par les restes fossiles déposés dans les grottes et cavernes à ossements. En 1833, le docteur Schmerling a publié un travail remarquable * devenu classique, sur les cavernes à ossements de la province de Liège. Les cavernes qu'il a explorées et dans lesquelles il a fait d'abondantes récoltes, sont très-nombreuses ; les principales sont celles de Chokier, Engis, Engihoul, celles situées sur les rives de TOurte, sur la Vesdre, la caverne du fond de forêt de Goffontaine ; toutes ces cavernes ont entre elles la plus grande analogie; elles présentent les mêmes fossiles, sauf quelques espèces qui manquent dans quelques-unes ; les deux plus riches sont celles de Chokier et de Goffontaine. Schmerling y a découvert quatre espèces de Chauve-Souris, quatre espèces de Taupe, deux de Musaraigne, deux de Hérisson; VUrsus spelxus, très-abondant à Goffontaine , Blaireau , Putois , Belette, Fouine, Chien, Loup, Renard (et variétés) , Hyxna spelœa, et //. vulgari^, Felis spelœa, F. antiqua,
1 D"" Schmerlirf^, Recherches sur les ossements fossiles découverts dans les covernes de la province de Liège, 2 vol. iu-4o. Liège. 1833.
LE DÉLUOE MOSAÏQUE. 303
F, Engiholiensis et F. catus, Ecureuil, Loir, Souris, Hamster, Campagnol, Castor, Agouti, Lièvre, Cheval, Ane, Elephas primigenius , Rhinocéros tichorhinuSf Tapir, Cochon, Bœuf, Cervus megaceros, Daim, Chevreuil, Renne, Antilope, Chèvre, Mouton; dix espèces différentes d'oiseaux. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont des silex taillés de main d'homme et des ossements humains, contemporains de ces espèces et mélangés sans aucune distinction avec elles. Il a trouvé dans la caverne d'Engis un crâne humain mêlé avec des dents de Rhinocéros, d'Hyène, de Cheval et d'Ours des cavernes. Ces débris étaient dans une couche de limon ossifère recouverte par une autre couche osseuse d'un mètre et demi d'épaisseur et remplie d'ossements de petits animaux et de dents de Rhinocéros. La couche de limon et celle qui la recouvrait étaient parfaitement intactes et n'avaient jamais été remaniées. Dans le fond de la même caverne et dans la même couche, il découvrit, à côté d'une dent à! Elephas primigenius, un autre crâne humain d'un jeune individu, une dent incisive, un fragment de maxillaire supérieure, deux vertèbres, une clavicule, des fragments de cubitus et de radius, des os du métacarpe et du métatarse, et enfin des phalanges. Dans la caverne d'Engihoul, il trouva un grand nombre de débris humains fossiles parmi lesquels un fragment de maxillaire
304 LE DÉLUGE MOSAÏQ
inférieur avec quatre molaires et usée, deux fragments de pariéta par le frottement, plusieurs vert plate, des fragments de clavicul radius, métacarpiens, métatarsie des fragments d'os iliaques et d de remarquer, avec le docteur Se ossements humains sont fragm dispersés comme ceux des esp sont dans le même état de dé général, les métacarpiens et les i les plus nombreux.
Dans plusieurs de ces caverne; a recueilli plusieurs objets grossii de main d'homme. Dans la cavi parmi des dents de Rhinocéros forme triangulaire, très-poli sur percé d'un trou; dans celle d'^ poisson grossièrement aiguisé celle du fond de forêt, dos cornoi nés de différentes manières ; enf toutes, de nombreux silex tail semblables aux silex diluviens ( en forme de haches, de pointes, couteaux.
Toutes ces cavernes à ossemei ont été explorées depuis avec 1 par MM. Malaise et Ed. Dupont contrèrent des nombreux silex
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inférieur avec quatre molaires et une incisive trèsusée, deux fragments de pariétaux à cassure usée par le frottement, plusieurs vertèbres, une omoplate, des fragments de clavicules, des humérus, radius, métacarpiens, métatarsiens, phalanges, et des fragments d'os iliaques et de tibia. Il est bon de remarquer, avec le docteur Schmerling, que les ossements humains sont fragmentés, roulés et dispersés comme ceux des espèces éteintes, et sont dans le même état de décomposition ; en général, les métacarpiens et les métatarsiens sont les plus nombreux.
Dans plusieurs de ces cavernes, M. Schmerling a recueilli plusieurs objets grossièrement façonnés de main d'homme. Dans la caverne de Chokier, parmi des dents de Rhinocéros, un os taillé en forme triangulaire, très-poli sur les deux faces et percé d'un trou; dans celle d'Engis, un os de poisson grossièrement aiguisé en pointe; dans celle du fond de forêt, des cornes et des os façonnés de différentes manières ; enfin, dans presque toutes, de nombreux silex taillés analogues et semblables aux silex diluviens de Saint-Acheul, en forme de haches, de pointes, de flèches ou de couteaux.
Toutes ces cavernes à ossements de la Belgique ont été explorées depuis avec beaucoup de soin par MM. Malaise et Ed. Dupont. Partout ils rencontrèrent des nombreux silex taillés, haches,
couteaux, pointes de flèches et grattoirs avec des ossements humains.
Dans une autre station belge, peu éloignée des précédentes, M. Ed. Dupont a découvert le type iCAurignac, Le Trou du Sureau, à Montaigle, aux bords de la Molignée, renfermait des débris d'Hyène, de grand Ours, d'Eléphant, de Rhinocéros cloisonné et surtout de Renne et de Renard, Ce gisement a fourni à M. Dupont des éclats de silex épais, larges, relativement courts et affectant toujours une forme triangulaire et d'autres instruments minces, étroits et rares; de plus une pointe de flèche longue et plate, largement fendue à la base, qui caractérise le type d'Aurignac dont nous parlerons plus loin * .
Cavernes d'Angleterre, — Il existe en Angleterre un assez grand nombre de cavernes à ossements dont nous devons dire un mot. Une série de ces cavernes et de galeries souterraines ont été découvertes à Brixham ; voici la succession ordinaire des dépôts qu'elles contiennent :
1® A la partie supérieure, un encroûtement
1 Ed. Dupont, Étude sur les cavernes du bois de Foy, à Montaigle, {Bull. Acad. roy. de Belgique, î"» série, l. XXV. p. 199. 2868.)
stalagmitique d'une épaisseur variant de 20 à 35 centimètres, et contenant quelquefois des os; par exemple, un bois de Renne et un humérus entier d'Ours des cavernes.
2*» Juste au-dessous, du limon ou terre à ossements de couleur rouge ocreuse, avec pierres anguleuses et quelques cailloux ; épaisseur de 0,60 centimètres à 4 mètres.
3' A la base du tout, du gravier avec beaucoup de cailloux arrondis.
Les mammifères fournis par la couche à ossements étaient : Elephas primigeniiùs, Rhinocéros tichorhinus, Ursus spelœus, Hyœna spelœa, Felis spelœa, Cerviis tarandus, une espèce de Cheval, un Bœuf, plusieurs Rongeurs et plusieurs autres espèces non déterminées.
On ne découvrit pas, il est vrai, d'ossements humains à Brixham, mais plusieurs instruments tranchants en silex provenant surtout de la partie inférieure de la couche à ossements ; Tun des mieux travaillés se trouva recouvert d'une épaisseur de 4 mètres de ce dépôt, on en retira encore environ quinze outils tranchants.
A Wells*, dans le Sommerset, on découvrit dans une caverne à ossements des instruments en silex ressemblant à ceux d'Abbeville et d'Amiens, associés à des restes de mammifères ;
* Lvell, Ancienneté de r homme.
entre autres quadrupèdes fossiles qui accompagnaient les restes très-nombreux de VUœyna spelœa, on découvrit les suivants: Elephas priuiigenius, Rhinocéros tlchorhinus, Ursus speladus^ Bas primigenius, Megaceros hibernicus, Ccrvus tarandus, d'autres Cerfs, Felis spelœa, Canis lupus, Canis vulpes, des dents et des os du genre Equus en grand nombre. Au milieu des ossements fossiles, il y avait des tètes de flèches en os, beaucoup de silex taillés et des fragments de Chert aussi taillés, une arme du type fer de lance d'Amiens, blanche ou décolorée, qui fut prise en place et dans sa gangue.
Les cavernes à ossements de la presqu'île de Gower dans le Glanaorgonshire, Galles du sud, ont été explorées avec soin par le docteur Falconer et E. R. Wood. Au milieu des débris, l'œil exercé de M. Falconer reconnut les restes de presque tous les quadrupèdes qu'il avait trouvés ailleurs dans les cavernes de l'Angleterre. En certains endroits, VElephas primigenius avec son compagnon habituel le Rhinocéros tichorhinus, en d'autres, VElephas antiquus associé au Rhinocéros hemitœchus (Falconer) ; les animaux éteints étaient souvent enfouis comme dans les cavernes de Belgique, dans la même gangue que les espèces vivant encore en Europe, telles que, par exemple, le Blaireau {Mêles taxas), le Loup et le Renard. Dans une fente appelée Bosco'sden, le
colonel Wood retira au moins un millier de bois de Renne. Mais la découverte de la plus haute importance est celle que fit ce savant, en 1861, dans une caverne nouvellement trouvée, nommée Long-Hole ; il y recueillit les restes des deux espèces de Rhinocéros, Rhinocéros tichorhinus ei fi. hemitœchus, dans un dépôt non remanié, à la base duquel étaient des couteaux en silex bien façonnés et portant la marque évidente du travail de rhomme. Leur position montre clairement que rhomme a été contemporain de ces deux espèces.
Depuis longtemps on connaissait et on avait exploré, en Angleterre, un grand nombre de cavernes ; celle de Kirkdale dans le Yorkshire, de Witksworth dans le Derbyshire, celle dite de Kent's-Hole, près de Torquay, au Devonshire, d'Oreston près Plymouth , d'Yeolm-Bridge au sud-est de Plymouth, de Ilutton, de Banwell et autres dans la chaîne calcaire des Mendips (Somersetshire), les fissures caverneuses do Durham Down, près Bristol, la caverne de Crawley-Rocks, près Swansea (Glamorganshire) , de Paviland , même comté, des fissures fossilifères dans le calcaire d'Aymestry, Denbigshire * .
Toutes ces cavernes appartiennent à la même
1 Buckland, Heliquiœ dUavianœ. Owen ruport 1843, et Bntish foss. mammalia. Murcliison silur sysiem., in-4**.
époque pour la déposition des fossiles; et les débris de mammifères ojit toujours été trouvés, soit dans un gravier ossifère de transport, soit dans un limon déposé au-dessus des graviers. Parmi les espèces, nous citerons comme les plus constantes : Ursus spelœus, Hyœna spelœa, Equus foà'silis, E, plicidens, Bos priscus, B, prtmigenius, Megaceros hibernicus, Elephas prlmigenius , E, antiquus , Rhinocéros tichorhinus et R. hemitœchus, Falc, Hippopotamus major, Guv., un grand Felis, etc., toutes espèces des terrains diluviens qui ont disparu entièrement de nos jours. Elles sont associées avec les espèces ordinaires des cavernes, moins importantes et moins caractéristiques. On ne cite pas de restes humains, ni de silex taillés ; il est cependant probable que Ton dut en rencontrer ; mais à Tépoque où ces cavernes ont été explorées, on ne faisait aucune attention à ces restes si intéressants de Tépoque diluvienne.
Cavernes à ossements de la France, — Le Languedoc est la contrée la plus riche de la France en cavernes et grottes osseuses, et celle qui a fourni le plus grand nombre de matériaux à la paléontologie quaternaire. En 1828, M. Tour-
310 LE DÉLUGE MOSAÏQL'E.
liai * signala à lattenlion des savants la caverne fie Bize, près Narbonne (Aude\ et le premier il constata la conlemporanéité de rhomme avec certaines espèces , les unes , aujourd'hui perdues, les autres ne vivant plus dans les contrées où on les a trouvées à l'état fossile. Les espèces découvertes dans un terrain \ierge de tout dérangement sont : des ossements de Chauve-Souris, de rOurs, du Chien, du Loup, du Renard, du Sanglier, du Cheval ; plusieurs espèces de Cerfs, du Bœuf, du Renne. M. Tournai décou\Tit aussi des dents humaines, des ossements humains, des fragments de poteries grossières, des silex taillés, des bois de Renne façonnés pour divers usages et ornés de lignes anguleuses. Les os longs des herbivores ont été fragmentés dans le but d'en extraire la moelle, et le nombre prodigieux d'éclats qui y ont été recueillis et observés, indique clairement que cette caverne était probablement une station où l'homme primitif venait chercher un refuge. On trouva aussi associées à ces débris, de nombreuses coquilles terrestres et infirmes, BuUïnus decollatus, Cyclostoma elegans, Hélix ncmoralis y Hélix nitida, Pecten jacohœus, Mytilus edulis, Natica millepunctata.
Dans la caverne de Poudres, près Sommiéres
1 Tournai, Bull, de la Soc. géol. — Annales de chimiey et Ann. des sciences naturelles, t. XVIII, 1829, p. 142.
(Gard), M. Ghristol * a signalé des ossements d'Ours, d'Hyène, de Rhinocéros, de Cheval et de Bœuf, etc. Les dépôts fossilifères touchent la voûte et remplissent complètement la caverne ; les ossements humains sont dispersés dans toutes les parties superficielles, moyennes et profondes de ces dépôts diluviens.
La caverne de Souvignargues, examinée par le même savant, présente aussi les ossements des mêmes animaux fossiles mélangés avec des ossements humains, mais dans une couche intacte de limon rouge argileux, surmontée de plusieurs lits de graviers qui alternent plusieurs fois avec du limon; le lit supérieur offre un nombre prodigieux de coquilles terrestres, les mêmes qui caractérisent le lehm des grandes vallées, selon MM. Rames, Garrigou et Filhol. Ces gisements renferment aussi des débris de poteries grossières, fabriquées avec de l'argile non lavée et paraissant séchée au soleil.
Nous ne pouvons ne pas mentionner les cavernes si célèbres de Lunel-Viel, situées à douze kilomètres de Montpellier. Ces cavités sont ouvertes dans un calcaire de la période tertiaife moyenne ou mollasse ; elles constituent plusieurs pièces ou chambres reliées par des couloirs, et
1 De Ghristol, Notice sur les ossements humains du département du Gard, Montpellier. 1829.
dans lesquelles ont été apportés successivement un limon avec gravier et dents de Squales, un dépôt limoneux rougeâtre rempli d'ossements et du sable au-dessus. Leur étendue en longueur est d'environ 140 mètres, leur plus grande largeur est de 12 mètres, et leur hauteur de 3 à 4 mètres * . Les espèces de mammifères fossiles trouvées dans ces cavernes sont très-nombreuses, et quant au nombre des espèces différentes, et quant à la multitude des ossements. Ainsi on a déterminé trente-six espèces de mammifères dont dix-sept carnassiers, quatre ou cinq rongeurs, six pachydernes , huit ruminants ; dans aucune caverne du midi de la France, la proportion des carnassiers n'a été trouvée aussi considérable. Parmi les principales espèces nous citerons : Crsus spelœus, Ilyœna spelœa, Felis spelœa, Elcphas primigenhis, Rhinocéros inclsivus et Rh, minutios, Sas priscus et S. scrofa, Equus caballus, plusieurs espèces de Cerf et de Bœuf; en outre, des oiseaux fossiles, des restes de reptiles et six espèces de coquilles terrestres mélangées avec les ossements : Cydostoma elegans, Bulimus decollatus, Hélix nemoralis, //. fruticmn^ H, variabilis, IL rhodostoma , et quelques restes d'insectes. Puis, mélangés avec ces fossiles, des ossements
* Marcel de Serres, Dubreuil et Jeanjean, Recherches sur les ossements humatiles de Lunel-Viel, in-4*'. 1839.
humains, des produits de l'industrie humaine travaillés et façonnés par la main des hommes. « Il paraît donc bien établi, dit Marcel de Serres * , que l'homme a été contemporain des espèces perdues, disséminées avec ses débris dans certaines des cavernes à ossements d'Europe. »
La caverne de Lombrive, selon MM. Rames, Garrigou ^ et Filhol, forme un immense couloir qui n'a pas moins de 4,000 mètres d'étendue ; elle présente une succession de chambres spacieuses. Parfois, ce sont des voûtes en dômes immenses ne communiquant que par des couloirs longs et étroits ; quelques embranchements latéraux viennent se rattacher à la caverne principale. Les parois et le sol présentent partout des traces non équivoques du passage des eaux diluviennes; lahauteur où ellessont parvenues est indiquée sur les parois par des stries, des sillons et des cannelures ; et, sur le sol, elles ont laissé des dépôts variés de cailloux roulés, de sable, de limon et d'argile bleuâtre. Ces mêmes dépôts se retrouvent dans les cannelures et aussi dans les petites grottes latérales , qui sont quelquefois assez élevées au-dessus du niveau du sol ; c'est là que se trouvent les ossements, et ces dépôts sont par place, recouverts d'une couche stalagmitique.
1 Marcel de Serres, Essai sur les cavernes à ossements, p. 196. * J. Rames, F. Garrigou, H. Filhol, Lhomme fossile dans les cavernes de Lombrive et de Lherme, Toulouse, 1862.
La caverne de Lherme est moins profonde que la précédente, le sol est recouvert, à peu près partout, d'une puissante couche de limon rougeâtre sans cailloux roulés, surmonté lui-même sur plusieurs points d'un glacis stalagmitique très-dur et cristallin. On y a rencontré les espèces suivantes : Ursus spelœus, Felis spelœa, Urstis arctos, deux espèces de Canis, Hyxna spelœa, Megaceros hibernicus. L'homme a fourni aussi de ses débris trouvés exactement dans les mêmes conditions que ceux des Ours et des Hyènes, des silex taillés ; plus de vingt demi-mâchoires d'Ours taillées de main d'homme, trois mâchoires d'Urstùs spelxus percées d'un trou rond dans la branche montante, un andouiller de Megaceros hibemicus, un peu appointi au sommet et grossièrement tailladé à la base ; sous la croûte stalagmatique on a rencontré de nombreuses parcelles de charbon.
Cette caverne est-elle de l'époque primitive de la période diluvienne? Les ossements à' Ursus spelœus sembleraient l'indiquer ; nous n'y rencontrons cependant ni gravier, ni cailloux roulés, mais un simple limon rouge analogue au loess.
11 existe encore dans le Languedoc d'autres cavernes remarquables, dont nous ne citerons que quelques-unes : ce sont celles de Fausan, près de Minerve (Hérault), dans lesquelles on a découvert de V Ursus spelœus, de l'Eléphant, du Cheval, etc., des restes d'industrie humaine ; ainsi, les caver-
nés de Mialet et de Joberlas (Gard), dans lesquelles, avec les mêmes fossiles, on a également trouvé des ossements humains appartenant à deux époques différentes, les uns dans le limon inférieur avec les débris d'Ours, les autres plus récents dans la terre meuble qui les recouvre ; et, pour terminer Ténumération des cavernes du Languedoc, nous mentionnerons les cavernes des environs de Meyrueis (Lozère), surtout celle de Nabrigas, celles des environs du Vigan et de Bruniquel (Tarn) ; plus au sud, dans les Pyrénées- Orientales, la grotte d'Argou, dont les dépôts et les fossiles sont complètement analogues ou identiques aux restes trouvés dans les autres cavernes.
Le centre et Touest de la France présentent plusieurs cavernes et brèches osseuses avec les mêmes ossements et dans les mêmes conditions de déposition. Au hameau des Gaves, commune de Vallières (Loir-et-Gher), M. l'abbé Bourgeois * a découvert, dans la craie de Touraine, une cavité allongée, paraissant avoir été remplie à trois reprises différentes ; la partie inférieure la plus riche en ossements est une masse argileuse ; la seconde, peu riche en fossiles, est une argile jaune ; enfin la partie supérieure, qui offre une
1 Bulletin de la Société géologique de France, 2« série, t. XX 1863, p. 206.
multitude d'ossements de petite dimension, est une alluvion sableuse contenant des cailloux roulés semblables à ceux du diluvium de la Loire. Les ossements appartiennent aux espèces suivantes : Ihjœna spelœa , un grand Felis , Canis spclœus, du Renard, du Blaireau, des ossements de Rongeurs et de Cheval très-communs, des restes très-rares de Rhinocéros tichorhinus, Sus fossiliSy Bas primigenius, deux espèces de Cerfs, dont l'une, le Megaceros hibemicus; des restes de petits Batraciens, des Poissons et des coquilles vivant encore actuellement dans le pays. Hélix lapiclda , IL nemoralis et Cyclostoma elegans. On y a trouvé aussi des silex taillés, disséminés à tous les niveaux , depuis la partie inférieure où l'on voit les plus grands ossements, jusqu'à la partie supérieure où dominent ceux de petits Rongeurs, de Batraciens, des écailles et des vertèbres de Poissons. La seule inspection des lieux suffit pour démontrer que le sol est parfaitement vierge, et que les objets travaillés n'ont pu y être introduits postérieurement par une cause quelconque*. Dans la vallée du Cher, près de Saint-Aignan,oii a trouvé, dans une cavité également dans la craie, des restes d'Eléphant, des os de Rhinocéros, de Cheval, etc. ; aux environs de Chalonne, en descendant la vallée delà Loire, des excavations
1 D'Archiac, Leçons sur la faune quaternaire, p. 71.
naturelles offrent des ossements nombreux d'Ours, d'Hyène, de Blaireau, de Campagnol, de Lièvre, de Lapin, de Cheval, de Rhinocéros Uchorhlnus, de Cerf, de Renne, de grand Bœuf, de Sanglier, etc. Les brèches osseuses de l'Auvergne sont assez connues pour que nous ne fassions que les mentionner. Sur le plateau central, nous citerons dans la formation oolithique la caverne de Lhommaize à cinq lieues de Poitiers. M. Mauduyt y a reconnu trois couches distinctes renfermant des ossements. Dans la couche la plus inférieure étaient des Pachydermes et des Ruminants (Cerf, Bœuf, Cheval, Cochon); dans la couche moyenne, des débris de Carnassiers (Lion, Tigre, Hyène ou Chien). Enfin la couche supérieure alluviale ne contenait que des petits Carnassiers, des Rongeurs dont les analogues vivent encore dans les lieux.
M. le marquis de Vibraye a examiné avec le plus grand soin les grottes d'Arcy (grotte des Fées) ; il y a découvert trois couches de dépôts naturels. La couche inférieure, dont l'épaisseur moyenne est de 1 mètre 50 centimètres, est caractérisée par la présence des espèces fossiles suivantes : Ursus spelœus, Hxjaena spelœa, Rhinocéros tichorhinus , Bos priscus ou primigenius, Equus adamiticus, La couche moyenne a 0,75 d'épaisseur; elle est presque entièrement formée de débris empruntés aux calcaires ooUthiques,
analogues à ceux dont est composée la roche ellemême des parois de la grotte (oolithe inf. et coralrag), et a beaucoup d analogie avec les brèches osseuses du midi de la France, du nord de ritalie et des côtes de la Méditerranée. Les fossiles de cette couche sont différents de ceux de la couche inférieure; on n'y rencontre plus les débris d'Ours ou d'Hyènes, mais de nombreux ossements de Ruminants. La couche supérieure est une boue où Ton ne trouve que des ossements d'animaux encore aujourd'hui vivants, notamment le genre Vulpes et le Blaireau. Les objets travaillés trouvés par M. de Vibraye appartiennent le plus souvent à un âge postérieur à la formation naturelle des trois couches. Cependant dans la couche la plus inférieure, il découvrit une mâchoire humaine * .
(f Après avoir poussé la fouille ù un mètre en avant du sol, nons trouvâmes d'abord quelques grands ossements d'Ursus spelœus, des vertèbres, tibias, péronés, radius et fémurs, et bientôt nous reconnûmes la présence d'une masse assez importante d'ossements. Il était nécessaire de préparer un emplacement pour contenir les nouveaux objets que nous allions découvrir; je quittai donc la fouille pour aller déposer à l'entrée de la grotte
1 De Vibraye, BuUelin de la Société géologique de France, 2" S(^rie, t. XVII, 1860, p. 466.
les échantillons que nous venions de recueillir. C'est pendant l'espace de ces quelques instants, qu'un ouvrier mit à jour une mâchoire qu'il m'apportait avec d'autres objets, lorsque, ayant déposé mon fardeau, je m'enfonçais de nouveau dans l'intérieur de la caverne pour y présider à la continuation des fouilles et diriger les travaux... Jugez de ma stupéfaction, lorsque je vis entre mes mains une mâchoire humaine ! Je voulus essaver d'en douter, v reconnaître une mâchoire de Singe ; mais non, le doute n'était pas permis un seul instant, car cette mâchoire, dont toutCg les alvéoles sont parfaitement visibles, était pourvue de deux de ses dents bien caractérisées ; la première prémolaire inférieure droite et la première grosse molaire du même côté Je me
hâtai d'aller constater, non-seulement le gisement, mais Y emplacement même de cet important débris, et je puis aflBrmer que la couche homogène, la couche inférieure de la caverne, était parfaitement intacte et n'avait aucunement changé de nature. »
Dans les brèches dures qui tapissent les parois d'un calcaire jurassique de Savigné, entre Givray et Ghavraux, M. JoUy a trouvé des armes en silex, des os travaillés et des ossements d'herbivores et de rongeurs ; mais rien ne prouvait encore que ces derniers appartinssent à des espèces éteintes, et, par conséquent, que la brèche fût antérieure
320 Le DELUGE MOSAÏQUE.
à Fépoque actuelle. Dans le département de la Charente-Inférieure, près de la petite ville de Pons, au hameau de Piplart, des cavernes ouvertes dans un calcaire de la craie, ont offert dans un dépôt d'alluvion de 1 mètre 50 d'épaisseur, et divisé en plusieurs lits, de nombreux ossements de Carnassiers, de Pachydermes (Éléphants, Hippopotames, Rhinocéros, Cheval), de Ruminants (Bœuf, Renne) et de Rongeurs. Dans la carrière d' A vison ( Gironde) , des ossements d'Hyène, de Blaireau, de Felis, de Marte.
Près de Châtillon-sur-Seine, M. Baudoin signala, en 1860, des silex taillés de diverses formes, disséminés à 1 , 2 et 3 mètres de profondeur dans un dépôt d'argile marneuse quaternaire. Les cavernes de Balot ont donné des restes d'Auroch et de Bœuf commun. A Plombières-lez-Dijon, les grottes contiennent de nombreux ossements de mammifères. En face de Tournon (Saône-et- Loire"!, M. Canat découvrit les défenses et une grande partie du squelette d'un Eléphant dans une argile rougeutre remplissant une fente du calcaire jurassique. Dans l'une des grottes de Fouvent-les-Bas, près deChamplitte, les restes d'herbivores se sont montrés plus nombreux que ceux des carnassiers, et constituent une sorte de brèche ; ce sont diverses parties de squelettes et des dents d'Eléphant, de Rhinocéros, d'Hyène, d'Ursus spelœiis, de Cheval, de Bœuf et de Lion. Au sud
de Besançon, les grottes d'Ossebelles, sur la rive droite du Doubs, ont fourni une grande quantité d'ossements d'Ours; celle de Gondenans, de rOurs, du Bœuf, du Su^, de la Chèvre et du Chien.
La caverne de Senteinheim , examinée avec soin par M. d'Elbos, contenait de l'Ours en quantité très-considérable, du Loup, du Renard et un ruminant de la taille d un Chevreuil. Elle renfermait des individus de tous les âges et des coprolithes prouvant que, comme les autres grottes du voisinage, elle avait dû être fréquentée par les Ours ; ce qui n'exclut pas la possibilité que les eaux y aient apporté par la suite du gravier et des cailloux qui auront contribué à l'enfouissement des restes d'animaux et au remphssage partiel de ces cavités • .
Dans la grotte de Moustier, commune de Peyrac (Périgord), MM. Lartet et Christy découvrirent des débris de l'Hyène des cavernes, du grand Ours et des lames détachées de molaires d'Eléphant, et, au milieu de ces ossements, un grand nombre de silex taillés se rapportant à ceux d'Abbeville. Deux cavernes à ossements ont été découvertes par M. Alfred Fontan dans la montagne de Ker, à Massât (Ariége). L'une d'elles', située près du sommet de la montagne, environ à 100 mètres au-dessus du lit de la vallée, appartient à l'épo-
1 D'Archiac, ioco cilaio.
que de FOurs des cavernes ; Tautre, inférieure, est située au pied de la montagne, à une élévation approximative de 20 mètres au-dessus de la rivière ; elle appartient à Tâge du Renne. Nous en parlerons plus loin. Dans la grotte supérieure, M. Fontan a indiqué deux assises distinctes; dans Tune, la plus superficielle, se trouvaient de nombreux débris de poteries, deux monnaies romaines et un poignard en fer avec des cendres et du charbon ; toutes choses révélant une habitation humaine, relativement très-récente, remontant tout au plus aux premiers siècles de la Gaule soumise à la domination romaine. L'autre assise était une terre sablonneuse parsemée de petits cailloux roulés : elle renfermait des ossements de rOurs, de THyène et d'un grand Félis {Felis spelœa), M. Fontan recueillit aussi deux dents humaines et une tête de flèche d'os de bois de Cerf. Il serait trop long de citer toutes les cavernes à ossements de la première période, car toutes les parties du monde offrent des cavernes ossifères, contenant presque toujours des traces deThomme primitif. Terminons notre énumération par quelques détails sur la célèbre grotte d'Aurignac.
En 1852, un ouvrier pratiquant une fouille dans un talus sur la pente d'une colline près d'Aurignac, avait découvert une dalle grossière placée verticalement et fermant l'entrée d'une grotte. A l'intérieur, il trouva une sorte de caveau natu-
rel dans lequel il compta dix-sept squelettes. Cette nouvelle fit sensation dans la ville et le docteur Amiel, maire d'Aurignac, donna Tordre de les inhumer dans le cimetière de la ville. Huit ans après, M. Lartet entendant parler de ce fait, visita la grotte et entreprit de la fouiller avec soin ain^ que ses abords. Sous les éboulements séculaires qui avaient masqué la dalle et recouvert la petite terrasse qui se trouvait devant la grotte, M. Lartet retrouva le sol primitif, portant encore les restes charbonneux d'un foyer ainsi que des ossements d'un grand nombre d'espèces d'animaux et des objets de l'industrie humaine. Dans la couche terreuse qui recouvrait le sol de la grotte, on trouva des ossements entiers de l'Ours des cavernes, de l'Auroch, etc., avec des sUex taillés, une arme en corne de Renne, pointue par un bout, et dix-huit petits disques ou rondelles percés dans leur milieu et formés d'une substance blanchâtre et compacte, et la partie épaisse du test d'une bucarde. Des ossements qui gisaient sur la terrasse extérieure étaient cassés de manière à mettre à découvert la cavité médullaire. On distinguait encore des entailles produites par les haches de pierre ou par les couteaux qui en avaient détaché les chairs, ainsi que des traces d'Hyènes, dont les excréments étaient encore reconnaissables ; quelques ossements portaient l'empreinte du feu.
Parmi les ossements fossiles recueillis dans ces fouilles, on cite : Elephas primigenius, Rhinocéros tichorhinus, Megaceros hibernicus, Ursus spelœus, Hyœna spelœa , Felis spelœa , Cervus tarandus, etc., etc. Aces ossements étaient mêlés de nombreux silex taillés du genre couteau, pour la plupart, et quelques-uns de forme arrondie à facettes multiples ; ils ont probablement été taillés sur place, car ils étaient accompagnés des noyaux de silex qui avaient fourni les couteaux. D'autres objets, travaillés en os et surtout en bois de Renne, ont aussi été recueillis en grand nombre. On y distingue des flèches à la tête lancéolée, sans aileron ni barbe récurrente, comme en portent celles d'un âge un peu plus récent. Un poinçon fait d'une perche de Chevreuil à tissu très-compacte et soigneusement afiQlé et apointi, plusieurs lames en bois de Renne polies sur les deux faces, une autre lame présentant sur l'une de ses faces planes de nombreuses raies transversales. Enfin une canine d' Ursus spelœus, percée dans toute sa longueur, sans doute pour en faciliter la suspension comme ornement, nous montre un travail plus compliqué, un premier essai de l'art appliqué à la représentation des formes animales ; on y reconnaît une imitation trèsimparfaite de la tête d'un oiseau ^
1 Ed. Lartet, Notice sur une ancienne station humaine.
Dans des cavités vers la base des collines gypseuses de Vaujours à Sevran et à Textrémité S.-E. de la plaine Saint-Denis, on connaît d'après les descriptions anciennes de Cuvier et de Brongniart, et d'après M. Walferdin, les espèces suivantes : Hyène, Eléphant, Cheval, Bœuf, Cerf à bois gigantesques dans des cavernes. Entre des blocs de grès éboulés de la chaîne au nord de La Ferté-Aleps, on a trouvé des restes d'Ours, d'Hyène, de Castor, de Campagnol, d'Eléphant, de Rhinocéros, de Cheval, de Bœuf, d'Auroch, de Cerf. Dans un gisement complètement analogue des environs d'Étampes, on a trouvé des ossements d'Eléphant et de Renne ; plusieurs autres gisements semblables existent dans les grès supérieurs de la forêt de Fontainebleau et sous les grès de Mortefontaine et d'Ermenonville.
Dans les puisards naturels du calcaire grossier du plateau de Bicêtre, M. Duval a découvert des ossements de Tigre ou de Lion, de Castor, Campagnol, Eléphant, Rhinocéros, Sanglier, Cheval, Chevrotin, etc. Egalement à Guivry (Aisne), au fond d'un puisard qui traversait le calcaire grossier inférieur, pour aller se terminer dans le massif des sables marins supérieurs du Soissonnais, j'ai trouvé un fémur et un iihidi de Rhinocéros tichorlnnus, enveloppés de détritus de graviers et de limon analogues au diluvium des vallées ; un peu plus loin dans la môme région, j'ai trouvé au
lieu dit la Tombe-Regnier, près Gamnont, des ossements de Bœuf, de Cheval, d'Eléphant, sous les grès éboulés des sables de Beauchamp. A Trosly-Loire (Aisne), une brèche osseuse fut remarquée dans le calcaire grossier inférieur (niveau dit têtes de chat) ; j'y ai découvert des ossements nombreux de Cheval, de Cerf, de Bœuf, d'Eléphant, d'Ours et d'Hyène.
Aux environs de Soissons, à Cœuvres, une brèche osseuse, qui avait glissé du sonunet de la colline, offre à l'examen des restes nombreux d'Eléphant, de Rhinocéros, de Bœuf, de Cheval. Les ossements et les dents d'Elephas primigenius abondent, et un grand nombre de fragments de silex, qu'à première vue plusieurs géologues ont cru reconnaître pour des silex taillés de main d'homme.
Nous aurions pu multiplier les indications de cavernes à ossements, mais peut-être aussi trouvera-t-on que nous aurions pu abréger nos exemples ; nous n'avons pas voulu nous laisser impressionner par cette pensée, afin de motiver par les faits les plus évidents notre opinion sur l'âge des cavernes et leur contemporanéité avec le diluvium gris ou les dépôts successifs de la période
quaternaire. La même conclusion que nous avons retirée de Tétude du terrain quaternaire dans chacune des contrés du globe, est tout aussi rigoureuse dans Tétude du même terrain en France, c'est-à-dire que Tépoque du remplissage de la plupart des cavernes est la même que celle de la formation diluvienne, et qu'en général on peut y distinguer et reconnaître les mêmes caractères de déposition et les différentes couches que nous avons étudiées dans l'examen du diluvium. Ainsi, nous l'avons vu, nous trouvons dans les cavernes et grottes à ossements, trois niveaux de sédiments superposés les uns aux autres, tous plus ou moins fossilifères, tous trois distincts, que nous avons également constatés dans l'étude des terrains diluviens des vallées.
Le dépôt inférieur, dans le plus grand nombre de cas, est formé par une couche limoneuse, avec graviers, galets, silex, cailloux roulés et quelquefois des fragments considérables de roches. Cette couche, qui se retrouve presque uniformément dans toutes les contrées, semblerait indiquer qu'elle est le résultat d'un phénomène unique, qui eut lieu à la même époque; ou du même phénomène qui se serait répété successivement dans différentes localités, dans les mêmes conditions et toujours par voie de transport par les eaux. Mais les cavernes se trouvent généralement à une certaine élévation au-dessus du niveau de la mer
et des rivières. Il a donc fallu que des torrents ou des amas considérables d'eau aient rempli nos vallées, et que ces eaux se soient élevées à des hauteurs très-grandes, pour combler les vallées et parvenir au niveau et au delà des cavernes et y déposer des sédiments.
Maintenant, examinons quels sont les fossiles qu'on rencontre dans le dépôt inférieur des cavernes ; ce sont des restes de VEIephas primigenius, de Rhinocéros tichorhinus, de Bos primigenius, de Megaceros hibernicus, à'Equus, etc. ; or, ces espèces sont exactement les mêmes que celles que nous avons citées dans le diluvium gris, nulle ne manque à l'appel. Ce point remarquable ne nous permet-il point de motiver cette conclusion que beaucoup de géologues, sinon tous, partagent, à savoir que le dépôt inférieur des cavernes serait, en raison des éléments qui le constituent et de l'identité des fossiles, contemporain du diluvium gris, et le produit d'une seule et même cause, opéré pendant la même formation? Et n'est-ce pas une loi rigoureuse en géologie, comme nous l'avons établi dès le principe, que deux terrains sont contemporains lorsque leur mode de déposition est identique, que les éléments qui les constituent sont de même nature, bien qu'ils soient à des distances géographiques quelquefois considérables ; et surtout quand leurs fossiles appartiennent identiquement à la même époque,
OU sont analogues entre eux, en tenant compte des conditions climatériques des contrées, quant à la diffusion des espèces ? Dès Tinstant que ces êtres n'ont vécu ni avant ni après la période diluvienne, et qu'on ne les rencontre que dans un dépôt dû à un phénomène diluvien, ne doit-on pas logiquement rapporter à la même cause, la formation des couches où ils existent ? Or, c'est sur ces principes évidents que nous nous appuyons pour assimiler la couche inférieure des cavernes et, en général, toutes les couches des grottes où nous trouvons des restes à*Elephas primigenius, de Rhinocéros iichorhinus, Ursus spelœus, Hyœna spelœa, Bos primigenius, Megaceros hibernicus, etc., au diluvium gris, dans lequel nous rencontrons, sinon tous, au moins quelques-unes de ces espèces qui, de l'aveu de tous les géologues, sont caractéristiques de ce terrain.
Dans les cavernes, on trouve généralement audessus de cette couche inférieure, ainsi assimilée au diluvium gris, une seconde couche dont l'âge est plus moderne, formée d'éléments différents ; en général, de limon, argile ou marne terreuse. Alors on ne retrouve plus, si ce n'est dans quelques localités exceptionnelles et accidentellement, des restes d'Eléphant, d'Ours ou d'Hyène ; mais assez souvent du Cheval, du Bœuf, du Sanglier, du Renne, se rapprochant beaucoup plus des espèces actuelles, et mélangés souvent
avec les restes d'animaux qui vivent encore de nos jours, Renard, Chien, Chèvre, Mouton et des rongeurs, etc., etc. Il faut donc admettre logiquement un second envahissement des cavernes par les eaux, mais évidemment postérieur, et peut-être de beaucoup, au phénomène qui a formé le diluvium gris. Nous trouvons également dans les vallées un dépôt limoneux, Loess ou Lehm, d'une puissance quelquefois considérable, reposant immédiatement sur le diluvium gris. Serait-il téméraire d'assimiler à ce dépôt de Loess, évidemment postérieur au diluvium gris, la formation de la seconde couche qui rempht les cavernes, surtout si Ton veut bien se rappeler que dans le Loess, on rencontre des espèces de coquilles exclusivement identiques à celles qui vivent de nos jours ?
Enfin, dans certaines cavernes, il existe une troisième couche de formation beaucoup plus récente et dans laquelle on ne trouve plus que des espèces d'animaux actuellement vivants, des débris d'industrie humaine, tels que poteries, instruments de silex, beaucoup plus perfectionnés que ceux que Ton rencontre dans les couches inférieures (nous examinerons plus loin cette question), ce qui permet de conclure que ces cavernes ont pu, à une époque relativement peu éloignée de nous, mais assurément anté-historique, servir de cavernes ou de repaires aux ani-
maux et de séjour à Thomme ; c'est ce qu'il est permis de conclure provisoirement de l'étude de ces cavernes, d'après les données nombreuses et certaines que la science nous fournit.
Nous avançons, on le voit, dans notre sujet; nous avons retrouvé le terrain diluvien dans toutes les contrées du globe, il y présente partout les mêmes caractères ; les cavernes, les grottes et les brèches osseuses sont partout aussi dans des conditions identiques, et jusqu'ici nous n'avons rencontré dans l'étude du terrain quaternaire rien qui soit opposé aux traditions mosaïques. D'après le récit biblique, l'homme apparaît le dernier sur la terre préparée à l'avance pour le recevoir ; on ne devra donc espérer retrouver des traces de son existence que dans les terrains les plus superficiels. Or c'est ce qui a lieu, nous l'avons vu, et si Ton veut bien se le rappeler, lorsque nous avons donné les lois de Tapparition des êtres sur la terre, nous avons dit que les êtres apparaissaient dans les formations successives, plus perfectionnés à mesure que Ton se rapproche de l'époque actuelle. Jusqu'à l'époque quaternaire, l'honmie n'a laissé presque aucune trace de son existence; ce n'est donc qu'à cette époque et pendant cette formation qu'il est répandu sur la terre*; c'est bien ce que nous révèle la Bible.
* On a trouvé depuis quelques années des restes de l'homme
Quand il y eut passé un temps plus ou moins long, un bouleversement, un cataclysme, une inondation subite ou successive (on lui donnera le nom que Ton voudra, là n'est pas la question que nous avons à traiter en ce moment), l'homme disparait, de nouvelles couches se déposent, couches de transport, formées par l'envahissement des eaux, en sorte que ses restes demeurent enfouis dans ce dépôt. N'est-ce pas là la preuve de cette parole de Moïse, que Dieu a perdu l'homme dans les eaux ? Examinées en général, la parole de Dieu et la révélation mosaïque se trouvent donc conflrmées par la science : c'est-à-dire qu'à une époque reculée de nous, Thomme a été victime d'une inondation.
et de son industrie dans les terrains pliocène, miocène et éocène supérieur ; le fait paraît incontestable, mais il ne contredit nullement la réalité d'un déluge universel. Ces découvertes ne pourraient tout au plus servir qu'à faire reculer l'époque de l'apparition de l'homme sur la terre, mais elles ne contredisent point le récit biblique, comme nous le verrons plus loin dans le chapitre où nous examinerons la chronologie de la Bible. (Voir le Monde et V Homme 'primitif selon la BlhUy par M«»" Meignan.)