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CHAPITRE XI

Ancienneté de l'homme sur la terre. — Ossements humains et silex taillés dans le diluvium gris. — Mâchoire et ossements humains de Moulin-Quignon. — Gontemporanéité de l'homme avec les espèces perdues d'animaux.

L'homme existait-il avant le dernier cataclysme et la dernière révolution qui a bouleversé la terre ? A-t-il vu d'autres animaux que ceux qui vivent encore maintenant dans les mêmes pays que lui? habitait-il une surface terrestre autrement conformée qu'elle ne Test depuis les temps historiques, et a-t-il survécu à des révolutions qui ont détruit une foule d'animaux? Cette question était encore il y a peu de temps niée absolument. Cuvier avait décidé que la présence des restes humains accompagnant les ossements d'animaux éteints, n'ayant nulle part été démontrée; que les faits invoqués à cet égard ne reposant que sur des erreurs, et que le squelette humain pétrifié.

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trouvé à la Guadeloupe dans, des couches calcaires, étant enfoui dans un calcaâ'»^ptaft£QNm«t encore de nos jours, il n'y avait aucunementBM^ songer à l'existence d'hommes fossiles contem^ porains d'espèces animales éteintes. Gonune 3 arrive toujours, lorsqu'une autorité bien établie a prononcé un arrêt, les faits qui furent découverts par la suite n'obtinrent pas l'attention qu'ils méritaient; on les mit de côté, on les traita comme des erreurs dont on avait déjà fait justice, et qui, malgré cela, reparaissaient à distance. Bref, m maintint ainsi la négative, croyant avoir écarté tout ce qui pouvait se rapporter à l'homme fos** sile. Depuis un quart de siècle cependant, la rencontre fortuite, en différents points de l'Europe, d'os d'homme ou d'ouvrages de ses mains, associés dans les brèches et les stalactites des cavernes à des restes d'Hyènes, d'Ours, d'Eléphants ou de Rhinocéros, tous appartenant à des espèces disparues aujourd'hui, ont donné à penser que la date de l'apparition de l'homme devait être reportée bien plus loin en arrière qu'on ne l'avait imaginé jusqu'ici. D'autre part, une certaine défiance s'empara naturellement des savants qui raisonnent, et l'on n'admit guère la validité des preuves que l'on mettait en avant. Toutes ces cavernes avaient bien pu être habitées à différentes époques : Thomme y avait trouvé non-seulement une demeure, mais même un lieu de sépul-

ture favorable ; d'autres excavations avaient pu être envahies par les eaux débordées de certaines rivières, en sorte que les restes des êtres vivants qui avaient peuplé la contrée à différents âges, avaient pu se trouver ensuite mélangés par le courant et confondus dans le même dépôt. Cependant, quelques savants avaient toujours protesté contre ce mode facile d'explication, et continuant avec persévérance leurs recherches malgré le peu de foi que Ton accordait à leurs découvertes, ils défendaient avec talent leurs conclusions de la coexistence de l'homme avec les espèces perdues, se fondant sur le seul examen des fossiles des cavernes. Nommer MM. Tournai, Christel, Schmerling, c'est dire assez avec quelle conscience et quelle sagacité ces découvertes ont été faites.

Mais, selon la pensée de M. Lyell*, « nous trouvons sur la surface de l'Europe et à une hauteur médiocre au-dessus des cours d'eau actuels, généralement à moins de 12 mètres, mais quelquefois beaucoup plus haut, du gravier, du sable ou du limon, contenant des os d'Éléphants, de Rhinocéros, de Cheval, de Bœuf et d'autres quadrupèdes, les uns disparus, les autres vivants, appartenant en grande partie à la faune des ca-

* Lyell, Ancienneté de ïhomme 'prouvée par la géologie 1864, p. 93.

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vernes. La plus grande partie de ces dépôts contient des coquilles fluviatiles * . On s'est naturellement demandé pourquoi, puisque Thomme était contemporain de la faune des cavernes, ses restes et les objets travaillés par lui ne se trouvaient jamais dans les dépôts à ciel ouvert de gravier fluviatile contenant la même faune. Pourquoi faudrait-il donc que le géologue en quête de renseignements sur l'ancienneté de notre race, ne pût s'adresser qu'aux retraites obscures des voûtes et des tunnels souterrains, qui ont pu servir de lieu de refuge ou de sépulture à une suite de générations d'êtres humains ou d'animaux sauvages, ou dans lesquels les inondations ont pu accumuler et confondre dans une même brèche osseuse, les témoins de plusieurs faunes successives? Pourquoi donc ne trouvons-nous pas la môme association des os de l'homme à ceux des mammifères éteints ou vivants, au point où nous pouvons traverser les dépôts en place et les examiner au grand jour ? »

1 M. Lyell pense que, sans aucun doute, ces dépôts ont été accumulés dans le lit d'auciens cours d'eau. Ces anciens lits do rivière ont depuis longtemps été mis à sec, depuis que les courants qui les occupaient ont changé de place en creusant les vallées et souvent en entamant leurs flancs pour les élargir. C'est la conséquence de sa belle théorie des causes actuelles.

Ce fut M. Boucher de Perthes, savant archéologue d'Abbeville, qui le premier résolut ce problème. Dès Tannée 1839, il avait découvert, dans le diluvium d'Abbeville, des silex taillés de main d'homme, enseveUs avec des ossements de Rhinocéros, d'Eléphant, d'Ours, d'Hyène, de Bœuf, de Cerf, etc. ; ces objets, il les rencontrait à différentes hauteurs dans la couche diluvienne, dans le sable et le gravier et notamment dans les couches qui se trouvaient au contact de la craie blanche sous-jacente. L'auteur, dès Tannée 1847, publiait, dans le premier volume de ses Antiquités celtiques, le résultat de ses recherches ; mais on y fit peu d'attention d'abord, on regardait ses découvertes comme le fruit d'une imagination exaltée. Quelques personnes cependant examinèrent les tranchées d'Abbeville pendant Thiver, mais leur examen fut un peu superficiel, on était sous une impression défavorable et le doute persista. La formation de ces silex fut attribuée à des cassures accidentelles et à la fraude des ouvriers ; le terrain avait pu être remanié, et les silex travaillés avaient été mêlés ainsi, aux os d'Eléphants postérieurement, après la disparition de cet animal.

Nul ne fut plus incrédule que le D"^ RigoUot, il

combattit d'abord avec vigueur les condusions de M. Boucher de Perthes, lorsqu'enfin, après s'être décidé à visiter Abbeville, il chercha luimême des silex travaillés dans les sablières d'Amiens. Ses recherches furent couronnées de succès et^ en moins de quatre ans, il recueillit plusieurs centaines d'échantillons de ces outils, la plupart à Saint-Acheul, dans la banlieue et au sud-est d'Amiens. Il se hâta de faire connaître ces résultats au monde savant par un mémmre enrichi d'excellentes figures des objets travaillés et des couches traversées. Les coupes étaient dues à H. Buteux, savant distingué, auteur de ht Des-^ cription géologique du département de la Somme, d'une capacité irrécusable pour un travail de cette nature. Le D' RigoUot établissait clairement, dans ce mémoire, que les silex travaillés ne se trouvaient ni dans le sol arable, ni dans l'argile à briques immédiatement inférieure et contenant des coquilles terrestres et fluviatiles, mais encore bien au-dessous dans le gravier siliceux, généralement à 3'° 50, à 6 mètres ou à 7°* 50 au-dessous de la surface, exactement comme M. Boucher de Perthes l'avait depuis longtemps observé à Abbeville; il prouva également que le terrain qui contenait ces restes de l'industrie humaine était vierge de tout remaniement postérieur. Le fait était donc évident, et la conclusion légitime fut que ces outils et ceux qui les avaient fabriqués

étaient contemporains des mammifères éteints, enfouis dans les mêmes couches.

Dès lors, cette découverte ainsi constatée fit grand bruit dans le monde savant ; de nombreux géologues français et étrangers voulurent, par eux-mêmes, étudier le fait et le consacrer de la valeur de leur autorité. Citer les noms de MM. Hébert, Lartet, Albert Gaudry, Geoffroy Saint-Hilaire, de Quatrefages, Littré, Alph. Milne- Edwards, Desnoyers, Delesse, de Vibraye, Delanoue, Tabbé Bourgeois, etc., et parmi les étrangers MM. Lyell, Falconer, Prestwich, Evans, Carpenter, Busk, etc., qui tous furent d'un avis unanime, ne sufiBt-il pas pour prouver d'une manière irrécusable Tauthenticité de la découverte, et l'existence de Thomme et des objets de son industrie au sein du diluvium gris ? La chose était donc jugée et elle est demeurée telle ; personne maintenant ne pourrait exprimer à ce sujet le moindre doute sans s'exposer à nier l'évidence. Et le fait n'est pas isolé; comme nous l'avons indiqué plus haut, partout où le diluvium existe on a découvert des silex taillés. Tous ces faits ne sont-ils pas suffisants pour prouver l'existence de l'homme antédiluvien? Mais, ajoutait-on, des ossements humains n'avaient pas encore été rencontrés dans le diluvium. Cette découverte, il faut l'avouer, n'était désormais que secondaire et d'une importance très-grande sans doute, mais

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relativement moindre : car dès Tintant que l'on trouvait des silex travaillés, ne pouvant &i aur^ cane manière être supposés des lusus nakirœ, il &llait bien admettre l'existence d'ouvriers pour les &conner. Cependant la preuve ne se fit pas longtemps attendre. Au mois d'avril 1863, M. Boucher de Perthes annonçait à l'Académie des sciences la rencontre qu'il avait fiûte, dans le diluvium de Moulin-Quignon, d'un côté de la mâchoire inférieure de l'homme fossile, enfouie dans une couche de gravier à près de 5 mètres au-dessous du sol, avec plusieurs silex tn^vaiUés. Voici la succession des couches telle que l'a relevée M. Boucher de Perthes, de haut en bas.

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