‹ Accord de la Science et de la religionChapitre 24 sur 29 · Boue de craie sur laquelle repose le lit de sable argi · texte numérisé non relu

Boue de craie sur laquelle repose le lit de sable argi

leux noir à une profondeur de cinq mètres au-dessous de la superûcie.

« La mâchoire d'Abbe ville, dit M. de Quatrefages*, est dans un état remarquable, elle ne paraît pas avoir été roulée, l'extrémité de l'apophyse coronoïde elle-même est intacte. Ce fait doit faire penser qu'elle n'est pas venue de bien loin ; l'avant-dernière molaire seule est conservée, l'alvéole de la dernière qui a été perdue pendant la vie est fermée, les autres alvéoles ouvertes sont remplies de sable. La mâchoire est colorée en bleu noir, comme le sable environnant et les haches qui s'y trouvent. La conformation de la mâchoire ofiFre beaucoup de singularités ; l'angle que fait la branche montante avec la branche horizontale est très-ouvert, la branche montante est elle-même très-large et basse, la tête articulaire excessivement ronde et le bord postérieur quelque peu recourbé en dedans. La face interne de l'os présente ainsi au-dessous de la ligne oblique une sorte de canal ou mieux de large gouttière, s'étendant jusque dans le voisinage du menton et sensiblement plus prononcée que dans une mâchoire moderne...

« J'ai recherché à ce point de vue les faits que pouvait m'ofifrir la galerie d'anthropologie; j'ai trouvé des traces très-marquées d'inversion, en dedans de l'angle de la mâchoire, chez un Bengalais,

* De Quatrefages, Note sur la mâchoire humaine découverte par M. Boucher de Perthes dans le diluvium d'Abbeville^ présentée à r Académie des sciences, le 20 avril 1863.

un Javanais, un Bellovaque : des indices seulement chez un Lapon, une jeune négresse et une momie égyptienne ; en revanche, une momie égyptienne âgée et un Néo-Calédonien m'ont montré ce trait très-prononcé, et chez un Malais de Batavia, il est aussi caractérisé que dans notre fossile, ou peu s'en faut. Ainsi, diverses races humaines présentent presque tous les degrés de ce caractère : mais en même temps le caractère inverse se présente dans la majorité des individus de toutes les races... « Grâce à M. Lartet j'ai pu comparer déjà cette mâchoire à une portion médiane du même os, recueilUe par lui, dans les débris de la grotte d'Aurignac, et au corps du même os découvert par M. de Vibraye dans la grotte d'Arcy. M. Pruner- Bey voulut bien se joindre à M. Lartet dans l'examen comparatif que nous fîmes de ces restes précieux. Sur tous les points, nous nous trouvâmes être du même avis. Dans les portions qui leur sont communes, ces trois os présentent de légères différences, mais aussi des ressemblances. Ainsi le canal ou gouttière dont je parlais tout à l'heure, se reconnaît sur la mâchoire d'Aurignac, comme sur celle d'Arcy, quoiqu'il paraisse peutêtre moins accusé sur la première. Quant à la mâchoire d'Abbeville, elle nous a paru à tous les trois être celle d'un individu très-probablement âgé, et en tous cas de petite taille, ou approchant tout au plus de la taille moyenne.

« J'ajouterai que, dans cette mâchoire, rien ne vient absolument à Tappui des idées soutenues par quelques esprits aventureux, et qui feraient descendre l'homme du singe par voie de modifications successives. Cette mâchoire est plutôt faible que forte ; tout en elle rappelle Thomme, et elle n'a rien de la physionomie féroce, qu'on me permette l'expression, qu'offre parfois la même partie du squelette dans les races actuelles.

« En résumé, il est facile de constater, entre les mâchoires inférieures d'individus et de races de nos jours, des différences autant et plus marquée^ qu'aucune de celles qui distinguent la mâchoire d'Abbeville de plusieurs des mâchoires faisant partie des collections du Muséum. En d'autres termes, ces différences, sur tous les points, rentrent dans les limites de variation actuelles * . »

La mâchoire d'Abbeville est donc bien réellement une mâchoire humaine, le doute n'est pas permis, et nous avons voulu rapporter textuellement les paroles de M. de Quatrefages au sein de l'Académie des sciences, afin de ne pas affaibUr la force des preuves. C'est ce qui résulte des nombreuses discussions au sein de ce corps savant : des expériences sur la composition chimique du corps, sur les altérations qu*il a dû subir pendant

* De Quatrefages, Note sur la mâchoire humaine découverte par M. Boucher de Perthes dans le diluvium d'Abbeville, présentée à r Académie des sciences, le 20 avril 1863.

son long enfouissement ont été faites par M. Delesse, et le résultat de ces comparaisons et de ces analyses fut toujours le même ; donc il n'est pas permis de douter de la réalité de la mâchoire humaine d'Abbeville.

Cependant des doutes ont été élevés, surtout par les savants anglais, et aussi par quelques géologues français sur Tauthenticité de cette mâchoire, et surtout de son gisement. Il fallait donc constater ce point d'une manière certaine. Une commission est formée, composée de géolo- ^gues et de paléontologistes distingués qui avaient déjà pris part aux discussions, désireux d'obtenir de nouvelles lumières sur les points en litige : de ce nombre étaient MM. Hébert, de Vibraye, x\lbert Gaudry, Tabbé Bourgeois, Delanoue, Garrigou, Milne-Edwardset Alph. Edwards, Bertet le docteur Vaillant.

Ces savants arrivèrent à Timproviste à Abbeville, et Ton lit avertir M. Boucher de Perthes, qui vint bientôt rejoindre la Commission à laquelle se réunirent MM. Falconer, Prestwich, Busk, Lartet et Delesse. On fit exécuter des travaux en présence de la Commission; on ne tarda pas à rencontrer sur place, à une profondeur de plus de 4 mètres au-dessous de la surface du sol, un silex travaillé en forme de hache, et, avant la fin de la journée, on en avait découvert quatre autres. Ces instruments de l'industrie humaine reposaient au

milieu d'une couche analogue à celle dont on avait extrait la mâchoire. Sur les cinq haches ainsi obtenues en présence de vingt personnes, et dontrauthenticité était, par conséquent, indiscutable , il y en avait quatre qui ressemblaient exactement à celles que M. Boucher de Perthes avaient trouvées dans la couche noire. Immédiatement au-dessus de cette couche noire, on retrouva plusieurs lits très-minces de sable grisâtre à quelques centimètres du niveau où la mâchoire avait été rencontrée; aussi Texistence de ce sable grisâtre dans l'intérieur de Tos humain qui avait pu fournir un argument contre la nonauthenticité de la découverte de M. Boucher de Perthes, devenait tout à coup la preuve la plus forte de son séjour prolongé dans le lieu où il avait été trouvé.

« Le désir d'arriver à la connaissance de la vérité, dit M. Milne-Edwards, rapporteur de la Commission, était l'unique sentiment dont étaient animés tous les paléontologistes qui, de Londres et de Paris, s'étaient rendus à Abbeville pour étudier la question ; et dès que l'obscurité dont le sujet était d'abord entouré disparut ainsi, tous les membres de cette réunion d'amis adoptèrent la même opinion. Écartant toute idée de fraude, ils ont reconnu de la manière la plus franche qu'il ne leur paraissait plus y avoir aucune raison pour révoquer en doute l'authenticité de la découverte

faite par M. Boucher de Perthes d'une mâchoire humaine dans la partie inférieure du grand dépôt de gravier, d'argile et de cailloux de la carrière de Moulin-Quignon. »

Nous voyons apparaître et disparaître successivement plusieurs espèces d'animaux fossiles, d'abord le grand Ours des cavernes seul et dominant, puis, de compagnie avec YElephas primigenius, le Rhinocéros tichorhinuSy le Renne, l'Auroch ; c'est ce que l'on rencontre dans les cavernes les plus anciennes, telles que celles d'Aurignac, de Belgique, etc., etc. L'Ours des cavernes a disparu plus tard, on ne le retrouve plus dans les couches supérieures ; on peut donc considérer ce dépôt des cavernes comme le premier âge de l'époque diluvienne.

Une seconde époque succéderait et pourrait être regardée comme contemporaine du loess ; YElephas primigenius et le Rhinocéros tichorhinus ayant disparu, le Renne et l'Auroch auraient seuls alors dominé, mélangés avec des espèces plus rapprochées des espèces actuelles, et dont auparavant on n'avait pas encore constaté l'existence. Enfin, dans les autres cavernes, le Renne et l'Auroch ayant disparu à leur tour, en partie dans nos con-

Irées, on se rapproche des époques historiques ; ce serait la troisième époque, celle des habitations lacustres de la Suisse et des Kjôkken-môddings du Danemark, auxquelles nous consacrerons quelques lignes plus loin.

Voilà les conclusions rigoureuses auxquelles les faits que nous avons cités nous ont amenés logiquement : trois âges certains et différents du remplissage des cavernes. Or, si Ton veut bien se le rappeler, nous avons distingué dans l'époque diluvienne trois époques ou plutôt trois successions de couches : 1° le diluvium gris avec ossements d'Elephas primigenius, Rhinocéros tichorhinus, Cervus tarandus, Bos primigenius et peutêtre Vrsus spelœus. Tous les dépôts du diluvium sont-ils contemporains, ou appartiennent-ils à la même formation? Nous n'osons pas nous prononcer, l'avenir seul nous indiquera le temps qu'ils ont mis à se former et la cause de leur déposition. Il est bien prouvé cependant qu'ils sont de la même période puisque partout on rencontre les mêmes fossiles. 2° La couche de loess qui recouvre le diluvium et qui lui est évidemment postérieure, déposée dans d'autres conditions, avec disparition des anciens fossiles, et apparition des espèces analogues ou identiques aux espèces actuelles ; le loess peut correspondre au second dépôt des cavernes, et probablement à l'âge où le Renne et l'Auroch dominent seuls. 3® Enfin, le

diluvimn rouge plus récent que le loess qu'il surmonte ; nous trouvons, en effet, des cavernes à ossements où, dans la couche supérieure, on ne rencontre plus que des espèces d'animaux modernes. Ces conclusions nous paraissent parfaitement établies par les faits que nous avons cités et rapportés pour les dépôts des vallées et les fossiles des cavernes. Quant à Tapparition de rhomme, elle est prouvée d'une manière aussi certaine.

L'homme existait avant le remplissage des cavernes, puisque l'on y retrouve de ses restes, des ossements humains mélangés dans les couches inférieures avec ceux de VlJrsus spelœus, de VHxjxna spelœa, Rhinocéros tichorhinus, Elephas primigenius. Or, ces ossements présentent les mêmes altérations ; ils existaient donc à l'époque où vécurent ces animaux, puisque les débris de l'industrie humaine, tels que silex, couteaux, etc., ont été retrouvés dans la couche inférieure des cavernes. C'est un des faits les plus prouvés, les plus évidents. Et ces restes n'ont pas été seulement rencontrés dans une seule région du globe, mais dans toutes les contrées de la terre. Ainsi nous avons constaté leur existence dans les

cavernes de rAmérique, en Asie, aux environs de Beyrouth, où M. le duc de Lhuynes a trouvé un grand nombre de silex taillés dans des cavernes à ossements diluviens ; en Europe, dans toutes les contrées où l'on rencontre, d'une manière évidente, la présence d'ossements humains et de produits de Findustrie humaine dans les mêmes cavités du sol, avec des milliers d'ossements d'animaux qui n'existent plus. Mais avançons dans cette étude et précisons d'une manière plus complète la question. La contemporanéité de l'homme avec les espèces éteintes semble résulter de l'étude que nous avons faite des cavernes. Mais, dirons-nous avec M. Desnoyers ^ cette contemporanéité de l'espèce humaine et de races détruites dans les contrées qui sont devenues, depuis, la Gaule, la Germanie, la Belgique ou la Grande-Bretagne, remonte-t elle aux temps antéhistoriques , à l'établissement des premières sociétés aborigènes ou de plus anciennes colonies d'origine orientale? Serait-elle plus rapprochée encore de l'époque actuelle, du temps où des sources historiques plus certaines peuvent venir contrôler ces témoignages de la géologie? En un mot, les Éléphants, les Rhinocéros, les Hippopotames, les Hyènes, les Tigres, les Lions, des Ours grands comme des

> G. Desnoyers, Dict, univ, dHist, nal., article Grottes, p. 396.

Chevaux, les Rennes de Scanie et plusieurs autres espèces de mammifères ; les unes des contrées intertropicales, les autres des régions les plus septentrionales, ont-ils existé sur le sol de la Gaule et des autres contrées voisines en même temps que rhomme? Leur existence s'y est-elle continuée non-seulement jusqu'à Tépoque où des tribus encore sauvages et de races inconnues en étaient les seuls habitants, mais encore jusqu'après la conquête de ces pays par les Romains ?

La réponse à ces questions est facile à faire actuellement, et d'après Texplication et les développements que nous avons donnés sur les cavernes à ossements. Il est certain qu'il faut rejeter avec raison l'hypothèse ancienne, qui attribuait les innombrables débris d'Éléphants enfouis dans les terrains de transport de la Gaule et de l'Italie aux Eléphants de l'expédition d'Annibal, ou à ceux qui firent souvent partie des armées romaines. Par conséquent, nous sommes rejetés à une époque bien antérieure : il est bien certain que les Gaulois connurent l'Auroch, César en parle dans ses Commentaires; cette espèce habitait dans la forêt Hercynienne, elle a disparu de la France depuis longtemps, et elle s'est réfugiée dans les forêts de la Lithuanie; mais les Gaulois du temps de César ont-ils chassé l'Hyène et le Tigre, ont-ils VU dans leurs marécages les Eléphants, les Rhinocéros et les Hippopotames? Assurément non;

car dans la couche la plus superficielle des cavernes, où l'on a découvert des vestiges gaulois ou romains, jamais on n'a rencontré que des espèces actuellement vivantes, associées à ces débris historiques; ce n'est que dans des couches plus anciennes, et par conséquent antérieures, qu'il existe des espèces perdues. L'homme était donc contemporain de toutes ces espèces perdues. En effet, dans toutes les cavernes que nous avons examinées dans les dépôts d'Aurignac, de Goffontaine, de Gaylenreuth, d'Erpfingen, de Paviland, de Burrington, dans toutes les cavernes de France que nous avons citées, on retrouve des restes humains et des silex taillés mélangés avec les ossements à'Ursus spelœus , à!Hyœna spelœa , d'Elephas primigenius, de Rhinocéros tichorhinus dans les mêmes conditions, sans remaniements postérieurs, recouverts souvent par d'autres couches plus récentes, et dans presque toutes les cavernes, d'une couche stalagmi tique très-épaisse. L'homme vivait donc à la même époque, et n'est pas arrivé postérieurement, puisque l'on voit sur les os de ces mammifères des entailles faites évidemment de main humaine ; et que l'on trouve au miUeudeces ossements des silex taillés, preuves évidentes de son industrie. Il existait en même temps et non postérieurement à ces espèces, puisque les ossements humains sont dans le même état d'altération ou de conservation que les

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restes des mammifères, ce qui n'aurait pas lieu si rhomme n'était arrivé que bien longtemps après. Dans la grotte d'Arcy, par exemple, la première couche fossilifère la plus inférieure où se trouvait rhomme, est recouverte d'un dépôt épais, évidemment postérieur et complètement distinct. Donc rhomme était contemporain de FOurs des cavernes, et cela nous parait prouvé de la manière la plus évidente.

L'homme était aussi contemporain des espèces fossiles du diluvium gris, telles q\ïElephas primigenius, Rhinocéros tichorhiniùs, Cervus tarandus, Megaceros hibernicus, puisque journellement on rencontre des silex taillés et des traces certames d'industrie humaine avec ces mêmes espèces d'animaux fossiles, non pas seulement dans un seul endroit, mais partout, et toujours dans un terrain vierge, non remanié. Ces silex se trouvent à différentes hauteurs, disséminés dans la masse et toujours accompagnés des ossements des espèces diluviennes. Ce fait est encore prouvé de la manière la plus évidente ; et, pour confirmer surabondamment cette vérité, la découverte de la mâchoire humaine et d'ossements de Thomme à MouUn-Quignon, trouvés dans les circonstances que nous avons rapportées, et dont l'authenticité ne peut être attaquée désormais, est venue convaincre les plus incrédules de la réalité de l'existence de rhomme antédiluvien, et de sa contem-

poranéité avec les espèces de mammifères fossiles du diluvium gris * .

Nous avons prouvé plus haut que toutes les couches du diluvium gris étaient de la même formation, en examinant leur mode de dépôt, les éléments de leur composition, et les fossiles qu'ils renferment. Nous n'avons osé dire qu'elles s'étaient déposées simultanément sous l'influence des mêmes causes, nous avons réservé notre jugement, laissant à l'avenir le soin de prononcer sur cette question. Ce qu'il suffit de constater, c'est que le diluvium est un terrain de transport présentant partout les mêmes caractères, mais peut-être formé par des causes différentes selon les contrées. Est-il dû simplement à l'effet des glaciers ? Gela paraît être certain pour la forma-

1 La découverte d'ossements humains dans le diluvium gns de Moulin-Quignon n'est pas un fait isolé. On en a trouvé un grand nombre dans beaucoup d'endroits que nous aurions pu citer; ainsi, en 1868, M. E. Bertrand a découvert un crâne humain dans une carrière à Clichy, près de Paris; d'autres débris ont été trouvés dans les bas niveaux de la vallée de la Seine, dans des carrières situées sur le chemin de la Révolte, sur la route de la Chaumière, etc., etc. Si nous ne parlons que de la célèbre mâchoire trouvée par M. Boucher de Perlhes, c'est que l'authenticité do ce fait a et» établie de la manière la plus évidente.

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tion du drift de rAmérique et des contrées boréales de l'Asie et de l'Europe ; mais jEaadraitil attribuer cette même cause à tous les cas du diluvium ? Nous ne le pensons pas ; il est encore prématuré de se prononcer. Est-ceà uneffetdes débordements immenses et des inondations qu'il &udrait ramener en certains cas le phénomène diluvien ? Gela pourrait être probable pour nos contrées, et, en général, pour les contrées centrales et méridionales. Ces deux causes, les glaciers et les débordements ou inondations, ont-elles agi simnltanément? Rien jusqu'ici n'indique le contraire d'une manière certaine, mais rien non plus ne nous permet de tirer des conclusions directes. Les eaux dans lesquelles le diluvium a été déposé étaient-elles simplement fluviatiles, et les dépôts sont-ils exclusivement d*eau douce pour parler comme les géologues, ou exclusivement marins, ou fluvio-marins ? L'une ou Tautre de ces hypothèses doit être admise, selon les contrées où Ton étudiera le diluvium gris. Ainsi, dans certaines contrées, où jamais on n'a découvert de fossiles marins, on est en droit de conclure, jusqu'à ce que de nouvelles découvertes viennent démentir ces faits, que la formation en a été exclusivement fluviatile. Dans d'autres, au coiitraire, les fossiles trouvés dans le diluvium sont exclusivement marins, il faudra donc admettre Taction exclusive de la mer. Enfin, il est bien avéré que

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dans plusieurs contrées, Taction des eaux douces et des eaux marines a eu lieu simultanément, et, ce qui le prouve, c'est la rencontre d'espèces marines et d'espèces terrestres ou d'eau douce mélangées indistinctement dans les mêmes localités; cet effet se voit surtout dans les régions qui avoisinent nos mers actuelles, et quelquefois assez avant dans les terres. Ainsi, à Saint-Aéheul, à Menchecourt, à Abbeville, etc., on a découvert, dans le diluvium gris, des coquilles marines, telles que Bucclnum v/ndatum, Cardium edule; il y a donc eu évidemment mélange sur ce point des eaux marines et des eaux douces. Ce fait n'est pas isolé : à Paris, on découvrit, en 1779, en creusant les couches diluviennes, dans la rue Dauphine, un fragment considérable de la tête d'une Baleine. M. Gratiolet a décrit, sous le nom à' Odobenotherium Lartetianvmi, un fragment de crâne d'un grand carnassier marin se rapprochant du Morse, trouvé probablement dans les assises diluviennes de Montrouge. Paul de Berville a souvent rencontré dans le diluvium, des coquilles marines actuelles, telles que LMorina Uttorea, Buccinum vm,daium, avec des débris d'Eléphants. A Soissons, nous avons trouvé nous-même, dans le diluvium gris, deux Cardium edule et un Buccinum wfidatum. Plusieurs faits semblables ont été cités dans d'autres localités ; il est donc permis d'admettre que les eaux douces ont agi seules en cer-

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tains cas, que dans d^autres, elles ont été mélangées aux eaux marines, et que, sur d'autres points, la mer seule a formé certaines coucha.

Mais on pourrait nous demander comimenl et en quel espace de temps ces eaux différentes ont agi, ou en d'autres termes, si toutes lès couches de dilvA)ium sont synchroniques sur tout le globe, si elles se sont déposées simultanément ou successivement, et quelle a été la durée de chaque dépôt ? Sur cette question nous garderons une sage et prudente réserve. Il serait téméraire de se prononcer pour l'une ou pour l'autre des hypothèses nombreuses qui ont surgi de toutes parts. Attendons prudemment que la science soit plus éclairée, que les faits soient mieux constatés ; un temps viendra, où, tous les nuages qui enveloppent encore la science, disparaîtront et s'évanouiront pour laisser resplendir la vérité. Au moment marqué par la Providence, le voile se déchirera, et alors nous apercevrons et nous reconnaîtrons tout entière la vérité de la parole divine.

Nous avons constaté de la manière la plus certaine un fait prouvé par la géologie, Texistence de rhomme avant Tépoque diluvienne; survint une révolution, comment? Je l'ignore; par quelles causes? Nous n'en savons rien, nous l'entrevoyons à peine ; mais nous n'en voyons pas moins les effets. Nous avons montré qu'il existe dans toutes les contrées du monde un terrain de

transport dont Torigine ne remonte pas au delà des premiers temps de Tapparition de Thomme sur la terre, formation nouvelle, alors que les mammifères, les derniers venus, dominaient sur le globe. Nous avons dit que parmi ces espèces, les unes n'ont pas survécu à cette formation diluvienne, d'autres ont persisté ; Thomme a été victime de ce phénomène, et Ton retrouve ses restes mélangés avec ceux des grands mammifères antédiluviens. Voilà le fait, et sans nous arrêter à des considérations théoriques, à des hypothèses prématurées de formation, nous disons avec les preuves : Thomme a assisté à ce grand fait et en a été victime.

Or si nous ouvrons les livres saints, nous y lisons : aux premiers âges du monde, Thomme, après avoir vécu un certain laps de temps sur la terre, a assisté à une grande inondation; toute la terre a été couverte d'eau; et les hommes ont été engloutis à Texception d'un petit nombre. Sur ce point donc la parole de Moïse, parole révélée de Dieu, est d'accord avec la science. Au siècle dernier et au commencement de notre siècle, on se moquait de Moïse, le déluge était relégué parmi les fables. Si le déluge de Noé avait réellement eu lieu, disait-on, est-ce que l'on ne retrouverait pas des traces de l'homme dans les couches qui attestent une formation diluvienne récente ? Or, ajoutait-on, ces restes n'ont pas encore été

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découverts : donc ce rédt est une fiible, propre tout au plus à satisfiadre la csrédnlité des fenunes et des enfants. Et appuyée sur ce raisonnement si faible, comme sur un roc inébranlable, llmpiété tiiompbait, sûre de n*ètre jamais forcée dans ses retranchements. Qu*est-il arrivé? Au moment où, glorieuse de sa victoire, elle s'apprêtait à de nouvelles luttes, la lumière se fadt, Fhomme anté* diluvien est découvert, la victoire se diange en une défetite.

Terminons ici ce chapitre par ces conclusions logiques et rigoureuses : 1* Fhomme a existé avant la formation du dUuvium; 2* il a été victime aussi du phénomène diluvien; 3® il a été contemporain des espèces perdues et vivait avec VUrsus spelmus, YElephas primigenius , le Rhinocéros tichqrhinus, le Megaceros hihemicus, etc., et il dominait en maître sur tous ces animaux.

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