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CHAPITRE XIII

Cavernes du Renne, second ûge de la pierre taillée. — L'homme préhistorique. — Habitations lacustres de la Suisse. — Kjôkkon-môddings du Danemark (débris de cuisine). — Terramare et palalitte do ritalio. — Tourbe.

Cavernes du renne, — Les cavernes de la seconde période de la pierre taillée sont trèsnombreuses, mais nous n'en mentionnerons que quelques-unes. Elles sont caractérisées, avonsnous dit, non-seulement par la nature de leurs sédiments, mais surtout par les fossiles qu'on y rencontre. Et d'après l'opinion de tous les géologues le dépôt qu'elles contiennent serait postérieur à la formation diluvienne proprement dite. En effet, on n'y rencontre plus aucune trace des mammifères qui appartiennent à cette formation, tels que : Elephas primigenius^ Rhinocéros tichorhinus, Ursus spelœus, Hijœna spelœa; ce sont des espèces qui se rapprochent davantage des

espèces actuelles, quand elles ne se confondeià pas avec elles, et l'espèce la plus dominante, celte qui a donné son nom à cette période, c'est te Renne, Cervus tarandu^, dont les restes sont innombrables. Avec les ossements on trouvé um quantité inouïe de silex taillés, des instruments en os de Renne ou d'autres animaux sur lesquds souvent on a découvert des dessins remarquâmes. Nous avons dit que M. Alfred Fontan avait découvert à Massât deux cavernes, l'une supérieure, se rapportant à l'époque de Y Vrsus spelasuSy l'autre inférieure beaucoup plus récente ; c'est de (^Ileci que nous devons nous occuper. Cette deuxième grotte présentait un sol formé d'uxie terre noirâtre et de gros cailloux roulés. 11 n'y avait ni cendres ni charbons, ni autres vestiges d'habitat humain, que ceux fournis par un certain nombre de têtes de flèches, de harpons, d'aiguilles fabriquées avec des os ou des bois de Cerf, et accompagnés d'éclats de silex taillés dans le type des couteaux. Les os des mammifères qui dominaient étaient ceux de FOurs actuel [Ursus arctos), du Cerf, du Chamois, du Bouquetin, quelques rares débris du Bœuf, et une molaire de Sanglier. Le morceau le plus curieux que M. Lartet ait recueilli, est un andouiller de Cerf cassé et percé d'un trou rond, destiné sans doute à en faciliter la suspension comme ornement. En avant de la cassure on distingue très-bien le profil de la tête d'un animal

dont la gueule est entr'ou verte. Le dessin assez correct représente une tête d'Ours. Cette figure est gravée en creux avec un instrument à pointe un peu aiguë. Les lignes de profil paraissent avoir été tirées d'un seul trait avec une grande sûreté de main. L'emploi de hachures pour marquer les ombres en avant de Tœil et à la mâchoire inférieure témoigne déjà de certaines notions acquises dans les artifices du dessin. Cette grotte de Massât est totalement différente de celle d'Aurignac ; elle n'appartient pas à l'époque du diluvium. En effet, à Aurignac, l'homme se trouve avec toutes les espèces perdues ; dans la caverne inférieure de Massât, il n'y a plus, comme représentant de la faune diluvienne primitive, que l'Auroch ; et s'il est évident, selon la pensée de M. Lartel, et tout porte à le croire, que la disparition des espèces dites diluviennes a été, non pas simultanée, mais graduelle et successive, il a dû s'écouler un très-long intervalle entre les dépôts fossilifères des deux cavernes.

A 50 minutes de Finale, sur la route de Gênes à Nice, dans le mont de la Capra-Zoppa, on voit une vaste caverne dans laquelle M. Issel a fait d'intéressantes découvertes. La première chambre ou salle de cette caverne contient une terre noirâtre dont l'épaisseur varie entre quelques centimètres et 1" 20 ; dans cette couche il y a des cendres et des fragments de charbon, des os hu-

maiiiset d'animaux, des coquilles marines, d^ instruments en os et des poteries» Le& oaa^Miâl appartiennentà deux époques fort difTér^ites. Im dâms de deux squelettes humains, un léoiur de Bœuf et quelques restes de gallinacées gisaat {nés de la surface du sol et peu altérés, ^sont certaÉ^ ment de date très-récente. Les autres os, {dus oa moins altérés dans leur poids et dans Imst ct^ttf / et en grande partie brisés, sont beaucoup plus anciens. Ce sont les ossements d'hérbivcnres qm dominent : des os de Mouton, deCSbèvre, deBo^ d'assez petite dimension, de Cerf; un fhigineBt de défense de Cerf qui semble brisé par la mai& de rhomme, une mâchoire de Gfaien, et desosdd* ments d'oiseaux. Les os longs des ruminantu sem* blent avoir été cuits et cassés longitudinalement : quelques-uns offrent à leur surface des traces évidentes de raclures. Les ossements humains sont fragiles, légers, bleuâtres et calcinés au feu. En outre les incrustations qui se trouvent à leur superficie contiennent des empreintes et des entailles qui semblent avoir été faites avec des instruments taillants et pointus, et des râcloirs. Les abondants débris d'animaux, la profusion des fragments de poteries, la quantité de charbon indiquent clairement que Thomme a fait un long séjour dans cette grotte, ce qui est confirmé par la présence de poteries détériorées par un long usage, et par l'épaisseur du dépôt plein de débris

organiques. Il n'a point été découvert d'armes en silex ou d'objets d'ornements. Vers l'extrémité d'une des salles de la caverne, les fouilles ont mis à jour quatre ossements taillés en poinçons. A peu de distance, il y avait un morceau de pierre ponce; il portait certaines rainures étroites et allongées qui peuvent faire penser qu'il a servi à aiguiser les os taillés en poinçon • .

M. Alph. Milne-Edwards découvrit près de la petite ville de Lourdes, dans les Hautes-Pyrénées, une caverne à ossements qui aurait servi de station humaine. « Les premiers coups de pioche, dit cet auteur, mirent à jour de nombreux fragments d'os et de mâchoires, se rapportant principalement au Cheval, à l'Auroch et au Renne. Ce fut surtout au centre de la grotte, au pied d'un gros fragment de rocher, où le jour pouvait facilement arriver, que Ton en trouva un amas considérable, au milieu duquel nous pûmes recueillir quelques instruments en os pointus et polis. Nous eûmes bientôt l'explication de cette accumulation. En effet, les ouvriers après avoir creusé un peu plus profondément rencontrèrent de grandes plaques d'un grès fissile rougi par le feu ; au-dessous se voyaient encore quelques débris charbonneux, puis le sol calcaire de la grotte. Nous venions de découvrir le foyer où les habitants primitifs de ce

* A, Issel, Di una caverna ossifera. Milan, 1804.

4(K) LE DELUÔE ICÔSAÏQÛ£.

lieu faisaient évidemment cuire les chaiis dtt animaux qu'ils venaient de tuer à la éhasse, E& eiiaminant avec attention quelquesmns des fragments d'os et de mâchoires trouvés auprès de ce foyer, il était facile d'y reconnaître de pertes parcelles de cendres et de charbon ; une mâchoire de Renne, entre autres, en présentai! les tiaoes ks plus évidentes. On continua à creusa ^ à feailler la presque totalité de la surface de là cavelme. €n trouva un fragment de crâne humain B;gifmàsmai à un individu adulte, etdes pièo^ osseib^sise rapportant à diverses espèces. » L'hoâuxHl^ ébat représenté par un individu; avec M on ttoun des ossements de Renard, de Ghei^, umeid fragment de Sanglier, de Cerf, de Chamois, de Bouquetin, et surtout de nombreux ossements de Renne et d'Auroch. La plupart des os et surtout ceux de Cheval, d'Auroch et de Renne, portaient des traces bien évidentes faites par le tranchant des instruments. Tous les os longs étaient cassés probablement pour en extraire la moelle. Parmi les objets façonnés de main d'homme, il faut citer un assez grand nombre de fragments de silex, presque tous petits et présentant le mode ordinaire de cassure qu'on appelle couteaux ; quelques-uns étaient encore parfaitement effilés et pouvaient être comparés à de véritables lancettes. Il est à remarquer que, parmi les ossements trouvés dans la grotte de Lourdes, aucun ne peut se

rapporter aux espèces domestiques, ce qui semblerait prouver une antiquité très-grande ; on n'y trouve aucune trace de V Ursus spelœus, du Rhinocéros tichorhinus, de VElephas piimigenius, types caractéristiques des assises diluviennes ; elle est donc postérieure à ces dépôts. « La grotte de Lourdes, dit M. Alph. Milne-Edwards, était probablement habitée vers la fin de Tépoque diluvienne, on peut approximativement lui donner l'âge du loess ; elle est plus moderne que la station d'Aurignac où se rencontrent les Ours, les Rhinocéros et les Eléphants. Elle est contemporaine de la couche moyenne d'Arcy, mais plus ancienne que la caverne de Massât, et surtout que les habitations lacustres de la Suisse et que les Kjôkkenmôddings du Danemark où le Renne n'existe plus, quoique à raison de la rigueur du climat, cette espèce ait dû s'y conserver plus longtemps que dans le midi de la France * . »

Des traces de l'âge de pierre correspondant probablement à l'époque des habitations lacustres ont été découvertes dans le sol des cavernes de la vallée de Tarascon par MM. Garrigou et Filhol : et particulièrement dans celles de Pradières, de Bédeilhac, de Sabart, de Niaux, d'Ussater, de Fontanet ^. Dans la caverne de Bédeilhac, on a

4 Alph. Milne-Edwards, Annales des sciences naturelles, 4e série, t. XVII.

^Comptes-rendus de l'Académie des sciences ^ vol. LVII,

402 Lfi J}ÛMùn MOSâÏQUB.

trouvé un fragment de Boeof préseutaul sm modification peu altérée du crâne de Taneien Bm primigenius, des mftchoires de Bœuf e^ trto-^pi^aiid nombre; des grottes de Niaux, probableifite^ du &)s primigenius, et d'autres se raïqpFoelMiat du Bos frontosus, des ossements et qu^kfitm asteagales d'un Bœuf de petite taille pas plus grand que le Boauf des tpariHères \Bos brackyùérw èè Riitimeyer) ; des ossements de Mouton> voôain da Mouton des tourbières, des ossetnônt^ de &^èm à canons très-gréles et très-éteneés, {dus ncffioi^ breux que ceux de Moutons, comme celft a fieii pour les habitations lacustres, du CSiaBK^ dfi Bouquetin, plusieurs mâchoires se rapportant au Cervtos elaphus, du Chevreuil^ du Chiea tf^-s^nblable à notre Chien d'arrêt, du Sv^, plusieurs crânes identiques à celui du Sus paltostris des habitations lacustres ; quelques pièces se rapportant probablement au Sus scrofa férus. M. Riitimeyerpense que Ton doit rapporter tous ces ossements à rage de la pierre postérieur au terrain diluvien ou des habitations lacustres. Dans la terre qui en constitue le sol, on a rencontré, à une certaine profondeur, des restes de foyer, des cendres, du charbon, de os cassés et fendus pour en extraire la moelle, d'autres calcinés, des amas

p. 839, 1863, et d'Archiac, Cours de Paléontologie siraUgra" phique, 2« partie, 1864, p. 445.

à* Hélix nemoralis ayant dû servir à la nourriture des habitants, des objets divers travaillés en os de Bœuf, de Mouton, etc., tels que des poinçons, des pointes de flèches et de lances, des fragments de silex, des schistes siliceux taillés en grattoirs, et d'autres usés en forme de couteaux, des haches en leptynites et en serpentine, des meules piquées conmie celles de nos moulins, en granité, en syénite et de diverses grandeurs, des fragments de quartzite taillés et de nombreux débris de poteries grossières, dans la pâte desquelles on reconnaît les grains de quartz, les paillettes de mica, etc.

La plus intéressante des découvertes de cavernes postérieures au diluvium est celle de la grotte des Eyzies, commune de Tayac (Dordogne), faite en 1864 par MM. Lartet et Ghristy. Cette grotte présentait, dans une brèche recouvrant le sol en plancher continu, un amalgame d'os fragmentés, de cendres, de débris de charbon, d'éclats et de lames de silex taillés sur des plans différents, mais toujours dans des formes définies et souvent répétées, avec une association d'autres outils et armes travaillées en os ou bois de Renne. Tout cela avait dû être saisi et consolidé en brèche dans l'état originel du dépôt et avant tout remaniement, puisque des séries entières de vertèbres de Renne et des assemblages d'articulations à pièces multiples se trouvent maintenus et con-

serves exactement dans leurs conaeidons anato^ miques ; les os longs et à cavités médoUairai shïïA seuls détachés et fendus ou cassés dans ua j^ uniforme, c'est-à-dire évidemment à riatoiiti0B d'en extraire la moelle. Cette grotte, dit M. Lartet, dont Fouverture se Isrouve à 35 mèfa-es aurdessos du niveau du cours d'eau le plus voi^, la Bmn^ renfermait aussi beaucoup de caiUoux et de fi^« ments de roches étrangères aubasiân de cette petite rivière, et qui ont dû y être introduits par rhomme. Quelques-uns de ces cailloux assez volumineux, principalement ceux de granité, sont aplatis dans un sens, arrondis dans leurs contours et creusés en dessus d'une eavité plus ou moins profonde, laquelle porte les traces d't]upi frottement répété.

Il y avait aussi dans la grotte des Eyzies de nombreux fragments d'une roche schistoïde assez dure, et sur deux plaques de cette roche, MM. Lartet et Ghristy ont pu discerner des représentations partielles de formes animales gravées en profil. Sur Tune de ces plaques, c'était l'avanttrain d'un quadrupède probablement herbivore. Sur l'autre, une tête à naseaux nettement accuses, à bouche entr'ouverte. Les silex taillés existaient en nombre très-considérable, particuhèrement les nv^lei ou blocs-matrice , d'où l'on détachait, sans doute par percussion, les éclats façonnés à diverses intentions. Le type couteau y

est très-commun et aussi le mieux travaillé; des grattoirs à tête arrondie et retaillée à petites facettes obliques, de petites lames très-effilées, quelquefois aplaties ou triangulaires et terminées par des pointes aiguës, ayant pu être employées comme poinçons, aiguilles ; des flèches de bois de Renne relevées de chaque côté de plusieurs barbes récurrentes et alternes se sont montrées aux Eyzies, comme dans beaucoup d'autres stations du même âge. Dans la faune des Eyzies on remarque la prédominance des restes du Renne, accompagné du Cheval, du Bœuf, du Bouquetin et du Chamois; le Cerf commun était à peine représenté par quelques débris, et TÉléphant par un fragment de défense portant des traces de travail humain. Une incisive d'homme et un fragment de mâchoire humaine rapportable à un individu de petite taille, ont été trouvés dans des fragments de la brèche.

Outre les brèches et les dépôts ossifères qui ne sont pas rares dans les cavernes du Périgord, on rencontre aussi sur certains points, au pied des grands escarpements des calcaires crétacés, des accumulations de débris organiques analogues à ceux qui ont été observés dans Tintérieur des grottes. Ce sont encore des os d'animaux alimentaires, toujours fendus ou cassés de la même manière et constamment associés à des silex taillés également, très-nombreux, et des pièces sculptées

406 UE nÉLims mosaïque.

ou ciselées représentant des fcmnes a^tiio^ Dans tous ces dépôts, les restes du Beniii^ s»^ aussi très-abondants. Parmi toutes çes^ statlcnu; extérieures, trois ont été spécialement eiq^oi^ par MM. Lartet et Ghristy; deux dans 1^ eœa^ mune de Tayac, aux lieux dits Laugerto-Hmite et Laugerie-Basse, et la troisième diuos la oommuse de Turzac, sur un emplaceo^t rural connu dmSi le pays sous le nom de la Maddaine. Ces stati<»^ sont toutes dans la vallée de la Yézère et à peu de distance de cette rivière.

De l'examen approfondi et minutieux des

grottes, des cavernes et des stations extérieures du Périgord, MM. Lartet et Ghristy adoptent les conclusions suivantes : « Une race aborigène ou non a vécu dans cette région qui fut plus tard le Périgord, en même temps que le Renne, TAuroch, le Bouquetin, le Chamois, etc., espèces animales dont certaines sont présentement refoulées dans des latitudes extrêmes, et d'autres à peine représentées par de rares descendants sur les cimes des Pyrénées et des Alpes.

« Ces peuplades d'aborigènes ne connaissaient point remploi des métaux ; leurs armes et leurs outils étaient tantôt en pierre simplement taillée

. et polie, tantôt en os ou en cornes solides d'animaux façonnés pour divers usages.

« Us vivaient des produits de la chasse et de la pèche; ils mangeaient les mammifères que nous venons de citer comme leurs contemporains, et aussi le Cheval qui paraît avoir été pour eux un animal alimentaire de prédilection. La chair des oiseaux et des poissons entrait également dans leur nourriture.

« Aucun animal ne paraît avoir été domestiqué par eux ; pas même le Chien que nous voyons plus tard le compagnon habituel de l'homme dans tous les pays et à tous les degrés de la barbarie.

« Outre la chair des animaux ils utilisaient aussi leurs peaux ; nous avons remarqué au bas des cornes du Renne, là où la peau est trèsadhérente, les traces des incisions qu'ils y pratiquaient pour l'en détacher.

« Pour rejoindre ces peaux entre elles ou pour les façonner en vêtement, ils devaient les coudre ; nous avons retrouvé leurs aiguilles, faites aussi en bois de Renne et percées pour recevoir le fll de couture ; enfin au bas de la jambe de ces mêmes Rennes, d'autres incisions très-significatives nous révèlent qu'ils y coupaient les tendons pour les fendre et les diviser en fils, comme le font encore de nos jours les Esquimaux.

« Leurs objets de parure, leurs ustensiles

408 LE DÉLUGE MOSAÏOUE.

ornés de façons si diverses et queIqudPœ& ïvee^ une régularité symétriqtte> témoignent ^ Imm instincts de luxe et d'un certain degré de cultŒce des arts. Leurs dessins et leurs sculpture noi» en fournissent une manifestation plus él^ée par la manière dont ils ont réussi à reproduire- b^ figure des animaux leurs contemporains.

<K Personne, nous le siq)posons, ne sonjgsmk contester la valeur de ces déductions; dlas res*^ sortent d'évidences matérielles ^ i>

Nous aurions pu multiplier les faits, citer m plus grand nombre de cavernes «t le résultat 4e leur examen eût été le même, c*est^-dire, ta; preuve évidente qu'après la formation du cKte^' viv/m gris, ou la période de VUrsn^ spelmtés^ àè YHys^na spelsea, dé YElephas primigeniiùs, etc., il s'est écoulé un temps plus ou moins long, pendant lequel le loess se serait déposé, et les cavernes que nous venons de citer auraient été remplies. Mais ces dernières sont-elles contemporaines du loess? Quelques géologues l'admettent, d'autres les regardent comme postérieures : il serait difficile de se prononcer ; ce qu'il y a de certain, c'est que ces cavernes témoignent d'une haute antiquité et que leur remplissage a précédé de beaucoup les âges historiques. Elles accusent

1 Ed. Lariet et Chiisty, Lhomme fossile dans le Périgord. {Revue archéologique, avril 1864.)

une époque tout à fait primitive, un âge de pierre taillée, où le Renne, qui, depuis des siècles, a disparu de nos régions, était le commensal et le compagnon de Thomme.

Ce ne sont pas les seules preuves de Tancienneté de Texistence de Thomme, et qui rejettent la formation du dlluvium gris à une distance que nous ne pouvons apprécier quanta présent. Outre ces dépôts, il existe encore d'autres faits qui ont précédé de beaucoup les temps que nous appelons historiques, et dont la découverte a ému le monde savant, et augmente considérablement la distance qui nous sépare de la période quaternaire. Ces faits, dont on n'avait pu même jusqu'ici soupçonner Texistencé, prouvent que bien avant l'arrivée des premières peuplades révélées par l'histoire, certaines contrées de l'Europe avaient encore été habitées par des aborigènes dont l'origine se perd dans la nuit des temps. 11 faut donc constater et étudier ces faits, qui sont destinés à jeter une grande lumière sur l'histoire du monde primitif. Ils viennent, en effet, combler l'immense hiatus qui existait dans les annales de l'humanité entre les origines primitives des peuples et les temps historiques ; aussi cette période a-t-elle été justement nommée la période préhistorique ou antéhistorique. La plupart des savants pensent que les cavernes de l'âge du Renne, dont nous venons de nous occuper, ont précédé cependant

les habitations lacustres de la Suisse, et les kjôkken-môddings du Danemark.

Habitations lacustres. — Pendant Tété de 1853, les eaux du lac de Zurich ayant considérablement baissé, on observa d'anciens pilotis renversés quelquefois sur le fond de vase, et quelquefois le dépassant légèrement. M. Keller est le premier qui attira l'attention sur cette découverte faite sur les bords mêmes du lac, et, dès le commencement de 1866, il put annoncer au monde savant les restes d'une ancienne cité lacustre antérieure à toute tradition, celle de Meilen. Les pilotis étaient implantés dans une couche épaisse de 0,70 c. d'une argile sablonneuse colorée en noir par une grande quantité de matières organiques, et située au-dessous d'un dépôt superficiel d'une boue gris-jaunâtre de deux pieds d'épaisseur. Cette couche argileuse renfermait, en outre, une quantité de haches de pierre, des marteaux, des instruments de silex et beaucoup d'autres objets en pierre. On y découvrit aussi des outils, des os, des cornes, des dents et du bois, des vases grossiers d'argile crue, une perle d'ambre jaune, une boucle de bronze, beaucoup de noisettes cassées, (les rameaux et des cônes de sapin, enfin la partie

supérieure d'un crâne humain, ainsi que les os de plusieurs squelettes. La conclusion toute naturelle à tirer de ces faits, c'est qu'ils démontraient l'existence d'une peuplade préhistorique, à laquelle les métaux étaient presque inconnus et dont l'âge de civilisation était très-reculé. De nouvelles et nombreuses découvertes faites en Suisse et dans les régions limitrophes de la France, en Italie, en Allemagne, confirmèrent bientôt cette conclusion. Parmi les constructions sur pilotis, celles qui se trouvent à quelque distance du lac sont encore recouvertes d*eau, de sable, d'argile ou d'infiltrations calcaires. Dans quelques endroits, il y a jusqu'à 10 mètres d'eau au-dessus des pilotis les plus éloignés du bord, mais en général le niveau de l'eau est beaucoup moins élevé. On remarque également, surtout dans la Suisse occidentale, que les habitations lacustres dans lesquelles on ne trouve aucune trace de métaux sont plus voisines du bord, et à une profondeur moindre : et que celles, au contraire, dans lesquelles on a trouvé des métaux et notamment du bronze, sont plus éloignées du bord et à une profondeur plus grande. Ces pilotis servaient de support à des cabanes en bois ou à des huttes circulaires ; du moins on est porté à le conclure de la forme circulaire de quelques monceaux de terre glaise ayant servi de parement intérieur, et qui paraissent devoir leur conservation à l'action du feu qui aurait

détruit les habitations. On p^se qu'il poairaft^ avoir jusqu'à 300 huttes de bois dans^ xm Wi cantonnement et qu'elles ont pu ccmtefolr ^ millier d'habitants. A Wangen, M. Lohle a èsl^ culé qu'il y avait eu 40,000 pilotis qui probsdi^ ment n'ont pas tous été plantés à la même épioqitô; ni par la même génération. M. TroyoB a dmstdfê que l'établissement de Horges, Vim dm j^us grands du lac de Genève, s'étend parallélëntôDt au rivage sur une longueur de près de 3 MloiBiè^ très et sur une laideur de 50 mètres, doimattt une surface de 150,000 mètres carrés. Etf w^ posant des cabanes de 5 mètres de (fiam^te <)i^ pant la moitié de la surface, on trouvé qu'à p0# vait y en avoir 311. Le nombre de pàreibi emplacements dans la Suisse est vraiment surprenant. On les rencontre dans les grands lacs de Constance, de Zurich, de Genève, de Neufchâtel, et sur la plupart des petits lacs. Plusieurs sont exclusivement de Tâge de la pierre, d'autres de l'âge du bronze. On en a compté 24 sur le lac de Genève, 26 sur le lac de Neufchâtel, 11 sur le petit lac de Bienne, et 16 dans celui de Constance; d'autres existaient dans les lacs de Moral et de Sempach et dans quelques autres plus petits. Quant au motif qui a pu faire choisir ce mode de construction, dit M. d'Archiac\ et ces emplace-

* D'Archiac, Cours de paléontologie, in-8o, 1864.

ments de préférence à la terre ferme qui semblait offrir plus de commodité, on doit le chercher dans la nécessité où étaient les habitants de se soustraire aux attaques des bêtes fauves, sans doute fort nombreuses alors, telles que les Loups, les Ours, les Sangliers, YUrsus, et, peut-être, pour se défendre plus facilement contre les hommes eux-mêmes. Il est bien difficile pour ne pas dire impossible, quant à présent, de fixer Tâge de ces constructions sur pilotis ; ce que Ton peut dire d'une manière certaine, c'est qu'elles sont de beaucoup postérieures aux alluvions dans lesquelles, sur divers points de la Suisse, on a trouvé des restes d'Éléphants et de Rhinocéros. Partout ces pilotis sont plantés dans la couche argileuse épaisse de plusieurs pieds qui recouvre le gravier à ossements d'Éléphants, et jamais ils ne s'enfoncent dans le gravier lui-même. Le fond dans lequel les pilotis sont fixés, devait avoir une grande résistance, et sa formation consiste dans une masse énorme de coquilles, ce qui a exigé pour le dépôt un laps de temps considérable. 11 est donc évident que les colonisations en Suisse sont beaucoup plus jeunes que les couches d'Amiens, et que les dépôts des cavernes dans lesquels nous avons constaté la présence de Tl^omme. Mais ces habitations lacustres n'en remontent pas moins à une époque très-ancienne, sur laquelle nous ne possédons aucune tradition historique.

414 LE DÉLUGE MOSAÏQttE.

ce On peut distinguer, dit M. Carie Vo^ S 1^ constructions sur pilotis de l'âge de piértu |fitti^, comme Moosseedorf, Wauwyl, MeUen, ftiliaihausen. Wangen et les nombreux étabfiâsërneffb du lac de Constance; les constructions quI/iK rage de pierre, ont duré jusqu'à celui de iirûÉ^, comme Concise, Estavayer, Hageneckettjiielqfsâs autres établissements sur feghK» â» BtiMK^lde Neufchâtel; enSn, celles qui offrent d^ ins6» ments de fer comme la fameuse station dite' de Steinberg sur le lac de Bienne. Il y a encore oni foule d'établissements sur les lacs de GenèW^ Neufchâtel etSempach, qui n'ont fourni jusqu'à présent que du bronze; enfin un seul dans leljuâ on n'a trouvé que du fer, c'est celui de la Tènëj près de Marin, sur le lac de Neufchâtel. »

Tous les objets trouvés autour ou sur remplacement de ces habitations, sont en quantité prodigieuse. Les armes en pierre sont grossièrement façonnées avec des matériaux du pays. Quelquesunes en silex ont probablement été apportées de France ; à Wangen et à Moosseedorf, les pierres ont été travaillées sur place. Les instruments de rage de la pierre sont ici des marteaux, des haches, des couteaux, des scies, des pointes de flèches, des pierres à écraser le grain, des polissoirs, etc., et quelques marteaux en serpentine

* Leçons sur Vhomme, in-S», 1865.

avec un trou à Tune des extrémités. C'est une circonstance d'ailleurs fort rare de trouver une pierre percée, si ce n'est tout à la fin de la période. La serpentine était la roche la plus généralement employée à la fabrication des haches, on ajustait la pierre à des poignées de corne ou de bois. Les pointes de flèches étaient en silex, quelques-unes en quartz de formes variées d'après trois modèles principaux. Les os des animaux étaient aussi travaillés et employés à plusieurs ouvrages (harpons, poignards, têtes de flèches, javelots, épingles, aiguilles, ornements divers *).

Les objets de la période de bronze consistaient en épées, poignards, haches, pointes de lance, flèches, couteaux, épingles et objets d'ornements. Les poteries sont plus variées et plus soignées dans leur exécution que celles de l'âge de la pierre, et semblent avoir été faites avec la roue. Des anneaux de terre cuite sont fréquemment trouvés ; quant aux matières mêmes du bronze, le cuivre et l'étain, il fallait qu'elles fussent apportées par le commerce, puisqu'elles n'existent point en Suisse. Tous ces objets en bronze indiquent une civilisation plus avancée et par conséquent postérieure à la période de la pierre.

Les débris d'animaux rencontrés dans les habitations lacustres ont été spécialement étudiés par

* D'Archiac, opère citalo.

4i6 LE DËLUI3E MOSAi'QUE,

H. RUtimeyer. Les mammifères sont très-nombreux: ce soQtle Blaireau, la Martre commune, le Putois, l'Hermine, la Belette, la Loutre, le Renard, le Chat sauvage, le Hérisson, l'Écureuil, le Mulot, le Lièvre, le Castor, le Sanglier, le Cerf, le Chevreuil, le Daim, l'Élan, le Bouquetiu, b Chamois, le Rison de Lithuanie et le Bœuf sauvage , etc. Quant aux espèces domestiques, c'étaient le Chien, le Cheval, l'Ane, le- Porc, la Chèvre et plusieurs races bovines ' .

Le plus grand nombre de ces animaux, sinon tous, devaient servir de nourriture ; tous les os longs, en effet, ont étû fendus et ouverts pour eu extraire la moelle. Le Renne manque absolument dans les cantonnements de la Suisse ; ce fait à lui seul suffirait pour placer ces habitations à une époque différente des cavernes de l'âge du Renne, et pour les rapprocher de l'époque historique. Les restes de Chevaux sont très-rares dans l'âge de pierre, mais très-fréquents dans l'âge de bronze ; ils appartiennent à l'espèce actuelle. On mangeait aussi le Renard pendant l'âge de pierre, et on n'en retrouve plus de débris dans les habitations de l'âge de bronze. Le Chien dans le premier âge était plus rare que le Renard, mais moins cependant que le Cheval et l'Âne. M. RUtimeyer distin-

' Rulimeyer, Die Fauna der PfMbauUn et der Scliweis. Bastl, 18G1.

que aussi, parmi les ossements du genre Bos, ceux du B, primigenius, du Bison europœus et ceux des races du Bœuf domestique. Il y a comparativement peu de restes humains, et le plus grand nombre de ceux qu'on a rencontrés provenaient d'enfants tombés sans doute accidentellement dans Teau. Les animaux des Pfahlbauten, dit M. d'Archiac, avaient commencé à vivre avec les Éléphants, les Rhinocéros, l'Ours et l'Hyène des cavernes, espèces aujourd'hui éteintes, et la plupart d'entre eux habitent encore les mêmes lieux ; cependant il ne peut résulter de ces faits aucune confusion géologique. Les phénomènes physiques quaternaires et probablement un laps de temps très-considérable séparent l'âge de pierre préhistorique de l'époque où vivaient paisiblement dans l'Europe centrale et occidentale VElephas primigenius, le Rhinocéros tichorhinus et les grands mammifères éteints qui manquent dans les Pfahlbauten aussi bien que dans les Kjôkken-môddings et les marais tourbeux du Danemark.

Quant à l'ancienneté relative probable de ces divers établissements, M. Riitimeyer regarde la petite locaUté de Moosseedorf comme étant le

410 LE BELUGE MOSAÏQUE.

les habitations lacustres de la Suisse, ai hià bjôkkeû-môddiugs du Danemark.

in

HoMtations lacustres. — Pendant Tété ùb 18^» les eaux du lac de Zurich ayant con^(]^rald€iP^t baissé, on observa d'anciens pilotis fexkV^Wi» quelquefois sur le fond de vase, et quelqui^Eis^ Ig| dépassant légèrement. M. Keller est le pi^tmiei qui attira Tattentionsur cette découverte iBâtom^ lès bords mêmes du lac, et, dès te coimmsiip ment de 1866, il put annoncer au monde saiFi#i les restes d'une ancienne cité lacustre antène«iràl toute tradition, celle de Meilen. Les pilotis étaient implantés dans une couche épaisse de 0,70 c. d'une argile sablonneuse colorée en noir par une grande quantité de matières organiques, et située au-dessous d'un dépôt superficiel d'une boue gris-jaunâtre de deux pieds d'épaisseur. Cette couche argileuse renfermait, en outre, une quantité de haches de pierre, des marteaux, des instruments de silex et beaucoup d'autres objets en pierre. On y découvrit aussi des outils, des os, des cornes, des dents et du bois, des vases grossiers d'argile crue, une perle d'ambre jaune, une boucle de bronze, beaucoup de noisettes cassées, des rameaux et des cônes de sapin, enfin la partie

supérieure d'un crâne humain, ainsi que les os de plusieurs squelettes. La conclusion toute naturelle à tirer de ces faits, c'est qu'ils démontraient l'existence d'une peuplade préhistorique, à laquelle les métaux étaient presque inconnus et dont l'âge de civilisation était très-reculé. De nouvelles et nombreuses découvertes faites en Suisse et dans les régions limitrophes de la France, en ItaUe, en Allemagne, confirmèrent bientôt cette conclusion. Parmi les constructions sur pilotis, celles qui se trouvent à quelque distance du lac sont encore recouvertes d'eau, de sable, d'argile ou d'infiltrations calcaires. Dans quelques endroits, il y a jusqu'à 10 mètres d'eau au-dessus des pilotis les plus éloignés du bord, mais en général le niveau de l'eau est beaucoup moins élevé. On remarque également, surtout dans la Suisse occidentale, que les habitations lacustres dans lesquelles on ne trouve aucune trace de métaux sont plus voisines du bord, et à une profondeur moindre : et que celles, au contraire, dans lesquelles on a trouvé des métaux et notamment du bronze, sont plus éloignées du bord et à une profondeur plus grande. Ces pilotis servaient de support à des cabanes en bois ou à des huttes circulaires ; du moins on est porté à le conclure de la forme circulaire de quelques monceaux de terre glaise ayant servi de parement intérieur, et qui paraissent devoir leur conservation à l'action du feu qui aurait

420 LB DELUGS MOSAÏQUE.

SOUS de la surface du cône actuel. Cette couche supérieure est de Fépoque romaine et contient des tuiles et des médailles romaines. La.i^^onde couche occupant une surface de 2,700 mètres c^urrés a 0,15 c. d'épaisseur, et se trouve à 3 mètres de profondeur ; on y a trouvé des finagments de poterie non vernissée et une paire de pinces en bronze, indiquant l'âge du bronze. La troisième couche s'étendant sur 4,000 mètres carrés a 0,15 c. ou 0,17 c. d'épaisseur et se trouve à 6 mètees de profondeur. Elle contenait des fragments de poterie grossière , des morceauis; de bois carbcmiâé^, des os brisés et un squelette humain ayanA un crâne petit, rond et fort épais. M. Morlot, admettant que la période romaine se place à seize ou dix-huit siècles en arrière, attribue à Tâge de bronze une ancienneté de 3,000 à 4,000 ans, et fait remonter Tépoque la plus ancienne de Tâge de pierre à 5,000 ou 7,000 ans.

« Un autre calcul a été fait par M. Troyon pour arriver à la date approchée d'un ancien cantonnement bâti sur des pilotis conservés dans un terrain tourbeux à Ghamblon, près d'Yverdun, sur le lac de Neufchâtel. L'emplacement de Tancienne ville romaine d'Eburodunum(Yverdun), touchant le lac autrefois et séparé maintenant du rivage par une zone de terre ferme nouvellement conquise, d'une largeur de 830 mètres, montre la vitesse avec laquelle le lit du lac s'est comblé des

sédiments des cours d'eau pendant quinze siècles. Admettant que cette vitesse de retrait du rivage fut la même avant la période romaine, les pilotis de Chamblon qui sont de l'âge de bronze remontent au moins à 3,300 ans.

« On doit à M. Victor Gilliéron de Neuville, sur le lac de Bienne, un troisième calcul. Il est relatif à rage d'une habitation lacustre, dont les ossements de mammifères sont rapportés par M. Rutimeyer à la première partie de l'âge de pierre de la Suisse, et à une époque correspondante au cantonnement de Moosseedorf. Les pilotis en question se trouvent au pont de Thièle entre les lacs de Bienne et de Neufchâtel. Le vieux couvent de Saint-Jean, fondé il y a 750 ans, et bâti à l'origine sur le bord du lac de Bienne, est maintenant à une distance considérable du rivage, et offre un moyen de mesurer la vitesse d'avancement de la terre aux dépens du lac pendant sept siècles et demi. Admettant que la vitesse avec laquelle l'eau est remplacée par la terre marécageuse soit la même qu'autrefois, nous devons ajouter seize siècles pour la formation du marécage qui sépare le couvent de l'emplacement des anciennes habitations du pont de Thièle, ce qui fait en tout 6,750 ans. M. Morlot, après avoir examiné le sol, pense qu'il est extrêmement probable que la forme du fond sur lequel repose le marécage est uniforme ; mais aucune fouille n'a permis jusqu'ici

422 Ls DÉLuei: xosâïqiiej

de vérifier ce point important. Le rérâltet, s'il e^ prouvé, concorderait par&itement avec le calM chronologique cité plus haut, relatif à la période de la pierre à Tinière. »

des calculs approximatifs, faits avec cûifôek^i^; s'accordent assez bien, pour placer chax^BS des périodes successives de Tâge de pierre et ^1^ de bronze à une antiquité qui n'est muUemeot dépourvue de vraisemblance , ni d'une c^rtaÉM probabilité. Nous pouvons donc, au moins park pensée, fixer Fépoque de la déposition du dikt^imfk et des terrains quaternaires supérieujES, avmt l'âge de pierre de la Suisse. D'autre part^ nous avons constaté que les instruments taillés trouvés dans les cavernes à ossements du Banne, cmt beaucoup d'analogie et de ressemblance avec ceux des habitations lacustres ; nous pouvons donc conclure sans témérité que ces deux époques ont été successives, tout en réservant l'appréciation chronologique du temps qui les a séparées.

De semblables habitations lacustres retrouvées dans d'autres contrées, pourront nous servir à confirmer davantage notre opinion. En Savoie S

1 Laurent Rabut, Habit, lacust, de Savoie. Ghambéry, 1864,

on a découvert également des stations lacustres dans lesquelles on a aussi trouvé Tâge de pierre et rage de bronze. Le nombre des stations est très-considérable, on en compte sept au lac du Boiu'get et deux au lac d'Annecy, dix sur la rive française du lac de Genève : de vagues indications de pilotages ont été données concernant les petits lacs de la Thuile, au-dessus de Montmélian, de Sainte-Hélène, sur la rive gauche de Tlsère, de Saint-Martin-de-Belleville et de Saint-Marcel, tous deux près de Moutiers Les objets trouvés consistent en poterie, en pierre et en bronze. Les mamelons de Gresine et de Tresserve étaient pavés de poteries présentant la plus grande variété de formes et de dimensions. Les plus ordinaires sont des débris de grands vases dont les plus ventrus avaient un diamètre de 0,45 c. à 1 m. 10 c. La forme de ces vases varie entre les bords presque droits et les panses très-rebondies. L'ornement des grandes poteries consiste en un cordon tordu appliqué autour du cou, ou bien en lignes de grossières impressions en creux faites avec le doigt ou avec un corps dur assez irrégulier. Les grands vases sont en pâte très-grossière contenant des grains pierreux ; la terre affecte des teintes grisâtres , rougeâtres et noirâtres. Avec ces grands vases, il y en avait d'autres plus petits, en pâte beaucoup plus fine sans grains, d'une belle couleur noire à superficie

lisse. Parmi les objets en pierre, M. Rabut atrowô six pièces de diverses natures, plus ou nxHûs aplaties sur deux de leurs surfaces ; ce scmt des broyeurs, petites meules à mains ou nmrtesmx. On signale aussi deux haches à mains en ae^tpBa-* tine, un beau couteau en silex, et un ciseau en serpentine. Les objets en bronze sont une laucilte, plusieurs haches à larges ailerons avec ordUelte, des épingles à cheveux, et des fibules d'un travail achevé supposant une civilisation déjà trés^ avancée.

Il existe en Italie un grand nombre d'habitations lacustres, sous le nom de Terramare et de Palafitte. Les Terramare, selon MM. Pellegrino, Strobel et Pigorini * , sont des accumulations naturelles ou artificielles de terres plus ou moins marneuses, contenant des cendres, du charbon, des débris d'animaux et de végétaux, avec des armes et des ustensiles d'une haute antiquité. Les PalafiMes sont des constructions sur pilotis analogues à celles de la Suisse. Les animaux qu'on y rencontre sont tous des espèces actuelles et analogues à ceux qui existent dans les habitations

* strobel et Pigorini, Le Terramare e le Palafitte del Parmense. Milan, 1864.

lacustres, mais il y a cette remarque à faire qu'en Suisse, dans les stations de Tâge de pierre, les débris d'animaux sauvages sont plus nombreux que ceux d'animaux domestiques : dans les marnières du Parmesan les restes d'animaux sauvages sont, au contraire, très-rares par rapport à ceux d'animaux domestiques. Ne serait-ce pas là un indice que les Terramare et les Palafittes d'Italie sont plus récents que les habitations lacustres de la Suisse ?

M. Gastaldi a trouvé des instruments de l'âge de pierre dans les marnières de Mercurago, près d'Arona, à Castellazo di Fontanellato , dans le duché de Parme ; des poteries curieuses, près du lac de Garde : à Peschiera, semblable découverte a été faite aussi bien que dans le lac de Varese, par M. G. de Mortillet*. Le premier pilotage de l'Emilie fut découvert au couvent de Castione, commune de Borgo-san-Donnino. Les pieux qui ont soutenu les habitations ont la plus grande portion de leur longueur enfouie dans une terre brune tourbeuse, d'un mètre environ de puissance, s'étendant probablement sur deux hectares. La surface supérieure est horizontale ; l'inférieure, au contraire, semble conchoïde et repose sur une argile calcaire-sableuse cendrée. Dans

* 6. de Mortillet, Matériaux pour servir à l histoire positive et philosophique de l'homme, 1864-1865.

426 ' LE DÉLUGE KOSiÏQUE.

la terre tourbeuse, onrancootreà tous les niveaux des débris d'industrie et des restes organiques divers ; cette terre est recouverte de 2 m. 50 de terramare. Il existait eu ce point un bassin d'eau peu profond et peu étendu, dans lequel l'homme a établi des habitations sur pilotis. Le limon de l'étang, mêlé aux débris végétaux rejetés pir l'homme, a donné naissance à la terre brune tourbeuse qui, peu à peu, a enveloppé les pilotis et comblé le bassin. Ce lieu a conlinué d'être habité longtemps après ce comblement, comme le prouve le dépôt de terramare contenant aussi dans toute sa hauteur des débris de l'ioduEtrie humaine '.

* Les Terrimare des collifies sont rituèes Bur les sommo» ou sur les côtés les plus protégés du vent. KHas sont superficielles presque découvertes, peu étendues, peu puissantes, nou stratillées muis modelées sur les Tormes de la roche sousjacente... Dans la plaine, il y a des Terramare évidemment stratifiées, nivelées ou presque nivelées, ayant leur surrace tout au plus à un métré au-dessus du la plaine. Elles sont recouvertes simplement de terre végétale ou parfois da transiwrt, leur puissance va jusqu'à deux métrés.

Le plus grand nombre des Terramare de la plaine ne sont pas stratijiées ; elles sont parfois super licielles, parfois ensevelies sous des amas de terre, apportés à ce qu'il pandt par l'homme, et se présentent toujours sous forme de mamelans élevés de 2 à i métrés au-dessus du niveau de la plaine. Leur base va jusqu'à 4 mètres au-dessus de ce niveau. Leur puissance atteint jusqu'à 6 mètres et leur étendue 4 hectares de supurlicie. Il y a parfois une apparence de slratiQcalJDn : cesontdes lits de terre de matérLau:^ divers, mais tous irréguliers.

Sur la rive lombarde du lac de Garde, M. le professeur Antonio Stoppant * a découvert cinq habitations lacustres : deux à Tile de Garde ou Léchi et trois dans le golfe de San-Felice, au sud- est de Salo. Les pilotis sont fort usés et élèvent à peine leur tête conique ou arrondie au-dessus de la vase. La seule station occidentale de Tile Léchi, la plus abritée des vents, a fourni quelques objets qui permettent de déterminer Tâge de ces habitations. Ce sont plusieurs fragments de poteries avec débris pierreux dans la pâte, et au milieu de divers éclats de silex, un petit couteau très-joli; le tout analogue à ce qui se rencontre au lac Varese.

En Vénétie, dans le lac de Fimon, le niveau d'eau ayant baissé par suite du creusement de deux profonds canaux d'écoulement, M. Paolo Lioy 2 a pu faire des fouilles dans un pré voisin du lac. Les terrains traversés ont été: 1" terre tourbeuse végétale, 0,47 c; 2" dépôt argileux lacustre postérieur au pilotage, 0,60 c. ; 3® couche archéologique, 0,30 c. ; 4"* ancien fond du lac. Ces fouilles ont mis à jour des pilotis en chêne de 0,20 à 0,30 c. de diamètre. Les sommets brûlés atteignent la terre tourbeuse. On n'y a rencontré aucune trace de métal, mais des objets en

* Ant. Stoppani, Sulle antiche ahitazione del lago di Garda.

• P. Lioy, Is ahitazione lacustri nel lago di Fiinon, Venise,

428 LB DÉLues mosaKiub.

silex, grès, tracbytc et granité. La couciie logique est composée de restes jetés comme timtiles et par conséquent généralement brisés. Les silex tîùUés sont des couteaux, des lames, des grattoirs et des pointes de lames semblables aux silex de la plus ancienne époque de la pierre. Parmi les objets en piene, il y a des hachettes, masses et marteaux en calcaire des environs : des grès, des serpentines et des basaltes de forme hexagone; une hache sur laquelle on distingue un creux pratiqué sur la poignée pour y appliquer le doigt. Parmi les os, beaucoup d'omoplates, lie côtes et autres ossements, surtout de Cerf, étaient taillés en forme de cuillers , de couteaux , de r&cloirs, de poinçons et de polîssoirs lisses des deux côtés. Les déhris de poterie sont extrêmement nombreux. La pâte est grossière, mêlée de grains de sable, le plus souvent non cuite ou cuite ausoleil, de couleur noirâtre, terreuse ou gris de limon.

M. Hochstetter a présenté à l'Académie des sciences de Vienne, dans la séance du 20 octobre 1863, un rapport sur le résultat de ses recherches concernant les tiabitations sur pilotis des lacs de la Carinthie et de la Carniole. Il a découvert dans quatre lacs de la Carinthie des emplacements avec pieux, débris de poterie, ossements, etc. Dans le milieu du lac de Reutschach, il a péché des noisettes, des fragments de poterie

et des charbons. A la suite de cette première constatation, M. UUepitsch a entrepris des fouilles qui lui ont procuré en peu de temps une quantité de poteries noires avec des ornements en zig-zag et des pièces d'argile demi -cuites. Les marais de Luybach, qui ont été autrefois un lac, ont fourni des instruments en corne de Cerf, une pierre trouée et une pirogue.

M. Desor * découvrit en Bavière, dans les lacs des environs de Munich, des traces d'habitations lacustres dans lesquelles on découvrit des fragments de poteries, vases à pâte noire imparfaitement cuite, façonnés à la main, mais cependant grossièrement ornés près du bord, tantôt d'une rainure, tantôt d'impressions faites avec le doigt, ou bien d'un cordon façonné également avec l'index et le pouce et appliqué au bord du vase, des débris du Cheval, du Cerf, du Bœuf, du Sanglier et du Loup. La plupart des os et surtout des os longs étaient fendus, circonstance qui rapprocherait ces populations de celles de la Suisse.

Si nous comparons les espèces d'animaux trouvés dans les habitations lacustres de Tltahe avec celles de la Suisse, nous y trouvons une grande similitude. D'après M. Rutimeyer, l'abondance des espèces dans les habitations lacustres suit l'ordre

* Desor, Stations lacustres de la Bavière. (Journal de Genève 19 juin 1864.)

430 LE DÉLUOE UOSAtQtlK.

descendant suivant : stations les plus ancî et les plus petites : Cerf, Porc sauvage, 1 Qxmn, UoutoQ ; stations moins anciennes etop g^sndes : Bœuf, Porc, Cerf, Mouton, Chèvre. IC. Strobel a trouvé pour les marnières du Par* mesan, en fait d'abondance. Tordre suivant: Bœuf, Porc, Cheval, Cerf, Moutoa, Chien, Sanglier, Chevreuil, Ane.

L'étude des coquilles, des insectes et des oî- ■ seaux des maraièr&s ue nous dénote aucun ch^gement avec les espèces actuelles ; il n'en est pas de même des mammifères. Le Chien a subi une légère modification de forme et s'est subdivisé en une infinité de races. La Chèvre, le Mouton et peut-ètro encore le Cheval et l'Ane ont ao^meotà' de stature ; au contraire, le Cerf et le Sanglier, au moins dans les contrées de l'Europe où ils vivent encore, ont diminué de taille. Si le Bœuf actuel de Parme dérive du grand Bœuf des marnières, la forme de son crâne et de ses cornes s'est on peu modiflée. Le Porc, le Bœuf et le Mouton des pilotages et des marnières, parmi les races domestiques, le Cerf, le Chevreuil et le Sanglier, parmi les races sauvages, ont disparu du pays : les dernières seulement dans un temps peu éloigné.

Quant aux races domestiques, on en retrouve encore des traces dans le pays des Grisons el dans quelques parties de l'Europe septentrionale. L'Ours qui parait accidentel dans ces stations ne

se retrouve plus dans TApennin voisin. Tous ces animaux ont été détruits directement par l'homme ; il ne reste plus que le Porc-Epic, qui, s'il a vécu dans le Parmesan, s'est actuellement retiré au midi, comme le Stapkylxa pennata, par suite probablement d'un petit abaissement de température. Toutes les races domestiques des Terramare, sauf peut-être l'Ane, ont été retrouvées dans les stations lacustres de la Suisse, ce qui établirait leur identité et leur contemporanéité. Les objets trouvés sont d'usages domestiques et guerriers, rien ne rappelle le culte ; les magasins de grains, les pavés en terre battue, les meules à moudre, les os et les cornes de Cerf travaillés, montrent que ce n'était pas un lieu de rendezvous, mais bien un séjour où on se livrait à l'industrie. Pourtant ce n'étaient pas des magasins, car les objets trouvés sont usés et brisés, les comestibles y sont assez rares et au contraire les débris de nourriture y sont abondants.

En Angleterre, dans le comté de Norfolk, à six milles au nord de Thetford, on a trouvé, dans un bassin, des pieux nombreux plantés verticalement, dont l'extrémité supérieure était taillée en pointe, le tout paraissant provenir d'un ancien établissement lacustre. Des indications de constructions analogues ont encore été données sur divers points du Hanovre et de la Hollande.

Dans les lacs de l'Islande seulement, on n'a pas

découvert moins de quarante-six exemples de Crannonges. On appelle ainsi des îles artificielles composées de pierres et de terre soutenues par de nombreux pilotis et qui servaient en même temps de forteresses. On y a trouvé une quantité prodi- ^euse d'ossements qui ont été exploités et employés comme engrais. Leur origine remonte certainement à l'âge de pierre : mais ayant été habités et modifiés par les populations de tous les âges jusqu'au dix-septième siècle, les restes des populations qui s'y sont succédé, s'y trouvent mélangées < .

Kjôkkeii'inOddings du. Danemark. — Sur plusieure points du Danemark, surtout dans le voisinage des flords, où le ressac est faible, et immédiatement au bord de la mer, à peu de pieds audessus du niveau actuel, on trouve des accumulations de coquilles variant en épaisseur de i m. à 1 m. 60, quelquefois atteignant 3 mètres, ayant une longueur de plus de 300 mètres et une largeur variable entre 50 et 60 mètres, sans stratification régulière. Çàet làonvoitces accumulations

1 UAichiac, Cours de paléontologie slraligraphique, t. Il, Ij. kkh. Paris, 1864.

disposées circulairemeat autour d'un point central vide qui paraît avoir servi de lieu d'habitation. Ce ne sont point des bancs coquilliers naturels, dénotant une plus grande hauteur des eaux d'autrefois. On n'y trouve que peu d'espèces, mais elles sont toutes à l'état adulte ; ce sont des espèces qui ne vivaient pas ensemble à la même profondeur, et elles sont mélangées d'os brisés, d'instruments grossiers de pierre, de poterie^ primitives, de charbons et de cendres. On pense que ces amas sont en réalité les restes de mollusques et d'autres animaux dont se nourrissaient les premiers habitants du pays; ce qui est démontré surtout par les débris d'industrie grossière qu'on y trouve disséminés. Ces amas ont reçu le nom de Rjôkhen-mûddings {Kjokken, qui veut dire cuisine, et mùdd'mgs, rebuts, restes, ordure).

On a trouvé, répandus dans toute leur masse, des couteaux en silex, des hachettes et autres instruments de pierre, de corne et d'os, avec des fragments de poterie grossière, le tout mêlé à du bois carbonisé; mais jamais aucun instrument de bronze et encore moins de fer. Les hachettes et les couteaux ont été aiguisés par le frottement, et, sous ce rapport, sont moins grossiers que ceux d'une date plus ancienne, associés en France à des ossements de mammifères d'espèces perdues. Si nous considérons les espèces d'animaux qu'on

434 LE DiLUGB MOSAl*QtJS.

y rencontre, nous trouverons une preuve évideiite de l'antiquité de ces dépôts. Ce ne sont, il est vrai, que des espèces vivantes, mais YOgêrwa echdis qu'on y trouve, a toute sa taille, tandis que la même espèce ne peut vivre maintenant dans les eaux saumfttres de la Baltique que près dé son entrée. On peut en dire autant du Ca^ium edule, du Mytiliis eéhtlis, de la Littorina Uttot^a, qu'on trouve en grand nombre avec la grande taille qu'elles atteignent ordinairement dans TOd^aï. H existe aussi des os de poissons assez firéqumts» ainsi que d'dseaux terrestres et aquatiques, m particulier du Pingouin, maintenant éteint en Europe. Il n'y a point de r^tes d^ËIi^hants, ni de Rhinocéros ou d'autres espèces éteinte, si ce n'est ceux du Bœuf sauvage. Avec ces restes, il y a aussi des ossements de Cerfs, de Chevreuils, de Sangliers ; ceux du Castor, éteint dans le pays, et ceux de Phoques y sont également fréquents. La Chien aurait été le seul animal à Tétat de domesticité chez ces peuplades primitives. Les os longs des mammifères sont brisés, comme s'ils l'avaient été par un instrument, dans le but d'extraire la moelle : les parties cartilagineuses ont toutes été rongées, comme elles Toussent été par un Chien. On n'a découvert jusqu'à présent aucune espèce de céréales, ni autre indice de connaissances agricoles chez ces peuplades : les seuls restes des monticules sont des morceaux de bois brûlés et

une certaine substance carbonisée rapportée par le docteur Forchammer au Zostera maritima.

Les tourbières du Danemark confirment les conclusions qu'on peut tirer de l'étude des débris de cuisine. Outre les marais tourbeux ordinaires, qui se sont formés dans les parties basses et humides des vallées, ainsi que ceux des parties plus élevées qu'on rencontre sur les plaines et qui sont toutes formées de mousses, on trouve en Danemark de petites tourbières appelées marais d'arbres [Skormoses), qui ont rempli de profondes dépressions dans les sédiments quaternaires. Elles ont jusqu'à 10 mètres de profondeur et même davantage; les arbres qui croissaient sur leurs bords tombaient dans les marais, s'y accumulaient de manière que leurs têtes étaient plus ou moins régulièrement tournées vers le centre et les pieds vers la circonférence. Le fond ou centre des skormoses est une couche argileuse que recouvre un lit de tourbe de 0,50 à 1,25 c. d'épaisseur, formant avec l'eau une sorte de bouillie. C'est la tourbe amorphe de M. Steenstrup. On y trouve parfois des lits d'infusoires siliceux ou de tuf calcaire en quelque sorte subordoanés. Puis vient un lit de tourbe de 1 mètre à 1 m. 30 composé

4^ UB DÈLVQ^ MOSAÏQUE.

à'Hypmm. et de troncs de Pins qui (mt vécii m place, mal venus, mais nombreux, et dont os^ di^ tingue deux ou trois lits superpc^és.

Aux Sphagmun et aux Hypntém ont succédé les Bruyères, au fur et à mesi^e que le sol s'élevait et se desséchait : puis les Pins ont été remplacés d'abord par les Bouleaux, et ceux-d par des Aulnes et des Noisetiers ; le tout formant une sorte de dayonnage naturel, lorsque le marais a pen d'étendue. On estime, dit M. d'Ardûac % qm cette formation a dû exiger environ 40,600 ans, mais peut-être, serait-ce tout aussi bien 6,000 ou 8,000 ans, car c'est un chronomètre dont Texactiti]^ est peu appréciaUe. La partie extérieure ou forestière des skormoses o&e une composition un peu différente de celle du centre ; au-dessus du dépôt argileux du fond sont des troncs de Pins couchés, d'une végétation magnifique, très-rapprochés les uns des autres. Ces Pins sont de l'espèce actuelle, mais qui n'existe plus dans le pays ; ils ont jusqu'à trois pieds d'épaisseur. Le Pin ne croit plus dans le Danemark, il n'y a même jamais existé dans les temps historiques. Les Pins disparurent et les Chênes vécurent à leur place ; c'est le Chêne rouvre [Quercus robur sessiliflora) , un fort bel arbre de quatre pieds de diamètre, et qui a de même aujourd'hui disparu presque entièrement en

1 Cours de paléontologie stratigraphique, t. II, p. 132.

Danemark. Dans la partie supérieure du dépôt apparaît une autre variété de Chêne désignée sous le nom de Qicercus pedunculatus, accompagné du Bouleau verruqueux, du Noisetier [Corylus avellana) et de TAulne. C'est aujourd'hui le Hêtre qui constitue les forêts danoises, et il fait complètement défaut à la surface des tourbières.

Ainsi, depuis l'époque quaternaire, ce pays nous offre trois végétations arborescentes successives et distinctes ; la plus ancienne, celle des Pins; la seconde, celle des Chênes; et la troisième, celle des Hêtres. Ces modifications, en apparence si profondes, se sont cependant produites sans aucun cataclysme, sans aucun changement apparent de quelque importance dans les conditions du pays. Le climat n'en a point éprouvé non plus de bien sensible, puisque toutes les coquilles marines des Kjôkken-môddings et les coquilles fluviatiles et terrestres des tourbières sont identiques avec celles qui vivent encore dans le pays ^

L'ancienneté probable des premiers restes humains dans les tourbières du Danemark et dans les débris de cuisine ne saurait, selon M. Lyell ^, s'évaluer en siècles, avec quelques chances d'exactitude. Car, tout d'abord, en ne reculant que jusqu'à l'âge de bronze, nous nous trouvons déjà

* Carie Vogt, Leçons sur t homme, p. 440. ' Ancienneté de L'homme, p. 16.

438 LE BKLU0E MOSAÏQUE.

hors des limites de Thistoire ou même d^ k4ra* dition. Au temps des Romains, les îles dii Base* mark étaient, comme à jurésent, comirartes àe magnifiques forêts de Hêtres. Nulle part aa monde, cet arbre ne fleurit d'une £içcm {dus splendide qu'en Danemark, et dix-huit «édes semblent n'avoir eu aucune influence sur le caractère de la végétation des forMs. Ham h période qui précède celle de bronze, il n'y a point de Hêtres, ou toutau plus quelques individus i)M>^ lés, le pays étant alors couvert de Chênes. SHm l'âge de pierre, au conlaraire, le Pin d'Ecosse do^ minait, et déjà ces vieilles forêts étaient faalûtées par l'homme. On ne peut fedre que de vagues con^ jectures sur le nombre des générationa de cha^ que espèce d'arbres qui fleurirent successivement avant que le Pin fût remplacé par le Hêtre, mais le minimum du temps nécessaire à la formation de cette quantité de tourbe peut aller à 4,000 ans, si Ton s'en rapporte à Testimation de Steenstrup : ainsi la date de la fin des monticules de coquilles correspondrait à celle du commencement des plus anciens niveaux de la tourbe, ou à la première partie de Tâge de pierre, tel qu'on le connaît en Danemark.

M. Worsaë, considérant que les haches trouvées en France dans les dépôts de transport de la vallée de la Somme, en Angleterre et ailleurs dans les gisements analogues, doivent appartenir au

LE DÉLUGK MOSAÏQUE. 439

terrain quaternaire, est disposé à admettre deux âges de pierre : l'un antérieur aux terrains diluviens, et l'autre postérieur, opinion que tous les faits acquis depuis à la science semblent rendre certaine. En effet, aucune arme danoise en silex ne ressemble aux plus anciennes formes du pays et des dépôts que nous venons de citer ; et il est certain, d'un autre côté, que les kjôkken-môddings sont postérieurs au grand phénomène erratique du centre et du nord de l'Europe, sans quoi ils auraient été détruits pour la plupart, et ce qui en resterait porterait des traces évidentes de ce phénomène. Néanmoins , les kjôkken-môddings sont d'une très-haute antiquité ; ils offrent les plus anciennes traces de l'homme dans le pays, et l'on n'y rencontre aucun débris de Rhinocéros, ni d'Eléphant avec les restes d'industrie humaine, circonstance qui tend encore à distinguer les deux âges de pierre.

Nous aurions voulu nous occuper ici des ouvrages en terre de l'Amérique du Nord, de la formation du delta du Mississipi, des anciens tumuli de la vallée de TOhio, des anciens restes humains dans les récifs de coraux de la Floride, du delta et de la plaine d'alluvion du Nil ; nous aurions trouvé certainement des renseignements utiles pour soupçonner l'époque et l'antiquité de l'apparition de l'homme sur la terre, mais cette étude nous entraînerait trop loin, et dans les appréciations des

440 LE BâiUGB HOSÂÏQUS.

auteurs, il existe trop de vague et dlii^édsi^i trop d'hypothèses ont été soulevées, tràp d'tmi!^' gérations se sont glissées dans 1^ condumoas. 0 nous semble qu'en évaluant approxiiaativem^ le temps qu'il a Mu pour la formation de ms dépots, et en particulier pour expliquer!^ deltas ââ Mississipi et du Nil, on n'a pas assez tenu ec»aipte des conditions exceptionneUes de la forma&m de ces dépôts ; et en voulant appliquer d'une ma*nière trop rigoureuse la théorie des causes ae^ tuelles, on a cédé beaucoup auxenti^tnemefife de Texagération.

Nous ne pouvons cependant nous mnpècher d6 parler de la formation de la tourbe actuelle ; eUe a été étudiée depuis bien longtemps, et nousavons à ce sujet des données sûres et certaines, qui pourront nous servir à évaluer la distance approxima tive du temps qui nous sépare de la fin de la période quaternaire.

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Formation de la tourbe. — Dans les parties basses des plaines et des plateaux, dans le fond de certaines anfractuosités des flancs des montagnes, il existe des amas plus ou moins considérables d'une substance noire et charbonneuse, brûlant avec une odeur empyreumatique et lais-

sant beaucoup de cendres pour résidu. Cette substance, connue sous le nom de tourbe, se forme encore sous nos yeux à la surface de la terre, on sorte que son mode de formation a pu être parfaitement étudié. Dans les parties supérieures d'une masse de tourbe, on remarque des racines, des tiges minces et des feuilles : provenant de végétaux herbacés, marécageux dans les tourbes des lieux bas; de mousses, de gramens, de lichens, etc., dans les lieux élevés.

Dans les couches de tourbe les plus superficielles, les végétaux sont à peine décomposés ; à mesure que Ton s'enfonce, la décomposition augmente de plus en plus, jusqu'à ce qu'on arrive à une masse noire, compacte, exploitée comme combustible, renfermant cependant encore des fragments de végétaux très-reconnaissables, des feuilles, des branches, et même des troncs entiers qui n'ont éprouvé qu'un commencement de décomposition. Certains dépôts tourbeux atteignent jusqu'à 18 mètres d'épaisseur, tandis que d autres n'ont que quelques centimètres ; les uns sont presque à l'état de charbon, les autres montrent encore tous les caractères des végétaux qui les constituent. Leur formation est en général plus lente dans les marais que sur les montagnes, et les tourbes lacustres doivent remonter à une plus haute antiquité, probablement jusqu'à la retraite des eaux diluviennes.

442 LE DELUOB MOSAÏQUE.

Q'après un certain nombre d'exemples étudiés 1 attentivemeat, on a puadmettre que la croissance [«emièra de la tourt» était rarement moitidre de 0,64 c. par siècle et qae souvent elle a pu atteladre le double, ou 1 m. 28 c. La tourbe, après avoir été exploitée, se reproduit certainemeat, nuds d'une manière variable, suivant les lieux, et dans un laps de temps sur la durée duquel on n'a pas encore de donnéœ bien positives. Dans les tourbières de la vallée supérieure de la Somme, on estime qu'il &llait un siècle pour la reproduction d'une couche de 1 m. 30c., ce qui donnerait 13 millimètres par an. En prenaut cette moyeane pour base, il serait très-facile de connaître ap- IMTOximativement l'â^ des tourbières, en tenant compte toutefois du tassement et de la décomposition des couches inférieures.

Les tourbes ont deux modes de formation bien distincts, suivant la position des lieux où elles se trouvent. 1" Les eaux amassées dans les lieux bas nourrissent une quantité très-grande de végétaux, d'une substance pulpeuse, tendre et spongieuse, et par conséquent d'une décxjmposition très -facile; mais cependant, certains de ces végétaux contiennent une assez grande proportion de fibresligneuses qui, comme on le sait, se conservent fort longtemps sous l'eau, c'est-à-dire résistent le mieux à l'action décomposante des agents extérieurs; elles constituent réellement la tourbe.

sans quoi le résultat de Taltération serait, comme à l'air libre, de Thumus ou du terreau. La tourbe est donc composée de la partie ligneuse des végétaux, dont la fermentation et par conséquent la décomposition sont retardées par la présence et la température du liquide dans lequel ils sont plongés. Ces végétaux, mourant en partie dans l'hiver, tombent au fond de l'eau, où ils vont former une couche mince ; Tannée suivante, une nouvelle couche vient s'ajouter à celle-ci ; et ces végétaux se trouvant soumis aux lois des décompositions chimiques plus ou moins actives, il en résulte une matière d'autant plus compacte et homogène, qu'elle est déposée depuis plus longtemps. Les tourbes de cette première espèce sont très-communes dans les lieux bas et marécageux. Il en existe beaucoup dans les vallées profondes et même dans les vallées comprises entre des collines, comme sur les rives de la Somme, etc., où elles sont exploitées de temps immémorial.

2® Dans les dépressions des montagnes et sur les plateaux, le séjour des eaux pluviales, celui des neiges, joint aux variations de température, font périr les végétaux ; après les frimas, une nouvelle pousse couvre le sol de végétaux qui périssent l'hiver suivant : en sorte qu'il se forme de cette manière, après un temps plus ou moins long, des couches de tourbe assez considérables, dans les lieux où il n'y a pas d'amas d'eau per-

444 LE D^LUflE HUSAVOLTE.

manents. Les Vosges, le Jura, les Gévcnnes, etc., présentent une quantité considérable de tourbières.

Il existe donc deux espèces de tourbe, l'une qui se forme dans l'ean et l'autre dans l'air. Lorsque les eaux entraînent dans les marais tourbeux les débris de roches, elles y déposent une couche d'alluvion, et le phénomène pouvant so reproduire par intervalle pendant la formation d'une masse de tourbe, il en résultera un dépôt stratifié, composé de roches arénacées ou calcaires et de couches charbonneuses. Les restes organiques, outre les végétaux qui composent exclusivement la tourbe, sont extrêmement nombreux et appartiennent tous à l'époque actuelle. Ou a retiré des ossements de Cerf ordinaire, de Megaceros hibernicus, de Chevreuil, de Sanglier, de Bœuf, etc.

Dans une tourbière des environs de Saint- Simon (Aisne), vallée de la Somme, j'ai recueilli un certain nombre d'ossements appartenant aux espèces suivantes : le côté droit entier du maxillaire inférieur d'une Loutre, plusieurs têtes et un grand nombre d'ossements du Castor fiber, une tète A'Arvicola, plusieurs ossements de Sus scrofa férus, une tête complète de Cervus elapbus, une tête et des ossements nombreux du Bœuf ordinaire, plusieurs ossements d'un gros oiseau delà famille des échassiere, etc. Tous ces ossements étaient ensevelis à près de 10 mètres de profon-

deur, en contact avec la craie. A la même profondeur j'ai recueilli, avec ces débris, plusieurs petits vases de forme circulaire en terre grise cuite au soleil. L'un de ces vases est entier et à bords tranchants ; il est revêtu intérieurement et extérieurement d'une couche épidermique noire d'un millimètre d'épaisseur, sans aucune apparence de vernis. Le diamètre du fond extérieurement est de 0°044, intérieurement O"' 024 ; diamètre entre les bords extérieurs 0°* 071, hauteur 0°» 043.

Trois canots ressemblant parfaitement aux pirogues des. sauvages ont été trouvés, en Angleterre, dans les tourbes du Lancashire. Les découvertes les plus intéressantes que l'on ait faites, sont celles d'armes en silex taillés, non polis, et ressemblant assez grossièrement aux silex taillés du diluvium; mais les caractères qu'ils présentent indiquent assurément une origine plus récente. M. Boucher de Perthes a extrait de la tourbe des environs d'Abbeville un très-grand nombre de ces silex de toute forme, haches, couteaux, pointes de flèches, etc. Ce fait est important à noter, pour constater chronométriquement l'ancienneté des tourbières, et permet d'établir une contemporanéiLé presque exacte entre ce commencement des tourbières, les habitations lacustres de la Suisse et les kjôkkenmôddings.

LE DÉLtIGE UOSAÏQtnE.

Noos ne pouvons, il est vrai, supputer chrono- WgJT""""** l'époque de l'ancienneté des cavernes posteBIuviennes, nous ne pouvons que la soupçonner ; et l'on s'accorde assez généralement à reconnaître que ces grottes ont été habitées ou viûtées parThomme à une époque immédiatement antérieure aux habitations lacustres. Nous ■ avons vu que les géologues s'appuient sur les rapports et les différences qui existent dans les (Jébris oi^aniques trouvés dans ces différents dépôts. Par conséquent, si on attribue aux habitations lacustres une antiquité de 5.000 à 7,000 ans, on devra, sans témérité et sans exagération, attribuer aux cavernes postdiluviennes une antiquité plus grande. D'un autre côté, un grand nombre de géologues regardent les débris de cuisine du Danemark comme contemporains, ou à peu près, des habitations lacustres, et si l'on donne à la formation centrale des skormoses, on marais tourbeux, une moyenne de 4 à 6,000 ans, OQ trouve une concordance qui n'est pas improbable. Si nous admettons pour l'accroissement des tourbières une moyenne de O"" 64 par siècle, nous aurons pour le commencement des tourbières, qui onl jusqu'à 18 mètres d'épaisseur, une

antiquité de 24 siècles. Mais, afin de nous rapprocher plus près de la vérité, nous devons tenir compte de la décomposition et du tassement des couches inférieures, et ce n'est pas trop d'ajouter un tiers en plus, ce qui nous donne un total de 3,200 ans ; de sorte que nous pouvons, sans crainte d'être accusé d'exagération, attribuer à l'ancienneté de nos tourbières 3,000 ou 4,000 ans. Cela nous rapproche beaucoup de T époque des habitations lacustres et des kjôkken-môddings. Les tourbières auraient donc suivi immédiatement cette période. Nous sommes confirmé dans cette opinion, si nous comparons les débris organiques et les restes d'industrie humaine, silex taillés, vases, poteries, etc., qui ont un grand nombre de rapports entre eux.

« Quelques archéologues et géologues, dit M. Lyell *, ont essayé d'arriver à des dates précises et d'évaluer exactement l'ancienneté minimum que Ton peut assigner au dernier âge de la pierre. Ces calculs ont été fondés, tantôt sur les changements de niveaux du sol, tantôt sur l'accroissement de la tourbe dans les tourbières danoises, tantôt enfin sur la transformation en sol émergé d'une certaine surface d'eau, grâce aux alluvions des cours d'eau, depuis l'abandon de certains cantonnements lacustres de la Suisse.

* Ancienneté de V homme, p. 393.

On s'est encore appuyé sur la distribution géographique et la {prédominance de certaine espèces actuelles d'animaux et de plantes, ainsi cpe sur les traces du progrès de la civilissUioà humaine, et on a cherché à s'en ser^r pour estimer la durée des périodes de pierre et de iKTonse.

«c M. Morlot a calculé l'antiquité prol>a}de de trois sols végétaux superposés, traversés et mis à jour à différentes profondeuiBdaxis le delta de la Tinière, et dont chacun contenait des os humains ou des objets de Tii^uskie humaaae appartenant respectivement à l'époque romaine; à celle de bronze et au dernier â|^e de pierre. D'après son estimation, on doit attribuer une antiquité d*au moins 7,000 ans aux j^us anciens de ces débris, et pourtant il les regarde comme étant d'une date bien postérieure au temps où le Mammouth et d'autres mammifères éteints prospéraient en même temps que Thomme en Europe. De pareilles supputations, de pareilles évaluations des temps passés, doivent n'être regardées, dans l'état actuel de nos connaissances, que comme des tentatives dont les résultats ont besoin d'être confirmés par le plus grand ensemble possible de preuves. »

C'est aussi le parti que la prudence nous conseille de prendre ; c'est pourquoi nous regardons comme entachée d'une exagération systématique et ne reposant sur aucune base solide, la date de

150,000 ans, donnée par M. Carie Vogt, pour la formation du bassin du Mississipi. Qu'il nous soit permis, en passant, de regretter que dans ses Leçons sur r homme, cet auteur, l'un des panthéistes les plus avancés parmi les naturalistes allemands, nous ait donné l'occasion de nous défier de ses conclusions hasardées. Ses Leçons sur l'homme sont une œuvre sérieuse et savante dans laquelle M. G. Vogt a fait preuve de grandes connaissances et d'une grande puissance de déduction; mais, malheureusement, il est regrettable qu'il ait trop sacrifié à Tesprit d'antipathie religieuse, qui l'a poussé aveuglément à des conclusions exagérées, arbitraires et trop souvent erronées.

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