LE HKLIGE MOSAÏOl'E
Qomc dp Thébes. n'élait qu'un marais : FJ Teûwj,
T\i;t Toû Ô-/;ë«[xoù ïo;toû, Trîjav AiyÙ!"!" Eivai eIoî.
,Heroi!. 24.;
Dioilore rapporte que les Egyptiens se donnaient pour les plus anciens de tous les hommes:
^xai Toîvuv Aî^utTioi JcriTii tI,v î; àp/îît riât SXtiiv tîveou 7:pi>)îouîàï6piÛTriw;*|'t''^3^"''3TiTJiv AfYÛTtTov. (Dîod. lib. I,
n" 26.) Plus loin, dans un autre endroit, ce sont les Thèbaîns qui ont les mêmes traditions de leur
origine. Ot S^HtiSouoÏ ^ctcîv iicjToit; àp/aiOTBÎTOu; EÎvaiiïov-
Ttiiv ivepiômoip. (Diûd. lib. I, n" 32.}
Cette prétention de.s habitants de Thèbes est une preuve, peut-être, que sur la ressemblance des noms, ils avaient attribué à leur ville de Thébes ce qui convient à la TUBE, ou arche de Noé. La THBE porla, en effet, les pères de tous les hommes, et par conséquent,! les plus anciens de tous, du moins à daterdu déluge, qui fut comme un renouvellement du genre humain. Ainsi, nous voyons donc déjà que Menés ou Noé est le premier roi ; à son époque, toute l'Egj'pte est inondée, à l'exception du nome de Thèbes ; or, sous Noé, tous les hommes périrent, excepté ceux renfermés dans la TUBE ou TIŒBAU, selon la prononciation. Certaines circonstances viennent s'adjoindre encore pour démontrer plus clairement que, ce que les Égyjitiens attribuent à leur Thébes n'est qu'une réminiscence de l'arche de Noé. On construisit à Thèbes un grand navire de bois
de cèdre, de 280 coudées de long, doré en dehors et argenté en dedans, et on Tavait consacré au Dieu le plus honoré à Thèbes. 'Evau7ryiYr>aTo Bï xal
':r}otov xéSpivov, to |xèv jxtjxo; ttyi/wv Siaxoaiojv xai oyBo-fy.oy tol^ T^v S' eTTt'^vetav iyoy t})v £Ço)Oev eTii/pucov, t^v S'evSoOev xaTy)pYwp<ou.£V7)v, xai toîîto |xèv àvéÔTjxe tw ôsw fxdcXiaTa Iv
9ii6atç Tijxoijxevù). (Diod. lib. II, n° 39.)
L'arche de Noé avait 300 coudées de longueur.
Hérodote rapporte que deux colombes s'étaient envolées de Thèbes en différentes contrées; Noé fît sortir de THBE deux fois la colombe, pour s'assurer que le déluge avait cessé. Les animaux, suivant les Egyptiens, furent d'abord formés dans le pays de Thèbes. Les animaux renfermés par Noé dans le THBE en sortirent pour repeupler la terre.
Diodore, après avoir dit que, suivant les Égyptiens, leur premier roi du nombre des hommes fut Menas, ajoute qu'il apprit aux peuples à honorer les dieux et à leur offrir des sacrifices. Mexà
Toùç Geoùç Toivuv xpSiTov çpaffl paaiXeucai Ttepl t^ç AlyuiCTOu Mrjvav, xa( xaTaSeîÇai toTç Xaotç ôsoù; Te ŒeêeoOai xai 6uff(aç
iTTtTeXeTv. (Diod. lib. I, n^ 29.)
Noé éleva un autel au Seigneur, offrit des holocaustes et, par conséquent, des sacrifices. Menés fut le premier à introduire le luxe de la table, et les habitants de Thèbes se vantaient d'avoir été les premiers à connaître la vigne.
80 I.E DELIOE MOSAlQt'E.
Noé, après le déluge, eut ta permission expresse de se nourrir de la chair des animaux, et, en sortant de la TUBE, il fut le premier qui planta la vigne.
Nous ne voulons pas donner à ces rapprochements une importance exagérée, mais n'est-il pas étonnant de retrouver cette similitude de faits entre les Égyptiens et les Hébreux à leur origine ï L'un des deux peuples n'aurait-il pas emprunté ù l'autre sa tradition ? Les rationalistes disent que les Hébreux copièrent sur les Égyptiens, et la raison qu'ils apportent, c'est que Mo'ise fut élevé parmi ces derniers et connut leurscience. Mais ne pouvons-nous pas dire avec autant de raison, que cette tradition fut importée chez les Egyptiens par les Hébreux du temps de Joseph et de ses frères, et que, plus tard, elle fut adoptée [wr les Egyptiens, qui appliquèrent à leur Thèbes tout ce qui avait trait à l'arche ? ou plutût que, la relation du déluge s'était conservée complète chez les Juifs et avait été défigurée par le temps chez les Egyptiens ? C'est une simple remarque que nous osons faire, et nous ne voudrions, en aucune manière, exagérer l'importance de cette concordance ; la seule conclusion que nous puissions en tirer, c'est la rencontre vraiment extraordinaire de l'application à Tliébes, des faits particuliers à l'arche de Noé, et le parallèle remarquable entre Menés et le patriarche hébreu.
Tradition des Grecs. — Nous trouvons une extrême ressemblance entre le déluge d'Ogygès, rapporté dans la tradition grecque, et celui que les Romains attribuent à Deucalion. Ce sont aussi les mêmes circonstances, les mêmes détails que dans le récit des Chaldéens, d'après le témoignage de Lucien * . Voici en quels termes il s'exprime en parlant du fameux temple à Hiérapolis en Syrie. a On dit ordinairement que ce fut le Scythe Deucalion qui fonda le temple d'Hiérapolis ; sous lui eut lieu une grande inondation. J'ai appris en Grèce, ce que disent les Grecs de ce personnage, et voici leur récit : La race actuelle des hommes n'est pas la première, celle-ci a entièrement disparu, mais actuellement, il existe une seconde génération dont l'origine première remonte à Deucalion. Les hommes de la première race, rapporte la tradition, étaient insolents et commettaient tous les crimes ; ils étaient injustes, parjures, inhospitaliers, sans pitié pour les suppliants, ce qui leur attira une grande calamité. Tout à coup U sortit de terre une quantité prodigieuse d'eau,
^ Lucianus, de Dea. Syr., lib. LXXII. cap. xii.
8Z LE DKI.(TiË MOSAÏQUE.
et des pluies immenses lombèrent du ciel; les grandes rivières débordèrent, et l'eau monta à une hauteur considérable, en sorte que tout devint eau, et rjuc tous les hommes furent submergés. Seul, Deucalion fut consen'é par une génération nouvelle, à cause de sa sagesse et de sa piété. Voici de quelle manière il se sauva : il entra dans une grande arche avec ses fils et leure femmes ; ensuite il y fit entrer des sangliers, des chevaux, des lions, des serpents el toutes les autres créatures qui vivent sur la terre, toutes par paires ; il les reçut toutes et elles ne lui firent aucun mal, la Divinité ayant formé entre ces êtres et lui une grande amitié. Ils voguèrent donc tous dans une seule arche, tant que les eaux prévalurent. Voilà ce que les Grecs rapportent de Deucalion, » Lucien nous donne ensuite une description intéressante du temple d'Hiérapolis en Syrie et des fêtes que l'on y célébrait, parmi lesquelles il yen avait deux où l'on faisait mémoire du déluge ; nous en parlerons plus loin.
« On a souvent mis en question, dit Boulanger, si le déluge d'inachus, dans l'Argolidc, était le même que celui d'Ogygès ' , de Deucalion, de Pro-
' Le nom d'OgygÈs, 'ûyi^v, d'où seinble dériver celui d'Océan, trouve uoe élymologie naturelle en sanscrit. C'est Wiadîsohmann qui rapproche le mot 'Orf/fv de cette langue; il leTail venir du sanscrit Ogki, qui signifie un torrent, et qui est précisément employé en parlant du déluge dans le Mdiul-
méthée, de Noé, etc. Il y a encore des écrivains qui se plaisent à multiplier ces événements destructeurs, ils regardent tous les déluges dont parle Tantiquité, comme autant d'actions dififérentes, parce qu'elles ont en effet chez tous les peuples des anecdotes de détails et des dates. Ce sont les faits qu'il faut peser et examiner en euxmêmes. Les Phrygiens, par exemple, plaçaient un déluge sous le roi Annac ; ce déluge ne pourraitil pas être le même que celui d'Inachus, Annac et Inachus n'étant que des dialectes différents d'un seul et même nom ? Un autre dialecte transforme encore le nom de Noé, qui se prononce Noach en hébreu, et avec l'article, Hanoach ou Annach. Ces trois déluges n'en forment probablement qu'un seul, et l'on peut y joindre à coup sûr celui de Deucalion, d'Athènes et d'Hiérapolis. L'analogie des usages, quand elle se trouve ensuite j us- Ufiée par celle des noms, doit, à l'égard de cette haute antiquité, tenir lieu de dates précises et de
hhârata. Cette étymologie fournit en même temps celle d'Ogygès, qui serait dérivé d'Aughaga, signifiant : né du déluge.
Voyez sur Ogygès, Pausan. IX, ch. v, g 1. Schol. Apollon Argon, III, v. 1177. Servius, ad Virgil. Eglog. vi, v 41. Cf. Steph. By. v* TpefiiX?). Sur Deucalion : Strabon, IX, p. 442, 443;Pind., Olymp., IX, 64; Apollod., I. 72; Apollon. Rhod. Argon., III v. 1085. Seq. Pausan., I, chap. xl, g 9, chap. vi, l; 2. Euseb. Prcspar. evang., lib. X, ch. x. Suidas, v» "UyeyfOÇj Hesych, v^ 'ûyiiv
84 LE DÉLCGE MOSAÏQUE.
monumenls plus exacts, surtout lorsque les feits sont de même nature '. »
Cette tradition ainsi conser\'ée du déluge arrivé en Phrygie sous Annaclius ou Nannachus, qui fut probablement le même que celui de Deucaliou, comme nous le verrons plus loin, suppose que ce dernier s'ùtendit sur l'Asie Mineure, et même qu'il détruisit tout le genre humain. Ce fut en effet après ce déluge seulement, que la tradition phrygienne plaue Prométhée chargé par Jupiter de reproduire l'espèce humaine. 11 est vrai que cette version, si différente des autres, ne nous a été transmise que pardesauleurs du Bas-Empire: Etienne de Byzance (voce /coni'on), Zénodote, ou Zenobius (Prov. vi, n° 10) et Suidas (voce Nàwaxé;). Mais Zénodote cite des auteurs plus anciens, tels que Hermogène, auteur d'un traité sur les Phrygiens, et Hérode le lambographe. Iconium, oii l'on suppose que régnait Annacus, est sur le grand plateau de l'Asie Mineure. Ainsi, il n'a pu être inondé sans que la presque totalité de cette presqu'île fût sous les eaux. La Bibliothèque des dieux lapporte que Nic-Timus, flls de Lycaon punipar Jupiter, était un prince d'.ircadie; c'est sous lui qu'arriva le déluge de Deucalion. You (Yao, Jovis, Jéhovah) se décida à abolir le siècle
' Uaulaiiser, AnUguiié diLoiUe par sesusages,3 vol. iii-12. ArnsLerdam, 1765, t. 1, p. 90.
d'airain. Il s'agit également dans ce déluge d'une arche remplie de provisions qui aborde sur une montagne. Au sortir de Tarche, un sacrifice est offert au dieu sauveur. Remarquez, dit à ce sujet Court de Gébelin, dans son Discours préliminaire sur les origines des Grecs, ce fils de Lycaon qui a survécu à la ruine de sa famille entière. Ce Nic- Timus, voyez quel nom lui est donné. Nic-Timus: Nie est l'hébreu nich ou nué le propre nom de Noé. Timest le parfait, le juste, surnom de Noé. — Il est Arcas ou prince d'Arcadie, parce qu'il fut possesseur de l'arche, arg. Il est le mari de Pijrrha; en oriental Pyrr désigne la terre nue, dépouillée, sans habitants.
Platon, dans le Timée, nous parle d'une inondation immense, d'un déluge qui engloutit l'Atlantide, et dans cette tradition, il est permis de voir un souvenir du déluge universel. Il existait, dit-il, en Egypte, un nome appelé Saïtique et dans ce nome une ville, Saïs la capitale, ouest né Amasis. Arrivé en cette ville. Solon racontait: qu'il avait été en grande considération, et qu'en interrogeant sur les temps primitifs les prêtres les plus instruits dans les antiquités, il avait reconnu que ni lui, ni aucun Grec n'en avait pour ainsi dire la moindre connaissance. Un jour, pour les amener à s'expliquer sur les anciens temps, il s'était mis à les entretenir de nos antiquités, de Phoronée, dit le premier de Niobé, à leur raconter la fable
86 I:E PELUfiE MOSAÏQUE.
(le Deucalion et de Pyrrha, leur conservation après le déluge et l'histoire de leur race, et, leur rappelant les époques, il avait cherché à calculer le nombre d'années qui s'étaient écoulées. Alors, un des vieux prêtres s' écria : « 0 Solon, Selon, vous autres Grecs, vous êtes toujours des enfants, il n"y a poiat de vieillards parmi vous. — Vous êtes tous, reprit le prêtre, jeunes d'esprit, aucune vieille tradition n'a mis dans vos âmes, ni opinion ancienne, ni connaissance vieillie par les années. En voici la raison : les hommes ont essuyé et essuieront plusieurs destructions, et de plusieurs manières très-considérables, par le feu et l'eau, de moindres par mille autres causes... » (11 raconta ensuite l'histoire d'Athènes, et la monira domiuant dans l'île Allantide, cette île plus grande que la Libye et l'Asie ensemble.) « Plus tard, ajouta-t-il, il survint des tremblements et des inondations extraordinaires ; dans un seul jour et dans une nuit désastreuse, toute la race des guerriers fut engloutie en masse sous la terre, et l'île Atlantide disparut submergée par la mer. »
Ce récit pourrait bien n'être qu'un fait local, mais dans le Critlas du même auteur, la cause de cette inondation et les circonstances sont exactement les mêmes que celles qui sont rappportées par Moise, la malice et la corruption des hommes. Dans ce livre, Platon fait l'histoire de l'Atlantide, cette lie immense et florissante, abîmée dans
rOcéan, selon la tradition, ruinée et désolée par le déluge. Il représente les anciens peuples de ce pays, vertueux d'abord, et suivant les préceptes de la sagesse, puis dégénérant de leur primitive vertu. « Pendant plusieurs générations, dit-il, tant que les habitants de cette île conservèrent quelque chose de la nature divine, ils se montrèrent obéissants aux lois, et pleins de bienveillance les uns envers les autres, à cause de leur parenté commune avec leur Dieu : car ils étaient animés de sentiments vrais et élevés, faisant éclater leur douceur et leur prudence dans toutes les circonstances et dans leurs relations naturelles. C'est pourquoi ils n'estimaient que la vertu, attachaient peu de prix aux biens qu'ils possédaient, et supportaient facilement Tor et les autres richesses, parce qu'ils les considéraient comme un fardeau. Ils n'étaient point aveuglés en se laissant maîtriser par la fortune et en s'enivrant des plaisirs; mais ils voyaient clairement que tous les autres biens naissent de la concorde et s'accroissent avec la vertu, et qu'en les recherchant avec trop d'ardeur, on les perd eux-mêmes et la vertu avec eux. Tant qu'ils suivirent ces principes et conservèrent la nature divine, ils réussirent dans tout ce qu'ils entreprenaient; mais, lorsque la partie divine s'affaiblit à force de s'allier à la partie mortelle, et que les tendances humaines prirent le dessus, ils ne purent plus supporter leur
fortune présente, el leur beauté commença à s'allérer. Pour celui qui savait observer, leur laideur était sensible, puisqu'ils perdaient les plus belles choses avec les plus précieuses. Mais ceux qui purent voir la véritable vie qu'il faut pour être heureux, les crurent au faite du bonheur et de la beauté, parce qu'ils étaient pleins d'une ambition et d'une puissance injuste. Alors Jupiter, le Dieu des dieux, qui gouverne les lois et sait faire de pareilles distinctions, voyant la corruption déplorable de cette race autrefois vertueuse, résolut de la punir pour la rendre plus sage et plus modérée. Dans ce dessein, il rassembla tous les dieux dans la demeure la plus auguste, qui, placée au centre du monde, domine tout ce qui est sujet à la naissance, et lorsqu'ils furent réunis, il dit:... »
Ici finit le récit remarquable de Platon '. Il est à regretter que le reste ne nous soit pas parvenu, mais il est facile d'y suppléer avec ce qu'il énonce dans le Thnée, et assurément il allait raconter l'anéantissement de l'île dans les eaux. Ne semblerait-il pas que ce récit n'est qu'une altération de la tradition mosaïque ?
Dans le livre des Lais ', le même Platon dit en propres termes que le genre humain a été détruit plusieurs fois par des déluges, des maladies et
' Platon, Critias.
' Platon, U) Lois, t
d'autres accidents semblables qui n'épargnèrent qu'un petit nombre d'hommes.
Pindare et ApoUodore nous parlent aussi du déluge ; ils nous représentent Deucalion comme un des ancêtres du genre humain : a Chante avec moi, dit Pindare, la cité de Protogénie, où, par l'ordre de Jupiter maître des orages, DeucaUon et Pyrrha, descendus du mont Parnasse, trouvèrent un premier asile. Disons quel funeste déluge avait inondé la terre, mais que, pour sauver ce couple heureux, Jupiter fît rentrer subitement les eaux dans les réservoirs creusés par sa puissance * . »
Dans ApoUodore, le déluge de Deucalion reprend quelque chose de sa grandeur et tout son caractère mythologique. Il arriva à l'époque de la transition de l'âge d'airain à l'âge de fer. Deucalion est le fils de Prométhée, du fabricateur de l'homme ; après le cataclysme, il crée de nouveau le genre humain avec des pierres. ApoUodore désigne sous le nom de Xapva? (coffre), l'embarcation dans laquelle se sauvèrent Deucalion et Pyrrha, et ce mot répond au xtêwToç des Chaldéens et a le même
* Pindare, Olympiques, IX, 63, 69.
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9fl LE BÉLfCE MOSAÏQVE.
sens que l'arche de la Bible. Il n'est pas jusqu'aux colombes qui ne se retrouvent dans les traditions grecques : « La mythologie, suivant Plularque.fait mention d'une colombe que Deucalion avait fait sortir de son arche, et qui lui avait annoncé h mauvais temps en rentrant et le beau temps en
s'envolant ' : Ot [itv oSï (wOolÔYOt tSI iiuxaliuvi oasi Trtfirrepiv lu tîÏî Xapxavo; âpiofMïijv B^Xuiira yEvfrfai yci- IwSvo; [MV, efsio -akn tvfiuofi^viiv, eùSi'a; H, ^iiosTâaav. n
Après les Grecs co sont en Europe, les Kymris qui ont conservé du déluge la tradition la plus remarquable, bien que sous la forme très-concise de ce qu'on appelle les Triades. Comme de raison, la légende est localisée, et le déluge est compté au nombre des trois catastrophes terribles de l'Oe de Prydain, les deux aulres consistant en une dévastation par le feu. et une sécheresse désastreuse.
H Le premier de ces événements, est-il dit, fut l'éruption du Llynn-llion, ou lac des flots, et la venue, sur la face de tout le pays, d'une inondation [baivdd), par laquelle tous les hommes furent noyés, à l'exception de Dmjfan et Divyfach, qui se sauvèrent dans un vaisseau sans agrès (littér. chauve] ; et c'est par eux que l'île de Prydain fut repeuplée'.
' l'iuiarque. de Solerlîa iinîmalium. Scripta moralia. 1. !1, p. 1185, Paria. 1841, » Arch-iioi. ot Walf^i. t. H, y. m- irladelâ.
LE DÉliUGE MOSAÏQUE. 91
Bien que les Triades, sous leur forme actuelle, ne datent guère que du xiii® ou xiv® siècle, quelques-unes se rattachent sûrement à de très-anciennes traditions, et, dans celle que nous venons de citer, rien n'indique un emprunt fait à la Genèse.
Il ne paraît pas que les Slaves aient gardé quelques légendes relatives au grand cataclysme.
Les Lithuaniens, par contre, en ont une dont le fond est ^ans doute ancien, bien qu'elle ait pris le caractère naïf d'un conte populaire, et que certains détails semblent empruntés à la Genèse.
Dans cette légende rapportée par Hanush {Slav. MythoL, p. 234), le Dieu Pramzimas voyant la terre pleine de désordres, envoie deux géants, Wandu et Wêjas, c'est-à-dire l'eau et le vent, pour la ravager. Ceux-ci bouleversent tout dans leur fureur, et quelques hommes seulement se sauvent sur une montagne. Alors pris de compassion, Pramzimas, qui mangeait justement des noix célestes, en laisse choir près de la montagne une coquille dans laquelle les hommes se réfugient, et que les géants respectent. Échappés au désastre, ils se dispersent ensuite, et un seul couple très-âgé reste dans le pays, se désolant de n'avoir pas d'enfants. Pramzimas leur envoie alors son arc-en-ciel pour les réjouir, et leur prescrit de sauter sur les os de la terre, ce qui rappelle singulièrement l'oracle que reçoit Deucalion. Les deux
vieux époux font neuf sauts, et il en résulte neuf couples qui deviennent les aïeux des neuf tribus lithuaniennes. On doit remarquer dans cette légende un curieux mélange de traits originaux, et d'emprunts faits sans doute au récit de la Bible.
Traditions rowaines. — Ovide, dans ses Métamorplioses, reproduit avec tous ses détails le déluge de Deucalion, il en décrit toutes les circonstances , représente la terre complètement inondée et transformée en mer et l'abîme se répandant partout.
Jainquo mare et tellus nullutn discrimen habebant . Omnia poatus erant, deeraot et littani ponto '.
Le poëte Manilius a voulu aussi chanter le déluge, et il s'exprime ainsi :
CoDCutJtur liillus, validis compagibus hsrens SubduciLiiuo soluin pcdibus : notât orbis in ipso Et vomit oceanus pontum, aitïensqiie resorbet; Nec sese ipss capit : sic ijuondani merserat urbes. Humani gencris quurn solus canstilit havres Doucalion, scopulugue orbem possadit in uno'.
Horace, dans le premier livre de ses Odes, nous
» Ovide, mia^rphoses. lib. 1. v. 25I-29Î. ' Manilius, lib. IV.
dépeint aussi le déluge de Deucalion et de Pyrrha\
... Grave ne rediret Seculum Pyrrhae, nova monstra questœ Omne cum Proteus pecus egit altos, Visere montes.
Voici, en résumé, le sens de toutes ces traditions uniformes.
Jupiter a résolu de perdre dans les eaux la race pervertie des hommes. Deucalion et sa femme se réfugient dans une barque ; le frêle navire s'arrête sur une montagne . Au sortir de la barque, quand les eaux eurent cessé de tomber et que les flots se furent écoulés, Deucalion offre un sacrifice au Dieu sauveur qui le bénit, et repeuple la terre.
Saint Augustin, en nous rapportant les paroles de Varron, semble indiquer que ce déluge de Deucalion ne fut que local et spécial à la contrée qu'il habitait. Cette opinion peut être vraie, nous la respectons, mais, si cette inondation eût été purement locale, nous devons reconnaître qu'on lui a attribué les circonstances du déluge mosaïque, et, dans ce sens, la perpétuité de cette tradition est encore affirmée.
« Sous le règne de Cranaiis, successeur de Cécrops, selon Varron, sous celui de Gécrops
* Horatius, OU,, I, od. ii.
94 LE DÊLIGE MOSAlQirE.
même, selon nos auteurs Eusèbe et saint Jérôme, arriva le déluge de Deucalîon, ainsi appelé parce que le pays où régnait ce prince eut le plus à souffrir de la violence des eaux. Mais ce déluge ne s'étendait pas à l'Egypte ni aux contrées voisines. His lemporibus. ut Varro scribil, régnante Atheniensibus Cranao sucecssore Cccropis, ut autetn nostri Eusebiuset Hieronymus, adhtic ea Ceerope permanente, diluvium fuit quod appellatum est Deucalionis, eo quod ipseregnabat in earum terrarum partibits , vhi maxime factum est. Hoc auteni diluvium nequaquam ad jEgyptiim atque ad ejus viciiia perviinil '. n
M Plusieurs savants, dit Guérin du Rocher^, ont déjà retrouvé Noé dans le Deucalîon des Grecs, lequel repeupla la terre après un déluge. Une preuve à laquelle ils n'ont pas fait attention, que je sache, c'est que le nom même de Beucalion n'est qu'une traductiondeceluideNoéen hébreu. Lamech, père de Noé, donna ce nom à son fils, parce qu'il devait être pour lui une consolation, un repos, un adoucissement au milieu de ses peines. Ce nom signifie proprement repos, mais comme le repos est un adoucissement, le mot hébreu, surtout dans ses dérivés, se prend aussi pour douceur. On lo voit dans niêuê et niêê dérivés de
' Aug. de Civilale Dei. lib. XVUI, cap. x,
' Guérin du Rocher. RUioire véritable des temps fabukux
vol. in-8". Avignon, IB41, t. I, p. 128.
nuêj qui signifient également repos, douceur après les fatigues. On le trouve dans ce sens, à l'endroit où l'Écriture dit que le sacrifice de Noé fut d'une odeur douce et agréable à Dieu. Odoratusque est Dominusodoremsuavitatis, {Gènes., cap, viii, v. 21 .) Or le nom de Deucalion se forme naturellement en grec du mot Aeuxo; (^waui^o^, dulcedo), qui signifie douceur, comme le nom de Sigalion, dieu du silence, se forme de ^tr^ (silentium), (TtYoç,aiYa- UfK, aiyaX&tç [tacitus, qui silentium inducit). Aeuxo; a pu avoir ses dérivés comme (tiytî ; voilà donc Deucalion qui par son nom se trouve être Noé. »
Le nom àePelasgus, dit un auteur*, se retrouve chez les Grecs presque partout où il est question des temps les plus proches du déluge, c'est-àdire, de ceux où les hommes errants sur les débris delà terre détruite, cherchaient à former de nouveaux établissements. Le mot itekayoç des Grecs et celui de Peleg (J*5S) des Hébreux, ne sont point des mots différents ; ils signifient , dispersé, divisé, et Ton sait que c'est un nom qui
' Boulanger, Antiquité dévoilée par ses usages, 3 vol. in-12 Amsterdam, 1766, 1. 1, p. 149.
Si Ephore avait étudié Thistoire avant de l'écrire, il aurait vu que le nom de Pélasges était bien plus ancien que le royaume d'Arcadie, et il ne se serait pas donné tant de peine pour chercher ce qu'était devenue cette nation, qui ne s'était point perdue, comme il le suppose, mais qui n'avait fait que changer de nom. (Clavier, Hist. des premiers temps de la Grèce, 1. 1, p. 44.
pour les Hébreux a rapport aux premiers temps
qui ont suivi le déluge. Le parfait accord qu'il y a entre ces deux noms, l'état des premières sociétés quelque temps après le déluge de Noé, et le nom de Deucalion ou d'inachus, pourraient peutêtre servir à démontrer que ces différents déluges ne sont qu'un seul et même fait. Peleg, en effet, était pour les Hébreux un des noms commémoratifs de l'ancien état du gem-e bumain. Chez les Romains, où l'on reconnaissait que les saturnales étaient plus anciennes que ta fondation de Rome, on en attribuai t l'institution à ces mêmes Pélasges, et on les regardait comme une commémoration d'un ancien âge, où, comme disent tous les poètes, le blé venait sans avoir été semé, où il coulait des neuves de lait, des sources de miel et de via, et où tout était en commun ; alors on ne trompaitet on ne trabissait personne.
11 est raconté chez les Lapons que la terre, avant que Dieu l'eût submergée, était entièrement habitée, lorsque ensuite les mers et les fleuves sont sortis de leur lits et ont inondé tout le globe. Le genre bumain périt tout entier, à l'exception d'un frère et d'une sœur, que Dieu prit sous sa protection et qu'il porta sur la montagne de Passervarc.
Quant aux Celtes, ils ont conservé aussi une légende où plusieurs auteurs ont cru voir la tradition diluvienne.
« A la pointe de la Chèvre, s'élevait une ville du nom dis, gouvernée par un roi nommé Gralon qui avait une fille unique, Dahu. Le luxe et la débauche régnaient au sein de cette vaste et opulente cité, et la fille du roi, oubliant la modestie naturelle à son sexe, donnait l'exemple de la plus révoltante dépravation. Gralon seul gémissait en silence des égarements de son enfant et de son peuple, et priait Dieu de leur ouvrir les yeux. Mais l'heure de la justice divine était arrivée. Au milieu d'un festin, quand le palais de Gralon retentissait des éclats d'une joie tumultueuse, des voix sinistres, se mêlant aux cris prolongés de Vorgie, font entendre tout à coup d'étranges accords dans les plaines de l'air. La terre tremble, Vobscurité la plus profonde règne partout, les hommes et les animaux sont frappés de stupeur, le tonnerre roule en grondant, l'orage approche, il s'accroît et les rivages sont ébranlés ; l'orage accumulé sur Is, éclate dans toute sa fureur et verse sur elle des torrents d'eau ; la mer mugissante s'élevant par degrés ne connaît plus ses bornes antiques, elle franchit ses digues, tout est englouti. La justice divine est satisfaite, la mer s'apaise, l'air redevient calme et serein ' .
* Bouché de Cluny, les Druides, Paris, 1844, p. 20-27.
Traditions de l'Amérique. — Plusieurs historiens de l'Amérique, dit Clavigero ' , racontent des anciens Indiens de l'île de Cuba, qu'interrogés par les Espagnols sur leur origine, ils répondirent qu'ils avaient appris de leurs ancêtres que Dieu créa le ciel, la terre et toutes choses. Un vieillard ayant pressenti une grande inondation par laquelle Dieu voulait châtier les péchés des hommes, se fabriqua un grand canot et s'embarqua dedans avec sa famille et beaucoup d'animaux . Lorsque l'inondation eut diminué, il fit sortir un corbeau qui, trouvant des cadavres pour s'en nourrir, ne revint plus au canot. Peu après, il fit sortir ta colombe, mais celle-ci revint bientôt, portant dans son bec un rameau do hoba, arbre fruitier de l'Amérique. Quand le vieillard vit la terre desséchée, il débarqua, et, ayant fait du vin avec des raisins sauvages, il s'enivra et s'endormit. Alors, un de ses fils se moqua de sa nudité, et un autre le couvrit pieusement. Le vieillard maudit l'un et bénit l'autre. Enfin, ces mêmes Indiens ajoutaient, que pour eux, qui venaient du fils maudit, ils allaient nus, tandis que les Espa-
I ClavigsM, Storia del Messico, tomo IV, p. 16. Ceseua, I7SU.
gnols étaient vêtus, parce qu'ils descendaient du fils béni.
Ne semblerait-il pas que Ton entend le récit abrégé de Moïse? il n'y manque aucune des circonstances qui ont accompagné ou suivi le déluge.
Les Mexicains, dit encore Clavigero, avaient, ainsi que les nations civilisées, une notion distincte, quoique un peu altérée par des fables, de la création du monde, du déluge universel, de la confusion des langues et de la dispersion des peuples. Tous ces événements étaient représentés dans leurs peintures. Ils disaient que les hommes ayant été noyés par le déluge, il se sauva seulement dans une petite barque, un homme nommé Goxcox (d'autres le nommèrent Tocipactli), et une seule femme Xochiquetzal ; ceux-ci étant descendus à terre près d'une montagne, l'appelèrent Golhuacan. Ils eurent beaucoup d'enfants, qui tous naquirent muets, jusqu'à ce qu'une colombe, du haut d'un arbre, leur eut communiqué les langages, mais si divers, que nul ne pouvait comprendre l'autre. Les Tlascollès imaginèrent que les hommes qui se sauvèrent du déluge furent transformés en singes, mais peu à peu ils retrouvèrent le langage en recouvrant la raison * .
* Clavigero, Storia del Messico, tome II, page 6. Cesena,
lOO LE DÉLtGE MOSAÏQL'E.
L'auteur que nous citons est d'autant plus digne de foi, que, né lui-même au Mexique, il parcourut ce pays dans toutes les directions pendant plus de trente années, pour recueillir les diverses traditions et peintures hiéroglyphiques. Ce qui achève de porter la certitude au plus haut degré, c'est que, de nos jours, deux savants célèbres, Alex, de Humboldt et Amédée Bonpland, ayant parcouru et étudié le même pays, y ont retrouvé les mêmes peintures et les mêmes traditions, et nous les confirment avec plus de détails et de la manière la plus positive ' .
Les Mexicains, dit Humboldt, partageaient les âges du monde en quatre cycles ; ces âges sont désignés sous le nom de soleils et renferment ensemble 18,028 ans.
Le premier cycle s'appelle l'âge de la terre, il est de 13x400 + 6 = 5,206 ans;
Le deuxième cycle, âge de feu et âge rouge; sa durée est de 12 x 400 + 4 = 4,804 ans ;
Le troisième cycle, l'âge du vent et de l'air; sa durée est de 10x400+ 10 = 4,Û10ans;
Le quatrième cycle, l'âge de l'eau, atonaiiuh; sa durée est de 10 x 400 + 8 = 4,008 ans.
Alors une grande inondation fit périr l'espèce humaine, c'est la dernière des grandes révolu-
' Hurubolitt L't Araéiià! Bonpluod, Vue des GordiUiéres, i liu, Paris, 1810, p. 2U
tions que le monde a éprouvées. Les hommes furent convertis en poissons, à Texception d'un homme et d'une femme qui se sauvèrent dans le tponc d'un ahahuète, ou cyprès chauve. Le dessin hiéroglyphique représente la déesse de Teau, appelée Matlacueje ou Ghalchiulcueje, et regardée comme la compagne de Thaloc, s'élançant vers la terre. Goxcox, le Noé des Mexicains, et sa femme Xochiquetzal, sont assis dans un tronc d'arbre couvert de feuilles et flottant au milieu des eaux. Le même auteur rapporte la tradition suivante dans les annales historiques des Mexicains.
L'histoire commence par le déluge de Goxcox, ou par la quatrième destruction du monde qui, selon la cosmogonie aztèque, termine le quatrième des grands cycles, atonaiiuh, l'âge de l'eau. Ge cataclysme arriva, selon les deux systèmes chronologiques reçus, en 1417, ou 18,028 ans après le commencement de l'âge de la terre, Tlaltonatiuh. . . L'énorme différence de ces deux nombres doit moins nous étonner, quand nous nous rappelons les hypothèses que, de nos jours, Bailly, William Jones et Bentley ont mises en avant sur la durée des quatre Jougas des Hindous.
Parmi les différents peuples qui habitent le Mexique, on a trouvé chez les Aztèques, les Tlascaltèques, les Mitzèques et les Mechoacanèses * ,
' Les Chichimèques nomment le premier âge qui commença
t02 !.K DÉLIRE MOSAÏQUE.
des peintures représentant le déluge de Coxcot. Le Noé, Xixoulhros ou Menou, do ces peuples s'appelle Coxcox, Teocipatcli ou Tezpi. 11 se sauva conjointement avec sa femme XochiquetzaI, dana une barque, ou, selon d'autres traditions, dans un radeau iyahuahuele [cupressus dUticliia). La peinture représente Coxcox, au milieu de l'eau, étendu dans une barque.
La montagne dont le sommet couronné s'élève au-dessus des eaux est l'Ararat des Mexicains, le pic de Colhuacan. La corne qui est représentée à gauche est l'hiéroglyphe phonétique deColhuacan. Au pied de la montagne paraissent les tètes de Coxcox et de sa femme ; on reconnaît cette dernière par les deux tresses en forme de cornes qui désignent le sexe féminin. Les hommes nés après le déluge étaient muets ; une colombe, du haut d'un arbre, leur distribue des langues représentées par de petites virgules.
C'est la même tradition que nous avons vue rapportée par Glavigero, mais avec d'autres détails : et, citée ainsi par Alex, de Humboldt, elle acquiert une plus grande autorité.
11 ne faut pas confondre cette colombe qui dis-
à la créaiiaii, Alojuitiult, ce qui veut dire soleil des eaux, dans ua sens allégariquo. et ce premier âge s'est termine par le déluge universel qui a fait périr tous 1b3 hommes et toutes les créatures. (Ternaus-Corapaus, Vo'jage et relaiions sur VA mériquc. tome xn. p. 2.)
tribue ainsi des langues, avec Foiseau qui annonce à Goxcox que les eaux se sont écoulées. Les peuples de Mechoacan conservaient une tradition d'après laquelle Goxcox, qu'ils appellent Tezpi, s'embarqua dans un acalli spacieux avec sa femme, ses enfants, plusieurs animaux et des graines dont la conservation était chère au genre humain. Lorsque le Grand Esprit Tezcatlipoca ordonna que les eaux se retirassent, Tezpi fit sortir de sa barque un vautour, le Zopilate ( VulPur aura) . L'oiseau qui se nourrit de chair morte ne revint pas, à cause du grand nombre de cadavres dont était jonchée la terre récemment desséchée. Tezpi envoya d'autres oiseaux, parmi lesquels le colibri seul revint en tenant dans son bec un rameau garni de feuilles. Alors, Tezpi, voyant que le sol commençait à se couvrir d'une verdure nouvelle, quitta sa barque près de la" montagne de Golhuacan * .
1 Humboldt et Am. Bonpland. opère dtato, p. 226.
Ces traditions diluviennes ne sont pas les seules qui se soient conservées en Amérique. Alex, de Humboldt a retrouvé chez les^ Mexicains une autre tradition qui, dégagée des voiles et de la confusion dont la fable l'enveloppe, nous rappelle d'une manière remarquable le premier âge du monde, et certains faits que Moïse rapporte comme s'étant passés avant le déluge : ce ne sera pas nous écarter de notre sujet de la mentionner, puisque cette tradition nous montre la concordance qui existe entre les souvenirs des peuples et le récit do la Genèse.
« Le règne de Quctzalcoatl', disent MM. Alex, do Huraboldl
Ces traditions sont assez claires, et ne permettent aucun doute sur la perpétuité, parmi ces peuples, du souvenir d'une inondation universelle ;
et AmÉilée Bonpland', i'iait l'fige d'or dos peuples d'AnahuBc. AJorii tous les animaux, les hommes même, viva.ieGt en paix, la lerre produisait sans culture les plus riches moissons, l'air était rempli d'une multitude d'oiseaux que l'on admirait k cause de leurs chants, et do la beautâ de leur plumage. Mais co règne, semblable â celui de Saturne, et le bonheur du monde ne furent pas de longue durée. Le grand esprit Tezcatlipoca, le Brabma dos peuples d'Anahuac, offrit ù QuetïalcoatI' une boissou qui, en le rendant immortel, lui inspira le goût des voyages, et surtout un désir irrésistible de visiter un pays éloiguâ quo la tradition appelle Tlapeilan. L'analogie de ce nom avec celui de Huebuellapalluji, la patrie des Toltêquos, ne parait pas accidentelle ; mais comment concevoir que cet homme blanc, prélre de Tula, se soit dirigé au sud-est vers les plaines de Cholula, et audelfi, aux côtes orientales du Mexique, pour parvenir A ce pays septentrional dont ses ancêtres étaient sortis l'an 50d de notre ère ?
Quetzal coati', en traversant le territoire de Cholula, céda ans instances dos habitants qui lui offriront les rênes du gouvernement. 11 demeura vingt ane parmi eux, leur apprit à Tondre les métaux, ordonna les grands jeûnes de 80 jours et régla les in lerca! allons da l'année toltéquo. II exhorta les hommes à la paix, il ne voulut pas que l'on fil d'autres offrandes à la Divinité que les prémices des moissons de Cholula ; Quetzalcoatr passa à l'embouchure de la rivière de Goasocoàlco, où il disparut après avoir fait annoncer aux Cholulains Chololtecolles qu'il reviendrait dans quelque temps pour les gou* vemer de nouveau, et pour renouveler leur bonheur. »
Cl 11 existe encore aujourd'hui parmi les Indiens do Cholula
on y retrouve les mêmes circonstances que dans le récit de la Genèse ; et il semble à peu près certain que c'est le souvenir du déluge de Noé qui aurait été transporté en Amérique par les descen-
une autre tradition très-remarquable, d'après laquelle la grande pyramide n'aurait pas été destinée primitivement à servir au culte de Quetzalcoatl'. Après mon retour en Europe, en examinant à Rome les manuscrits mexicains de la bibliothèque du Vatican, j'ai vu que cette môme tradition se trouve déjà consignée dans un manuscrit de Pedro de Los Rios, religieux dominicain qui, en 1566, copia sur les lieux mêmes toutes les peintures hiéroglyphiques qu'il put se procurer. Avant la grande inondation (apachihuiliztli) qui eut lieu quatre mille huit ans après la création du monde, le pays d'Anahuac était habité par des géants (Tzocuilliexeques). Tous ceux qui ne périrent pas furent transformés en poissons, à l'exception de sept qui se réfugièrent dans les cavernes. Lorsque les eaux se furent écoulées, un de ces géants, Xelhua, surnommé l'architecte, alla à Gholollan, où, en mémoire de la montagne Tlaloc, qui avait servi d'asile à lui et à six de ses frères, il construisit une colline artificielle en forme de pyramide. Il fit fabriquer les briques dans la province de Tlemanalco au pied de la Sievra de CocoLl, et pour les transporter à Gholula, il plaça une file d'hommes qui se les passaient de main en main. Les dieux virent avec courroux cet édifice dont la cime devait atteindre les nues. Irrités contre l'audace de Xelhua, ils lancèrent du feu sur la pyramide. Beaucoup d'ouvriers périrent, l'ouvrage ne fut point continué et on le consacra dans la suite au dieu de l'air QuetzalcoatlV »
« Le père Rios, pour prouver l'antiquité de cette fable de Xelhua, observe qu'elle était contenue dans un cantique que les Cholulains chantaient dans leurs fêtes, en dansant autour du TéocaUi (c'est le nom de la pyramide) ; et que ce cantique commençait par les mots Tulaniand ImluUiez qui ne sont d'aucune langue connue en Amérique. »
t06 LE DÉLUGE MOSAÏQUE.
dants de ce patriarche. Comment ce fait s'est-il produit? On l'iguore, et l'on ne peut même soupçonner à quelle époque ce vaste continent a été peuplé ; rien ne l'indique, mais ce qu'il y a do certain, c'est que cette tradition remontait aux temps reculés. Quelques auteurs ont prétendu que cette histoire avait été importée en Amérique, par les Espagnols ou les missionnaires qui les accompagnaient au moment de la découverte ; mais une simple remarque suffit pour détruire ce sentiment, carl'Amérique fut découverte en 1492. Le dominicain Pedro de Los Aios copia sur les lieux, en 1566, toutes les peintures qui nous transmirent ces traditions, et recueillit toutes tes relations de la bouche des indigènes; si donc, la tradition avait été importée en Amérique par les Espagnols, comment s'y serait-elle répandue en si peu de temps? N'eùt-il pas été possible, et même très-facile, de reconnaître la source d'où elle provenait, et ces peintures n'avaient-elles pas un caractère d'antiquité que le temps seul pouvait leur donner ? Clavigero, né au Mexique vers 1720, étudia d'une manière toute spéciale ces vieilles traditions mexicaines; il étudia les coutumes, les monuments, toutes les peintures, et nous a donné son Histoire du Mexique comme le résultat de toutes ses recherches authentiques. Il n'est donc pas permis, sans preuves, de suspecter l'autorité de celte relation.
Chez les Floridiens ' la tradition suivante s'est conservée. Le soleil ayant retardé sa course de vingt-quatre heures, les eaux du lac Théomi débordèrent avec tant d'abondance que les sommets des plus hautes montagnes en furent couverts, à l'exception de celui du mont Olaymi, que le soleil garantit des eaux, parce qu'il y avait un temple. Il n'y eut de sauvés que ceux qui purent y monter.
Chez les Brésiliens, un étranger puissant qui haïssait mortellement leurs ancêtres, les fit tous périr par une prodigieuse inondation. Il n'y eut qu'un frère et une sœur qui purent échapper.
Les Péruviens parlaient du temps où l'eau du ciel noya les champs et les villes. Pourtant, quelques hommes s'étant bien approvisionnés se sauvèrent. Quand ils sentirent que la pluie avait cessé, ils firent sortir des animaux qui revinrent souillés de fange; par là, ils jugèrent que l'eau avait baissé ^, etc.
Selon le P. Charlevoix, les tribus de l'Amérique du Nord rapportaient, dans leurs grossières légendes, que tous les humains avaient été détruits par un déluge, et qu'alors Dieu, pour repeupler la terre, avait changé les animaux en hommes.
* Bouché de Cluny, les Druides. Paris, 1844. ' Lopez de Gomara. Histoire générale des Indes, liv. V, chap. XIV.
108 I.E DÉI-rGE MOSAÏQUE.
Le voyageur Henry rapporte celte tradilion qu'il avait recueillie chez les Indiens des lacs : « Autrefois le père des tribus indiennes habitait vers lo soleil levant. Ayant été averti en songo qu'un déluge allait désoler la terre, il construisit un radeau sur lequel il se sauva avec sa famille et tous les animaux. Il flotta ainsi plusieurs mois sur les eaux. Los animaux parlaient alors, se plaignaient hautement et murmuraient contre lui. Une nouvelle terre apparut enfin : il y descendit avec toutes les créatures, qui perdirent dès lors l'usage de la parole, en punition de leurs murmures contre leur libérateur '. «
Toutes ces traditions prouvent : 1° que le souvenir d'une inondation universelle avec toutes les circonstances relatives au déluge de Noé, existait parmi les peuples de l'Amérique, et que ce déluge avait pour cause principale les crimes des hommes; 2° que quelques individus seulement échappèrent à la ruine générale et repeuplèrent les contrées; 3" que ces circonstances du déluge noachique se retrouvent aussi dans les idées de ces peuples-là; que non-seulement la tradition du déluge, mais encore le souvenir des faits les plus anciens a été conservé dans la mémoire des peuples.
' TflLcher, Indian Traits, vol, II, c.
Eneyclojièdic moderne, ari. Déluge.
Traditions de VOcéanie. — Ces traditions, nous devons l'avouer, sont très-vagues; cependant, on y voit encore un souvenir d'une grande inondation identique au déluge mosaïque. Les tribus de la Nouvelle-Calédonie ' conservent aussi la notion d'un déluge : à une époque très-reculée, est-il dit dans leurs chants, la mer sortit de son lit et inonda toute la vallée. Ce fut le Dieu suprême Chinig-Chinig qui suscita cette inondation ; hommes et animaux, tout périt, excepté quelques-uns qui se réfugièrent sur une haute montagne oii Teau ne parvint pas.
Les îles de Taïti avaient aussi leur histoire diluvienne. Taaroa, le premier des dieux, courroucé un jour contre le monde, le précipita dans la mer. Tout fut englouti, à part quelques aurons, ou points saillants qui, semaintenant au-dessus de l'eau, formèrent les îles actuelles. Tel est le récit des groupes de TEst. Le dieu des eaux Roua- Hatou dormait un jour au fond de la mer sur son lit de corail, quand un pêcheur se hasarda sur ce lieu, quoiqu'il fût taboue. Il jeta ses hameçons qui s'engagèrent dans la chevelure du dieu ;
* Duflot de Mofras, Exploration du territoire de VOrégon, t. II, p. 366 et suiv.
ilO LE RÉLUGE MOSAÏQUE.
croyant avoir fait une belle capture, il tira si fort, que le dieu vint à la surface de l'eau, furieux d'avoir été dérangé. — Tu vas périr ! dit le Neptune tailien. — Pardon ! pardon ! cria le pêcheur effrayé en sejetantà genoux. Le dieu fut touché, il gracia l'homme, mais il voulut passer sa mauvaise humeur sur les îles : un déluge fut résolu. Débonnaire jusqu'à la fin , il indiqua au pauvre péclieur une île de récifs nommée Toa- Marama, située à l'orient de RaVatea. Cet homme y alla, dit-on, avec un ami, un cochon, un chien et une couple de poules. Ils y étaient àpeine arrivés, que l'Océan commença à monter ; la population des îles fuyait devant Ini, mais l'Océan montait toujours, jusqu'à ce que tout eût péri. Cet acte de destruction accompli, les eaux se retirèrent. Le ])écheur revint alors avec ses compagnons. Il fut le Noé de ce déluge. Ce qu'il y a d'inexplicable dans cette version, c'est que l'île indiquée comme un mont Ararat est un écueil a fleur d'eau. Quand on pose cette objection aux naturels, ils répondent que cela est ainsi, et que la preuve évidente du déluge, ce sont les blocs madréporiques et les coquilles existant sur les cimes les plus élevées. Les eaux delà mer ont pu seules, disent-ils, les porter jusque-là ' . Il est bien certain
' G. C, Domeny da Rienzi, Océanie. t. II, col. 334-338, réiixiub de DuiuoiitdUrvillQ,
que, dans cette légende, il ne faut pas demander d*autres explications aux habitants du pays, et surtout des explications scientifiques ; qu'il nous suffise de constater que, même parmi les peuples sauvages, la notion du déluge s'était conservée de génération en génération, et qu'ainsi elle est parvenue jusqu'à nous. Ce fait nous semble incontestable.
On retrouve également dans l'histoire des origines des peuples, le récit des travaux entrepris pour réparer les désastres opérés par les eaux diluviennes. Nous avons déjà vu Yao occupé à faire écouler les eaux, et, sous son règne, toutes les plaines sont encore inondées. Primitivement, au dire d'Hérodote, la Phrygie, les plaines d'Ephèse et du Méandre n'étaient qu'un marais. Plus de deux siècles après le déluge, la Béotie était encore un marécage ; et Eurotas donne son nom au fleuve ou canal qu'il fait creuser pour dessécher la Lycaonie : ce sont les écrits de Pausanias et de Diodore de Sicile qui en font foi.
Les Cyclopes, dit Homère, étaient établis sur les montagnes, et ce ne fut qu'avec répugnance que les hommes, avant la fondation de Troie, quittèrent les collines pour bâtir des villes dans les
plaines {Odys., lib. W—lliad., lib. XX). Bien tard, et avec une grande hésitation, diLStrabon (lib. XII), les liommes descendirent des hauteurs où ils s'étaient réfugiés. Platon, dans le Traité des lois, liv. III, ajoute qu'après le déluge, la rareté des hommes était si grande, qu'ils se félicitaient chaque fois qu'ils se rencontraient ; et la crainte du déluge était d'abord si extrême, qu'elle les empêcha longtemps de quitter les montagnes et de s'établir dans les plaines.
Nous devons regarder ces récits comme véridiques, et Moïse lui-même les confirme, en nous montrant les enfants de Noé qui, des montagnes de l'Arméûia , descendent dans les plaines de Babylone [Genèse, xi, 2). Il donne à l'Arménie d'où sont partis les premiers hommes, un nom sublime et caractéristique, iirap[>elle l'Orient, bien qu'elle soit située au nord, car elle fut l'aurore des régions habitées. C'est d'elle, en effet, que sortit d'abord la lumière de l'intelligence, et cette désignation d'Orient était si profondément ésotérique, selon la remarque d'un auteur ' , que plusieurs siècles après, Isaïe porté par l' Esprit-Saint au-dessus des temps, annonçait qu'il voyait Cyrus venir de l'Orient contre Babylone. C'était de l'Arménie qu'il parlait, puisque ce conquérant vint en effet de l'Arménie etde la Perse, provinces situées au nord.
' Raaclly de LorguGs, le Christ devant le siècle. Paris, 1848, (,, 317.