ANNO
FECIT FELICITER M. SIGAULT, D. M. P.
.lUVlT M. ALPHONSIUS LE ROI, D. M. P.
FiG. 94, 95. — :M('iluinc frappûe en l'honneur de Sifrault.
Cent de ces jetons furent donnés au premier et cinquante à son aide. La Faculté fit une pension de 300 livres à la femme Souchot, jusqu'à ce qu'il plût au gouvernement de lui en faire une. Le nom de Sigault fut alors dans la bouche de toutes les femmes, qui voyaient dès lors la possibihté d'être mères sans s'exposer à cette horrible opération césarienne ; il devint l'homme du jour et bénéficia de l'engouement que le public avait alors pour les médecins (1). Los marchandes de modes s'emparèrent de la vogue de
(Ij Vers la même époque, Tronchin était le médecin il la mode : un jour, il lui plut de iircscrire aux femmes de frotter leurs appartements ; c'était par hygiène ; elles s'empressèrent d'()l)éir et les robes iiu'ellcs revêtaient pour se livrer à cet exercice, réservé de nos jours aux concierges, s'appelaient dos troncMnc-'i .
Sigaiilt et, de même qu'elles avaient imaginé les bonnets h l'inoculation, elles inventèrent les coiffures à la symphyse, des noeuds d'épée et des boucles à la symphyse.
C'était un réel succès. Toutefois le procédé de Sigault fut discuté par plusieurs accoucheurs de l'époque (1) et surtout par Piet; celui-ci, qui avait assisté la femme Souchot dans une couche précédente, déclara avoir constaté, après l'opération, l'existence d'une fistule urinaire persistante et une certaine difficulté dans la marche. D'ailleurs, les contemporains continuèrent à préférer l'opération césarienne, s'attirant ainsi, il est vrai, de nombreux déboires. Etienne Lauverjat eut une série heureuse, mais il n'en fut pas de même de Coutouly.
Coutouly, raconte Sacombe, ouvrit en l'an V, le flanc de M'"'' Denos. A peine sa victime était-elle descendue au tombeau, trois jours après l'opération, que Coutouly demande six cents francs, pour prix de ce chef-d'œuvre.
— Six cents francs ! Bon Dieu ! pour une opération césarienne. Eh! combien donc prenez-vous, Césariens, pour accoucher une dame, quand vous exigez six cents francs pour l'éventrer ?
— Hélas ! dit l'époux inconsolable, je pourrais vous les donner, mais je craindrais qu'un tel excès de générosité ne fit dire aux méchants que j'ai voulu payer mon veuvage.
Coutouly se contenta de trois cents francs.
Antoine Petit (2) (1718-1794) démontra le premier que l'utérus est le principal agent d'expulsion de l'enfant; jusqu'à lui, la croyance commune, empruntée à Hippocrate, était que le fœtus perçait les membranes avec ses ongles, comme le poussin perce sa coque avec son bec, et qu'il s'aidait des mains et des pieds surtout pour se frayer passage. A. Petit fut moins bien inspiré quand,
(1) Baudelocque n'a pas trop exagéré en disant : « Toutes les fois qu'on a sauvé l'enfant, on a tué la mère, et quand on a sauvé la mère on a tué l'enfant ; quand les deux individus ont été sauvés, l'opération n'était pas nécessaire ».
(2) Petit fut très probablement le père du comique Desforges, l'auteur du Sourd ou VAuhergt' 2}lL'inc. Ce dernier le fait nettement entendre dans cette autobiographie libertine à laquelle il a donné pour titre le Poète. Voici le portrait qu'il nous fait de Petit : « On a déjà vu qu'un certain médecin avait pour ma mère des attentions et des soins sans bornes ; on ne sera pas fâché de connaître cet aimable Esculape. C'était un de ces favoris du ciel, un de ces enfants gâtés de la nature, comme on en voit peu dans l'espace d'un siècle. Tout ce que le physique peut offrir de charmes, tout ce que le moral peut réunir de perfe'Ction, s'était donné rendez-vous chez le docteur Petit, pour en faire à la fois le philosophe le plus éclairé et l'homme social le plus séduisant. J'aurai souvent occasion de parler de lui dans la suite; ceci n'est qu'une ébauche. Que si mon secret est déjà deviné, tant mieux ; me voil;\ plus â mon aise et même tout à fait soulagé ».
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en réponse à Antoine Louis, il soutint la possibilité des naissances tardives. Le mémoire de Louis est des plus sensés, les arguments de Petit sont détestables. On trouvera le cas qui fit surgir la guerre des deux Antoines à nos Préjugés en accouchements (\).
Lebas, déjà nommé, joua un rôle dans la querelle ; il se rangea du côté de Petit, acceptant ses affirmations sans discussion, les appuyant même d'arguments comme celui-ci : « Du moment que les naissances peuvent se faire avant le terme ordinaire, il n'y a rien d étonnant qu'elles dépassent quelquefois ce terme ». Là-dessus, le voilà qui accueille les faits les plus fabuleux que nous avons consignés dans nos Accouchements extraordinaires. Réellement ce pauvre Lebas devait être un praticien médiocre. Ailleurs, il ne trouve rien de mieux pour accélérer le travail que d'administrer un vomitif, à la façon des Kiowas. « Ces idées, dit Velpeau, permettent de penser que le gouvernement, tant sollicité par lui, eut raison de ne pas lui donner la direction d'un hospice de femmes en couches. »
Avant d'aller plus loin, occupons-nous de quelques étrangers de marque. Nous citerons, pour mémoire, deux suédois, Jean Hoorn, qui publia, en 1715, un manuel par demandes et réponses entre Sciphraet Pua, les deux sages-femmes bibliques, et Paulus de Wind, qui imagina, en 1751, une sorte de pince formée de deux leviers juxtaposés.
En Hollande, nous passerons rapidement sur Jean Mulder, auteur d'un Arsenal obstétrical, sur Jacques Denys, rédacteur d'un utile traité à l'usage des sages-femmes, sur Pierre Camper, traducteur de Mauriceau, et nous arriverons à Henri Deventer (1651-1724) qui, à cette époque, tint le premier rang parmi les accoucheurs de son pays. Il prit le nom de sa ville natale, capitale de rOver-Yssel, en Hollande; ainsi fit le premier des Van Loo. Il exerça d'abord la profession d'orfèvre; puis, ayant épousé une sage-femme, il devint médecin. On reconnaît un goût prononcé pour la mécanique, dans la chaise compliquée qu'il a inventée (fig. 9G). Et cependant il se déclarait l'ennemi des instrumentistes!
Dans ses Observations sur iesaccouc/iemen/s, Deventer indiqua la composition de pilules d'opium et de farine de seigle pour calmer les douleurs de l'accouchement. « On no doit point trouver
(1)V. Lca accovchemcnts chez tov.i le-i l'cvplcs, p. 18.'}. Il s'agit de l'accouchement d'une dame du monde, lequel eut lieu douze mois après la mort de son mari, âgé de 70 ans et valétudinaire ; Tetit soutenait, contre les héritiers du mari, la légitimité de l'enfant.
étrange que j'insiste si fort sur cette matière et sur l'importance de ce remède; ma femme, qui a eu dix enfants, n'a senti ces douleurs qu'une seule fois, et c'est aussi la seule où elle ne se soit point servie de ce merveilleux remède qui, grâces au ciel, l'a toujours tirée d'affaire. »
Il préconisa, en outre, pour les femmes en travail, certaines pilules sudorifiques et purgatives dont il gardait le secret, s'en
riG. 96. — Chaise do Deveiiter, avec ses deux chiiufferettes.
réservant, bien entendu, la vente exclusive. D'ailleurs, d'après lui, ces pilules étaient une panacée pouvant guérir toutes les maladies, depuis le vulgaire rhume de cerveau jusqu'au scorbut et la goutte, en passant par la dysenterie, les catarrhes et les maux de dents. . . O grande puissance de l'orviétan !
Deventer était l'homme universel. Ainsi, à la fin de son livre, il donne avis au lecteur de ses connaissances orthopédiques, il guérit tous les vices de conformation ; mais, en commerçant avisé, il prend d'abord la précaution d'établir ses conditions ; « Voici, ditil, comment je me comporte avec les personnes qui se mettent entre mes mains. Avant de commencer à les traiter, je conviens du prix, et je n'en demande le payement que lorsque, suivant mes conventions, j'ai, ou corrigé, ou guéri entièrement le défaut. . . Si l'on veut convenir d'un temps, comme de trois mois, par exemple, pour la guérison, je le veux bien, ayant toutefois égard à la nature
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des accidents. Si ce temps s'écoule sans un mieux sensible, le marché est nul de plein droit, sans qu'on soit tenu à la moindre compensation ; mais si l'on voit un mieux sensible, on est obligé de se laisser guérir jusqu'au bout et alors je me fais donner le prix convenu, afin qu'on ne tire pas le payement en longueur. » Deventer avait dû autrefois éprouver des déboires dans la vente de ses bijoux.
L'anglais PticiiARD Manningham, de pharmacien, se fit accoucheur. Le premier, à Londres, il établit dans sa propre maison une clinique destinée aux femmes en couches (1). Pour ses démonstrations il utilisa un mannequin (2) inventé, vers la fin du XVIP siècle, par ce Hoorn que nous citons plus haut.
Les amateurs de curiosité seront peut-être bien aises de savoir que ce fut Brudenell Exton, élève de Manningham, qui, le premier, en 1751, voulut que la femme en mal d'enfant fut couchée sur le côté gauche ; sa méthode, qui convenait à la pudibonderie britannique, eut le plus grand succès ; elle fut adoptée dans toute l'Angleterre et y est encore en usage dans toutes les classes de la société.
James Douglas (1675-1741) eut une grande réputation dans les premiers temps du XVIIP siècle. Comme professeur, il avait des prix modestes ; ses contemporains lui reprochent môme d'avoir mis à sa porte un écriteau sur lequel était écrit : « Ici on enseigne les accouchements pour quatre shellings ». En 1727, il publia son Advertisement on the journal ofR. ManninghamÇii), lettre aux
(1) Ce fut John Leake qui fonda la première maternité â Londres, en 1750; il en confia la direction à Leake Fost et à Brickenden.
(2) Cette idée fut reprise plus tard en France par M'"« Ducoudray et par Gré- GOIRE qui compta Smellie au nombre de ses élèves: celui-ci se servait d'un hassin en osier, recouvert de cuir. Mais ce sont surtout les accoucheurs d'Italie qui sont arrivés, dans la confection de ces pièces, au plus haut degré de perfection artistirpie. Ainsi au musée obstétrical de Bologne, on n'en compte pas moins de 12.") spécimens soit en craie, soit en cire. Le premier en date est de Giovanni Antonio Galli, qui inaugura la chaire d'obstétrique à l'Institut de Bologne, en 1757 ; il employait dans ses cours, un utérus en cristal renfermant une poupée articulée, et ses élèves, les yeux bandés, opéraient les manœuvres sur cet organe artificiel. Puis nous voyons Antonio Piccoli, à Vérone, utiliser un mannequin en forme de statue, et Giu- SEi'PE Galletti, il Florence, qui se distingue entre tous par le goût vi-aiment artistique qu'il apporte dans ce genre de préparation. « C'est lui, dit le D^ G. Mijlot, dans V Uhdètriqite en Italie, (pii fit construire cette merveilleuse mécanique en caoutchouc représentant une femme au moment de l'accouchement. Toutes les parties de ce mannequin étaient si bien ajustées, par un habile modeleur de l'époque, du nom de Ferrini, que l'illusion était aussi complète que possible, pour les élèves au.K études desquels il devait servir. »
{'^j Avis sur le journal de R. Manningham.
154 LES ACCOUCHEURS GÉLÈBRKS
habitants de Londres pour leur ouvrir les yeux sur les jongleries de Maria Tofts (1 ) qui prétendait accoucher de temps en temps de quelques lapins (fig. 97). Son frère John, lithotomiste habile, eut une
FiG. 97. — Maria Tofts acconchaut, d'après Hogartli.
singulière manière de glorifier la mémoire de James, en pubhant, l'année 1736, son Short account of the state midwiferu in London (2), libelle contre Chapman et Chamberlen, où il prétend que les accoucheurs sont inutiles et que les sages-femmes suffisent aux besoins de la société. N'est-ce pas le cas de dire que l'on n'est jamais trahi que par les siens ?
Dans le même temps, William Smellie fut l'émule de Levret. Lui aussi donna au forceps une seconde courbure, mais il eut le tort de l'envelopper de cuir (fig. 98), ce qui devait gêner son introduction.
Nous avons parlé plus haut (3) des attaques dirigées contre Smellie par Nihell, interprète de toutes les matrones dépitées de voir les hommes empiéter, avec succès, sur les attri])utions séculaires des sages-femmes.
Smellie eut un concurrent redoutable dans William IIun- TER (1718-1783). Le vieux Douglas l'avait pris sous sa protection et logé dans sa propre maison. Smellie était supérieur à llunter ; mais ses manières dures et grossières éloignaient de lui les clientes que séduisait le caractère doux et affable de Hunter. Ce dernier
{]) V. notre H'niioirr ûr.t accmirhcmnita.
(2) Bref examen, de rétat de VahutHriqvr à Londres.
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acquit ainsi une fortune considérable ; il se fit construire une maison spacieuse où il établit, pour ses cours, des amphithéâtres et des salles de dissection. Hunter souffrit longtemps de douleurs qui finirent par le conduire au tombeau ; il vit sa fin approcher avec le plus grand calme.
— Si j'avais assez de force pour tenir une plume, disait-il, j'écrirais combien il est aisé et doux de mourir.
Il ne reconnaissait aucune utilité au forceps perfectionné par son émule Smellie. Était-ce sous l'influence de Vinvidia meclicorum ? un mal singulièrement répandu à toute époque.
FiG. PS. — Forceps de Sinellio.
Smellie trouva un autre adversaire dans la personne de John BuRTON, accoucheur d'York, « qui soumit, dit Siebold, ses doctrines à une critique hostile et acerbe ; en beaucoup de points, elle est injuste et inspirée d'un sentiment de jalousie et d'amourpropre blessé, plutôt que de l'amour de la vérité. La publication simultanée d'un ouvrage de Burton et du traité de Smellie avait enflammé ces sentiments haineux. Burton reproche ;\ Smellie de manquer d'érudition et d'avoir, dans son exposé historique, copié Leclerc et Freind. Il rectifie quelques-unes de ses assertions, mais
pour cela, il a lui-même mis à profit, comme source principale d'informations, la Methocl. stud. med. de Bœrhaave-Haller (1). Il critique ses descriptions anatomiques et blàme quelques procédés opératoires, rejette le forceps de Smellie et reproche à celuici de « l'avoir recouvert d'une lanière de cuir ». Par ces critiques, dont la dernière toutefois est fondée, Burton prouva une fois de plus que l'envie décèle la médiocrité.
Robert Wallage Johnson, ami de Smellie et de Hunter, les deux ennemis, inventa un forceps à courbure périnéale ; l'idée n'était pas mauvaise, mais il la gâta, en insistant pour que l'introduction des branches se fit sans l'aide des doigts comme guides : c'était un excellent conseil pour extraire en même temps l'enfant et la matrice.
Un autre accoucheur anglais Thomas Denman (1733-1815), exécuta, le premier, l'accouchement prématuré artificiel. Les matrones peu scrupuleuses qui se livrent à la pratique des avortements, ne se doutent certainement pas qu'elles doivent à cet anglais les petits bénéfices et aussi les années de prison que leur rapportent cette industrie clandestine. Chose curieuse et illogique, le même Denman qui n'hésitait pas à provoquer l'expulsion du fœtus par une intervention active, était au contraire un ardent partisan de l'expectation dans les accouchements normaux. Il allait même jusqu'à vouloir confier à la nature seule le soin de terminer les présentations du tronc, et, malgré trente échecs successifs contre un seul succès, il n'en persista pas moins dans son idée : bel exemple d'entêtement britannique ! Son horreur pour les instrumentsluifaisait préférer, dans les cas extrêmes, le levier au forceps : il agissait en cette circonstance comme celui qui, pour déboucher une bouteille, préférerait ses doigts à une tirebouchon. William Osborn n'était pas de cet avis et considérait le forceps comme un instrument de première importance, toutefois après le perforateur, dont il eut le tort d'abuser.
Vers la même époque, l'accoucheur Young jouissait, en Angleterre, d'une certaine vogue ; il devra à deux épitaphes, l'une latine, l'autre anglaise, de figurer dans notre galerie. Voici la première de ces pièces :
(1/ Ce livre dont le titre primitif est Mcthoduit disreiiifi vicdicinam. est nn recueil mis S0119 le nom de Bœrhaave par ses élèves. Il fut revu par Haller.
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