‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 15 sur 42 · EPITAPHE DU D^ YOUNG · texte numérisé non relu

EPITAPHE DU D^ YOUNG

PROFESSEUR d'aCCOUGHEMENTS A EDIMBOURG

Hic jacet Qui Venerein sine Lucinâ Lucinam sine Venere

Coluit :

Filios post mille Reipublicae clatos, Sine liberis decessit ; Bella inter intestiua

Forti manu Sed sine Marte, Patriaî Liberatoris nomen

Adeptus est.

Anno set. 57, jam juvenem,

Decessisse.

Abi, Viator, et luge.

Traduction :

« Ci-gît qui pratiqua Vénus sans Lucine et Lucine sans Vénus. Après avoir donné mille enfants à la République, il mourut sans postérité. Ayant d'une main vigoureuse, mais sans l'aide de Mars, mené à bien maintes guerres intestines, il reçut le nom de Libérateur de la Patrie. A l'âge de 57 ans, encore jeune, il mourut. Éloigne-toi, passant, et pleure. »

L'épitaphe anglaise est spirituelle mais ironique :

Hère lies A most extraordinary man :

He saved the lives of thousands, Though he was a physician ; And took the greatest liberties witli the chastest Matrons without offending themselves,

Or, What is more surprising,

Their husbands.

Mothers and daughters wept his death ; The former from gratitude, The latter from expectation :

Ile died, alas ! of an upoplexy.

Cupid!

You gave him no assistance ; And, by the omission, proved yourself A God, as ungrateful as blind : For this great man's life was spent

In preventing Love's labour from being lost.

Ici repose Un homme tout à fait extraordinaire.

II sauva la vie de plusieurs milliers (de gens) Quoiqu'il fût médecin,

Et prit les plus grandes libertés avec les plus chastes Matrones sans les oifenser,

Ou, Ce qui est surprenant,

Leurs maris, Mères et filles pleurèrent sa mort, Les premières par reconnaissance, Les dernières par anticipation.

Il mourut, hélas ! d'une apoplexie.

Cupidon!

Vous ne lui donnâtes aucune assistance, Et, par l'oubli, vous vous montrâtes Un Dieu aussi ingrat qu'aveugle, Car la vie de ce grand homme fut dépensée

En empêchant Le travail de l'amour d'être perdu.

Pour en finir avecles Anglais, signalons encore : John Maubray, le propagateur des doctrines de Deventer ; Orme, Lowder et Krohn qui, à l'exemple de Manninghara et de Denman, fondèrent des cliniques privées ; Sândys, praticien fort occupé ; Chapman qui, le premier, en 1733, donna la description du forceps des Chamberlen ; Edward Hody, le collaborateur de William Giffard, inventeur d'un forceps dit «extractor» ; Freke etTooRTWYK autres inventeurs de forceps ; Thomas Dawkes, Henry Brack en, Georges Counsell, Benjamin Pugh, auteurs d'ouvrages plus ou moins estimés à l'usage des sages-femmes; Fielding Ould (1714-1789), médecin en chef de laMaternitéde Dublin, accoucheur de grand mérite, qui aurait pu dire, comme le prince de Condé dans la Conjuration cVAmboise :

Messieurs, dans ma famille, on a cela de beau. Qu'on ne croise les bras qu'au fond de son tombeau.

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En effet, il exerça jusqu'à l'âge de 75 ans et mourut d'une attaque d'apoplexie, quelques instants après avoir fait son dernier accouchement.

A Edimbourg, nous avons encore David Spence, Alexandre Hamilton qui mit en pratique l'épigraphe de son ouvrage : Arte non vi ; Edward Foster, enlevé à la fleur de l'âge ; William Dease qui, comme tant d'autres, blâmait tous les instruments, excepté un seul de son invention, à savoir un levier articulé. John AiTKEN nous arrêtera un instant. Comme Denman, il était grand partisan du levier, et naturellement il en construisit un, le seul bon, comme de juste ; c'était le levier vivant, living lever, dont les extrémités flexibles avaient quelque analogie avec les doigts. Aitken ne dédaignait pas non plus l'usage de la scie : dans les cas de rétrécissements considérables, il refusait de croire au ramollissement des articulations du bassin et sans tenter d'écarter fortement les cuisses, comme Severin Pineau le conseillait à la fin du XVP siècle, pour relâcher la symphyse des pubis, il ne trouvait rien de mieux que de suivre l'exemple d'Alexandre, tranchant le nœud gordien, tranquillement il sciait la paroi antérieure du bassin (l). Notez que ce boucher émérite passait sa vie à imaginer instruments sur instruments.

(1) Aitken n'aurait jamais eu l'occasion de recourir à ce procédé barbare, si la proposition de François Deleueye avait été acceptée. Cet accoucheur voulait, qu'avant de se marier, chaque jeune fille fut soumise à un conseil de révision spécial. Et pourquoi pas / Les dames aujourd'hui protestent volontiers contre leur situation politique et sociale qu'elles trouvent inférieure. « Les droits des deux sexes, disent-elles, doivent être les mêmes, car les risques qu'ils courent ne sont pas moindres des deux côtés : nous n'avons pas ceux de la guerre, mais nous avons ceux de l'accouchement. Vous autres hommes, vous êtes la légion militante ; nous, les femmes, nous sommes la légion parturientc. Egalité entre les deux légions, s'il vous plaît ! » Soit, mais égalité absolue. Avant d'être enrégimentés dans notre légion, nous passons devant un homme de l'art qui juge de notre aptitude physique ; avant qu'on vous immatricule dans la vôtre, souffrez, mesdames, qu'on examine si vous êtes bonnes pour le service. On dit à tel garçon mal bâti : a Pas de poitrine ! des jambes en tuyaux de pipe ! nous ne prenons i)as cela ! » Qu'on puisse vous dire : a. Mauvaise conformation ! bassin rétréci ! défense de faire des enfants I i) Nous voudrions plus. Une vieille chanson dit qu'il faut des époux assortis ; c'est vrai au point de vue physiologique autant qu'au point de vue moral. Ne connaissez-vous pas de ces ménages où, selon le mot de Pajot, l'époux semble un éléphant et l'épouse une gazelle ? Les accouplements de ce genre ne sont pas inféconds comme celui de la carpe et du lapin, mais combien dangereux ! En effet, le produit tient souvent du plus vigoureux ; dès lors, après l'accouchement, en avant l'aiguille, le point de suture, toutes les opérations de l'abominable i)érinéorrhai)liie, sans compter le reste. Bref, nous soumettons aux méditations du législateur le projet de loi suivant : (X Attendu qu'il est du devoir de l'autorité de veiller ne qnid detrimentl fcmincum pcrineon capiat, faisons inhibition expresse ;\ tous colosses à larges épaules de s'unir maritalement à toute jeune lille délicate et frêle, même si elle a été, par déci-

Parmi les célébrités allemandes du XVIIP siècle, nous citerons tout d'abord Jean-Georges Rokderer (1726-1763), élève de Jean Fried (1689-1769), fondateur de la première chaire d'accouchement à Strasbourg, ville qui, à cette époque, était le trait d'union scientifique entre la France et l'Allemagne. A son tour, Rœderer fonde à Gœttingue, en 1751, une chaire du même genre, établie en sa faveur par le roi d'Angleterre (1). Il réagit contre certains préjugés fortement enracinés dans l'esprit de ses contemporains. Ainsi dans sa thèse inaugurale sur le fœtus parfait, de fœtu perfecto, il démontre que les organes du fœtus ne peuvent parvenir à l'état de perfection qu'au terme de neuf mois ; admettre la possibilité de cette perfection avant le terme ordinaire, c'est, dit-il, être dupe de l'erreur ou de la supercherie des femmes. « L'Académie impériale de Saint-Pétersbourg avait proposé pour le prix, en 1756, de déterminer quelle était la cause pour laquelle une femme grosse, en touchant une partie de son corps, pouvait, par la force de son imagination, faire une impression sur la même partie du fœtus. L'Académie n'excluait pas du concours les mémoires qui prouveraient l'impossibilité du fait supposé. Rœderer prit ce dernier parti dans un mémoire où il démontre que le sentiment contraire répugne aux premiers principes, à la nature des choses et à l'expérience, quoique ce soit sur l'expérience qu'on s'appuie pour persister, sans examen, dans cette opinion qu'il taxe de ridicule. Le prix ne lui fut pas accordé ; on y substitua des lettres d'associé, récompense sans doute plus honorable et plus flatteuse pour lui. Sa dissertation curieuse, intéressante, philosophique, écrite dans les vues de l'utilité publique, produirait un grand bien en tranquillisant les esprits, si la prévention et l'ignorance de la multitude n'étaient en possession de braver, sur ce point comme sur bien d'autres, le savoir, la vérité et la raison » (2). Rœderer fut enlevé prématurément, à l'âge de 37 ans : il était en route pour Paris où il venait donner des soins à une femme de qualité, atteinte d'un cancer au sein ; mais il contracta, en passant à Strasbourg, une fièvre typhoïde à laquelle il succomba. Coïncidence curieuse :

sion du conseil de révision, reconnue idoine ù l'enfantement ». Que la compatissante M™" Huot, celle qui s'intéresse tant à l'infortune des médors sacrifiés sur la table des vivisecteurs, s'empare de notre proposition et la défende ; les souffrances de son sexe doivent, pensons-nous, l'émouvoir autant que celles des quadrupèdes... mais^ au fait, ce n'est pas démontré.

(1) En qualité d'électeur de Hanovre.

(2) Éliige de Uœderer, par A. Louis.

XVIIl'^ SIÈCLE

un an auparavant, il avait publié une étude (I) sur la maladie qui devait l'emporter (2). Rœderer était membre de l'Académie royale de chirurgie en qualité d'associé étranger. Sa fortune personnelle lui permit de visiter les principales universités et de suivre les leçons des célébrités de son temps ; il augmenta ainsi sa richesse scientifique, démontrant, au point de vue intellectuel, la fausseté du proverbe : pierre qui roule n'amasse pas ynousse.

FiG. 99. — Chaise lit de Stein.

Il laissa de nombreux élèves qui firent honneur au maître et contribuèrent à la durée de sa mémoire. Le plus brillant fut Gkorges Stein (1737-1803), qui mérita le surnom de Levret du Nord. Son nom est resté attaché à une chaise-lit double (fig. 99),

(1) Tractatiix de nmrbo iinim-so.

(2) SCHWKIGHAEUSER attribue sa mort ù une autre t'aiiso : voici ce qu'il raronte clans sa Prat'Kpic des accoiirhnnentx : «. Rd'dcrer avait été nommé, en 1761, professeur d'anatomie à h-'trasbourg, sa ville natale ; ses lettres de nomination funmt intereei)téesù la poste et une fausse répons*; supposée fit obtimir la i)!aee à un autre Arrivé à Strasbourg, en 17(i8, Rcederer fut tellement frapjjé de la mésaventure, (lu'il prit une fièvre bilieuse et nerveuse dont il mourut ]ieu de jours apr^s l"iu\asiou de la maladie ». Siebold, loc cit.

ACCOVCIIKUHS ET S.VGES- FICM.MKS 'lil.KnKO. U

destinée aux accouchements, qui figure dans le Traité écrit par son neveu Georges-Guillaume Stein, sur les notes de son oncle (1).

La chaire créée à la Charité de Berlin pour l'enseignement des sages-femmes fut inaugurée par Frédéric Meckel; celui-ci était plutôt anatomiste qu'accoucheur et réservait son zèle pour les autopsies de femmes mortes en couches. On comprend qu'il fut fort peu recherché comme praticien. Nous en dirons autant de

'FlG. 100. — Chaise-lit de F. Herbiniiuix.

Christophe Themel d'Annaberg qui, dans un traité technique, avoue n'avoir pratiqué qu'une trentaine d'accouchements. Est-ce une recommandation ? Assurément, il vaut mieux faire peu et bien que beaucoup et mal ; mais Themel faisait peu, faisait-il bien ? Beaucoup et mal, tel était le cas de Johann Andréas Deisgh (1713-1780). Accoucheur si l'on veut, charcutier plutôt, il instrumentait à Augsbourg. « Deisch, dit Dezeimeris, se fit remarquer entre tous par l'horrible cruauté de sa pratique et par ses efforts pour mettre en honneur l'emploi des crochets tranchants et aigus, du perce-cràne, du couteau à démembrement. Dans la dissertation qu'il écrivit, en 1741, sur l'utifité des instruments dans l'accouchement, il a surtout en vue le perce-membranes de Fried, le

(1) L'idée première de ce meuble incommode appartient au belge Heebiniaux (fig. 100), le même qui imagina un levier (tig. 101, 102) dont le manche forme le canon d'une seringue sur lequel se visse une canule, instrument ecclésiastico-obstétrical destiné à donner le baptême aux fœtus en détresse.

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Parmi ceux qui eurent part à cette révolution, nous citerons Crantz, le fondateur de la Maternité de Vienne (1754) et ses élèves ou successeurs : Lebmacher, Reghenberger, Kraft» Plenk, enfin Boer et Steidele qui méritent quelques lignes chacun.

Lucien Boer, de son vrai nom Boogers aurait été surnommé par Rousseau « l'apôtre de la nature » : sur 1,530 accouchements, il ne fit que deux applications de forceps (1). Il est vrai que Pissue fatale de l'accouchement de la femme de l'archiduc François, Elisabeth, qu'il délivra avec le forceps, ne devait pas contribuer à lui faire aimer cet instrument. Peut-être aussi son horreur pour le forceps a-t-elle empêché Boer d'intervenir à temps dans cette circonstance. Cependant, s'il avait l'horreur des opérations, dans certains cas, comme les rétrécissements du bassin, il était loin de « prendre la fuite » comme faisait son collègue italien Aranzio, et montrait alors une grande habileté. Mais il avait tort de croire à l'efficacité de son « remède antimonial » pour achever l'accouchement et lui assurer une terminaison favorable. Cette panacée, comme toutes celles du même genre, ne pouvait agir que sur l'imagination de la femme. Il faut dire, du reste, à son honneur, qu'il ne cherchait pas à en tirer profit et qu'il le délivrait gratuitement.

Raphaële Steidele était moins exclusif; il admettait le forceps, si ce n'est le reste de l'arsenal obstétrical. Aussi fit-il paraître, en 1774, un ouvrage intitulé : De l'indispensable nécessité des instruments dans l'art des accouchements. Or sur le frontispice, d'après Siebold, « se trouve une gravure qui représente un ange descendant du ciel et présentant le forceps de Levret à Lucine, debout près d'une parturiente. Le perforateur et les crochets sont à terre; un second ange bénit la parturiente et repousse d'un pied dédaigneux ces instruments ; un troisième ange tient un livre ouvert «.

A l'exemple de Bœr, Jean Vogler, de Weilburg, imagina, contre tous les accidents de la parturition, sa mixture antalgica à base d'opium, et son oleum anodinum, qui était employée en frictions. Il y avait là une mine que le charlatanisme ne pouvait manquer d'exploiter. Joseph Leniiards, de Quendlinbourg, lança son fameux breuvage « qui prévient chez les femmes enceintes

(1) Il aurait pu dire comme Pajot, qui, lui aussi, réprouve toute intervention hâtive : (( Je suis resté soixante-douze heures sans tirer mes bottes, tandis qu'en cinq minutes, avec le forceps, je pouvais délivrer la femme et l'accoucheur ! »

tous les maux quels que soient leurs noms ; il facilite l'accouchement qui se termine en deux douleurs seulement ; il prévient toutes les maladies et redonne à la taille sa fmesse première » (1). Ce breuvage était un simple composé de vin, de myrtilles et de sel de Glauber. En France, vers la même époque, qui correspond aux dernières années du XVIII« siècle et aux premières du XIX% Vélixir américain jouissait d'une grande réputation et rapportait de fort beaux bénéfices à son inventeur.

L'école de Strasbourg nous fournit quelques célébrités purement allemandes : Scheid ; Weigen ; Fried fils ; Fries, son élève ; Jean Thebesius. Dans le traité d'accouchements de ce dernier, nous relevons les conseils suivants sur la toilette de l'accoucheur : « Il devra être vêtu aussi légèrement que possible puisque souvent son œuvre est laborieuse et le fait transpirer ; il devra retrousser les manches de sa chemise jusqu'au-dessus du coude, mettre un tablier épais pour bien protéger les extrémités inférieures, n'avoir point de bague aux doigts, enlever ses jarretières et ne se couvrir la tête que légèrement ».

Nous trouvons encore, dans le duché de Wurtemberg, Berdot; à Gœttingue, Fischer et J. Huber ; à Tubingue, F. Clossius et Siegwart; à Helmstadt, Laurent Heister; à Halle, Bohmer ; à Brunswick, Christophe Sommer; à Leipzig, Charles Gehler; à Berlin, Frédéric Heuckel et Jean Hagen; àErlangen, J. Ru- DOLPH. D'autres accoucheurs allemands se sont encore fait un nom au siècle dernier ; en voici l'énumération aride mais à peu près complète : Fr. Voigtel, élève de Meckel ; Auguste Hinze qui fit, comme Bernard Schreger, un arsenal obstétrical; Joseph Weydlich ; SciiwEiCKiiARD et Schlegel, qui se sont occupés de littérature et d'histoire obstétricales ; Knebel, qui fît des travaux importants sur la séméiotique ; Aepli, dont les préceptes sur la délivrance sont encore suivis ; Cettner, auteur de la Sage-femme imprévoyante ; (Lumens, auteur de la Sophie ou la prmdence féminine.

Dans le même siècle, nous trouvons à citer : en Hollande, Jean DE Bree; en Belgique, Jacobs, de Gand, qui utilisa l'œuvre de Plenk pour son École pratique des accouchements, sans en tirer un parti convenable. La Russie nous donne le nom d'ÂMBADiK, le premier professeur d'accouchements de l'empire, sous Catherine H ; de Joseph de iMohrenheim, oculiste connu, qui fut aussi

(1) Siebold. Luc. rit

XVIir SIECLE

raccoucheur de la grande duchesse et composa un manuel officiel sans valeur ; de Boek, élève d'Osiander ; de Suthof et de G. RiGHTER, de Moscou. En Italie, Sebastiano Melli copie Sgipione Mercurio ; Giuseppe Vespa occupe, le premier, la chaire de Florence, créée pour lui par le grand-duc de Toscane, et a pour successeurs Pietro Tanaron et Francisco Valle ;

lu:!. — Vcniunit,.

Francisco Asdrurali, de Rome, est envoyé par le pape Pie IV (1) à Paris où il suivit les leçons de Leroy ; Nessi, à Pavie ; Nannoni, à Sienne ; Domenico Ferraro et P. Galeot- Ti, à Naples, propagent, comme Vespa et Valle, les doctrines de Levret. Le Danemark tient sa place avec Bughwald, élève de

(1) Ce pape encouragea les études obstétricales ; il lit décerner une médaille représentée dans le .traité d'Asdrul)ali, il tous ceux qui se distinguaient dans Fart des accouclienients.

Deventer; Holm, traducteur de Mesnard ; Janus Bing; Chris- TL\N Berger, pour qui Frédéric V créa la première chaire d'accouchements à la Maternité de Copenhague, enfin Mathias Saxtorpii (1740-1800). qui se distingua le plus parmi les nombreux élèves de Berger, et découvrit le mouvement de rotation que subit la tête, pendant sa descente à travers la filière pelvienne.

Cette observation intéressante nous ramène en France. François SoLAYRES, élève de Pean, avait fait la même remarque sans connaître les travaux de Saxtorph. Solayres mourut à 35 ans, enlevé par la tuberculose pulmonaire ; mais il eut le temps d'établir, d'après la méthode analytique, une classification certaine des accouchements ; son œuvre n'a rien perdu de sa valeur.

Vers la même époque, était en réputation Vermont (1), accoucheur de Marie-Antoinette ; il en a été longuement question à nos Accouchements à la Cour ; c'était un praticien distingué, mais rien de plus (2).

Jacques-André MiLLOT (1738-1811), l'accoucheur de Madame la duchesse d'Orléans, eut un immense succès mondain avec son Art de procréer les sexes à volonté. Il n'était pas le premier qui ait eu la prétention d'enseigner cette chimère. Le Talmud dit que pour avoir des garçons, il faut attendre que la femme désire ardemment son mari ; pour avoir une fille, il faut, au contraire, que l'homme, désirant violemment sa femme, la surprenne pour, ainsi dire et l'aime à l'improviste. Louis-Philippe, qui avait souvent le propos salé, se plaisait à rappeler cette prescription rabbinique. Cinquante ans avant Millot, Procope Couteau, l'auteur de l'Art de faire des garçons, déclarait pouvoir procréer, à volonté, des enfants d'un sexe déterminé : « J'ai, dit-il, moi-même déjà tenté quelques expériences avec ma seconde femme, car j'en ai eu deux; et avec la première, je ne songeais tout au plus à avoir des enfants qu'en général ; mais toutes les fois que je travaillais à remplir les

(1) Par une coïncidence curieuse, Marie- Antoinette eut pour lecteur attaché à sa personne, un abbé Vcrviimil, tils d'un chirurgien de village.

(2) Comme accoucheur de la reine de France, Vermont avait 20,000 francs de fixe et, à chaque naissance, il recevait un don de 100,000 francs ; î\ la naissance de la duchesse d'Angoulûnie, il fut fait chevalier de l'ordre de St-Michel qui donnait la noblesse liéréditaire et, ce qui valait mieux, une pension de 3,000 fr. A la naissance du dauphin, mort :\ Meudon, outre les 20,000 fr. de fixe ei les 100,000 fr. de la Oour de France, il reçut 100,000 fr. des Etats du Dauphiné et autant de la Cour de Vienne. Dubois fut moins bien partagé : à la naissance du roi de Rome, il n'eut que 120,000 fr. et le titre de baron. Quant à Denenx, qui perdit toute sa clientèle pour se consacrer entièrement à la duchesse de Berry, il ne touchait que 12,000 fr. par accouchement.

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vœux de la dernière, qui désirait des garçons, j'avais soin de la faire pencher du côté gauche, et soit par hazard ou par adresse, je n'en ai eu que trois enfants, qui tous sont du sexe qu'elle souhaitait ». Il est à noter que le procédé de Couteau est exactement le contraire de celui que nous indiquera Millot. Ce dernier était-il convaincu de l'efficacité de sa recette ? Il raconte bien que le duc d'Orléans, son client, a obtenu les enfants qu'il désirait, en suivant ses conseils. Mais alors pourquoi le duc d'Orléans, devenu le roi Louis-Philippe, citait-il le procédé talmudique et non celui de Millot ? En réalité, Millot pourrait bien n'avoir été qu'un farceur. Sa dédicace nous le ferait volontiers croire :

Alix Dames

Sexe charmant,

L'auteur delà nature, en vous créant, a bien prouvé à l'homme l'intention où il était de le consoler des misères auxquelles il n'a pu le soustraire.

Félicité des humains, reprenez les avantages que la nature vous a donnés dans la propagation de notre espèce, et que quelques naturalistes vous ont injustement enlevés; vous serez contente, j'espère, de la part que vous y donne votre affectionné concitoyen.

Millot (Jacques-André).

Accoucheur des ci-devant Princesses du sang. Rue du Four-Saint-Honoré, n" 455.

Comme on le voit, il n'oublie pas de donner son adresse et ce début de son livre sent fort la réclame.

Millot modifie tout simplement la proposition d'Hippocrate, qui faisait venir les garçons du testicule droit et les filles du testicule gauche ; lui, il attribue à l'ovaire droit la propriété de fournir des garçons et à l'ovaire gauche, celle d'engendrer les filles. « C'est, dit-il, un mouvement de plus ou de moins de la femme qui, au moment de la fécondation, détermine le sexe; mais si elle veut s'abstenir de tout mouvement, et si, au lieu de garder un parfait aplomb, elle s'incline un peu sur le côté droit, à coup sûr il en résultera un garçon, si la trompe et l'ovaire sont sains de ce côté ; si, au contraire, elle s'incline un peu sur le côté gauche, elle donnera la vie à une fille, si la trompe et l'ovaire sont sains. Ce mode, ajoute-t-il, n'est ni pénible, ni douloureux à pratiquer ; essayez en

conséquence, lecteur, et vous serez convaincu. » Comme on le voit, le procédé est simple, à la portée de toutes les bourses et sans douleur pour l'opérateur.

Ce qui est assez curieux, c'est que Couteau proclamait avoir démontré tout le contraire par une expérience personnelle. Millot ne l'ignore pas, et, sans nier l'affirmation de Couteau, il se tire d'affaire en déclarant que la dame avait une transposition des ovaires ou bien que le mari avait braqué « le canon de la vie » à l'orifice de la trompe droite. Et voilà pourquoi votre fille. . . a eu un garçon ! Il serait plus sage de déclarer, avec nos pères, qu'engendrer est métier cV aveugle.

Pour en finir avec ces niaiseries, disons un mot de Robert jeune, bien que ce dernier appartienne plutôt au XIX*' siècle. Robert, croyant à la perfectibilité de l'espèce humaine parla sélection, composa deux volumes sur la Mégalantliropogénésie ou l'art de procréer des gens d'esprit par le physique. Un siècle darwiniste ne peut blâmer l'idée de Robert; mais au petit nombre de gens d'esprit qu'on trouve dans l'un et l'autre sexe, il est à craindre que la remonte des étalons ne soit difficile. N'était l'âge des académiciens, nous demanderions qu'enjoignit un haras au palais Mazarin. Voici quelques vers de Jouy qui raillent agréablement le système de Robert (1).

LA MÉGALANTHROPOGENESIE

DIALOGUE ENTRE M. ET M'"^ GERVAIS MADAME r.ERVAIS

Qui fraiipe à cette licuro à ma porto ?

MONSIEUR GERVAIS

C'est moi, madame. . .

MADAME r.ERVAIS

Allons, j'y vais...

Mon Uicii, quelle ardeur vous transporte ! Y pensez-vous, monsieur Gcrvais ?

(1) Le théâtre aussi s'est égayé de cette idée diin^V Ile de hi Nrijalanthropogénésie ou les Savants de naissance.

xviri*' SIÈCLE 171

MONSIEUR GERVAis, montrant à 3/"'= Gervais un volume qu'il tient en main.

Le feu qui près de vous s'allume Luira dans la postérité :

Nous pouvons avec ce volume, Faire un grand homme à volonté.

MADAME GERVAIS

Allons, mon cher, je nie dévoue ; Savez-vous bien votre leçon?

Je voudrais voir, je vous l'avoue, Un savant de votre façon.

MONSIEUR GERVAIS

Parmi ces esprits qu'on renomme Chacun a ses talents divers :

Convenons d'abord du grand homme Qu'il faut donner à l'univers.

Faisons un esprit de lumière, Un astronome audacieux...

MADAME GERVAIS

Qui, perché sur une gouttière. Se croie un habitant des cieux.

MONSIEUR GERVAIS

Justement ; voici notre affaire.

Naissez, illustre rejeton...

MADAME GERVAIS

Non, non ; vous auriez peine à faire Mieux que La Grange ou que Newton.

MONSIEUR GERVAIS

A Galien j'ai bien envie

Que nous donnions un successeur.

MADAME GEP.VAIS

Je craindrais de perdre la vie En mettant au jour le docteur.

MONSIEUR GERVAIS

Un philoso[die a son mérite.

MADAME GERVAIS

Y pcnscz-vous, monsieur Gorvais ?

MONSIEUR GEUVAIS

Klibicii, faisons donc un jésuite...

MADAME GERVAIS

l"'i donc ! monsieur, fi donc !... jamais.

MONSIEUR GERVAIS

Un héros?

MADAME GERVAIS

Qu'en voulez-vous faire ?

MONSIEUR GERVAIS

Un émule de Cicéron ?

Un poète comme Voltaire ?

MADAME GERVAIS

J'irais accoucher en prison.

Guerre et malheur à l'homme habile Dans ce siècle ignare et falot !

Pour qu'il soit heureux et tranquille, Décidément faisons un sot.

XIX* siècle. — Bien que la plus grande partie de la vie de Jean-Louis Baudelocque (1746-1810) appartienne au XVIIP siècle, nous le rangeons dans le suivant, car ses plus illustres clientes firent partie de la cour impériale, la reine de Hollande, la grande-duchesse de Berg, plus tard reine de Naples, enfin l'impératrice Marie-Louise, que sa mort l'empêcha d'assister.

Baudelocque eut surtout l'art de faire valoir les travaux de Solayres, mais il eut le tort de compliquer sa classification et d'instituer quatre-vingt-treize présentations ; par la suite, M"'* La Chapelle en retrancha, avec raison, soixante-douze comme inutiles.

Il avait parfois des idées assez originales ; ainsi pour calmer une cliente indocile, il imagina d'appeler auprès d'elle deux avocats en robe, la toque sur la tête et leur présence agit si vivement sur l'imagination de la patiente qu'elle se soumit aussitôt aux conseils de son accoucheur.

Quoi qu'il en soit, il est juste de reconnaître qu'il fut le meilleur accoucheur de son époque. La haute faveur qu'il acquit dans l'opi-

FiG. 101. — J.-L. Bavidelocque (1).

nion publique, et aussi son caractère violent, intolérant, impé-

(1) Cette gravure est tirée des œuvres de Baudelocque, traduites en flamand, par SOEK ; elle est accompagnée des vers écrits dans la même langue, par l'accoucheur Veklens.

Bataafsclie Vrouwen, kust in deze beeldtenis,

Hem, die, naast God, uw Ivunne, in nood, tenredderis ;

Den grooten Baudelocquc, uw hulde, uw liefde waerdig :

Maar dankt ook wakkren Soek, die, te uwer hulpe vaerdig,

Op dat uw Smart verligt, uw onlieil, vond verlioed,

Dat Fransch orakel in uw landtaal sprekin doet.

« Femmes Bataves, contemplez dans cette image celui qui, avec Dieu, est le sauveur de vos enfants dans la détresse, le grand Baudelocque, digne de votre vénération et de votre amour ; mais remerciez aussi le brave Soek, qui toujours prêt ;\ vous secourir et à soulager vos douleurs, vous préserve du malheur et des maladies, en faisant ptirler dans votre langage l'oracle frau(;ais.

rieux, lui attirèrent de nombreux ennemis: Piet, sous le pseudonyme de W. Kintislî, écrivit une diatribe des plus virulentes contre son livre; Herbiniaux, du fond de la Belgique, dit f[ue « l'Académie de chirurgie a couronné l'ignorance et la mauvaise foi » ; Jacques Millot se demande comment un homme aussi ignorant que Baudelocquea pu devenir professeur; Sigault, l'inventeur de la symphyséotomie, et Leroy, son collaborateur, Lauverjat, promoteur de l'incision horizontale pour l'opération césarienne, que Baudelocque eut le tort de ne pas apprécier, et enfin Sacombe, furent les plus acharnés contre lui,

Ce dernier surtout hâta, dit-on, sa mort, par la violence et la fréquence de ses attaques (I). Il poursuivit sans trêve ni merci Baudelocque au sujet de l'accouchement ou, pour nous servir de l'expression de Sacombe, de Végorgeme7it de M"" Tardieu, femme du célèbre graveur de la marine.

Cette dame était déjà accouchée trois fois : à la première couche, l'enfant vint à terme, mais très faible et survécut; à la seconde, l'enfant succomba pendant le travail et vint naturellement; à la troisième, il vint deux jumeaux qui eurent le même sort. La mère paraissait donc atteinte d'un vice de conformation du bassin, qui ne lui permettait que d'avoir des enfants d'un faible volume. A son quatrième accouchement, elle était assistée de Baudelocque ; il y eut rupture de l'utérus, et l'extraction de l'enfant ne put se faire sans que la tête restât dans la matrice. Malheureusement les secours efficaces n'arrivèrent pas à temps : n'ayant pas d'instrument pour perforer le crâne, il essaya, sans réussir, de le faire avec un couteau de table; il n'eût son perforateur qu'après cet insuccès qui indisposa l'entourage. Dubois, lui aussi, ne vint le seconder qu'une dizaine d'heures après avoir été demandé, et fit l'extraction de la tête avec un crochet. M""' Tardieu mourut le lendemain.

Sacombe ne ménage pas les épithètes les plus outrageantes ; il qualifie Baudelocque d'homme avide de sang et de victimes humaines, de boucher, de bourreau, d'assassin de profession^ de scélérat^ d'homme ignorant les premiers éléments de son art ; il dit qu'il s'est servi d'un couteau de cuisine pour décoller l'enfant et qu'il répondit à sa victime, lui demandant si elle portait encore un second enfant :

(1) Ce qui n'empôcba pas uu contemporain de dire qu'il était uiort d'une atrophie du cœur.

Xl.V SIECLE

— Vous ne savez ce que vous dites, c'est la moite de votre enfant que j'ai laissé dans le corps.

Baudelocque traduisit SacomLe devant les tribunaux ; l'insulteur fut condamné à mille écus d'amende, au profit de l'hôpital de la Maternité. Au fond, il semblerait que Baudelocque se fut laissé intimider par les incessantes réclamations de Vanti-césarien Sacombe. En 1799, il eut la faiblesse de lui confier l'accouchement d'une femme Marville. Le bassin du sujet était très rétréci et

FiG. lus. — J.-r. Sacouilju.

Sacombe avait la prétention de n'employer que la main. La main de Sacombe fut impuissante et, malgré ses fanfaronnades, l'outrecuidant personnage ne put tirer l'enfant qu'à l'aide du crochet; la mère mourait sept jours après. Un tel échec devait exaspérer le bilieux Sacombe; aussi poursuivit-il Baudelocque de son ressentiment, même après la mort de ce dernier. Un jour un confrère,

nommé Lalouette, lui faisait un éloge pompeux de Baudelocque ; Sacombe répondit le lendemain par cette fable :

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