‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 16 sur 42 · MORALITÉ · texte numérisé non relu

MORALITÉ

On tient compte aux méchants du mal qu'ils n'ont pas fait ; Mais croire un Baudelocque auteur d'un seul bienfait. C'est être, à mon avis, ou Lalouette ou l'Oie.

Qu'était-ce donc que ce venimeux Jean Sacombe ? (1). En réalité un assez triste sire, accoucheur médiocre, pire rimeur.Sa vie avait été des plus accidentées. Il débute dans l'étude d'un procureur, puis il conduit le fils de ce dernier au collège de Navarre, à Paris, rue des Fossés-St- Victor, et s'y enferme avec lui, pen-. dant cinq années, pour s'occuper de son éducation. Dans les faubourgs, il faisait racoler des femmes enceintes par un ménage interlope, qui hébergeait les malheureuses pendant leurs couches; dès que les douleurs commençaient, le mari donnait un coup de sifflet sous les murs du collège, l'accoucheur d'occasion ouvrait sa fenêtre pour toute réponse et se rendait au repaire de ses pourvoyeurs. Vivant avec des ecclésiastiques, il était obhgé de prendre ses précautions pour prévenir tout soupçon sur ses occupations clandestines. Mais une nuit, le sommeil de l'accoucheur était plus profond; l'homme resta si longtemps sous les fenêtres à siffler, qu'il évilla l'attention des agents de police et fut conduit à la prison de la Force, d'où il sortit d'ailleurs le lendemain, sur la réclamation de Sacombe.

Plus tard, il ne recula devant rien pour faire parler de lui, pensant acquérir aussi la réputation d'un habile praticien et attirer :i lui une nombreuse clientèle. Ce fut en vain ; il eut beau se poser

(1) Ko ù Cnrciissonne vers ITCd. mort en 1822,

en Don Quichotte des nobles accouchées, beau fonder son École anti-césarienne (1) et s'en instituer le grand pontife ; il eut beau, dans son poème de la Luciniade (2), laisser couler à flots son fiel contre les confrères les plus méritants, tenir officine ouverte de calomnies et de dénonciations dans une feuille mensuelle, la Lucine française, rien ne lui réussit, pas même ses nombreuses palinodies à l'adresse des gouvernants. Ainsi il dédie la première édition de sa Luciniade à Pétion, maire de Paris; la quatrième, à Louis le Désiré ; entre temps, il adresse ses hommages à l'empereur, qu'au retour des Bourbons, il traînera dans la boue. Malgré cet enthousiasme de platitude, la vogue ne vint pas ; la fortune surtout fit la sourde oreille. Aussi après la condamnation que lui valurent ses attaques contre Beaudelocque, ne put-il pas même payer l'amende et fut-il contraint de passer à l'étranger. Pendant dix-huit mois, il vagabonde en Suisse, en Italie, en Allemagne, puis rentre en France avec les Bourbons. Sous le nom de Lacombe, il obtint une place de professeur au collège de Paray-le-Monial, avec un traitement de 900 francs; mais bientôt reconnu^ on lui signifia son congé. Il vient alors à Paris tenter la fortune, en exploitant les maladies des voies urinaires ; il déclarait avoir un remède secret, commode à suivre même en voyage et publia un poème, la yénitsa?gtade, qui a l'avantage sur la Luciniade d'être beaucoup plus court (3). Pour donner plus de valeur à s a méthode

(1) « Dans cette société, on faisait des conférences publiques, le jour anniversaire de la fondation, appelé « Fête de la nature ». On distribuait des prix ; le programme de la fête était affiché à tous les coins de rue de Paris. Le premier prix consistait en une médaille en argent ; sur une face était Hercule terrassant l'hydre de Lerne, avec la suscription : « Plus d'opération césarienne ». De l'autre côté, était une ruche entourée d'abeilles, en petits groui)es, avec la suscription : « Ecole anti-césarienne de Sacombe ». Cette médaille valait 4.") liv. L'accessit avait, comme récompense, l'honneur d'embrasser M""' Sacombe » (Siebold. Lor. cit.).

(2) Sacombe a trouvé un émule dans le D"" Silberling, de Strasbourg, à qui il dédie sa Lnciniudc ; il est l'auteur d'un poème latin en dix chants : TsvÉOAia. De même le D' Ludovic Majoni, professeur à l'Institut obstétrical de Verce'li, sous le titre A'Ostetr/reïdc, composa un poème sur les préceptes de l'art obstétrical.

(3) Voici le début de ce poème :

LA VÉNUSALGIADE

Page 1