‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 17 sur 42 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Je chante ce mal homicide De Vénus, dit vénérien, Que donna la reine de Gnidc A tout le peuple olympien.

Des déesses la plus jolie,

ACCOUCHEUns ET SAGKS-FEJUU'.S CÉLÈBnES. 12

curative, il raconte qu'en 1804, il s'inocula involontairement la syphilis, en accouchant une femme atteinte de cette maladie « ce qui, ajoute-t-il, me dégoûta de faire des cours publics d'accouchements ». Nous pensons que ce fameux spécialiste fit sur luimême une erreur de diagnostic. Ayant eu un abcès du bras, il crut à l'invasion de la syphilis, prit du mercure en telle quantité qu'il eut l'ébranlement des dents et prit l'effet pour la cause. Voici du reste cette curieuse observation :

Je n'ai jamais eu la vénusalgie par l'effet du coït, et Je ne rougis pas d'avouer qu'en cela j'ai été plus heureux que sage, et d'autant plus heureux que je me crois physiquement plus disposé que tout autre à la contagion de cette maladie, par la structure organique qui m'est propre, et à la faveur de laquelle je reconnais au toucher qu'une femme est infectée du virus vénusalgique, tant le système nerveux est irritable. A peine avais-je introduit le doigt indicateur jusqu'à l'orifice externe de la matrice des femmes qui, trois fois par semaine, se présentaient dans mon amphithéâtre pour la pratique du

De tous les dieux fut la folie ; Chacun d'eux voulut en goûter, Et leur mélange prolifique Enfanta la syphilitique, Mal des dieux même à redouter.

Leur Messager, le beau Mercure, Sur lui d'abord en fit la cure, Et de ce mal contagieux.

En imyant, guérit tous les dieux.

Seul de l'Olympe, le grand maître, Au traitement subi par eux.

Ne voulut jamais se soumettre.

Pour se venger de sa moitié, De ce mal à sa chaste épouse, Méchante, orgueilleuse et jalouse, Jupin infusa la moitié.

Dans l'état le plus pitoyable, Junon conçut et mit au jour Un enfant... un monstre effroyable, Horreur du céleste séjour.

Époux cruel et mauvais père^ Dans un noir accès de colère, Jupiter, d'un seul coup de pied, Lança du séjour du tonnerre Son malheureux fils sur la terre.

Vulcain, perclus, estropié, Comme il peut, se traîne à Lipuro, Où, forgeron, ce dieu prépare Les forceps et les bistouris Pour les accoucheurs de Paris.. .

toucher, que je sentais un engourdissement qui se propageait du doigt jusqu'au coude, et souvent jusqu'à Pépaule. Comme j'avais la précaution d'enduire mes doigts d'un corps gras ou mucilagineux, je ne craignais pas d'être infecté du virus vénusalgique, mais je renvoyais impitoyablement de la pratique du toucher, les femmes atteintes de la maladie de Vénus, parce qu'elles auraient pu la communiquer aux autres femmes, par l'entremise des élèves qui négligeaient souvent de prendre les précautions que je prenais moimême.

Un jour, une femme atteinte de la vénusalgie au plus haut degré, vint accoucher dans mon amphithéâtre. Ma sage-femme, trouvant l'accouchement au-dessus de ses forces, me fait appeler pour le terminer. Ce jour-là, je m'étais fait une égratignure assez profonde à la main, et faute de précautions à raison du danger où se trouvait la femme en travail, je m'inoculai le virus vénusalgique qui, peu de jours après, se manifesta par un ulcère à la partie interne et moyenne du bras gauche, Il me suffira de dire, pour donner une idée de la gravité de la maladie, que j'ai vu, que j'ai touché le périoste de Thumérus. La cicatrice avec déperdition de substance, ne diffère point de celle qui a lieu après une brûlure, ce qui justifie les dénominations àt feu, dhistuî-e, dCarsure^ de brûlure, données par quelques peuples a la maladie de Vénus.

En moins de quinze jours, le virus se porta à la bouche et affecta la partie antérieure de la mâchoire supérieure. Les deux dents incisives et la canine du côté droit de cette mâchoire commencèrent à vasciller dans leurs alvéoles, et à force de les porter tantôt en avant, tantôt en arrière, je sentis que la portion delà mâchoire supérieure qui embrassait les trois alvéoles, se détacherait entièrement avec les trois dents déjà ébranlées.

Dès que j'en eus acquis la certitude par le mouvement de ginglyme ou de charnière que je faisais exécuter à cette portion d'os, à la faveur des deux dents incisives et de la canine, je me déterminai à en faire l'extraction, quelque douloureuse qu'elle pût être, pour ne pas donner au virus le temps d'attaquer les os du palais et du nez ; voici comment je procédai à cette opération.

Je me renfermai dans ma chambre avec une personne de confiance, intelligente, pour me donner tous les secours dont j'aurais besoin; et après ra'ètre assis devant une glace, je coupai d'abord longitudinalement les gencives avec la pointe d'un bistouri ; je séparai ensuite des deux côtés la portion antérieure et mobile de la mâchoire supérieure, des deux portions latérales fixes; et, rassem-

blant toutes mes forces, je fis l'extraction de la portion de la mâchoire affectée et des trois dents^ renfermées encore dans leurs alvéoles et parfaitement saines.

Il sortit de la plaie une grande quantité de sang noir et fétide dont Je favorisai Pécoulement avec l'eau tiède ; ensuite je détergeai la plaie avec l'oxicrat et le miel rosat.

Les deux extrémités des os maxillaires delà mâchoire supérieure restèrent unis par leur lien naturel, et les alvéoles de la portion d'os affectée se séparèrent des alvéoles voisines, aussi régulièrement que si la nature avait fait de chacune d'elles une portion distincte de l'arcade alvéolaire. Enfin, ce qui est vrai, sans-paraître vraisemblable aux gens de l'art, à qui j'en offre la preuve, c'est que l'extraction de toute la portion antérieure de l'os de la mâchoire supérieure ait pu être faite impunément, je veux dire sans la moindre lésion de la voûte palatine, ainsi que peuvent l'attester les personnes qui m'ont entendu plaider au tribunal de première instance du département de la Seine, contre le Démosthène moderne, l'inimitable traducteur des œuvres de Tite-Live et de Tacite (i), le sage conseiller de l'Université, Tun des plus beaux ornements de l'Institut de France, etc., etc.

Cependant, les funestes effets du mercure en friction, en bols, en sels, en poudres, en pilules, en pastilles, en dragées, en sirop, en rob, etc., m'avaient inspiré une telle horreur pour ce demi-métal/ que j'embrassai d'abord avec transport les méthodes végétales de Mitié et de Poli, de Blanchet, puisées dans le règne de la nature le plus riche en oxygène. Mais tant de tisanes chaudes, en délabrant mon estomac, me faisaient acheter bien cher une guérison incertaine. J'abandonnai leur mode de traitement pour aller chercher aux sommets du Jura, des monts del'Helvétieetdes Alpes, cet agent si nécessaire au mercure, et qui, sans le secours du mercure, peut, comme lui, servir de véhicule à l'oxygène, et pousser ce spécifique de la maladie de Vénus jusque dans les dernières ramifications des vaisseaux capillaires.

Je ne retracerai point ici l'histoire de cette découverte, dont j'ai donné les détails dans ma Vénusalgie, et que ma muse a consacrée dans ma Vénusalgiade^ poème en vers français et en quatre chants sur la maladie de Vénus. Je ne me suis proposé, dans cette courte instruction, que de donner une idée de ma méthode curative par l'usage de la Diane.

(1) Quel est ce Démosthène moderne ? Noël ? Bureau de la Malle ?

Au retour de Napoléon de l'île d'Elbe, pour échapper au décret concernant les auteurs de remèdes secrets, Sacombe fut encore contraint de disparaître et s'enfuit dans le Gard; là, il devint homme politique ; on le dénonce comme formant des attroupements pour s'insurger contre l'autorité ; il est aussitôt arrêté et transféré dans les prisons de Nîmes. Il y compose cette épigramme contre Napoléon, qu'il encensait naguère :

Docile instrument de l'envie Corse, je ris de ton décret.

Un tyran peut m'ôter la vie, Et non m'arracher un secret.

Quel secret ? Celui du remède contre les coups de pied de Vénus ? Il reparaît à Paris avec les Bourbons et publie un mémoire apologétique : la Résurrection du docteur Sacombe, étrennes aux dames pour l'année mil huit cent dix-huit, en réponse au bruit de sa mort qui avait couru. Ce nouveau coup de tam-tam resta sans écho et, après ce dernier échec, il se décida au silence et mourut dans la misère, oublié des uns, méprisé de ceux qui se souvenaient de lui. « On pourrait hardiment, dit Chereau, graver sur le tombeau de Sacombe cette épigraphe : « Ci-gît un homme de talent, noyé dans la fange du charlatanisme ».

Nous allons maintenant donner quelques échantillons de ses procédés littéraires. Dans cette collection d'injures qu'il appelait la Lucine française, nous relevons un projet de monument diffamatoire, imaginé par l'apôtre anti-césarien. (V. page 182).

Passons à la Luciniade, faite en grande partie pour démontrer

Que les césariens sont des buveurs de sang.

Une dame Vasseur, épouse d'un imprimeur, se trouvait au terme de sa troisième grossesse. Pour le premier accouchement, en août 1792, Antoine Dubois, obligé de recourir au forceps, avait amené un enfant mort; l'année suivante, un élève de Du])ois, Maugr.\s, en l'absence de son maître, avait eu, lui aussi, recours au forceps et avait extrait un enfant vivant, mais qui mourut quelques heures après ; la troisième fois, Dubois fit transporter la dame Vasseur à l'hospice de l'École de santé et, assisté de Baudelocque, il pratiqua l'opération césarienne. La patiente mourut. Certes ni Dubois ni Baudelocque ne paraissent à l'abri du reproche d'avoir tenté, dans des circonstances pareilles, une opération qui était toujours meurtrière à Paris ; il est probable qu'ils eus-

sent pu, encore cette fois, sauver la mère, en sacrifiant l'enfant. Sacombe s'en serait voulu de laisser échapper un aussi beau prétexte à injures. Il met en scène la dame Vasseur, racontant elle-

Postërité vengeresse du crime et juge impartiale de la VÉRITÉ, L'ÉCOLE ANTI-CÉSARIENNE transnlei les fiôms des Dtjbois, des Baudelocque aîné ; le premier, comme auteur; le second , comme complice de l'assassinat de la femme VASSEUR •.

des CouTOULY, qui ouvrit le flanc de la citoyenneDENOS: enfin, des Pelletan, qui éventra quatre femmes enceintes au grand hospice d'HuMANiTÉ de Paris , quoique le fondateur de cette Ecole eût donné, l'an II , dans ses Observatioits , à tous les instrumenteurs , crocheteuts , opérateurs-césariens et , symphisiens , le défi loyal et solennel de terminer tout accouchement avec la main.

Sommes-nous au XVI^. ou au XVIIP.

siècle , chez les Français ou chez les Anfropophages ?

Mânes des Bailly , des RoucHER , des Lavoisier j répondez-nous!

même les différents incidents de cette malheureuse opération. Où? Dans les Champs-Elysées ! O Virgile, ô Fénelon !

Daignez prêter l'oreille à cette horrible histoire.

Un fils vivant, à terme expulsé de mon sein, Attestait que le vice, inhérent au bassin, A mes autres enfants ne pouvait mettre obstacle. Cependant, sur la foi du plus sinistre oracle^ Baudelocque et Dubois, arbitres de mon sort, Par esprit de système ont résolu ma mort. Déjà depuis neuf jours, en travail, avant terme, Et toujours d'un courage inaltérable et ferme, Je souffrais sans succès, les plus horribles maux. Quand Dubois, l'œil en pleurs, vint m'adresser ces mots :

— Ce logis, au travail, me parait peu propice ; Vous serez mieux chez nous, venez dans notre hospice ; L'art vous prodiguera les plus puissants secours ; Moi-même, du travail j'y suivrai mieux le cours.

Le traître avait déjà surpris ma confiance, Je souffrais, je dis plus, j'étais sans défiance ; Et Dubois profitant du trouble de mes sens, Me vouait au trépas. A ses vœux je consens. C'en est fait. Il triomphe ; et de ses mains profanes. Le perfide a déjà déchiré les membranes. Qui servent à l'enfant de rempart et d'appui. Et dont l'intégrité déposait contre lui. Mais rarrê t est porté. Le ciel veut que je meure. Pour la dernière fois je sors de ma demeure, Et j'arrive à l'hospice où tout est préparé. De tout ce qui m'est cher Dubois m'a séparé. Mon époux, mes amis, sont loin de ma présence ; Seule avec mes bourreaux, et cette foule immense D'élèves curieux, avides de grands mots. Qu'on trompe en leur doublant la somme de nos maux. Et qui des préjugés esclaves fanatiques. Courbent leur tète au joug des maîtres despotiques. Qui non contents de vendre au poids de l'or l'erreur, Voudraient encore sur eux régner par la terreur. Enchaîner le vulgaire et sous leur tyrannie Asservir la raison, étouffer le génie.

Crédule, j'attendais de l'art un prompt secours. Quand Dul)ois... J'en frémis... Après un long discours, Aux ye,ux des. spectateurs, sans pudeur, me découvre, Et me perce le sein, qu'en sa rage il entr'ouvre. Quand j'avais en horreur une ojjération. Dont le traître jamais n'avait fait mention. Enfin, sans mon aveu, sans jtouvoir légitime. Deux accoucheurs liguc's nie prennent jtour victime.

Abusent et leur siècle et la postérité,

En fascinant les yeux sur une vérité,

Que le premier en France a su montrer Sacombe,

Vérité qui bientôt germera sur ma tombe.

Cependant, à vingt ans, sous la faux du trépas, Je tombe assassinée ; et vous ne tonnez pas, Grands Dieux ! à me venger rien ne peut vous résoudre ! Pour quels forfaits plus grands réservez-vous la foudre?

Aux élèves de l'art, Dubois montre ma ûlle, Et se dit, sans rougir^ le Dieu de ma famille, Triste fruit de l'hymem, enfant infortuné, Puisse-tu ne jamais regretter d'être né ! Mais Dubois te vendit assez cber la naissance. Pour dispenser ton cœur de la reconnaissance.

Sa conclusion est d'ailleurs assez sage, il n'admettait l'opération césarienne que sur la femme morte.

Le dernier vers est sublime :

Imitez Apollon et n'assassinez pas :

Pour ouvrir une femme, attendez son trépas.

Sacombe prend aussi la note gaie, toujours aux dépens de ses excellents confrères. Voici l'anecdote qu'il raconte sur Leduc, accoucheur peu connu ; elle pourrait être intitulée :

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