BALLADE DU SERIN
J'avais en volière un serin Carolant (1) comme ballerine, Célibataire au cœur serein Qui poussait son ut de poitrine Dès la prime aube purpurine ; Mais il eut le gosier perclus Dès qu'on lui mit une serine :
Oiseau couplé ne chante plus.
Adieu chapelle, adieu lutrin, Souci l'a pris à son érine (2) Il va, vient, concasse le grain Qu'il redonne, moite farine, A son amoureuse citrine ; Pour le nid conjoint brins élus, • De tout s'émeut et se chagrine :
Oiseau couplé ne chante plus.
Qui dit chanteur dit cœur forain.
— Tantôt Laïs, tantôt Corinne, — Bouche a trop tendre pour le frein ; Epousât-il reine ou tzarine
(1) Vieux mot : chante^' et danser eu chantant. Louis Loviot est un disciple de nos anciens poètes. N'attaquez pas devant lui le Roman de la rose, vous perdriez son estime.
(2) Ou érigne, métapliore chirurgicale. On donne ce nom à des crochets dont on se sert, soit en disséquant, soit dans certaines opérations pour écarter les parties que l'on veut disséquer. Paré dit araigne. On voit que c'est Varunea latin, araignée.
Ou celle à la conque marine, Ses jours plaisants sont révolus ; Il était lyre, il est clarine (1) :
Oiseau couplé ne chante plus.