ENVOI
Prince, ma requête entérine Que brièvement je conclus :
En cinq mots, voici ma doctrine :
Oiseau couplé ne chante plus.
Ne croyez pas que Louis Loviot soit un versificateur érudit, se plaisant à étonner le lecteur en jonglant avec des métaphores singulières, des rythmes étranges et des rimes inattendues. C'est un poète au sens véritable du mot. Poète, il l'est même de caractère : indépendant, indifférent aux grandeurs estimées de la foule, il dit lui-même « que la porte des honneurs est basse et qu'il faut se courber pour entrer ». Aussi, de bonne heure, malgré son incontestable valeur médicale, il a abandonné la voie des concours trouvant « que pour atteindre les plus nobles buts, il est une grossièreté de moyens qui répugne aux délicats ». De toutes les déceptions dures au vulgaire, Loviot se console aisément ; un quatrain, et il n'y pense plus :
L'adversité m'a fait me retrouver moi-même ; Elle m'a dégagé d'un alliage impur, Elle m'a rechanté le naturel poème:
C'est le tremplin d'où jai rebondi dans l'azur.
La philosophie des médecins est d'ordinaire fort nette ; ils sont matérialistes pour la plupart. Le matérialisme convient-il aux poètes ? De fort grands l'ont cru, Lucrèce, pour n'en citer qu'un. Que pense Louis Loviot sur l'au delà? Autre chose que la majorité de ses confrères en Esculape. Il nous semble s'être arrêté à une sorte de spiritualisme mystique, assez voisin des théories de Jean Reynaud dans Terre et ciel. Voici son Credo :
Je crois que rien ne meurt et que tout se tranforme, Que l'esprit tient au corps mieux que le lierre à l'orme ;
(1) D'où vient clarinette ; c'est littéralement la sonnette que l'on met au cou des aolmaux domestiques quand on les mène paître.
Qu'ensemble ils passeront dans des mondes nouveaux Allant par d'autres morts à d'autres renouveaux; Que nous ne verrons pas Charon ni sa nacelle Et que nous nous perdrons dans l'àme universelle !
La Minerve de Loviot est ici un peu nuageuse ; soyez certain qu'en compagnie de Lucine, il reprend toute sa précision d'esprit.
Si MM. AuvARD et Pjngat sont modestes tant soit peu, ils se trouveront, sans doute, fort étonnés de figurer dans notre galerie.
Ils peuvent en remercier la brochure de 74 pages qu'ils ont fait imprimer sous le nom d'Hygiène infantile.
Oh ! le sujet n'a rien de bien neuf et, après cette publication, les bébés ne se porteront ni mieux ni plus mal. Mais en parcourant cet opuscule, nous avc-ns fait quelques réflexions que nous nous permettrons.de soumettre poliment à MM. Auvard et Pingat.
Les figures de VHijgiène infantile sont au nombre de 85, plus nombreuses que les pages du texte, lequel bien estimé n'en contient guère que la valeur d'une vingtaine. Devant ce luxe d'illustrations, je me dis d'abord :
— MM. Auvard et Pingat, sont, paraît il, chauds partisans de l'enseignement par les yeux. Le procédé a du bon.
Bientôt, après plus ample examen, je m'écriai :
— Mais si Viollet-le-Duc était encore de ce monde, il serait en droit de crier au voleur.. . C'est de son Dictionnaire du mobilier, cela ! MM. Auvard et Pingat auraient bien dû le citer. J'ai été plus honnête dans mon Histoire des accouchements, où je reproduis les mêmes images.
Puis feuilletant toujours l'ouvrage :
— Ah ! l'Exposition d'hygiène a été mise à contribution... Bonne idée ; mais pourquoi ne pas indiquer la provenance ?
Revenu au début du volume, je ne pus me défendre d'un hautle-corps. Une figure s'étalait, au beau milieu de la page, représentant une magnifique nounou en robe Louis XIV. Je reconnaissais un personnage que nous avions fait isoler d'une gravure assez peu commune, due au célèbre Abraham Bosse (fig. 131). Et au-dessous en légende: Nourrice du moyen âge ! Cette îois,, je maugréai :
— Pillez-moi, messieurs, mais que diable! lisez au moins mon texte. 11 vous épargnera des bévues.
— La figure 38, qui représente un berceau turc (fig. 132), me valut une autre surprise.
— Décidément, fis-je, MM. Auvard et Pingat mettent en pratique le mot prêté à notre ennemi Molière : ils prennent leur bien où ils le trouvent. Le socialisme étant à la mode, ils se sont écriés, disciples de Bilboquet, autant que d'Hippocrate : « Cette gravure doit-étre à nous ! » La propriété n'est-elle pas le vol?
Fig. 131. — Nourrice au XVir sièclC; iVaprùs Abraham Bosse.
Et, en effet, cette figure 38 est bien notre propriété ; elle a été faite sur notre dessin, d'après un document personnel à nous envoyé par le D-" Zambaco de Constantinople. Certes M. Auvard et M. Pingat, son confrère, pourraient me dire ce que Shakespeare disait à propos des idées :
— Nous vous l'avons volée, c'est vrai; mais c'est une fille que nous avons tirée d'une mauvaise compagnie pour la faire entrer dans une bonne.
— D'accord, leur répondrions-nous, mais en faisant à notre document, l'honneur de le prendre avec vous, n'aurait-il pas été convenable d'indiquer le mauvais lieu d'où vous l'aviez sorti?
Croyez m'en, un document figuré est aussi, sinon plus, difficile à se procurer qu'un document écrit ; s'emparer de l'un clandestinement est aussi peu moral que s'emparer de l'autre (1).
H--]ti.i^^^
Berceau turc.
Pour la France, nous terminerons ici nos croquis d'accoucheurs contemporains. Ce n'est pas que, dans le reste, on n'eût pu trouver nombre de spécialistes dignes d'être cités pour leurs travaux et leur mérite ; mais, sur ceux-là, l'anecdote fait défaut, et c'est le côté que nous recherchons dans ce travail sans ambition. D'ailleurs, les renseignements sur leur valeur scientifique se trouvent en abondance suffisante dans VHistoirede l'Obstétricie deSiebold.
Même observation au sujet des étrangers qui suivent.
Charles Campbell (1820-1879), Anglais de naissance, mais transplanté en France dès l'âge de six ans, nous servira de transition naturelle entre les célébrités obstétricales françaises et celles
(1) Que le lecteur nous pardonne ce petit accès de mauvaise humeur . Seulement, nous ne voulons pas que, plus tard, voyant un air de famille entre notre Histoire des aceoticliements et l'Hygiène iiifautile, on puisse nous adresser les accusations que nous portons contre M. Auvard et C"'. l)v]k il nous est arrivé mésaventure semblable : l'abbé Kiche, dans son xinatmnie rdi(jicvse, a reproduit, à propos de l'œil, plusieurs pages de mon anatomie ({ue je ne savais pas être si religieuse ; cela, sans me citer une seule fois, et sans guillemets, de sorte qu'aujourd'hui, les personnes non prévenues peuvent nous accuser d'avoir copié M. l'ubbé Riche. II y a mieux. Herr Theodor Eckardt, qui s'intitule Srhiildirector à Vienne, a tranquillement copié la première édition de notre Corps hniiKiln (Atlas iconoclastique) avec un coloris et un dessin moins soignés et, offrant au public mon ouvrage ainsi gâté^ n'hésite pas à déclarer aux plagiaires que rc tout contrefacteur sera poursuivi ».
de la Grande-Bretagne. « Sentaient d'élocution, dit Onimus, son amour du travail, lui eussent rendu facile la carrière des concours, mais bien qu'il aimât la France avec passion, il tint toujours à conserver la nationalité anglaise. » C'était un homme de cœur, toujours prêt à rendre service, il mettait à la disposition de ses nombreux amis son argent et son temps ; on le vit plus d'une fois tendre la main à l'infortune, et sa main n'était vide qu'après l'avoir tendue. Il pensait avec Bretonneau que la bourse du médecin doit être comme le tronc de l'église où le riche dépose ce qu'il veut, le pauvre ce qu'il peut. Il a adopté plusieurs enfants délaissés par leurs parents. La prodigalité qu'il mettait à faire le bien et son désintéressement, dont beaucoup abusèrent, expliquent comment, avec une nombreuse et riche clientèle, il ne laissa qu'une fortune des plus modestes. Il est tout entier dépeint par ces mots de Tacite: Opum contemptor, y^ecti pervicax^ constans adversus metus.
« Campbell, dit encore Onimus, a montré, pendant notre malheureuse guerre, un patriotisme et un courage au-dessus de tout éloge. Il fut un des derniers, peut-être le dernier, qui rentra à Paris, déjà presque complètement investi. Il rapportait de Londres au gouvernement provisoire des lettres de l'ambassade française. Pendant tout le temps du siège, il logea dans sa maison et nourrit seize personnes réfugiées des environs. » « C'est grâce à sa fermeté, ajoute Chereau, qu'après la signature de l'armistice, les maisons de Montretout, abandonnées parleurs propriétaires, ne furent pas toutes livrées au pillage par les Prussiens. C'est aussi grâce à son énergie et à son sang- froid que, pendant les incendies allumés par la Commune dans la rue Royale, le feu n'a pas consumé la maison qui fait le coin de cette rue et de la place de la Madeleine. »
Campbell n'avait accepté qu'un seul client de l'autre côté du détroit et ce compatriote était un aliéné, lordDud... qui, à certaines époques déterminées, croyait ressentir les symptômes de l'enfantement. « Il s'alitait, raconte Ferney, commandait la layette, prenait toutes les dispositions usitées en pareil cas, et mandaitpar télégraphe le docteur Campbell. Le docteur arrivait. Inutile de dire que son intervention était purement platonique, et que le malade accouchait parla simple opération... de son propre cerveau. La délivrance accomplie, on recherchait parmi les nouveau-nés du village, le plus intéressant et le plus nécessiteux ; on le présentait à lord Dud... qui le choyait, le caressait, le dotait et, une fois relevé de couches, n'y pensait pas plus qu'à sa première molaire-
La dernière fois que le noble lord fut en mal d'enfant, il n'y avait dans le pays que des mioches hors d'âge. Comment faire? Le cas était urgent. Passe un petit collégien en uniforme. On le hèle, on l'empoigne, et, sans qu'il ait eu le temps de protester, on le dépose sur le lit de souffrance.
— Ah ! fit lord D... avec un soupir et en tapant sur la joue du bonhomme, je m'explique pourquoi j'ai tant souffert... ce sont les boutons ! »
Campbell fut l'introducteur et le vulgarisateur de l'anesthésie obstétricale, découverte par Simpson ; il rompit plusieurs lances avec Pajot au sujet du « chloroforme à la reine».
Campbell était non seulement un homme de cœur mais aussi un homme d'esprit ; il avait souvent le mot pour rire : « Un jour, arrivant en retard auprès d'une cliente, il trouve une sœur de l'Espérance qui avait rempli ses fonctions et lui présente le bébé complètement emmailloté :
— Permettez-moi, ma sœur, lui dit-il, devons féhciter ; si vous ignorez comment ça commence, vous savez fort bien comment ça finit «.
Son célèbre homonyme et prédécesseur William Campbell (1788-1848), fit son apprentissage dans la marine de l'État, ce qui ne l'empêcha pas d'occuper plus tard, avec éclat, la chaire obstétricale d'Edimbourg.
James Simpson (1811-1870) prouva que le mérite sait se passer d'aïeux : simple fils d'un boulanger, il devint l'accoucheur le plus distingué des Iles Britanniques. Il fut, pour ce pays, ce que Nœgelé fut pour l'Allemagne et Paul Dubois pour la France. Voici un parallèle, tracé de main de maître par Pajot, entre Dubois et Simpson. « Ce fut, dit-il, un esprit d'une incontestable supériorité. Plus hardi, plus chercheur, il primait P. Dubois, son contemporain, par l'initiative, la décision et la hardiesse. Il ne l'égala jamais parla judiciaire... Chacun avait tout ce qui manquait à l'autre. P. Dubois eut parfait Simpson, comme Simpson eût complété P. Dubois... Avec le tempérament de Simpson, le professeur de Paris n'eût plus été le sensé, le sagace, le temporisateur, le prudent et un peu timide et indécis P. Dubois. Le professeur d'Edimbourg, tempéré par son collègue, amoindrissait le brillant, l'initiateur, l'inventif, lehardiet trèsparadoxal Simpson. »
Inventif, il l'était, trop peut-être: témoin sa fameuse ventouse (fig. 13i) pour extraire la tête des enfants récalcitrants ; c'est un appareil très dangereux pour le cuir chevelu du nouveau-né et
qu'il faut reléguer parmi les originalités de l'arsenal obstétrical. Son cranioclaste vaut mieux.
Le premier, Simpson pratiqua l'anesthésie avec l'éther, chez l'homme, puis chez la femme, pour les accouchements laborieux ; il obtint pour cette découverte le prix Monthyon, en 1856. Il préco-
FiG 133. — Sir James Simpson.
nisa aussi l'emploi du chloroforme dans les accouchements ordinaires (1) et, avec l'esprit pratique de sa race, il exploita sa vogue en établissant une fabrique de chloroforme. Son neveu lui a succédé à la chaire et à la fabrique d'Edimbourg; il soutient dignement la réputation du nom.
(1) La première application de chloroforme daiiâ un accouchement ordinaire fut faite sur la reine d'Angleterre, le 7 avril lSr,S, à la naissance de son hniti("^me enfant. Léopold-Georges-Dunean-Alberfc. Ce fut Snow, fils d'un fermier du York-Shire qui, appelé par LocoK, fit cette opération. Rappelons, pour mémoire, (}ue cette souveraine fut mise au monde, le 24 mai 1811», par David Davis.
La capitale de l'Ecosse nous offre encore Matteus Duncan, qui trouve le moyen d'appliquer les mathématiques à l'obstétrique et d'en faire une science positive. Ce n'était pas l'avis de cet avocat général qui, à propos d'une femme affirmant être accouchée inopinément, en allant à la selle, niait la possibilité du fait et traitait l'art obstétrical, qui l'admet, « d'art conjectural ». D'ailleurs Pajot lui savonna la tête d'importance.
En Angleterre, nous devons signaler Robert Barnes qui, pour éviter toute secousse aux éclamptiques, veut qu'on les soumette
FiG. 134. — Tractor de Simpson (1).
au sommeil anesthésique, même pour leur faire prendre leur nourriture. Lawson Tait, un opérateur audacieux et heureux, qui eut l'honneur d'ouvrir le ventre et de guérir son collègue Français, Budin ; gallophile convaincu, il ne laisse passer aucune occasion d'être désagréable aux Allemands ; il va même, et nous l'en blâmons, jusqu'à dire que le temps dépensé à apprendre l'allemand est une perte sèche. Lawson Tait rapporte l'anecdote suivante : « Un très célèbre chirurgien allemand me harcelait de
(1) Ventouse en caoutchouc s'appliquant sur la tête et munie d'un corps de pompe servant à faire le vide et à exercer des tractions. (Dessin fait d'après le modèle de l'instrument offert par l'inventeur au professeur Pajot.)
questions au sujet de mes succès exceptionnels en chirurgie abdominale. J'évitais autant que possible de répondre directement à ses obsessions, lorsque, poussé au pied du mur, je répliquai que je donnsiis une grande attention à la j^ropreté de mes ongles. Le chirurgien regarda ses ongles et me tourna le dos ; je ne le revis plus. Je ne sais s'il est devenu plus sage, mais il ne pouvait être plus furieux. Depuis, je ne vois plus de visiteurs allemands, par contre la presse médicale allemande m'honore d'attaques continuelles ».
Réservons une mention spéciale d'excentricité pour John Stevens, qui se posa en don Quichotte des sage-femmes, cette ignobilitas obstetricum, suivant l'énergique etpeu galante expression de Siebold. Cet émule de Hecquet crut devoir publier, en 1860 : « Le danger et l'immoralité de laisser la pratiq[ue des accouchements entre les mains des hommes ». Ajoutons, à son éloge, qu'il accourt au premier appel d'une parturiente en détresse.
François Charles N.egelé (1778-1851) (l) illustra la chaire d'Heidelberg. Siebold en parle souvent, dans ses Lettres obstétricales ; il cite plusieurs anecdotes qui caractérisent « le coryphée de l'art des accouchements » et mettent en relief son esprit naturellement porté à la critique : « Il ne détestait rien au-dessus d'un discours ennuyeux. En me parlant, un jour, d'un de ses collègues :
— Tenez, s'écria-t-il, cet homme vient dans la matière médicale immédiatement après l'opium... il possède en lui, au plus haut degré, le principe narcotique !
« J'étais présent, lorsqu'un jour un de ses collègues, l'invitant à venir voir un beau cas dliyperexostose du fémur, Ntegelé répéta avec une certaine accentuation :
— Un cas d'hyper... exostose du fémur ?... Bien... bien.... j'irai.
« Mais à peine le collègue était-il sorti que le grand savant, s'adressant à moi :
— Dites-moi, ce n'est donc point assez d'une exostose, pourquoi donc faut-il une /iîype?"e.rosfose ?... »
« Dans une excursion que nous fîmes aux environs d'Heidelberg, Nœgelé entreprit, avec mon compagnon de route et élève Stadler, un examen approfondi sur divers points de l'art, absolument comme s'il avait voulu lui faire subir l'examen rigorosum. Je
(1) Son fils Hermann ne lui survécut que quelques mois. Il laissa inachevé un traité que GuENSER, de Dresde, termina.
compris parfaitement où le rusé compère voulait en venir : l'examen me concernait. Il développa, dans cet entretien, ses idées sur le bassin, sur le mécanisme de l'accouchement spontané et sur d'autres branches encore. Chaque fois que mon élève lui faisait des réponses évasives ou en désaccord avec ses principes (réponses qu'il avait naturellement apprises de moi), il s'écriait :
— Comment pouvez-vous avancer cela en présence de deux professeurs d'accouchement!...
« En visitant sa collection d'instruments :
— Vous reconnaissez bien ce forceps, me dit-il, en m'exhibant un exemplaire du forceps Siebold (lequel exemplaire était, par parenthèse, fort mal exécuté sous plusieurs rapports).
— Cela ne doit-il pas être le forceps de mon père? lui dis-je.
a En même temps, je lui fis remarquer combien on s'était éloigné de l'original. Nœgelé déposa l'instrument en ajoutant :
— Vous faites bien de me dire cela.
« J'eus à peine quitté Heidelberg, qu'il raconta, dans une de ses leçons, que nous avions en ce moment une telle quantité de forceps, que le fils d'un accoucheur renommé, lui-même professeur d'accouchement, n'avait pas reconnu l'instrument inventé par son père ! » On sait qu'il était lui-même l'inventeur d'un forceps qui est généralement employé en Allemagne.
Nœgelé vivait surtout par sa spécialité, et toutes ses préoccupations s'y rattachaient sans cesse. « Ainsi, raconte encore Siebold, me trouvant au théâtre de Mannhein, où l'on jouait Fidelio, tandis que j'écoutais religieusement la voix magique de la célèbre Schrœder-Devrient, dans la scène du cachot, moment où cette cantatrice entraînait tout son auditoire, Nœgelé, qui était assis à mes côtés, s'écria :
— Très bien! Très bien!...
« Mais tout aussitôt il ajouta plus bas :
— Mon ami, croyez-vous véritablement que la tête de l'enfant puisse jamais se placer directement dans le diamètre antéro-postérieur de l'entrée du bassin ? »
Edouard Joseph von Siebold (l) (1801-1861) fut un homme
(1) La famille des Siebold est une véritable famille d'Asclépiades : le grand-père Charles Gaspard, fut l'un des chirurgiens les plus célèbres de l'Allemagne; il eut trois fils : Jean Barthélémy, professeur de chirurgie à l'université de Wursbourg ; Georges-Christophe et Adam-Elie, professeurs d'accouchements à la même université. Déplus, la femme et la fille d'Edouard ont acquis une certaine réputa* tien comme sages -femmes à Darmstadt.
d'esprit et de talent. Nous avons fait de nombreux emprunts à son Histoire de l'obstétricie, traduite par F.-J. Herrgott. Siebold a écrit son autobiographie dans ses Lettres obstétricales, pleines d'humourde bon aloi. Dans sa jeunesse, ses heureuses dispositions musicalespromettaient plutôt un disciple de Wagner qu'un disciple d'Esculape. « Je me rappelle fort bien, écrit-il, qu'à l'âge de neuf ans, je me fis entendre en public, en jouant un concerto de Sterkel sur le piano. Plus tard, je cultivai le violon, et j'accompagnai vaillamment dans les concerts le célèbre professeur Frœlich... Je dois mentionner aussi une branche d'études dont, à cette époque, je n'avais pas saisi toute la portée, portée que j'entrevis plus tard . mon père me fit apprendre à battre du tambour. Cet exercice selon lui, devait me dégager les poignets. Son but fut parfaitement atteint; mais il me resta aussi, jusqu'à un âge assez avancé, un goût particulier pour ces instruments bruyants. Les timbales devinrent mon instrument de prédilection, et mon plus grand plaisir était d'en jouer dans les réjouissances publiques.. Plus tard, même quoique professeur, je ne pus renoncer entièrement à ce plaisir innocent, et bien souvent je fis ma partie dans des concerts publics. J'insiste sur cette passion des timbales, que j'ai conservée jusque dans un âge avancé, parce qu'elle a bien souvent étonné mes amis et mes connaissances. »
Ce grand amateur d'instruments de musique fut l'ennemi des instruments obstétricaux ; il n'en inventa aucun et iie recourait au forceps qu'à la dernière extrémité.
Nous avons terminé notre revue des sages-femmes et accoucheurs célèbres, anciens et modernes. Notre but, nous l'avons dit, n'était pas d'exposer ni de discuter leurs titres scientifiques ; nous laissons ce soin et cet ennui à des plumes plus graves et plus autorisées. Dans ces esquisses biographiques, nous avons surtout recherché le côté fantaisiste et anecdotique. Les étrangers, s'ils nous lisent, pourront nous reprocher d'avoir négligé les célébrités de leurs pays, les célébrités contemporaines surtout. Il dépend d'eux de combler plus tard cette lacune, car nous invoquons pour excuse le manque de documents.
Un mot pour finir :
Avec une présomption naïve, les auteurs des derniers siècles mettaient volontiers leur portrait en tête de leurs ouvrages ; le
chef était souvent couronné de lauriers, et des amis ajoutaient un sonnet ou deux, sans compter un certain nombre de distiques latins et grecs.
Lecteur, nous avons de l'amour-propre autant qu'ils en pouvaient avoir. Pourtant nous laisserons le laurier, feuillage démodé, et nous ne nous ferons pas célébrer en vers, confiant à l'avenir le soin de chanter nos louanges ; nous n'avons même pas usurpé la première page de notre livre. Modestement, nous finissons notre galerie tocologique en présentant, reproduits par le graveur, les traits du médecin qui a colligé ces notes dans ses heures de loisir.
FlG. 135. — !)'■ Witkowski, 1880.
TABLE ALPHABETIQUE
Abou-Aly-Hoccyn. 71 .
Abou-Walid-Ibn-Rochd, 74.
Aboiil - Kasem - Khalaf - Ben - Abbas - Al -
Zaharavi, 71 .
Adam, 67.
Aepli, 166.
Aetius, 70.
Agnodice, 2.
Aitken, ir>9.
Albucasis, 71, 187.
Alliot, 63.
Amand, 137, 187.
Aiiibadik, 166.
Arténiise, 3.
Asdrubali, 166.
Aspasie. 1.
Astruc, U2, 187.
Aubert, 42.
Aubery, 10.
Auvard, 278.
Averrlioes, 74.
Avicenne, 71, 187.
Baesle, 10.
Bailly, 266.
Bairsin, 44.
Balancbon, 42.
Bar, 275.
Barnes, 284.
Bassi Laiire, '><).
Bandelocque Louis, 172, 188.
Baiidelocque Auguste, 202.
Beaudoiu, 11.
Belin, 2(i7.
Berdot, KJG.
Bérécunde, 3.
Berger, IG^i.
Bibard, 62.
lîiheron, 4!t.
Billv, 41.
Binjr, 168.
Black well, 50, 63.
Blegny, citée dans Le livre conimorh
(7 es adresses de Paris 2}our 1692, par
Nicolas de Blegny.
Blot,265.
Boek, 167.
Boer, 165.
Bohmer, 166.
Boivin, 59.
Bonnamy, cité dans Le livre eommode.
Bouc bac om-t, 272.
Boucher, 112. Boucbet, 112.
Boudet, 62.
Boudeville, 10.
Bouilly, 210.
Bourcier, 12.
Bourgeois Alix, 63.
Bourgeois Loyse, 12.
Boyadan, 11.
Bracken, 158.
Bree (Jean de), 16(î.
Brégil, 10.
Brickenden, 153.
Brown, 51.
Brudenell, 153.
Buciiwald, 167.
Budin, 257.
Bureau, 41.
Burton, 155.
Caby, 10.
Cailiet, 62.
Callé, 63.
Campbell (Charles), 280.
Campbell (William), 282.
Camper, 151 .
Capuron, li)4.
Caranda, 40.
Carandcl, 10.
Carrier, 62.
ACCOUCHEURf* KT SAGKS-KEMMES CKLKBRKS.
TABLE ALPHABETIQUE
Cellier, 33.
Celse, 68, 1S6.
Cettner, ICO.
Chailly-Honoré, 2(54.
Chamberlen, 114.
Champetier de Eibes, 272.
Chantreuil, 270.
Chapmann, 130, 158.
Charles, 51.
Charonne, 82.
Charpentier, 269.
Charrier. .")8, 264.
Chassagny, 271.
Chevet, 44.
Chrestienne (Symonne), 10.
Clavé, 42.
Clément, 112, 189.
Cléopâtre, 3.
Clossius, 166.
Cobbe, 9.
Cornet, 40.
Counsell, 158.
Courtin, 90.
Coutenceau, 46.
Coutouly, 150.
Cowper, 191.
Coyon, 10.
Crantz, 165.
Crevé, 103.
Culpeper, 135.
Dalle, 50.
Dailly, 62.
Danvau, 264.
David Davis, 283.
Dawkes, 158.
Dease, 159.
De France, 38.
Deisch, 162.
Delaniarche, 41 .
Delamotte, 102, 188.
Delaplace, 40.
Deleurye, 159.
Delore," 272, Demangeon, 200.
Deneux, 197.
Deninan, 156.
Dennis, 32.
Denyau, 197.
Denys, 151.
Depaul, 223.
Descarreaux, 40.
Deschamps, 59.
Des forges, 112.
Desormeaux, 197.
Desoyre, 63, 270.
Desta, 10.
De venter, l.")l, 188.
Devilliers, 265.
Dionis, 106. Doléris, 273.
Douailly, 40.
Douglas, 129, 153.
Draper, 56.
Dubois (Antoine), 91 .
Dubois (Emile), 264.
Dubois (Paul), 204.
Duboscq, 49.
Ducoudray, 42.
Dugès, 40J 42, Dumontier, 3'^.
Duncan, 284.
Dunnally, 50.
Dupuis, 10, 11.
Dusse, 135.
Du Tertre, 41.
Dutilleux, citée par Siebold, dans ses Essais iVoJ>stét7'icie :
Lors (le mon séjour à Paris, eu 1831, je vis, i)ar hasartl, dan? uics i)éréKrinations, la grande enseigne de M""^ Dutillcu.x dans la rue du ra<ju : je ne pus m'empêcher de la coi)ier, la voici :
« M'"= Dutilleux, maîtresse sage-ieuimc jurée. Re(,'ue par la Faculté de médecine de Paris. Enseignant, avec autorisation, depuis nombre d'années, la chirurgie des accouchements pour MM. les élèves en médecine, tant nationaux qu'étrangers, continue ses cours journaliers de théorie et de pratique pendant toute l'année scolaire.
« M""' Dutilleux continue aussi de recevoiji en pension les dames enceintes à toutes les époques de la grossesse, dans une maison d'accouchement Elle est visible tous les jours, dans son cabinet, rue du Paon, no 2, dci)uis 10 heures du matin jusqu'il 1 heure.
« Consultations gratuites pour les maladies des femmes et des enfants, tous les mardis et lundis de 9 heures k midi. •
Dutrésor, 40.
Elûphautis, 1, Evrat, 197.
Faucheure, 10.
Ferdut, 268.
Ferraro, 167.
Fienes, 10.
Fischer, 166 Fleury, 11.
Foster, 159.
Fournier, 06.
Fox, 51.
Franco, 86.
Françoise, 11.
TABLE ALPHABETIQUE
Frades, cité dans le Livre coni mode.
Frank, 164.
Freke, 158.
Fresche, 10.
Fried, 160, 166.
Fries, 16(i.
Fuss (Catherine), 3i>.
Fuss (Marguerite), 35.
Gaian, 40.
Gaillart, 10.
Galeotti, 1(57. Galieu, 60, 70.
Galletti. 153.
Galli, 153.
Gardien, 197.
Garnier, 59.
Gaucourt, 10.
Gaiinsforde, 32.
Gehler, 166.
Gervais, 143.
Giffard, 158.
Giroux, 62.
Godetfroy, 10.
Gouet, 40.
Goupil, 40.
Gournay, 10.
Glosièrè, 10.
Grenser, 285.
Guéniot, 267.
Guérine (Nicole), 10.
Guillemeau, 90.
Guyon, 210.
Hacqueville, 40.
Hagen, 166.
Hainilton, 159.
Hamon, 271, Hamulden, 32.
Hec(iuet, 138.
Heister, 166.
Herbiniaux, 162.
Herrgott, 287.
Hervieux, 265.
Heuckel, 166.
Heynionet, 62.
Hinze, 166.
Hippocrate, 67, 186 Hody, 158.
HoUeville, 61.
Holm, 168.
Honoré, 91.
Iloorn, 151.
Hoptkins. 51.
Horeiibargin, 38.
llubarde, 10.
Huber, 166.
Hucherard, 58.
Hugo de Poil, 127.
Hunter, 191.
Euxholz, 137.
Jac de Visscher, 127.
Jacobs, 166.
Jacquemier, 264.
Janet, 40.
Janson, 137.
Jard, 146.
John, 128.
Johnson, 156, 189.
Jonet, 42.
Jouet, 42.
Juliette, 4.
Just Lucas Chauipionnière, 209.
Katherine la Guillemarde, 10.
Kennon, 55.
Knebel, 166.
Kraft, 165.
Krobn, 158.
Labany, 34.
La Chapelle, 56.
Lacour, 63.
Lacoux, citée par Velpeau.
Lacuisse, 99.
Laïs, 12.
Langloîs, 40.
La Roy ne, 10.
Lasalle, 10.
Lasthénie, 2.
Lauverjat, 150.
La Voisin, 38.
Lavoyne, 10.
Lawson Tait, 282.
Leake, 153.
Lebas, 151.
Lebmacher, 165.
Le Boursier, 44.
Ledoux, 40.
Leduc, 184.
Lefèvre, 63, 113.
Legangeur, 60.
Le Gouey, 41.
Legrand, 53.
Lejunieau de Kergaradec, 202.
Lemache, 57.
Lenhards, 165.
Le Vacher, 40.
Levret, 144, 188.
Locok, 283.
Louis Antoine, 151.
TABLE ALPHABETIQUE
Loviot, 275.
Lowder, 158.
Lunel, 44.
Maddox, 5L
Majoni, 177.
Manningham, 153.
Manon, 38.
Marchant, 88, 210.
Maria, 4.
Martel, 272.
Massy, 32.
Matteï, 212.
Maubray, 158.
Maugras, 181.
Mauriceau, 92, 187.
Maygrier, 194, 275.
Mayor, 202.
Meckel, 102, 166.
Medot, 10.
Melli, 75, 167.
Mcrcer, .32.
Mercier, citée par Velpeau.
Mercurio, 74, 167.
Mérienne, 10.
Mesnard, 143, 187.
Millot, 168.
Mittelhaeuser, 164.
Mohreinheiin, 166.
Morandi, 50.
Morata, 35.
Moreau, 40, 63, 105, 203.
Morisot, 143.
Morlet, 40.
Moschion, 69.
Muhrer, 60.
Mulder, 151.
Murait, 137.
Naîgele, 285.
Nannoni, 167. Nessi,167.
Nicole Lambert, s6.
Nihell, 51.
Nouhaud, 59.
Nunnez, 137.
Œemens, 166.
Olympias, 1.
Orme, 158.
Osborn, 156.
O.siander, 164.
Ould, 158, 187.
Pajot, 229.
Palfyu, 135.
Paré, 85.
Passavant, citée dans Le livre comvwde.
Paul d'Égine, 71, 186.
Paulus de Wind, 151.
Péan, 168.
Pérette, 4.
Petit (Antoine), 150.
Peu, 187.
Phénarète, 3.
Philista, 3.
Phillips, 51.
Philumène, 68.
Phua, 1.
Piccoli, 151.
Pilou, citée dans Le livre coiiimode.
Pinard, 25ij.
Pineau, 159.
Pingat, 278.
Plenk, 165, 166.
Plisson, 42.
Polaillon, 209.
Porak, 270.
Portail, cité dans Le livre comitiode.
Portai, 105. 187.
Poullet, 272.
Pour, 40.
Pugh, 158.
Puzos, 142, 187.
Rabier, 40.
Rechenberger, 165.
Reffatin, 44.
Reiff, 80.
Rhazès, 71.
Rhodion, 76, 186.
Ribemont-Dessaigne, 272.
Richter, 167.
Rimbault, 245.
Rœderer, 160, 190.
Roesslin, 76.
Roger, 137.
Rondet,61.
Roonhuysen, 127.
Rousset, 87.
Rudolph, 166.
Rueff, 80. Ruleau, 113.
Sacombe, 176.
Saillosest, 145.
Saint-Germain, 209.
Salle, 10.
Salmon, 135, 222.
Salvina, 4.
Sandy.s, 158.
Savonarolc, 71.
TABLE ALPHABETIQUE
Saxtorph, 108.
Scarisbrycke, 32.
Scheid, Kifi.
Schlegel, 166.
Schreger, 1(36.
Schweickhard, 166.
Schweighaeuser, 161.
Sciphra, 1.
Sermon, 131.
Sharp, 33.
Siebold, 286.
Siegemiindin, 37.
Siegwarfc, 166.
Sigault, 148, 191.
Silberling, 177.
Simon, 10.
Simpson, 51, 282.
Smellie, 1.54, 189.
Soek, 173.
Solayres, 108.
Solingen, 137.
Sommer, 137, 166.
Soranus. 69.
Sorbait, 137.
Soteira, 2.
Spence, 159.
Stapfer, 275. Steidele, 165.
Stein, 161.
Stephen, 50.
Stevens, 285.
Stolz, 263.
Stone, 54.
Siithof, 167.
Tambroni, 50.
Tanaron, 167.
Tarnier, 249.
Taurin, 268.
Thebesius, 166.
Themel, 162.
Thibault, 10.
Thibou, 58.
Thierry (de Nery), 86.
Tonnelier, 62.
Toortwyk, 158.
Trélat, 209.
Trotula, 4.
Valle, 167.
Vallet, 272.
Van der Sterre, 137.
Varnier, 275.
Velpeau, 205.
Verlens, 173.
Vermont, 168.
Verrier, 258.
Vespa, 167. t
Viardel, 99, 188.
Victoria, 4.
Vitard, cité dans le Livre commode,
Vogler, 165.
Voigtel, 166.
Walker, 129.
Weigen, 166.
Welsch, 75, 136.
Weydlich, 166.
White, 191.
Wiedmann, 50.
Willughby, 32.
AVitkowski, 288.
Woellter, 137.
Wyttenbach, 60.
Yolande (d'Aragon), 10.
Young, 15G, 191.