Chapitre III
Ceste nouvelle officière se voyant ainsi érigée en tiltre d'office, et tant doucement caressée et chérie des Dames, a commencé à leur philosopher et inventer plusieurs nouveaux genres de tourments, pour leur soullaigement, contre l'ordre de nature. Aux riches, elle a inventé des chaires persées, pour leur servir de travail, comme l'on fait à ces chevaux fascheux à ferrer. Et là, lésa comme attachées pour les tenir quelquefois un jour, deux jours, trois jours, ou plus ou moins en travail d'enfant. Et au bout de cela, la mort de la mère ou de l'enfant ou de tous les deux, si la bonté de la paouvre mère nature, forcée et violentée, ne leur est favourable.
Je vous laisse à penser, quels tourments et quelles raiges souffrent etendurentces povresabusées. Vousvoirriezquelquesfoisceste bourrelle mettre son bras jusques au coulde en la matrice de la femme, pour aller meurtrir, tuer et sagmcntcr l'enfant, ressemblant à ces
bouchers qui ont quelquefois le bras tout sanglant pour l'avoir mis dedans la gorge des bœufs, ô chose abominable et détestable. Et si vous leur demandez pourquoy elles font cela, elles vous respondront hardiement et résoluement, que c'est leur estât et mestier, et qu^clles sont allées tourner Penfant qui n'étoit pas bien tourné pour entrer au monde, ou bien pour luy remettre un bras ou un pied qui venoit le premier, ou quelques autres fadaises à leur fantaisie.
Aux paouvres, elle leur a inventé quelque vieille selle à trois pieds, quand elles n'ont point de chaire persée, ou quelque trépied selon comme la frenaisie et la commodité le permet, et vous les tourmente là, comme nous avons dit des riches en leurs chaires persées ; les autres, elles les fait tenir un, deux et trois jours à genoux, et quelquefois debout (quand elles sont lassées et meurtries d'être à genoux). De sorte que c'est une chose horrible et pitoyable, non seulement de voir et considérer l'abominable façon de cette bourrelle, mais aussi seulement d'en ouyr parler.
Toutes ces mauldictes et misérables façons d'enfanter ci-dessus, sont journellement exercées et praticquées (par ceste infâme ofïicière), en nostre paouvre France, comme il sera tout commun à voir, à tout chacun qui y voudra prendre garde, à mon très grand regret, ce qui a esté la cause pourquoy j'ay mis la main à la plume, pour et afiin de donner les moyens à la postérité, d'abollir et exterminer toutes telles damnées et erronnées inventions, et remettre les choses en Testât de nature, comme Dieu l'a ordonné. Adce que, tels inconvéniens ne puissent plus cy après arriver, ny aux mères ny aux enfans. Mais que tous leurs enfantemens puissent venir à heureux succez à l'honneur de Dieu et à l'édiffication de toute la postérité. Et pour sçavoiret entendre, ou ceste nouvelle philosophe a trouvé ces abominables façons de geignes et tourments, contre nature, faut noter qu'ignorant les secrets de Tordre de nature, elle a fait et forgé une faulse comparaison, en son fol et insensé entendement, disant ainsi, si je prends un sac de toille ou autre chose, et j'y bouite une pierre de deux ou trois livres, et puis j'estends mon sac tout de son long et tout à plat contre terre, jamais ma pierre ne sortira de mon sac, si je ne prends les deux coings du cul d'iceluy, et je ne lève le cul en haut et la gueullc en bas, et alors ma pierre sortira facilement de mon sac, par sa pesanteur, et tombera par terre. Il faut donc, pour bien faire mon office, que je fasse ainsi lever mes enceintes debout, à celle lin que, ayans les corps droits ^t eslevez en amont, comme mon sac, l'enfant qu'elles ont dedans
le ventre, par sa pesanteur, puisse plus facilement descendre au passaige, qui aura l'ouverture en bas et sortir dehors. Et voilà pourquoy elle leur a inventé ces abominables chaires persées, selles et trépieds pour leur servir de soullaigement, ou bien ces détestables agenouillemens, dont il a esté parlé cy dessus.
Or voyons un peu, je vous prie, quel inconvénient il est arrivé et arrive journellement de ceste faulse et erronée philosophie. Les femmes enceintes n'ont pas seulement le ventre plain de l'enfant qu'elles y portent, mais de plusieurs eauës sanguineuses, sur lesquelles l'enfant est supporté, et lesquelles nous appellerons alimentales, pour ce que sans elles l'enfant ne peut vivre ny subsister au ventre de sa mère. Quand l'heure de l'enfantementest venue, les pellicules qui contiennentces eauës se rompentd'ellesmesmes,etles eauës s'exvaguent, ou bien ceste bourrelle impatiente les vient souvent à rompre elle mesme, pour avoir plus tost fait, mettant sa main, comme nous avons dit cy dessus, sçaichant bien qu'après elles l'enfant ne peut plus guères arrester qu'il ne vienne, et par ceste fracture, elle fait qu'elles enfantent bien souvent plus tost que nature ne l'a ordonne. Et fait cela principalement, quand elle est mandée pour aller recevoir plusieurs enfans en mesme instant, de peur de perdre sa challandise, et voicy le premier inconvénient. Ces eauës estant ainsi esvaguées, ou d'elles mesmes ou par l'aide damné de ceste bourrelle, l'enfant descend et tombe dedans la couronne de sa mère, et par sa pesanteur, se fourre et engaige là dedans, tout ainsi comme s'il tomboit dedans une escuelle ou un plat fort creux, dont il ne se peut l'avoir, tellement que comme il y tombe, il y demeure engaige et empressé. Si le hasard veut qu'il tombe là dedans la teste la première, il viendra bien sans danger, s'il y tombe le cul le premier, voicy la mort ou de luy ou de sa mère, ou de tous les deux, si nature ne lui est tellement favorable, au danger de la mère, qu'elle luy face si grande ouverture qu'il puisse venir ainsi en double. Or quand ceste officière void cela, elle attend fort long temps, pour voir si nature pourra jetter dehors ceste enfant ainsi en double, et si elle void que nature ait fait tous ses efforts, et qu'elle n'y ait pu rien faire, elle met sa main comme dessus et tasche à repousser l'enfant et le tirer de ce destroict et le remonter dedans le ventre, pour le tourner à venir la teste devant ou les pieds. Et Dieu sçait quel bourrelaige elle fait là, et à la mère et à l'enfant, et voicy le second inconvénient de dire combien il a esté meurtry de femmes et d'enfans par ceste maudicte façon, il seroit impossible.
D'avantaige, si le hazard veut qu'il tumbe là dedans le ventre le premier, s^est sa mort prompte, car il a incontinent les reins rompuz. Geste ouvrière le sentant mort, tasche, comme nous avons dit, à le remonter et tourner, car il ne peut jamais venir ainsi, d'autant qu'il ne peut ployer si serrement, comme quand il vient en double, le cul le premier. Nous avons interrogé une infinité de ces ouvrières, qui nous ont dit et confessé, qu'elles en ont receu grand nombre quiestoient venuz le cul le premier, et disoient ces meurtrières que s'estoit une bonne façon; vray est, que plusieurs enfans en mouroient tost après, et les femmes en estoient fort malades; mais pour tout cela rien, et en faisant le hochet et se mocquant, disoient ainsi, hon, elles sont encore trop heurewses d'estre reschappées.
Or voicy le troisième et plus dangereux inconvénient et celuy quia le plus meurtry de femmes et d'enfans, s'est quand ils descendent en ce destroict en double, le ventre le premier, car elles disent qu'ils. sont incontinents morts, et que jamais elles n'en ont receu pas un, ny mort, ny vif, qui soit sorty le ventre le premier, s'il n'a esté arraché à force par les chirurgiens et barbiers, et pourtant, que c'est la plus dangereuse façon d'enfanter, pour à laquelle remédier elles mettent la main, pour les tirer de ce destroict et les remonter et tourner dedans le ventre, comme nous avons dit cy dessus, de ceux qui viennent le cul le premier. Et Dieu sçait quel massacre il se fait là, des paouvres mères et des enfans.et combien de femmes ont esté tellement bourrelées à leur enfantement, qu'elles n'ont plus porté d'enfans puis après (comme nous l'avons très bien remarqué).
Il y a plusieurs autres inconvénients que ceux, cy dessus, comme quand l'enfant tumbe en ce destroict, la teste et un bras et une jambe, comme s'il vouloit venir doublé sur le costé, et autant de plusieurs autres malles façons, toutes lesquelles maudictes et misérables, sont proceddées de la faulse invention et erronée philosophie de ceste nouvelle philosophastre, ignorant les hauts mystères et segrets occultes de l'ordre de nature, et préférant son ignorance à la vraye prescience de Dieu et à ses ordonnances.
Comment il faut remba?'rer et abollir les abominables inventions et philosophastries de ceste saige pécore, et remettre les choses au premier ordre de nature, comme Dieu Va ordonné.