Chapitre V
Nous disons donc, comme dessus, que non seulement tous les animaux femelles de la terre, mais aussi jusques aux oiseaux du ciel et aux poissons de la mer, ont tous le corps cousché par nature, encores qu'ils soient droicts sur leurs jambes et que, quand l'heure de leur faonnement est venue, elles se couschent davantaige tout à plat contre terre sur le costé, par certaine science et vertu occulte qui est en elles, et là, avec toute patience, laquelle leur est donnée de leur mère gouvernante, nature, elles attendent la délivrance de leur faon. Or combien que la femme, seule entre toutes les autres femelles de la terre, ait, par ordre de nature, le corps droit et eslevé en haut. Néantmoins, incontinent que l'heure de son enfantement approche, et qu'elle est desjà touchée de quelques angoisses avant-
courières de l'enfantement, elle doit promptement mettre ordre à préparer le lieu où elle veut enfanter, soit en son lict ordinaire, ou en quelque couschette auprès du feu, etlà, comme font toutes autres femelles, se couscher tout à plat et tout de son long, partie sur le costé droict, partie sur le dos, comme elle sentira très bien que sa mère gouvernante nature le veut et demande. Et cependant, avec toute patience et modestie, recevoir les angoisses et douleurs que Dieu le Créateur, par son bon plaisir, luy a préparées pour le péché contre luy commis par la première femme Eve ; et pour sa compaignie ou arde, elle mandera quelques unes de ses voisines pour l'assister, et recevoir l'enfant, alors que sa mère gouvernante nature l'aura poulsé hors du ventre, en s'en attendant du tout à elle, laquelle ne luy sera point moins favorable qu'elle est à toutes les autres femelles de la terre, pourveu qu'elle ne soit point forcée ny violentée en son affaire^ comme elle a esté par cy devant, par la maudicte invention et nouvelle philosophie de ceste saige mesnaigère ou bélistresse, dont il a esté assez parlé cy dessus. Car Dieu le Créateur, qui ne faut ny ne ment aucunement, l'a si bien munie de toutes les forces et vertuz qui luy sont nécessaires pour l'exécution de sa charge, qu'elle n'a besoing, ny de Taide, ny du conseil de personne.
Comment lajemme en travail d'enfant se doit gouverner avec toute patience et modestie, et se donner bien garde de penser forcer ny violenter nature en son opération.