‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 31 sur 42 · Chapitre VI · texte numérisé non relu

Chapitre VI

La considération des choses que nous voyons ordinairement estre tant bien et tant saigement régies et gouvernées par la mère gouvernante nature, nous doit bien rabaisser nostre orgueil et présumption, quand nous venons à penser que, sans nostre aide et conseil, plusieurs choses que nous voyons devant noz yeux ne peuvent venir à effect. Comme il est arrivé par cy devant en l'affaire que nous traittons, par l'impatience de ceste femme que nous avons introduicte, laquelle pensoit, par l'aide de ceste bélistresse, abbréger les angoisses et douleurs de son enfantement. Et quoy ? ne voyons-nous pas ordinairement que le laboureur, avec toute patience, attend neuf ou dix mois que, par nature, le bled qu'il a semé soit parvenu à plaine et entière maturité? N'attendons-nous

pas, avec toute patience, que les fruicts de la terre soient bons et meurs, par nature, pour nous en servir à nostre nécessité. Quoi ? penserions-nous bien, par nostre impatience, estre si saiges que de donner conseil à Dieu et à nature, pour avancer ou retarder les choses par luy déterminées ? Nature ne veut-elle pas, avec toute patience, avoir son cours aussi bien comme toutes les choses terrestres? Que nous servira-il donc de penser seulement, par nostre impatience, pouvoir forcer et violenter nature, en abbrégeant ou allongeant l'exécution de ses efFects ?

Ah ! postérité, postérité, donnez-vous bien garde, désormais, de penser seulement que ceste grande mère nature, gouvernante de toutes choses, par l'ordonnance de Dieu, ait aucunement affaire de vostre aide, es choses qui deppendent de sa charge. Je dy cecy, contre la mauldicte et malheureuse impatience, mère nourrice de toute corruption. Regardez, je vous prie, les segrets de ceste mère nature, comment elle veut avoir son cours avec patience, sans aucune force ny violence. Il me souvient avoir veu, au temps que les fruicts sont es arbres, en la saison de leur maturité, venir de grandes tourmentes de vents et d'oraiges, lesquelles, par leur impétuosité, abbatoient et corrompoient grande quantité de fruicts, lesquels n'avoient pas encores attaint l'heure et le point de leur maturité naturelle. Et toutesfois, un quart d'heure ou une demie heure après que la tourmente et impétuosité des vents et de l'oraige estoit du tout passée, les fruicts, qui estoient restez de la tourmente , et oraige es arbres, commençoient desja à tumber par terre, tous seuls et sans force ny violence de chose quelconque, soit de vents, d'oraiges, de bastons, de tricquets ou autre chose. Vous pouvez bien donc abbatre une poire de l'arbre devant qu'elle soit meure par nature, mais quand elle est meure, vous ne pouvez faire en sorte qu'elle ne tumbe par terre, selon l'ordre de nature. De laquelle chose je me suis quelquesfois fort esmerveillé, en considérant et contemplant l'ordre et les segrets de nature, que Dieu le Créateur a mis et posez en terre. Et disoye en moy-mesme, voilà chose merveilleuse que ces fruicts là, qui tumbent maintenant tous seuls, ont depuis une demie heure soustenu tant d'assaux, d'esbranlemens et impétuositez, de vents et d'oraiges, et toutesfois ils ne sont point tombez. Je demande maintenant à toute personne de bon entendement, comment ce peut faire cela. A quoi il ne se peut faire autre responce, ny donner aucune solution ny raison, sinon que ces fruicts-là, qui tumbent si tost après la tourmente, n'avoient pas encore gaigné le point de leur maturité naturelle. Or

en est-il ainsi des enfans qui sont dedans le ventre de leurs mères, lesquels ont certain temps d'estre là dedans, jusques adce qu'ils soient meurs, comme la pomme ou la poire en l'arbre, et ne passeront point le temps ordonné de Dieu, que leur mère gouvernante, nature, ne les mette hors, sans aide ny adminicule de personne, et sans aucun destourbier, pourvu qu^on luy laisse sa charge, sans force ny violence, comme il a esté dit cy dessus.

Ah! femmes enceintes, femmes enceintes, qui travaillez et travaillerez à vostre enfantement, nous disons et mettons en avant tout cecy pour vous et pour vostre bien et consolation. Donnezvous bien garde de ceste maudicte et misérable impatience, mère nourrice de tout malheur. Prenez, prenez, je vous supplie, et recevez de la main de Dieu et de nature, toutes les angoisses qu'il vous a préparées à vostre enfantement, avec toute patience et modestie, en vous donnant bien garde de penser trouver de personne quelconque, aucuns moyens ny aides contre sa divine providence. Mais jettez du tout vostre confiance en luy, et en vostre mère gouvernante, nature, laquelle est fournie de fil et d'esguille, pour satisfaire à vostre nécessité, sans aide de personne. Tant seulement je vous supplieray d'une chose, s'est de vous recommander à Dieu de tout vostre cueur et de toute vostre pensée, à la benoiste glorieuse vierge Marie, à tous les saints Anges et Archanges de Dieu, à tous les saints Apostres de Nostre Seigneur Jésus-Christ, à monsieur sainct Jean-Baptiste, à tous les saints Martyrs et Confesseurs. A madame saincte Anne, à madame saincte Marguerite, à madame saincte Catherine, et générallement à toute la Cour céleste de Paradis. Adce qu'il plaise à Dieu, le Créateur, vous donner heureux succez, en vostre enfantement, et selon son bon plaisir vous addoucir et abbréger les peines et angoisses qu'il vous a ordonnées pour le péché contre luy commis par vostre tayonne Eve.

Je vous supplieray encores d'une autre chose. S'est que désormais, après que vous aurez apprins à voz filles leur service ordinaire, tel que bon vous semblera, en perpétuelle mémoire de nous et du labeur et travail que nous avons prins pour vous, vous leur apprendrez quatre petites oraisons, lesquelles nous avons tirées de l'escripture saincte, et adaptées à vous particulièrement. La première, Deiis^ propicius esto michi peccatrici. La segonde, Benedicat michi dominus^ et custodiat me. La tierce, Ostendat dominus faciem suam michi, et misereatur mei. La quarte, Convertat dominus vultiim suiim ad me, et det michi pacem. Lesquelles quatre oraisons vous leur commanderez de dire bien et dévotieusement en

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toutes leurs nécessitez et tribulations, et spéciallement quand elles seront en travail d'enfant, avec leur Pater noster, Ave Maria et autres oraisons que bon leur semblera.

Comment les saiges femmes^ on bien les mères, seurs^ cousines, voisines et amies de celles qui sont en travail d'enfant, se gouverneront désormais à l'endroit déciles en tel affaire.

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