‹ Accoucheurs et sages-femmes célèbresChapitre 32 sur 42 · Chapitre VII · texte numérisé non relu

Chapitre VII

Il est tout certain que la théoricque ou science en esprit et entendement de toutes choses compréhensibles, laquelle est bien et parfaictement jointe à la praticque et expérience des choses, rend les personnes beaucoup plus abiles, plus avancez et plus hardiz en toutes leurs actions et négoces. Et pourtant, encores qu'il semble que nous ayons par cy devant fort touché sur la grosse corde ou, comme Ton dit, sur la fripperie des saiges femmes ou belles mères. Si est-ce néantmoins, que nous n'entendons point tant les abastadir et quasser du tout, que nous entendons seulement les corriger et reformer, et n'entendons point en noz invectives cy dessus escriptes, avoir parlé de celles qui viendront cy après. Car nous présupposons qu'elles seront toutes vrayment saiges femmes, et de nom et d'effect ; mais nous entendons seulement avoir parlé des folles, insensées, maladvisées et idiottes saiges femmes ou belles mères qui ont esté par cy devant. Et de celles qui sont maintenant, si elles ne se refforment incontinent après qu'elles auront entendu noz préceptes cy escripts. Or, nous confessons donc qu'il est bon qu'il y ait cy après des saiges femmes, communes à toutes celles qui en auront affaire, par ce qu'elles seront toujours plus abiles et plus hardies en cest affaire, à cause de la fréquente practique et expérience, que ne seront toutes les autres. Mais toutesfois nous entendons qu'elles seront et demeureront toujours tellement bridées et arrestées, tant par les préceptes et enseignemens que nous leur prescrirons cy après, que par celle qui sera en travail et par ses voisines et amies, qui seront là présentes et luy feront assistance (toutes lesquelles nous présupposons estre aussi saiges comme elles, quant à l'art et théoricque et non quant à l'expérience et praticque) qu'il ne leur sera point loisible de rien inventer ni innover, de leur propre cervelle et philosophie en cest affaire, comme ont fait

celles qui ont esté par cy devant, de peur de retomber en leur première erreur ou pire.

Or estant donc venues à la maison de la travaillante, tant la saige ou saiges femmes que ses bonnes voisines et amies, toute chacune d'elles prendra peine de la traitter et accomoder de boire et de manger, selon qu'elle en aura le moyen, affin qu'elle ait meilleur courage pour soustenir les assaux et angoisses qui lui seront livrées à son enfantement. Et en ce faisant, partie d'elles prendront garde à luy accomoder une couschette auprès du feu, sur laquelle elles la couscheront et accomoderont bien chaudement, tout à plat et de son long, partie sur le costé droit et partie sur le dos, en ployant un peu le corps et les genoux, comme elle sentira très bien que nature le veut et demande. Et en ceste sorte, tant la travaillante que la saige femme et les voisines assistantes auront patience que la dame nature, gouvernante de toutes choses, ait fait son opération, et ne penseront point qu'elle ait nullement affaire de leur ayde ni secours. Et quand elle aura mis l'enfant hors du ventre de sa mère, sans destourbier, comme elle fait pour tous les autres animaux de la terre, ce sera la fin de sa charge en cest endroict, et le commencement de la charge de la saige femme. Assçavoir de prendre et recevoir l'enfant, alors qu'il commencera à sortir de sa chambre, lui supportant le corps jusques adce qu'il soit tout hors du passaige. Et en ce faisant, fera lever la cuisse à la mère, et luy aidera à la supporter, ou bien mettra quelque gros fardeau de linge entre les deux genoux. Et s'est d'où est venu le commun proverbe ancien, qui dit qu'il y a des femmes qui pour enfanter ne font que lever la cuisse. De luy taire son nombril, de l'essardre avec un beau linge blanc et délié, de peur de le blesser. De le couscher et envelopper comme il appartient. De le porter à l'église à l'heure de son baptesme, et de le reporter à sa mère, pour luy donner un bon coup à boire (s'il a soif) de la bouteille que sa mère gouvernante, nature, luy a préparée. Et voilà l'office de la saige femme envers la travaillante et l'enfant, et non pas de leur aller préparer les abominables tourmens et meurtrissemens, desquels ont usé parcy devant ces détestables saiges femmes ou belles mères, meurtrières et de femmes et d'enfans.

Des accidejîts qui peuvent arriver {mais rarement] à nature^ à l'en- Jajitement. Et comment les saiges femmes s'^y doivent gouve?'ner et y remédier.

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