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Chapitre VIII

Nous avons amplement traité cy dessus, comment la travaillante et la saige femme se gouverneront à l'enfantement, pour veu qu'il ne se trouve point aucun deffaut ny empêchement à l'opération de nature. Reste maintenant à traicter des accidents ou encombriers qui peuvent arriver à nature, au point de Tenfantement (mais fort rarement) et comment il y faut remédier et pourveoir. Il est tout commun que plusieurs filles estant en l'aage de trente ans ou plus, ou quelque peu moins, quand elles se marient, souffrent beaucoup plus de mal et d'angoisses à leur enfantement, aussi bien sont les femmes vieilles (encores qu'elles ayent ja porté enfans) que ne sont les jeunes mariées, pour ce qu'elles sont de plus dur charnaige qu'elles. Tellement que nature faisant son ouverture pour la sortie de l'enfant, ne le peut ouvrir si doucement qu'elle ne les tienne plus longuement à faire son opération et qu'elle ne leur donne beaucoup plusd'angoisses. Or ce voyant la saige femme, il ne faut point qu'elle s'estonne, mais qu'avec toute patience, elle attende plus long temps que la mère nature ait fait sa charge, qu'elle ne seroit aune jeune mariée. Et pour donner quelque soullaigement à la travaillante, et faire quelque peu d'aide, non point à nature, mais à l'accident, elle prendra quelque peu d'huille d'olive ou d'huille rosat, et y trempera un petit drappeau bien délié, avec lequel elle oindra un peu tout à l'entour du passaige. Et cela fait prendra quelques serviettes, ou autres linges chaultz, desquels elle reschauffera fermement iceluy passaige-, en prenant garde de ne toucher à l'enfant de peur de le brusler et cela sera fort bon, comme nous l'avons très bien expérimenté plusieurs fois, en prenant toujours patience, jusques à heureux succès de l'enfantement. Et voilà le premier accident qui peut arriver en tel cas.

Si la saige femme void que nature soit longue par trop à son affaire, elle regardera au passaige, assçavoir si l'enfant présente la teste pour sortir ou non, et s'il présente la teste, elle continuera sa patience en faisant ce que dessus. Car nature (encores qu'elle soit un peu longue) ne faudra point à bien opérer. Icy faut noter que les femmes estant ainsi couchées en ordre de nature, comme il a esté

amplement escript cj dessus, elles ne perdront pas cueur, et n'endureront point tant de mal cent mille fois, comme elles faisoient en ces abominables tourmens de chaires persées, selles a buée, trépieds, et agenouillements contre nature, (encores que quelquesfois la chose tire à long tiaict). Et pourtant, en cas de longueur, faut qu'elles prennent quelques bonnes confitures, quelques bonnes rôties au vin, ou quelque autre chose cordiale, pour les tenir en bon couraige. Avec ce, qu'elles ont tousjours le corps et tous les membres en repos.

Si l'enfant présente les deux pieds, s'est la façon de sortir la plus douce, tant pour la mère que pour l'enfant ; il ne faudra pointa bien venir sans destourbier. Mais icy faut bien noter qu'il ne faut pas que la saige femme face comme fist une fois une mauldicte vilaine meurtrière à Soissons, où j'estoye demeurant pours lors, laquelle voyant qu'une petite fille estoit sortie du ventre de sa mère, tellement qu'il ne restoit plus que la teste et les deux braz, qu'elle avoit joinctz et remontez des deux costez de sa teste, ceste meurtrière qui la devoit laisser venir ainsi sans luy toucher, par son impatience, luy alla chercher le bras droict et, en le tirant hors, le luy rompit en pièces; et pource que, le bras droit estant hors, il demeura plus d'espace pour la teste et pour le braz gauche, lequel à ce moyen elle ne rompit pas en le tirant hors, mais il estoit tout meurtry et noir comme la cheminée, en telle sorte que les deux braz estant dehors, nature commença tellement à se refermer, que la teste demeura encores dedans le passaige plus de trois heures, tellement qu'on pensoit que ce deust estre la mort et de la mère et de l'enfant. Or tel cas advenant, il faut que la saige femme se donne bien garde de faire ainsi : car les deux braz estant ainsi joinctz, des deux costez de la teste de l'enfant servent comme desclisses pour empescher que le passaige ne se puisse refermer sur la teste de l'enfant, et faut entendre que, les deux bras de l'enfant estant ainsi joinctz à sa teste, ne sont point plus gros que le corps qui est désja passé ; parquoy ce fut une grande resverie à ceste vieille meurtrière de Soissons, et seroit à toutes saiges femmes qui voudroient ainsi faire, de tirer les deux braz de l'enfant dehors, encores qu'elles ne les rompissent point, pour ces deux raisons cy dessus, assçavoir qu'ils empeschent la fermeture du passaige sur la teste, et que la teste et les deux bras, joinctz ensemble, ne font qu'une mesme grosseur avec le corps qui est désja passé. Le cas advenant, il faut laisser ainsi venir l'enfant, sans luy toucher ny tirer les bras hors. Nous ne disons point cecy accident à nature, mais accident pro-

ceddant de l'impéricie et ignorance de la saige femme. Or si l'enfant présente un pied seul (ce que nous appellerons le second accident à nature) il ne peut venir ainsi, toutesfois il le faut laisser venir ainsi, jusques à ce que la saige femme puisse veoir si l'autre pied vient en double, assçavoir si le genou se présente serré contre; car si le genou se présente serré contre l'autre, encores que cela soit cause de quelque peu de retardement, il le faut laisser venir, car il viendra bien ainsi sans danger. Mais s'il s'offre de sortir ainsi le pied seul, et que l'autre demeure escarquillé dedans le passaige, il ne peut venir ainsi sans corruption et sans danger, et de luy et de la mère. Et voicy le remède, la saige femme avec quelqu'une des voisines là présente, prendront la mère, avec chacune une main, par dessoubs les flancs ou fesses, et de l'autre main, luy prendront et lèveront les jambes et le corps en amont tout doucement, à celle fin que l'enfant se rejette, par sa pesanteur, de sa gallerie en sa chambre, car il y a comme une gallerie à passer depuis la chambre jusques au passage et la tiendront ainsi, comme Pespace d'un Pater Jîoster et d'un Ave Maria. Et en ce faisant, l'enfant ne faudra point à se remettre, et estant remis à son premier domicile, à se tourner comme il faut, et présenter l'un ou l'autre des deux bouts, assçavoir la teste ou les deux pieds, comme nous l'avons très bien expérimenté plusieurs fois. Et voicy le seul moyen, tel cas advenant, pour conserver, sains et sauves, et la mère et l'enfant.

Or voyla tous les accidens qui peuvent arriver à nature au point de l'enfantement, car la mère estant de bonne heure préparée, comme nous luy avons donné à entendre par cy devant, selon l'ordre de nature, l'enfant ne présentera jamais au passage, ny le cul, ny le ventre en double, comme ils ont fait par cy devant, car tout cela proceddoit de ce que, contre l'ordre de nature, par l'ordonnance et philosophie de ces meurtrières saiges femmes du passé, la femme se tenoit levée, le corps en amont, tellement que les pauvres enfants, en lieu de se tourner et virer tout à leur aise, en leur domicilie, et s'en venir gayement et sans destourbier au passaige comme nature Ta ordonné, non seulement à eux, mais aussi à tous les animaux de la terre, ils tomboyent. comme nous avons dict cy dessus, dedans la couronne de leur mère, comme dedans une escuelle fort creuse, et comme ils tomboyent là dedans par leur pesanteur, en telle sorte y demeuroient enfermez et empressez, et n'avoient force ny moyen de s'en tirer. Et voyla d'où sont proceddez tant de meurtres et massacres qui ont esté commis par cy devant, à Tendroict tant des

pauvres misérables femmes que des enfants, par l'ignorance et impéricie de ceste race maudite.

S'il arrive que la femme ne se cousche pas assez tost, tellement que l'enfant vienne à tomber dedans ce destroict, comme au temps passé, faudra incontinent que la saige femme ayt recours au remède cy dessus. Assçavoir de lever la mère, les jambes et le corps en haut, pour la faire rejetter en sa chambre par sa pesanteur, ce qu'il ne fauldra point à faire comme il a esté dit cy dessus. S'il advient que, pour quelque inconvénient, la mère se blesse, tellement que l'enfant soit mort en son ventre, il ne faut point avoir peur que la mère nature ne le pousse fermement dehors, tant seulement il faut que la saige femme ait plus de patience, car en tel cas nature est beaucoup plus longue en son opération. Et comme il a esté dict cy dessus, il faut tant seulement qu'elle prenne bien garde a sçavoir si l'enfant se présente bien ou non. Et s'il faut à se présenter comme il doit, elle aura toujours recours à ce seul remède, qui est de lever la mère, les jambes et le corps au haut, et reschauffer fermement le passaige, comme il a esté dit cy dessus, pour aider non point à nature, mais à l'accident. Laquelle nature, en tel cas, est beaucoup plus débile et plus lente à faire sa charge qu'elle ne seroit. si l'enfant estoit vif et parvenu au point de sa maturité naturelle. Et voilà tous les accidents qui peuvent arriver à nature à Penfantement et la manière d'y remédier.

Contre la faulsc, mauldicte et misérable praticque des saiges femmes qui ont esté par cy devant. Si les juments, les vaches, brebis et autres animaux femelles de la terre, qui ont esté par cy devant, eussent esté aussi misérables que ont esté les femmes, laissant leur naturelle façon de faonner, elles fussent aussi bien tumbées en inconvénient à leur faonnement comme elles. Mais comme nous avons dit cy dessus, les femmes qui dévoient estre les plus saiges femelles de la terre, par leur invention et philosophie barbare, se sont rendues les plus folles et insensées, et les putains et paillardes l'ont gaigné sur elles, d'autant que, comme elles ont fait leurs enfans en cachettes, elles les enfantent aussi en cachettes, et sans v appeller les saiges femmes, et pour ceste cause, elles enfantent heureusement et sans destourbicr ny d'elles, ny de leurs enfans. Je n'ay jamais ouy parler qu'il en soit mort une en travail d'enfant, ny que son enfant ait failly à bien venir au monde. Car estant ainsi retirées en quelque destour et là, couschées tout à plat avec toute patience, elles attendent la meure et plaine délivrance de leur enfant, là où au contraire, comme il a esté dit cv dessus, les honnesies

femmes se font misérablement bourreler et meurtrir par ces saiges ouvrières, et enfin ne sçavent d'oia procedde la cause Je leur malheur. Nous prierons à cest effect Dieu, le Créateur, qui tient toutes choses en sa main, par sa divine providence, de vouloir désormais estendre sa saincte grâce, tant sur les mères que sur les enfants et sur les saiges femmes, et leur donner sens et entendement pour se gouverner es choses dessusdictes, selon sa saincte volonté. Et qu'il a ordonné à la mère, nature, gouvernante, soubs sa charge, de toutes les choses qui sont icy bas en terre. Adce que, les choses estant parvenues à leur plain et entier effect, par heureux succès, il en soit loué et glorifié, et son sainct nom exalté à tout jamais. Amen.

Brief advertissement très notable.

Mes Dames, il se vend un petit livret, à Paris, intitulé. Des divers travaux et enfanternens desfem?nes, je vous supplie de prendre bien garde à ce que dit l'autheur d'iceluy, (si vous l'avez leu.) Il dit en plusieurs lieux que l'enfant tombe quelquefois ainsi ou ainsi et n'entend pas que c'est par la faulse doctrine, laquelle il a prinse des saiges femmes de son pays, et que s'est pour ce qu'il vous a préparé une selleà quatre pieds pour vous seoir, faicte en façon d'un fer à cheval, et vous tenir le corps droit en amont, comme font maintenant voz saiges femmes. Or quand vous aurez le corps cousché^ comme nous vous l'avons descript, l'enfant ne sera jamais en danger de tomber comme il dit, mais se tournera et virera tout à son aise et sortira comme il faut et sans destourbier. Il dit aussi que la saige femme doit rompre les membranes qui contiennent les eauës, avec ses ongles ou avec un petit coulteau ou des ciseaux, tout cela est abominable, et luy mesme se contredit, car il donne un salle et vilain remède à cela, s'il avait esté fait trop tost, assçavoir des huilles et gresles coullées dedans la matrice; tout cela est faux, abominable et détestable, seulement à dire, ou escrire. Il n'a pu donner certain temps et heure aux saiges femmes, par ce que c'est du segret et vertu occulte de nature, et à Dieu ; prenez garde à vous.

A quelle date placer le plaidoyer suivant en faveur des sagesfemmes ? A quel personnage l'attribuer ?

Une réponse précise est difficile. Mais l'éloge que l'on y trouvera de M'^e Delamarche, sage-femme de l'Hôtel-Dieu et auteur

d'un catéchisme obstétrical, dont nous avons parlé (1), semble indiquer que la pièce a été écrite vers 1670. Pour le même motif, nous croirions volontiers que, sinon M'"" Delamarche, du moins quelque clerc de son entourage n'a pas été étranger à sa rédaction.

DISSERTATION SUR LA QUESTION, SÇAVOIR LEQUEL EST PRÉFÉRABLE DE l'usage des SAGES-FEMMES OU DES CHIRURGIENS, DANS LES ACCOU- CHEMENTS.

Ouvrage tiré d'une lettre écrite à une Dame de qualité.

On demande s'il est plus à propos de se servir de femmes que d'hommes dans les accouchements.

Avant que de répondre à cette demande, il est à propos de remarquer que l'on ne parle pas des cas de nécessité absolue où on ne peut faire autrement, car, comme la nécessité n'a point de loy, s'il n'y avoit point de sage-femme et qu'il y eût un homme expert, il seroit à propos de s'en servir ; ou si la sage-femme, elle-même, demandoit du secours, au besoin on pourroit se servir d'homme.

Réponse

Autant qu'il est possible dans les accouchemens, il faut se servir de sages-femmes.

Article I

// est possible de se servir de femmes dans les accouchements., parce qu'il y a des femmes habiles en cet art, et quHly a plus de femmes que dliommes qui en soient bien capables.

On instruit tous les jours des femmes dans cet art en plusieurs endroits, mais particulièrement dans PHôtel-Dieu de Paris ; c'est là le véritable lieu d'apprentissage des sages-femmes. En cette maison, on leur donne des leçons sçavantes ; elles y ont l'expérience quotidienne et une ample explication sur toutes les difficultés qui se trouvent en ces rencontres, soit de la part des dispositions

(1) V. page 41.

de la femme grosse ou en travail, c'est-à-dire des accidens de la grossesse ou de l'accouchement, soit de la part de l'enfant.

Dans Paris ni en tout le Royaume, il n'y a point de lieu pareil où on instruise des hommes sur ce sujet.

De plus, l'art d'accouchement est une expérience particulière et limitée, dont les femmes peuvent devenir très capables, pour peu qu'elles ayent d'esprit et qu'elles veuillent se donner la peine de l'apprendre par les voies raisonnables et ordinaires. Aussi l'habileté d'une sage-femme n'est pas une chose si extraordinaire, qu'elle demande l'esprit d'un homme nécessairement, s'étant trouvé plusieurs femmes capables d'écrire sur la pratique de cet art, et encore plus de l'exercer sûrement et dans la perfection.

Les sages-femmes sont très propres pour traiter des descentes de matrice, pour sonder les femmes dans les rétentions d'urine, pour juger de l'état de certaines maladies de femmes, dont il faut rendre compte au médecin ; et enfin pour appliquer en ces cas les remèdes à ces maladies, selon qu'ils sont ordonnés par la médecine.

Les Anciens, il y a plus de mille ans, ont appelé les sages-femmes, l'œil du médecin, pour exprimer que dans les cas d'infirmité particulière du sexe féminin, l'usage des sages-femmes est aussi naturel et, pour ainsi dire, aussi nécessaire que l'usage de l'œil pour connaître les choses visibles; et encore parce que dans ces occasions les médecins n'ont pas d'autre organe que les sages-femmes, qui sont des yeux très sûrs à raison de leur expérience.

Il est donc possible de se passer d'hommes et de se servir de femmes, dans beaucoup de maladies du sexe féminin et particulièrement dans celles de la grossesse et de l'accouchement.

Cela est si vrai que, dans l'Hôtel-Dieu de Paris, Madame Delamarche et sa sœur, instruite par elle et comme elle, travaillent aux accouchemens sans le secours d'aucun chirurgien ; quoique dans ce lieu, parmi le grand nombre, il se rencontre des travaux des plus difficiles que l'on puisse trouver ailleurs; en sorte que jamais il est mort, dans l'Hôtel-Dieu, moins de femmes en couches qu'il en meurt à présent, et jamais il n'est moins demeuré d'enfans orphelins, à la charge de cette maison, que depuis le temps que ces personnes y travaillent.

Ces deux personnes ne sont pas les seules dans Paris, qui sçavcnt cet art et qui y sont habiles; il y en a quantité d'autres, et toutes ensemble servent de preuve à cet article, sçavoir qu'il est possible de se servir de femmes avec sûreté pour l'accouchement, vu leur grand nombre et leur expérience consommée.

Article II

Il est très raisonnable de se servir de femmes pour les accouchements.

Premièrement pour la pudeur; car elle demande qu'une femme ne soit touchée ni vue, que dans le cas de la nécessité véritable, et que dans ce besoin elle soit touchée et vue par une personne de son sexe. Cela est, sans doute, plus honnête que d'être exposée au toucher d'un homme, en la présence duquel une femme doit toujours avoir de la retenue.

Cette vérité est incontestable et également reçue chez toutes les nations, parce qu'elle est dictée par le bon sens, qui est commun à tous les hommes.

Chacun sçait l'histoire de Bilia, dame romaine, qui croyoit que tous les hommes sentoient mauvais, comme sentoit sonmary, parce que jamais elle n'avoit approché d'autre homme assez près, pour sçavoir s'ils avoient une autre odeur ou une autre haleine : en quov sa pudeur sera à jamais l'admiration des esprits raisonnables, ainsi que le rapporte Plutarque.

Saint Jérôme dit que la pudeur est une fleur délicate, qui se ternit par le moindre attouchement, et qui ne se conserve qu'auprès de ses semblables. Saint Augustin compare la pudeur à la délicatesse de l'œil, auquel on ne doit toucher que rarement et avec précaution. Saint Zenon, martyr, appelle la pudeur le bonheur des vierges, la fidélité des femmes, la force des veuves, la pureté des prêtres, la richesse des pauvres, le trésor des riches, l'honneur des petits, la gloire des grands, la gardienne de tous les Etats.

2'^ Pour la pureté, il est à propos de se servir de femmes ; car elle est quelque fois lésée, quand un homme touche une femme sans nécessité; cela peut faire tomber cet homme dans quelque impureté, ou procurer cet inconvénient blâmable à une femme quMl touche, hors le temps de l'accouchement, soit avant, soit après, lorsque la fenime n'est pas dans les douleurs actuelles de l'enfantement. L'Ecriture, au Lévitique. chap. 22, dit que celui qui touchera quelque chose d'immonde sera impur lui-même. Et l'Ecclésiastique, au chap. i3, que celui qui touchera de la poix sera souillé par elle; parce que, comme dit Saint Athanase, il s'excitera une chaleur et une attache entre la puissance et l'objet ; la poix est oluante et sale.

Saint Isidore dit qu'en touchant la chair, comme on gagne des maladies corporelles, on en contracte aussi de spirituelles.

L'abbé Rupert dit que ce sens est une porte qui donne entrée à la mort et du corps et de l'âme. Saint Augustin dit la même chose.

Thomas, à Kempis, dans ses Opuscules, dit qu'il faut bien garder ses sens, et en particulier celui du toucher, si on veut avoir la pureté du corps et la paix du cœur. Saint Grégoire dit le même.

Saint Jérôme dit qu'entre les personnes de sexe différent, l'attouchement est en quelque sorte contagieux et vénéneux ; cette conta-, gion regarde les mœurs autant que les humeurs, et peut porter la corruption aussi bien aux unes qu'aux autres.

3° Pour la sûreté de la fidélité dans le mariage, il est à propos de se servir de femmes, parce que comnie ce sont les jeunes femmes qui sont en état d'avoir des enfans, l'usage commun des accoucheurs leur est dangereux autrement qu'il ne seroit dans un âge plus avancé, par la vivacité de leur imagination, la chaleur de leurs passions et la tendresse de leur complexion.

Cet usage les accoutume à se laisser approcher et les familiarise à être touchées par des hommes étrangers, ce qui souvent n'est pas sans danger, et peut avoir des suites, jusques à donner aux jeunes femmes quelque occasion d'être après cela infidèles.

Plusieurs disent avoir remarqué qu'entre les femmes, celles que l'on reconnaît pour être un peu trop libres, sont ordinairement celles qui dans leurs couches ne veulent pas se servir de sagesfemmes et veulent des hommes ; je m'en rapporte : mais si cela est, c'est une raison pour en empêcher les femmes vertueuses.

Autrefois, une Princesse, reine de Lydie, manqua de foy à son mary et même consentit à sa mort, après qu'il eût trouvé bon qu'elle eût la familiarité de montrer à un autre homme, sans besoin, des choses qu'elle devoit tenir cachées : tant cette liberté et familiarité est dangereuse aux femmes (Hérodote et Erasme).

Saint Chrysostome voulait que les femmes fussent toujours en crainte avec tout autre homme que leur mary. Et tous les Pères de l'Église disent que l'immodestie volontaire et facilité de montrer sa chair, est une espèce d'adultère de l'esprit et un présage ou signe d'une infidélité future, si cette immodestie est dans une femme mariée.

4° Pour le bon exemple, il est à propos de se servir de femmes, parce que, comme on fait aisément ce que l'on voit faire aux autres, il est de la prudence des femmes de ne pas se servir d'hommes pour l'accouchement, sans une extrême nécessité, afin de se donner bon

exemple les unes aux autres de s'en abstenir toutes ; ce qui est absolument nécessaire à plusieurs personnes de ce sexe, est utile à toutes.

Cela est encore de conséquence pour Péducation des filles de famille, pour leur inspirer la crainte de toute approche et liberté des hommes auprès d'elles, même en chose légère. Car c'est en vain qu'on leur insinue cette crainte, si elles voient des hommes, sans nécessité visible, approcher en chose de conséquence de celles qui leur commande de les fuir.

Cela est nuisible aux filles, produisant des curiosités dans leurs esprits, desdiminutions de crainte dans leurs coeurs, des matières de conversations secrètes avec leurs compagnes, et un fond d'assurance tacite contre toutes les repréhensions qui leur sont faites de leur communication avec des hommes.

Ce n'est pas faire injure à ce sexe, de le faire souvenir quMl est fragile, ni de lui dire qu'il a plus de dangers à éviter que l'autre ; et c'est assurément lui donner un conseil avantageux, de lui inspirer de fuir, non seulement le mal, le danger et le scandale, mais même son ombre, c'est-à-dire tout ce qui peut être suspect, et de prendre une manière d'agir, sure pour le fond de la conscience et édifiante pour l'extérieur et le bon exemple dans la société humaine.

5° Pour la mortification, il est à propos de se servir de femmes Il y a deux sortes de mortifications : une de dévotion et de surérogation, et une de nécessité de salut, selon l'Evangile et les promesses du Baptême. Tout le monde est obligé de pratiquer la dernière, même les femmes mariées en leur manière, soit en souffrant quelque inconimodité volontaire, soit en se privant de quelque inclination libre.

Il ne faut pas vivre dans l'irnmortification, en se laissant trop aller à ses inclinations naturelles, comme il arrive dans l'usage des accoucheurs, hors le cas de nécessité ; il est constant, qu'entre les personnes de sexe différent, il y a une correspondance naturelle qui fait que les femmes n'ont pas d'aversion naturelle pour les hommes et même désirent avec eux quelque communication.

Cette inclination des femmes est souvent le fondement de l'usage qu'on fait des hommes pour l'accouchement, à cause des libertés raisonnables ou supposées telles, dont cet usage est l'occasion ou le prétexte.

Les femmes mariées, la plupart, n'ont pas grande occasion ni grande pratique de mortification ; et ordinairement les femmes qui

ACCOUCHJiUltS KT SAUKS-KICM.MKS CKLÈBHKS. 21

se servent d'hommes pour l'accouchement, en ont moins que les autres ; car ce sont les femmes riches et celles qui cherchent leurs aises.

Comme elles sont riches, elles sont ou se font délicates ou prétendues incommodées, ce qui leur donne lieu d'avoir souvent un besoin apparent de faire venir cet homme, soit comme accoucheur pour le consulter, soit comme chirurgien pour s'en servir, et toujours pour lui parler, en particulier, des choses secrètes du sexe féminin. Et comme on suppose que souvent il n'y a pas nécessité de rapporter cela à un homme, vu qu'une sage-femme en peut connaître, le peut résoudre et y remédier, il est très juste et même nécessaire que les femmes mariées se mortifient de cette inclination naturelle, et se servent de sages-femmes dans leurs accouchemens autant qu'il se peut faire.

Ainsi, il est aussi à propos de se servir de femmes dans lesaccouchemens, qu'il est nécessaire d'avoir de la prudence, de vivre dans la pureté, de garder la fidélité dans le mariage, de donner bon exemple à son prochain et de garder les règles ou suivre les pratiques de la mortification chrétienne. Et comme il est nécessaire d'avoir toutes ces vertus, il est tout à fait à propos de ne se point servir d'hommes, mais seulement du ministère des sages-femmes dans les accouchemens et dans les maladies secrètes des femmes, auxquelles une femme instruite dans cet art peut apporter ou applique quelque remède.

Article III

// est de fait que la pratique de V accouchement a été utilisée par le ministère des femmes de tout temps, et que ce droit leur appartient d'antiquité.

Environ l'an 23o6de la création du Monde, Moise, au livre de la Genèse, chap. 35, v. i8, raporte un enfantement difficile de Rachel, femme de Jacob, qui fut fait par une sage-femme qui, dans ses douleurs, la consola etPassuraque l'enfant viendroit heureusement.

C'est une sage-femme, il n'est point parlé d'homme à qui on ait recours, ou qui fasse cette opération ; marque que ce n'étoit pas l'usage de ces siècles là de se servir d''hommes en ces rencontres.

L'an du Monde 2327, au même livre, chap. 38, v. 29, Thamar, étant en travail de deux enfans, l'un d'eux paraissant au dehors et ayant présenté la main, sembla la vouloir retirer ; la sage-femme

l'arrêta un moment et, lui ayant lié un ruban, la main se retira, et l'autre enfant qui devoit venir le second vint le premier.

C'est une sage-femme, il n'est point parlé d'homme : marque que ce n'étoit pas l'usage de ces siècles là, même dans les travaux difficiles.

L'an 2456, dans l'Exode, au chap. i^^, Pharaon, roy d'Egypte, portant envie au peuple d'Israël qui multiplioit beaucoup, craignant que cette multitude ne devint indépendante dans son pays, et cherchant un moyen de s'en défaire, résolut de faire mourir tous les enfans mâles naissans de ce peuple, et de ne conserver que les filles ; pour cela, il envoya quérir deux sages-femmes égyptiennes, nommées Séphora et Phua, et leur commanda de faire mourir secrètement tous les enfans mâles ; elles n'en firent rien, et Dieu les récompensa de prospérité.

Ce sont des sages-femmes, il n'est point parlé là d'hommes pour accoucher les femmes en travail. Si alors on se fut servi d'hommes pour accoucher, Pharaon n'eut pas fait cette loi seulement aux sagesfemmes, il auroit fait le même commandement aux accoucheurs ; il n'en est fait aucune mention ; marque que ce n'étoit pasl'usage de ces siècles, même chez les payens, et que ces anciens, qui n'avoient pas moins de conduite que les modernes, n'avoient pas cette pratique.

Les autheurs disent que ces deux sages-femmes n'étoient pas seules du métier, mais les deux principales du pays, et que Moïse a bien voulu les nommer, par l'esprit de reconnaissance de leur bonne volonté pour son peuple.

Origène, au 4^ siècle, disoit que Pharaon étoit un homme dénaturé et quasi contre nature, de vouloir quedes femmes, que la Providence a établies pour sauver les enfans dans cepéril, les étouffassent dans la naissance.

Aristote dit que les sages-femmes habiles sauvent la vie à un enfant, lorsqu'elles empêchent de sortir trop tôt le cordon qui renferme le sang del'enfant, et qu'alors cet entant, qui tomboit en défaillance, en est comme recréé et fortifié. Cet autheur en dit plusieurs autres choses et ne parle point d'autres personnes qui fassent ce métier, non plus qu'Origène ; marque qu'en ces siècles, l'usage des accouchemens n'appartenoit qu'aux sages-femmes.

Au livre de Ruth, chap. 4, i] est fait niention d'un accouchement de Ruth, auquel plusieurs personnes se trouvèrent, et qui donna bien de la joie à sa famille; il n'est fait mention là que de femmes présentes, il n'y paroit aucun homme que le mary.

Saint-Jérôme, contre Elvidius, parlant de l'enfantement de la sainte Vierge, dit qu'elle n'eut point de femme pour l'aider, ni de sagefemme pour l'accouchei" ; marque que, de son temps, c'étoient des femmes et des sages-femmes.

Tous les autheurs et SS. PP., qui traitent de la virginité de la sainte Vierge dans l'enfantement, en parlent de cette manière.

Dans le droit canon ou ecclésiastique, parmi les décrétales de Grégoire IX, liv, 2, chap. 14, un homme marié veut ravoir sa femme qui s'étoit retirée dans un monastère ; la femme, pour y demeurer, dit qu'elle veut se consacrer à Dieu ; qu'elle le peut faire selon les loix de l'Eglise, étant encore vierge. Le mary, pour la ravoir, met opposition à ses desseins, et pour dire qu'elle ne le peut pas sans et contre son consentement, il soutient qu'elle n'est plus vierge. Il est ordonné qu'elle sera visitée ; le rapport est en faveur de la femme, et la déclare vierge. Le mary récuse les personnes qui ont fait cette visite et ce rapport ; il est ordonné qu'elle sera revisitée par d'autres femmes et sages-femmes.

Il n'est fait mention aucunement de chirurgie, il n'est rien référé à des hommes, même dans la seconde visite, comme il semble que l'on auroit dû faire, si alors cela avoit été en usage. Marque que ce n'étoit pas la pratique de ce siècle, de se servir d'hommes en ces rencontres. Grégoire IX vivait sur la fin du XI L siècle et dans le XIII«.

Dans le droit civil de Justinien, au Digeste, liv. 9, tit. 2, ad Legem Aqiiiletam, cap. 9, une sage-femme qui aura donné, ellemême, et fait prendre, par elle-même, un breuvage à une femme, si la femme meurt, la sage-femme est censée l'avoir tuée, mais non pas si elle lui a offert et présenté, en sorte que la malade l'ait pris elle-même.

II n'est point parlé là d'homme, mais seulement de sage-femme, qui paroit même ordonner une médecine à une femme en couche ou malade. Marque qu'alors il y avoit usage de sages-femmes et non d'hommes, pour accoucher et soigner une femme grosse ou accouchée.

Au liv. 2, tit. 4, de inspiciendo i>entre^ c'est-à-dire de la visite du ventre, Loyl, pendant un divorce nouvellement fait, ou un veuvage nouvellement arrivé, s'il y a doute de la grossesse d'une femme, il sera nommé par le Juge trois sages-femmes pour la visiter, et sera assigné un lieu pour la visite, qui sera la maison d'une très honnête femme.

Il n'est parlé là que de femmes et de sages-femmes ; marque que tel était l'usage de ce temps-là

Au même endroit des Lois civiles, il dit: « Si une femme nouvellement veuve est enceinte, elle fera avertir les parens et héritiers, afin qu'ils s'adressent au juge pour nommer des femmes pour la visiter; il y en aura cinq au plus; ce sera en lieu honnête et dans la maison d'une femme de très bonne réputation. Un mois avant ses couches, elle fera avertir les héritiers de la faire garder s'ils le veulent, etc. »

La glose de cette loy dit qu'il n'est pas besoin de faire prêter le serment aux sages-femmes avant la visite. Apparemment la raison de cela est, parce qu'elles l'ont prêté à leur réception.

Au même endroit, touchant le cas du divorce, il est dit: « Si le mary, en divorce avec sa femme, la soutient enceinte, et qu'elle le nie ; s'il l'a fait visiter et qu'elle ne se trouve point grosse, elle aura action contre luy, comme luy ayant fait injure. »

Dans les Loix, il est parlé de femmes pour visiter, de femmes pour être témoins, de femme pour prêter le lieu, de maison de femme et très honnête. 11 n'est fait aucune mention d'hommes, quoique ce soit par ordonnance du juge et en cas litigieux. Marque que les femmes seules, en ces siècles, avoient cet usage, et que l'on ne se servoit point d'hommes.

Les grammairiens nous fournissent des preuves, aussi bien que les juristes, que les théologiens, que les Pères, que les historiens et que l'Écriture ; car il est à remarquer que, dans dans la langue latine et dans la langue grecque, le nom qui exprime une personne qui accouche une femme en travail, dans ces deux langues, est exprimé au féminin et non au masculin, pour marquer que ceux qui ont fait ces langues, ne connaissoient pas l'usage des hommes en cet exercice, et voyoient cet art possédé et exercé par les seules femmes.

Les fables mêmes, qui enfermoient la science cachée de ce tempslà, nous insinuent la même vérité, lorsqu'elles nous disent que c'étoit une déesse qui présidoit aux couches et qui en avoit appris l'art aux sages-femmes. Car les payens n'ont attribué cet art à aucun Dieu, parce qu'ils tenoient cet emploi annexé au sexe féminin seul ; ils appeloient cette divinité accoucheuse, ou cette sage déesse, tantôt Diane, tantôt Lucine, luy donnant le nom de Lucine, pour exprimer que c'étoit elle qui donnoit la lumière et le jour de la vie aux enfans qu'elle recevoit, ou même les faisant venir au jour et à la lumière du monde.

Ces payens avoient inventé quatre divinités qui avoient soin de l'état d'une femme enceinte, mais toutes divinités au féminin, c'est-

à-dire déesses, parce qu'il ne leur paraissoit pas convenable de commettre le soin d'une femme enceinte à d'autres qu'aux personnes et divinités de son sexe (Tertul., De Vâme, chap. "ij. — St Augustin, de la Cité de Dieii^ liv. IV, chap. XXXIV),

Il y a plusieurs autheurs et philosophes qui parlent des sagesfemmes avec éloge, mais toujours soutenant que c'est à elles seules, hors la nécessité précise, qu'appartient l'usage d'accoucher.

Socrate, philosophe moral, se vante d'être tils d'une très habile sage-femme nommée Phynarete ; et Platon, au livre de la science, lui fait dire : « Je suis fils d'une très illustre sage-femme, j'en ai appris le métier, non pas pour les corps, mais pour les esprits ; j'aide à bien enfanter et produire des œuvres dignes de voir le jour ». Ce philosophe, quoique fils de sage-femme, se défend bien de la réputation d'un accoucheur, comme d'une chose qui n'est propre qu'à des femmes, et conclut que, pour accoucher une femme, il faut un cœur de femme pour compatir à ses douleurs.

Article IV

Réponses aux objections que font les partisans des accoucheurs.

L'on sçait que les accoucheurs et celles qui s'en servent ne manquent pas de prétextes et de raisons apparentes auxquelles il n'est pas mal aisé de répondre.

Première objection. — La première raison qu'ils allèguent pour authoriser les accoucheurs, est que l'usage en est commun dans Paris et en divers endroits de ce royaume ; et que comme il n'y a rien de plus naturel que de suivre l'usage des lieux où on se rencontre, les accoucheurs croient être à l'abri de tout blâme en le suivant.

Réponse. — L'on répond que c'est abuser du nom d'usage en cette rencontre, puisque ce n'est qu'un abus que toutes les personnes qui ont tant soit peu de pudeur blâment unanimement, parce qu'il porte avec soy des inconvénients dangereux. Car si tout ce qui est en usage étoit légitime et louable, une infinité de crimes, qui ne sont que trop en usage et presque à la mode, le seroient aussy. Cela n'a pas toujours été ; donc c'est un usage nouveau, non nécessaire, que toute l'antiquité a ignoré et dont elle a sçu se passer, comme il paroit par ce qui a été dit ci-devant de l'Ecriture Sainte, du droit civil et du droit canon.

Seconde objection. — Secondement, ils disent que les femmes le veulent bien, que personne ne les y contraint, et que ces hommes ne vont que où on les demande.

Réponse. — On répond qu'il ne s'agit pas de sçavoir si les femmes le veulent bien, mais si elles doivent le vouloir; car, ce n'est pas leur volonté qui est la règle du bien ou du mal, mais c'est à leur volonté à se conformer à la règle. Si elles le veulent bien, c'est en cela qu'elles ont tort ; ce n'est pas par vertu qu^elles le veulent, c'est souvent, pour ne pas dire, par sensualité ; et si les femmes disent tant de bien de la main d'un homme, c'est qu'il y a un peu d'inclination, comme on a remarqué cy-devant. Les femmes les plus vertueuses n'en veulent point , celles qui le veulent en ont quelquefois des remords et des scrupules, qui les obligent en s'en expliquer à qui il appartient.

Celles qui ont cet usage et qui n'ont pas de scrupule d'être vues ou touchées par un homme, sans une véritable nécessité exprimée par la sage-femme, sont des femmes résolues, et quelques unes un peu trop libres, qui se mettent au-dessus de tout ; mais elles n'en font pas mieux pour cela ; on en prend à témoin leur conscience» parce qu'on est persuadé qu'elles n'y sont pas insensibles. Et cela est si vrai, qu'un chirurgien accoucheur aveugle est beaucoup plus employé que les autres. La raison qu'en rendent les femmes qui s'en servent, c'est, disent-elles, qu'il ne les voit pas, et ne les reconnoîtra pas. En quoi il paroit qu'il est véritable qu'elles en ont de la honte et quelque remords, ou dans le temps, ou par après, et que la synderese de leur conscience leur dit que cela n'est pas bien et sans reproche.

Troisième objection. — Ils objectent que les femmes se trouvent mieux des hommes en leurs couches que des sages-femmes.

Réponse. — L'on répond que ce mieux est un mieux d'imagination et d'inclination, et non pas un mieux de secours et de délivrance. Il est vrai qu'il peut y avoir des sages-femmes moins habiles les unes que les autres, faute d'esprit, d'expérience et d'habitude, ou même faute de force de corps, qui y est nécessaire en certains cas ; mais il y a encore parmy eux plus d'ignorans et d'insuffisans en cet art, puisqu'ils n'en font aucun apprentissage et qu'il ne l'ont pas par infusion ; d'où vient qu'il n'y a pas la douzième partie des chirurgiens qui y prétendent de bonne foy, et parmi ceux qui

y prétendent, il y a souvent plus de front que de tête, et plus de hardiesse que d'habileté. Selon la créance commune, pour la théorie, un homme est censé en avoir davantage ; mais selon la vérité, comme c'est un art qui dépend de l'usage, les sages-femmes peuvent en avoir autant que ces hommes, par le bon sens, par la lecture, par les ouvertures de femmes mortes où elles se trouvent, par la réflexion de bonne foy et par l'ouverture césarienne.

De plus, pour ce qui est de l'expérience, il est certain que les sages-femmes en ont plus que les chirurgiens, accouchant plus de femmes, et voyant plus de corps vivans qui sont les véritables objets de l'expérience.

La différence commune entre un accoucheur et une sage-femme est que, quand une sage-femme est embarrassée, elle ne hasarde rien et demande du secours; au lieu qu'un accoucheur, qui peut être aussi embarrassé qu'elle, n'a ni la bonne foy, ni l'humilité d'avouer son faible; ce qui fait qu'il hasarde ordinairement pour réussir et faire ce qu'ils appellent l'opération, c'est-à-dire, la cruauté ; il arrache un enfant de vive force et souvent, en ces cas, il fait impunément mourir la mère et l'enfant sans baptême.

Si une sage-femme embarrassée avoit l'humilité d'envoyer quérir une de ses amies habiles, avec qui elle pût raisonner sur le fait, elles deux feroient tout ce qui seroit possible en cette rencontre ; mais l'amour-propre, l'intérêt particulier et la passion sont causç qu'elle a recours à un homme seulement; et cet homme qui, avec toute sa prétendue théorie, a souvent moins d'expérience qu'elle, mais plus de hardiesse, risque tout pour établir sa réputation, n'osant lui-même avoir recours à d'autres.

Si après cela cet homme réussit, il attribue ce succès à son adresse, qui vient souvent de sa résolution, ou même du hasard ; s'il gâte tout, il rejette la faute sur l'accouchée et sur la sage-femme ; et quand il auroit décollé ou démenbré un enfant et fait sur lui quelque effort dommageable, il n'auroit encore rien fait de blâmable.

C'est l'ignorance de quelques sages-femmes qui a donné lieu à l'usage des chirurgiens, qui ont pu se trouver aux accouchements par accident, pour saigner; car souvent, ce que les chirurgiens appellent un travail difficile, les sages-femmes instruites l'appellent une bagatelle, dont elles viennent à bout sans peine.

Quatrième objection. — Les maris le veulent bien.

Réponse. — L'on répond : Pas tant qu'on leur fait à croire ; plu-

sieurs en grondent, et en parlent en temps et lieu, jusques à le reprocher à leurs femmes dans la suite. Il est bien force qu'ils le veulent, ou qu'ils en fassent semblant ; s'ils s'y opposoient, le monde les blàmeroit, les parents des femmes et les femmes mêmes les accuseroient de passion, de jalousie, de cruauté et peut-être d'hommicide.

Les hommes ont assez d'affaires alors, un enfant à perdre, une femme à quitter, un mariage à rendre, des parents à satisfaire, des voisines à écouler. Ils ne sçavent ce qu'ils veulent, ils ne veulent et ne veulent pas ; ils veulent tout ce que l'on veut et ne veulent rien, du moins par eux-mêmes et ne veulent que ce qu'on leur fait vouloir.

Cinquième objection. — Un homme a plutôt fait qu'une femme.

Réponse. — L'on répond que le plutôt n'est pas le meilleur en cela ; l'avancement d'un travail n'est pas toujours possible et est souvent dangereux et dommageable à la mère ou à l'enfant. Ce travail ne dépend pas tant de ceux qui aident, que de celles qui souffrent. Le secours, en ces occasions, ne consiste pas à faire tou ce que l'on veut, mais à suivre le cours de la nature, et à l'aider à faire une chose qu'elle auroit fait elle-même, toute seule, dans l'état d'innocence ; et qu'encore avec tout le secours, elle ne fait que dans toute sa maturité, ou elle le fait à son propre dommage.

Ce qui fait que l'on se persuade qu'un homme a plutôt fait, c'est qu'on le va quérir dans les grandes douleurs, lorsque tout est prêt par la Providence et par les soins de la sage-femme; alors c'est une nécessité que l'homme se hâte ou qu'il renonce. 'V^oilà la comparaison de l'un à l'autre.

Les femmes qui se servent seulement d'hommes et point de sages-femmes dans leurs couches, ont tort de parler ainsi, n'ayant pas fait de comparaison de l'un à l'autre, et disant ce qu'elles ne sçavent pas.

Sixième objection. — Un homme opère plus sûrement qu'une sage-femme parce qu'il sait l'anatoniie.

Réponse. — L'on répond que, pour accoucher, il n'est pas nécessaire de sçavoir l'anatomie; il suffit de sçavoir et connaître la construction des parties qui servent à la construction des enfants dans le corps féminin; c'est ce qu'une femme instruite peut sçavoir aussi bien qu'un chirurgien.

Une sage-femme, voyant ou touchant plus de femmes que la plupart des chirurgiens mêmes qui accouchent et que plusieurs chirurgiens ensemble, peut sçavoir, par son expérience, des choses, en certains sujets, que les chirurgiens ne savent pas ; et c'est pour cela que beaucoup de ces hommes sont bien aises de conférer avec des sages-femmes expérimentées, et ont grand soin d'en faire leur profit, jusquQs à le mettre par écrit et le faire passer pour leur expérience.

Septième objection. — Un homme n'est pas à craindre, ne venant que chez des malades et, le plus souvent, devant des témoins.

Réponse. — L'on ne dit pas que cet homme soit à craindre, on suppose qu'il est sage, et l'on souhaite qu'il soit un saint ; c'est la chair qui est à craindre, et chacun a la sienne et doit la craindre et se craindre soy-même, comme un ennemi domestique.

Ce n'est pas assez de ne rien craindre et de ne point faire le mal, il faut faire le bien et pratiquer la vertu, qui en cette rencontre consiste à se servir de femmes, et à éviter les hommes, autant qu'il est possible, comme on l'a déjà expliqué.

On n'est pas toujours fort malade quand cet homme vient, il n'y a pas toujours des témoins, et les témoins mêmes, quand il touche sans voir, ne sauroient rendre témoignage de ce qui se fait, encore moins garantir de ce qui arrive.

Huitième objection. — Les femmes qui se servent d'hommes n'ont pas mauvaise intention.

Réponse. — Ce n'est pas assez de n'avoir pas mauvaise intention, il faut l'avoir bonne, et pour cela, il faut faire le bien que l'on connoît et que l'on peut. Si ces femmes avoient mauvaise intention, on ne se contentcroit pas de les avertir de leur devoir, on les accuseroit de crime, on leur diroit des injures et elles le mériteroient bien.

Neuvième objection. — Il v a des sages-femmes libres comme des hommes, et il v a des hommes modestes comme des femmes.

Réponse. — Dans cette objection, il paroîtque la manière libre est le propre des hommes, et la modestie ou la pudeur est le partage des femmes. Cela est vray,et communément les hommes sont plus

libres que les femmes, par une hardiesse naturelle; et les femmes sont plus craintives et modestes, par une timidité et pudeur naturelles, dont la Providence les a pourvues pour les mettre à couvert de quantité d'inconvénients où elles pourroient tomber sans cela, ayant plus à perdre que les hommes.

Si après cela il se trouve quelque femme particulière et par accident, qui soit trop libre, il la faut corriger, ou l'éviter sans conséquence pour les autres femmes en général.

Si aussi il se trouve quelque homme modeste, il ne fait que son devoir; et ce qu'il en doit attendre pour l'accouchement des femmes, c'est qu'on le préférera aux autres, quand on en aura tel besoin, qu'on ne pourra et ne devra pas s'en passer.

Dixième objection. — Ce sont les chirurgiens qui font et reçoivent les sages-femmes, cela marque qu'ils sont plus habiles qu'elles.

Réponse. — Il y a trois choses qui font une sage-femme : la première, la capacité ; le seconde, le témoignage public dans cette capacité; et la troisième, la qualité de maîtresse ou le droit d'exercer.

Pour ce qui est de la capacité, les chirurgiens ne la donnent point aux sages-femmes, ils la supposent en elles; ils les interrogent et ne les instruisent pas.

Pour le témoignage de la capacité des sages-femmes, les chirurgiens ne sont ni les seuls ni les premiers qui le donnent, ce sont les médecins et les chirurgiens avec eux qui le donnent; et comme il s'en font payer, il seroit de mauvaise grâce, et même il y auroit en eux de l'injustice, de contester cette capacité examinée et de contredire ce témoignage payé.

Pour la qualité de maîtresse, ce ne sont pas les chirurgiens qui la donnent, ce sont les magistrats.

Après cela, il est à propos que les maîtrises étant séparées, chacun fasse son métier : les chirurgiens la chirurgie, et les sagesfemmes l'accouchement; la justice le prescrit, la raison le veut, et l'honnêteté chrétienne et même humaine le demande.

L'on peut assurer que celui qui a fait cet écrit, ne l'a pas fait ni par intérêt, ni par passion, mais par principe de conscience ; et déclare, devant Dieu, qu'il l'a fait, premièrement, pour le bien de la vérité; secondement, pour le repos et l'assurance des consciences ; troisièmement, pour le salut de plusieurs personnes ; quatrièmement, par dessus tout, pour la gloire de Dieu.

Ceux qui verront cecy, sont priés, avant d'en juger, de bien concevoir ce que dit saint Paul, que chez les chrétiens toutes choses doivent être faites avec honnêteté et dans l'ordre, comme par des gens qui marchent pendant le Jour, c'est-à-dire sous les yeux et la lumière du soleil, qui éclaire tout et à qui rien n'échappe dans le monde.

En Angleterre, où la polémique entre les sages-femmes et les accoucheurs fut des plus vives, il se publia une foule d'écrits, quelques -uns pleins de virulence. Nous avons choisi la plus originale de ces diatribes, sinon la plus emportée. Elle est d'un champion des dames, de ce docteur Frank Nicholls, que M"'' Kennon, sage-femme de la reine Caroline, récompensa par un legs de 500 livres, autrement dit 12,500 francs.

Comme le fait remarquer Siebold, « les attaques d'Elisabeth Nihell (1), qui avait pris en mains la défense de ses consœurs, les satires dirigées contre les accoucheurs par des hommes étrangers à l'art (2), n'eurent l'effet désiré; ils furent réfutés par la voie scientifique, tombèrent dans l'oubli et on ne fit, que rire de leur opposition m. Cependant, il faut reconnaître, avec le D"" Herrgott, que l'écrit de Nicholls n'a pas été sans influence sur l'introduction, dans la pratique, de l'accouchement prématuré artificiel.

Requeste des Enfants dans le sein de leurs Mères (3)

A MM. les Censeurs du Collège royal des Médecins de Londres.

Pour bien entendre cette requête, qui est une satyre sanglante contre les praticiens qui ont enlevé aux sages-femmes leurs fonctions, sans en avoir l'adresse et l'habileté, il faut la faire précéder par un prambule que l'auteur a cru nécessaire pour expliquer le sujet etl'occasion de cette critique. Il suppose qu'on présenta, aux Censeurs du Collège de Médecine, un mémoire par lequel ils

(2) Allusion aux attaques de Sterne, à l'adresse des accoucheurs, dans la personne du D'' tSlop de son Tristavi Shandy ; elles sont reproduites à nos Anecdotes et curiositéx Kur les accouche wents.

(8) Extraits des Nuits AïKjlalscs, de A. Contant d'Orville, 1770.

étaient requis d'informer au plus tôt contre un accoucheur qui avait fait périr dix enfants.

Le docteur Pocus, dit l'auteur, se leva et, dans une harangue travaillée à ce sujet, il s'efforça de prouver que les enfans, dans le sein de leurs mères, n''étant pas chrétiens et n'ayant encore prêté aucune sorte de serment, ils n'avaient aucun droit à la protection de TEglise, ni à celle de l'Etat. Il s'attache aussi à montrer qu'un enfant, dans le sein d'une femme, pouvait très bien être considéré comme une verrue et comme une loupe, et qu'au surplus, on devait le regarder comme le rejetton d'un arbre, ou comme la feuille d'une plante qu'on peut selon la raison et les anciens usages, sacrifiera la conservation ou mêmie au simple avantage de sa mère. Il fortifia son opinion par l'exemple d'une vache avec son veau. Le boucher, dit-il, lorsqu'il Tachette, ne donne que le reçu d'une vache ; au lieu que si le veau était une créature distincte de cette vache, on aurait action contre lui pour ledit veau; de même ajoûta-t-il, lorsqu'on accuse un homme d'avoir volé une jument et qu'on le décharge de l'accusation, si la jument se trouve pleine, on poui"rait remettre le voleur en justice pour le poulain ; ce qui selon la loi nesçaurait être.

Sir Guillaume seconda l'opinion de Pocus en lui donnant un autre tour. Il pensa qu'un enfant dans la matrice, à prendre le mot dans sa vraie signification, n'était autre chose qu'un abcès, comme venant du mot abscedere à mati e, se retirer de la mère ; et que, pris comme tel, l'accoucheur avait droit de le faire sortir, selon le sçavant Daniel Turner, comme il le jugeait à propos. Ce bon mot fut approuvé du président par un sourire, et sir Edouard qui méditait profondément sur quelque gain honteux à faire dans le commerce, se mit à crier :

— Oui-dà, oui-dàl eh ! pourquoi non ?

L'assemblée se levait, lorsqu'indigné d'un discours aussi barbare, l'immortel Harvey parla de son buste de marbre, placé au milieu d'eux. Il leur fit entendre que la vie et la circulation sont insépab!es; qu'ainsi comme les enfants ont leur circulation et leurs mouvemens distincts, on ne pouvait nier qu'ils ne fussent des êtres très distincts ; qu'ils avaient une vie réelle, et qu'ils avaient par conséquent autant de droits que leurs propres mères à la conservation de cette vie; qu'elle était sous la protection de Dieu et sous celle des loix, et que l'homme qui, sous quelque prétexte que ce tût, faisait mourir un enfant, était coupable de meurtre, selon la loi et sa conscience; qu'enfin, le malheur qu ils ont de n'étrepas encore chrétiens

ne rendait que plus énorme le crime de celui qui les tuait, puisque non seulement il les privait de cette vie passagère, mais qu'il les empêchait encore, suivant la doctrine de plusieurs chrétiens, de parvenir à cette félicité éternelle que, sans leur assassin, ils auraient eu droit d'espérer.

L'assemblée fut confondue par un discours si extraordinaire. Elle regarda avec mépris Pocus et tous ses adhérans, quand tout-àcoup sir Edouard se levant, se mit à crier :

— Pouh ! que diable veut dire celui-ci avec sa circulation et ses félicités? je ne connais de circulation que celle de la banque; et de félicité, que dans l'or; je ne sache pas que ces enfans aient rien de commun avec l'un ou l'autre.

Un propos, si bien assorti au génie de l'assemblée, les ramena bientôt à leurs premiers sentiments. Alors l'immortel Harvey reprit la parole et dit :

— Vous êtes une race d'hommes bien différente de ceux que j'ai connus Jusqu'ici; je les aimais, je les honorais. Vous n'avez ni le sçavoir, ni les vertus conformes à votre profession; vous méprisez la science et vous êtes vous-mêmes méprisés par les princes et par les sages de la terre. Vous deviendrez les esclaves des apothicaires, ils dirigeront votre conduite, et vous serez à leurs assemblées l'objet de leurs brocards ; vous ne serez plus visités que par la honte et par la confusion.

Tel est l'Avant-propos del'auteur; voici la requête:

Les Enfants dans le sein de leurs Mères

Représentent très humblement aux Censeurs du Collège Royal des Médecins de Londres :

« Que, quoiquMls ne soient point encore les sujets nés de sa Majesté, cependant, comme ils résident dans l'étendue de ses domaines, les loix et les constitutions de ses royaumes leur donnent droit à sa protection.

« Que toutefois vos supplians se voient, depuis quelques années, poursuivis d'une manière affreuse par les docteurs Pocus, Maulus et autres gens mal intentionnés, leurs suppôts et complices, lesquels n'ayant pas la crainte de Dieu devant les yeux, ni les talens nécessaires pour gagner honnêtement leur vie, profitent de la crainte et de rignorance de celles qui nous ont conçus, pour leur persuader

que nous, vos supplians, sommes leurs ennemis mortels, nous voulons dire, de nos mères, et que notre entrée dans le monde ne peut se faire qu'en les en chassant.

« Suggestions maudites, qui séduisent nos mères, et qui font que pleines de confiance dans le secours et l'amitié de ces ignorans, elles leur donnent jusqu'à des sommes extravagantes pour nous meurtrir, nous tuer, nous déchirer ; ce qui, certes, est contraire à la paix et au bon ordre qui régnent dans le gouvernement de sa Majesté.

« Vos supplians déposent, en premier lieu, que, si la difficulté d'ouvrir nos portes, ou la terreur que nous impriment les cruautés qu'exercent communément sur nous lesdits Pocus, Maulus et leurs complices, nous empêchent de quitter nos demeures et de paraître au passage; lesdits Pocus, Maulus et leurs complices, à ce présens, nous accusent de vouloir tuer nos mères; et, pour la punition due à ce crime, nous font tirer soudain hors de nos habitations avec des crochets, des pinces de fer et autres instruments cruels, qui nous déchirent, nous brisent, nous meurtrissent misérablement, ou qui du moins nous serrent la tête d'une façon si cruelle que, dans la suite, nous sommes sujets à des évanouissements, à des convulsions, etc., à moins que, par la grâce de Dieu, comme cela arrive souvent, nous n'expirions dans l'opération.

« Et si nous venons à faire la moindre résistance, soit de nousmêmes, soit par la nature des issues étroites de nos domiciles, on nous condamne à mort comme coupables de rébellion, et, pour l'exécution de ces sentences, souvent on nous décapite, d'autres fois on nous arrache la cervelle avec des instruments perfides, inventés pour cet usage barbare, ou bien, si nous, vos supplians, passons un bras hors des portes, soit pour notre propre défense, soit pour tater notre chemin, lesdits Pocus, Maulus et leurs complices, nous font, sur le champ, couper ce bras aussi haut qu'ils peuvent l'atteindre, ce qui nous fait expirer dans les horreurs des plus affreuses tortures.

«c Vos supplians se plaignent, en second lieu, que, si l'on nous trouve ou morts ou trop épouvantés après qu'on nous a tirés par force de nos asyles, en sorte que nous ne puissions ou n'osions demander grâce avec nos cris enfantins, aussitôt par ordre desdits Pocus, Maulus et leurs complices, on nous secoue, on nous fouette même, sans écouter, en aucune façon, ni l'humanité due aux malheureux, ni le respect que l'on doit aux morts.

« Vos supplians déclarent, en troisième lieu, que la plupart de

nos mères sont tellement infatuées des talents desdits Pocus, Maulus et leurs complices, que non seulement elles leur permettent d'exercer sur nous les cruautés susdites, mais qu'elles en viennent jusqu'à se persuader que ces barbareries, exercées sur nous, vos supplians, sont les seuls moyens qui puissent les mettre à couvert contre nos attentats affreux et dénaturés, en sorte que, plus nous essuyons d'horreurs, plus nos dites mères se croient obligées à nos bourreaux de leur propre conservation, plus elles les paient sans mesure et les vantent avec excès.

« Il arrive même que, très souvent, lesdits Pocus, Maulus et leurs complices, attendu leur ignorance et leur manque de théorie dans l'art qu'ils professent, font des bévues énormes dans leurs desseins cruels contre nous, et blessent, déchirent, maltraitent nos mères, d'une façon si terrible, qu'elles meurent desdites blessures et meurtrissures.

« En ce cas, vos supplians déposent, en quatrième lieu, que Ton ne manque jamais de nous attribuer ces blessures et meurtrissures, pour nous charger de l'affreuse accusation d'avoir tué nos propres mères, et nous faire mourir nous-mêmes sans que personne nous plaigne ou nous vange. Vos supplians osent pourtant nier que nous ayons jamais eu la moindre intention de tuer nos mères, ou que nous leur ayons jamais fait le moindre tort de notre propre mouvement. Vos supplians assurent, au contraire, que les blessures, déchirures, meurtrissures susdites, ne viennent que de l'ignorance, de la précipitation et du naturel féroce desdits Pocus, Maulus et leurs complices ; affirmation que nous sommes prêts à prouver, soit par les billets de mortalité des premiers temps, où de bo-nnes femmes se mêlaient seules de nos affaires, comparés avec ceux des ces dernières années, pendant lesquelles ces hommes de sang ont exercé leur barbaries; soit encore par les registres imprimés de l'hôpital de Brojpnlow-Street (i), dans lesquels registres il se voit que, sur quinze enfants qui viennent à naître, un pour le moins est mort avant que de paraître au jour ; sans compter qu'on y tient sous le secret combien, des quatorze enfants, il en meurt après l'opération, des blessures et des meurtrissures qu'ils y ont reçues ; comme aussi, combien de nos mères périssent, après avoir passé par les épreuves cruelles que l'on y fait sans cesse sur de misérables mortelles.

« Vos supplians déposent, en cinquième lieu, que lesdits Pocus.

(1) Hôpital des femmes en couches.

Maulus, leurs complices et associés, pour justifier leurs procédés abominables, assurent souvent que nous, vos supplians, sommes morts avant que d'arriver au passage; et que, pour démontrer ce qu'ils avancent, de l'avis du docteur Barebane, ci-devant tuteur de Pocus et autres, ils saisissent l'occasion d'arracher le conduit de nos nombrils ; ce qui nous tue avant notre naissance, d'une manière aussi sûre que si l'on s'avisait de nous noyer ou de nous étouffer.

« Enfin vos supplians déposent que les gardes des femmes en couche, n'ayant en général d'autre vue que celle de tirer de leur état le plus d'avantages qu'il leur est possible, et voyant que lesdits Pocus, Maulus et leurs complices, ne prennent rien des présens du compère et de la commère, en sorte que ce qui serait revenu à la sage-femme se partage entre les gardes, ces créatures ont intérêt de cacher avec soin les cruautés susdites, exercées sur nous et sur nos mères, et de chercher même, par des mensonges et faux exposés, à faire à nosdites mères une peur effroyable des sage-femmes ; que même, pour augmenter le crédit et la réputation desdits Pocus, Maulus et leurs associés, elles font très souvent à nos mères les éloges les plus ridicules de l'agrément qui règne dans la personne du Docteur Barebane, de la douceur et de la politesse de Pocus, de l'esprit délicat et de l'éducation brillante de Maulus ; panégyriques stupides, qu'elles ne manquent jamais de finir par un, d le charmant homme ! sa vue seule rend la santé. Par lequel manège de ces gardes, nos pauvres mères sont séduites, et remplies de tant d'idées sur le rare mérite de ces charlatans, qu'elles croient tout ce qu'on en dit, et se livrent sans hésiter auxdits Pocus, Maulus et leurs complices, pour en être traitées, avec vos supplians, au gré de leur ignorance et de leur barbarie.

« A CES causes; vos supplians vous prient très humblement: « Qu'en vertu de l'acte passé dans l'année quatorzième du règne de Henri VIII, acte qui vous donne l'ordre et le pouvoir d'examiner et de réformer les abus qui se commettent sous le nom de Médecine ; comme aussi, en vertu du serment solennel que vous avez prêté plusieurs fois d'exercer ce pouvoir, vous daigniez prendre les dépositions ci-dessus énoncées en considération; que vous fassiez promptement informer des meurtres, brigandages et cruautés dont nous accusons lesdits Pocus, Maulus et leurs complices, envers vos Supplians et nos mères; que ni l'influence des cabales publiques ou particulières, ni vos liaisons personnelles, ni enfin aucune espèce d'intérêt, ne vous engagent à protéger des hommes qui bâtissent indignement leur fortune sur l'ignorance et

ACXoaCIlEURS ET SAGKS-l'KMMKS CÉUÈBUES . ?2

les craintes naturelles aux femmes, et qui détruisent cruellement vos frères en humanité ; gens dont la forte présomption veut changer les dispositions de la Providence, qui surpassent en méchanceté le grand tentateur de la première femme, et qui, tandis qu'ils détournent nos mères de l'obéissance qu'elles doivent aux lois de Dieu, portent sa vengeance dans leurs mains, puisqu'ils ajoutent eux-mêmes de nouvells tortures, et souvent la mort, aux peines qu''elles sont depuis longtemps condamnées à souffrir lorsqu'elles mettent au jour leurs enfans.

« Et vos supplians, s'ils peuvent venir au monde et parler, ne cesseront de prier pour vous. »

Si ces accusations sont fondées, les accoucheurs anglais sont d'une ignorance bien dangereuse. Quoi qu'il en soit, l'usage de se servir des hommes dans les accouchemens qui ne sont pas absolument laborieux, semble révolter la pudeur et la décence, mais en même temps, il serait à souhaiter que les sages-femmes fussent plus instruites et plus sévèrement examinées, avant que l'opération la plus difficile et la plus importante de l'humanité fût confiée à leur dextérité.

La requête qui suit fut adressée aux membres des États de Languedoc, à l'ouverture de la session qui se tint à Montpellier en 1782-83. Découverte en 1873 par M. E. Fraisse, dans les Archioes de la jrréfecture de V Hérault, cette pièce fut aussitôt publiée par la Société des bibliophiles languedociens.

Au fond, ce pamphlet n'est guère qu'un pastiche du précédent. Seulement, il y a interversion des rôles ; tandis que le D' Nicholls mettait en cause les accoucheurs, son imitateur français s'élève contre l'ignorance des sages-femmes. Ces plaintes, fort justifiées, eurent le plus heureux effet. L'année même, le gouvernement conseillait aux autorités diocésaines du Languedoc, l'établissement de cours d'accouchement pour l'instruction des sagesfemmes dans les campagnes. Cette institution existait déjà dans quelques pays du Nord.

Requête en plainte présentée a Nosseigneurs des États de Languedoc par les Enfants a naître contre les prétendues sages-femmes.

Nosseigneurs^

Les petits et très petits Enfants qui désirent ardemment de jouir de la lumière, pleins de respect pour vos Personnes et de confiance en vos bontés, ont Phonneur de vous représenter, comme sujets à naître de Sa Majesté, et devant faire un Jour leur résidence dans les Terres de son obéissance, qu'il leur soit permis, pour la première fois, d'élever leur faible voix, implorer vos secours, et intéresser en leur faveur votre humanité. Votre généreuse bienfaisance les flatte d'autant plus sur l'avenir, que vos cœurs sensibles partagent toujours le sort des malheureux opprimés. De plus, les sentiments et les liens qui vous unissent, en partie, à leurs mères, leur donnent le plus grand droit à votre protection, qui devient plus sacrée et plus pressante à raison du danger que courent vos propres Neveux ou Enfants, qui sont encore à naître, aussi bien qu'eux.

Les Suppliants, avertis par leurs Concierges et par diverses Personnes de la plus haute considération que la respectable Assemblée doit s'occuper sérieusement, cette année, des moyens propres à les garantir des coups meurtriers des Sages-Femmes, et à les faire jouir paisiblement des droits, honneurs, privilèges, prérogatives, franchises, immunités dont jouissent ou doivent jouir les autres Citoyens, résidents dans la dite Province, attendent, avec la plus grande impatience, le résultat de la présente Requête, contenant les Griefs suivants, dans l'exposition desquels les dits Suppliants parleront en première personne. Ainsi, Nosseigneurs, daignez écouter favorablement nos justes plaintes.

Ces plaintes porteront, en premier lieu, sur ce que nous ne sommes pas en sûreté pour entrer dans le monde. Ce n'est qu'en tremblant que nous osons nous y montrer, étant continuellement maltraités par certaines femmes qu'on appelle Matrones, qui, à propos de botte, viennent hardiment nous insulter dans nos casemates, malgré nos précautions à tenir nos portes fermées. Si nous voulons nous fâcher, on nous brocarde, on nous honnit, on nous traite de drolles, de mutins, de bandis, etc. On nous meurtrit, on nous écorche, on nous déchire impitoyablement, souvent on nous traite plus mal encore : on nous décapite, on nous poche les yeux,

on nous brise les membres et on nous met en pièces, enfin, innocentes victimes, nous expirons parmi tous ces outrages. Si nous nous opposons à leurs funestes desseins, elles enfoncent brutalement et avec fraction nos demeures, immolant le plus souvent nos mères avec nous. D^autre fois, si nous voulons nous frayer une route, afin de nous soustraire à leurs poursuites criminelles, elles nous prennent par une main, nous empoignent le bras, le tordent et l'arrachent. Si nous prenons la liberté de mettre les pieds sur le seuil de la porte, sans même sortir de nos maisons, ces mégères impitoyables happent aussi-tôt nos jambes, nous tirent de toute leur force ; et leur violence ne cesse point jusqu'à ce qu'elles nous aient expulsés en tout ou en partie. Faisons-nous quelque résistance, on nous attache aux pieds, aux jambes, de fortes ligatures, pour nous écarteler avec plus de facilité. Si la sage-femme n'a pas assez de force pour cette infâme exécution, elle appelle sa voisine, et nous avons la douleur de voir quatre bras ligués contre nos foibles membres. Si la curiosité nous porte à mettre la tête à la fenêtre, pour voir ce qui se passe dans le monde, on nous accroche lestement avec la queue d'une Lampe ou d'une Culière à pot, ou bien avec le crochet d'une Romaine. C'est avec ces machines infernales qu'on nous saisit sous le menton, à la bouche, aux oreilles, indistinctement à la partie qui se présente. On nous vide la tête pour nous expulser ensuite plus aisément.

Lorsqu'elles nous arrachent ainsi, elles s'efforcent de persuader à nos bonnes mères souffrantes, si elles peuvent les entendre, qu'elles ont manœuvré pour leur sauver la vie, attendu que nous, pauvres innocents, étions morts depuis long-temps dans nos tristes cellules. Ces hardies Matrones, à notre barbe, contre toute vérité, sans auparavant avoir pris quelque précaution pour s'en assurer, ne craignent point de garantir leur assertion ; enfin, nous pouvons dire, à la grande honte de l'humanité, que les animaux les plus vils franchissent cet effrayant passage sans aucun danger, parce qu'heureusement pour eux, aidés de la seule nature, ils n'ont à craindre ni l'impéritie, ni les redoutables instrumens des Matrones qui nous déchiquettent.

Aussi, nous pouvons ajouter que, si quelqu'un de nous a le malheur de survivre à toutes ces cruautés, ce n'est que pour détester le jour; réduits à ne plus traîner qu'une douloureuse et pénible existence, cacochymes, sujets à toutes sortes de maladies et d'infirmités, l'épilepsie et les convulsions, qui tiennent de la folie, deviennent notre unique partage. Trop heureux de voir

bientôt la fin d'une carrière que la nature sembloit nous promettre plus longue et plus heureuse.

D'après tant de cruels traitemens,les Suppliants ne sont-ils pasen droit de vous demander, Nosseigneurs, de les délivrer pour toujours de ces sempiternelles Matrones, grossières, laides à faire évanouir, ineptes, incapables de nous donner aucun secours, gauches à toute outrance, qui, la plupart, ont des mains aussi larges que des batoirs, et, pour le moins, aussi épaisses que des épaules de mouton, la peau noire comme celle d^un nègre et aussi rude que celle de chagrin ou, pour le moins, comme Técorce d'un vieux chaîne, plus propres, sans contredit, à écorcher ce qu'elles touchent et à mettre des entraves à notre passage dans un voyage si périlleux, qu'à nous faciliter la route simple et naturelle. Enfin, nous confessons de bonne foi que le seul aspect de ces figures hétéroclites, nous donne des frissons à mourir.

Si vous daignez accueillir favorablement nos justes demandes, Nosseigneurs, nous vous supplions d'ordonner que les sages-femmes de l'espèce dont il s'agit, demeureront à jamais interdites de leurs fonctions; qu'elles seront remplacées, (puisqu'il en faut absolument), par des femmes ou filles d'un rang au-dessus du commun et d'un âge à pouvoir nous être utiles ; qu'on choisira surtout de figures revenantes et de bonne santé, afin que notre vue soit agréablement frappée des premiers objets qui se présenteront à nos yeux, et que notre entrée dans ce bas monde ne soit pas troublée par le repentir d'avoir quitté, sans retour, nos premières possessions.

Pour justifier nos plaintes et nous mettre à l'abri du soupçon odieux de mauvaise foi, d'humeur ou d'inquiétude, les Suppliants se voient forcés, le cœur serré, de vous rendre compte, Nosseigneurs, d'une cruauté inouïe, qui a été commise, il n'y a pas longtemps, sur un de nos Frères, à Saint-Amand, Diocèse de Lavaur. Nous osons nous flatter que vous voudrez bien ajouter foi au détail suivant, qui nous a été rendu par plusieurs personnes d'une probité à toute épreuve ; le voici :

Le premier juillet 1780, une femme, au moment de chasser son enfant de son humaine retraite, eut recours à une Sage-Femme du voisinage pour lui aider, celle-ci se met en devoir, fait quelques perquisitions, trouve les pieds de notre cher Frère sur la porte de la maison, les saisit aussi-tôt et tire avec autant de force que de précipitation ; la tête se trouve malheureusement engagée à un coin de la porte, laquelle, ne pouvant résister aux fortes et violentes secousses de l'Accoucheuse, se sépara du tronc.

Cette hardie et intrépide Matrone, au lieu d'être humiliée et interdite, ne perdit point courage pour débarrasser la mère ; elle s'arme d'un couteau, fait une incision transversale au ventre de la malheureuse souffrante pour en tirer la tête ; elle y réussit, mais en même tems la victime expira.

Ce double assassinat fit assez de bruit dans la Province de Languedoc. M. rintendant en fut informé ; ce sage et zélé administrateur (i), dont l'attention porte de préférance sur les objets qui tendent à la conservation des hommes, frappé jusques au fond de l'âme de ce tragique événement, donna les ordres les plus précis à son subdélégué pour faire punir le crime ; mais la coupable en ayant été instruite, se mit à l'abri du châtiment par une fuite précipitée.

Tant d'autres malheurs dont le détail serait infini, arrivés à nos pauvres Frères, ont jette l'alarme parmi nous, et nous ne rougissons pas de dire qu'une consternation effroyable s'est emparée de nos foibles cerveaux. Sur quoi, pour éviter pareils traitements et nous mettre à l'abri de tant d'atrocités si graves et trop long-tems impunis, une assemblée générale a été bien et duement convoquée dans ce noble Sénat d'Embryons, destinés à voir le jour, par nous Enfants dévoués au massacre.

Il a été unanimement délibéré de tenir prison clause jusques à ce qu'on ait pourvu à notre sûreté, de ne sortir de nos casemates, sous quelque prétexte que ce soit, pas même pour fait d'incendie, de tenir, au contraire, nos portes et fenêtres exactement et solidement fermées, promettant, sur notre parole d'honneur, de pe plus nous laisser entraîner par aucune flatterie ni séduction quelconque, quand nos maisons crouleroient, à moins que le Gouvernement ne veuille nous promettre de nous prendre sous sa sauve et sûre garde ; de défendre d'abord aux Sages-Femmes, sous peine de mort, de ne plus nous extropier, mutiler, déchirer, étouffer, mettre en pièces; d'ordonner qu'à l'avenir on nous recevra avec toute l'honnêteté et la décence que la politesse française exige ; de leur enjoindre, à cet effet, de suivre avec exactitude le cours de Doctrine qu'on ouvrira vraisemblablement dans les différentes Villes Episcopales de la Province, au moins pendant l'espace de trois années consécutives, afin que ces Matrones ineptes soient en état de nous recevoir avec douceur, aménité, honnêteté et humanité, lorsque nous leur fairons l'honneur de nous présenter devant elles.

(1) MM. de Saint-Priest père et fils administraient alors conjointement la province et se partageaient les charges et les bénéfices de l'Intendance.

A ces causes, et en conséquence du présent délibéré, a été arrêté que le premier qui manquera à sa parole sera fouëté jusqu'au sang, sans qu'aucune considération humaine puisse l'en dispenser, et en cas de récidive, puni comme coupable de désobéissance à nos Lois et poursuivi à l'extraordinaire Jusqu'à Jugement définitif, sans avoir égard au besoin que l'Etat peut avoir de nos personnes, soit pour la défense de la Patrie, ou pour l'Agriculture, ou pour les progrès des Arts et Métiers; renonçant pour toujours aux douceurs d'une vie future et à la gloire brillante d'un État qui compte une nombreuse population. Point des Sujets et point de Prince; delà, point de défrichement des terres, point de sciences, point de manufactures, point d'artistes ni d'artisans. Diminution inévitable des revenus de l'État, si notre Requête n'est point admise.

Au contraire, si les Suppliants sont traités comme ils ont lieu de l'espérer, ils s'appliqueront constamment à la culture des arts, au défrichement des terres, à la multiplication de l'espèce, etc., et feront des vœux pour la prospérité, la gloire et le bonheur de Nosseigneurs.

Signé : Fœtus,

Syndic du cor-ps.

Philippe Hecquet (1) s'est inspiré des dissertations précédentes, comme il l'explique d'ailleurs en sa Préface, pour défendre les sages-femmes dans son opuscule :

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