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Chapitre V Que la profession d'' Accoucheur est rarement nécessaire

Le cas de nécessité est donc le seul qui puisse rendre l'office d'Accoucheur excusable ; mais ce sera lorsque la vie de l'enfant ou de la mère ne pourra être sauvée que par son ministère. Aussi en cas pareil, la pudeur, n'a-t-elle rienà risquer: car l'état triste et affligeant d'une femme, déconcertée par la douleur et prête d'expirer, n'offre rien que de mortifiant. Ainsi l'extrémité de la malade, la menace de la mort, l'excès de la souffrance, îa perte d'un enfant prêt de périr avant que de naître, un spectacle si affreux, et un état si humiliant, préviennent tous les dangers, et chacun se trouve en sûreté: on est comme assuré d'ailleurs qu'en ces occasions, où la nécessité est pressante, la même Providence qui permet la nécessité, soutiendra et préservera ceux et celles qu'elle y engage. Mais si l'on considère qu'il n'y a peut-être pas une femme entre cent, peut-être pas une entre mille, qui se trouve dans cette prétendue nécessité, il sera vrai de dire, que de cent femmes il y en aura quatre-vingt-dix-neuf qui pourront et qui devront se passer d'Accoucheur. Ce sera donc au plus une femme entre cent qui en aura besoin ; ainsi pour une fois qu'un Accoucheur sera nécessaire, il y en aura quatre-vingt-dix-neuf oii il sera inutile. Si d'ailleurs ce besoin est de nature à pouvoir être aussi sûrement soulagé par la main d'une femme habile et expérimentée, que par celle d'un homme ; s'il demande presque toujours plus de tête que de bras ; si enfin l'habileté d'un sage Médecin est ordinairement plus nécessaire que la main de qui que ce soit; le secours d'un Accoucheur

(1) S. Cyprien. Ep., p. 174 in not,

(2) Ihid. Ex Rigaltlo.

deviendra alors inutile ou dangereux, et sa profession deviendra rarement ne'cessaire.

Or, il est certain que c'est presque toujours par des secours tirés de la Médecine, que les accouchements laborieux se terminent heureusement, quelquefois par la main soutenue d'un grand usage, rarement par quelque opération.

Que si c'est un purgatif, une saignée, ou quelqu'autre remède qui doive tirer une femme d'affaire, elle s'exposerait à d'étranges méprises entre les mains d'un Accoucheur; car lui qui naguère tenoit boutique de Chirurgien (peut-être assez peu achalandée), lui qui n'a ni étude, ni expérience en Médecine, qui n'en sait que ce que le hasard lui en a appris, qui ne connaît au plus le corps humain que pour savoir placer une incision, mais qui ne s'est jamais instruit à fond, ni du cours des liqueurs, ni de l'ordre de leurs circulations; lui qui ignore le rapport des parties, avec les liqueurs qui les arrosent, et le rapport des remèdes avec ces mêmes liqueurs; qui n'entend enfin ni Toeconomie animale, ni la mécanique du corps humain ; cet homme ainsi dépourvu de connaissances, d'expérience, d'observation, et peut-être de bon sens en Médecine, viendra hardiment décider d'un remède intérieur dont il ne connaît pas la route, d'une saignée dont il ignore les effets, d'une purgation dont il n'a point appris les écueils, d'un narcotique dont il n'a jamais essayé les dangers. Doit-on après cela s'étonner des malheurs qui lui arrivent? puisqu'il marche au hasard, sans règle, sans boussole, par des routes étrangères et dans un pays inconnu pour lui.

On croirait peut-être qu'on avancerait tout ceci sans preuve; mais en faut-il d'autre de son peu d'usage en Médecine que celle-ci? Cet Ex-chirurgien, qui entreprend aujourd'hui de traiter une fièvre, un transport, une convulsion dans une accouchée, parce qu'il s'est érigé en Accoucheur, aurait eu honte de se donner pour Médecin la veille du jour qu'il s'est donné ce relief dans le monde, et aurait craint de traiter cette même femme non accouchée; peut-être ne le voudrait-il pas, même encore étant devenu Accoucheur, si la même femme avait les mêmes maux hors le temps des couches. L'on sait cependant, qu'il faut infiniment plus de tête, d'habileté et de connaissance, pour traiter tous ces maux dans une accouchée que dans une autre femme : il est donc certain qu'en ces cas qui dépendent de la Médecine, une accouchée se trouve mal placée dans les mains d'un Accoucheur. Ajoutez à présent que ces cas dépendants de la Médecine sont les plus fréquents ; et ce sera prouver combien la

profession d'Accoucheur est rarement nécessaire : voici de quoi s'en convaincre. Si l'on entend parler des maladies qui arrivent pendant la grossesse, il n'en est guères où il faille plus d'habileté, plus de connaissance, en un mot plus de Médecine. En effet, il faut connaître alors, non seulement eu égard à la mère, la disposition du sang, les délais qu^il souffre, les altérations qu'il prend, les écarts qu'il se donne, et les dépôts qu'il peut faire; mais il faut encore en être instruit par rapport à l'enfant dont il faut aussi conserver la vie.

C'est donc une Science double, dont on a besoin pour sagement ménager les intérêts de l'une et de l'autre, en ôtant le superflu de la mère, sans trop dérober à l'enfant. Or tant d'habileté et de justesse ne paraît pas trop de la compétence d'un Chirurgien, qui s'était plus occupé de former sa main, que de meubler sa tête de tant de réflexions et d'observations, inutiles même à un habile Opérateur. Les maladies qui arrivent dans le temps des couches ne sont pas plus du ressort d'un Accoucheur. Une femme trop pleine de sang et d'humeur se trouve surprise d'accidents violents, d'efforts involontaires, de douleurs inutiles : le sang alors en contrainte, et les esprits en désordre, tiennent les muscles en convulsion : les parties engorgées prêtent mal et s'opposent à la sortie de l'enfant : tout se révolte donc, et les liqueurs interceptées agissent sur ellesmêmes, et s'animent, ou rebroussent vers le cerveau : alors, mille accidents mortels se présentent : convulsion, assoupissement, douleurs bizarres et à contre sens. Ce serait donc de la souplesse qu'il faudrait rendre aux parties, en rectifiant le cours du sang et calmant les esprits. Mais sont-ce là les idées d'un Accoucheur ? Mal instruit donc de la manœuvre qui se passe alors dans le corps d'une femme, et peu à portée des réflexions qu'il faudrait faire, il aura recours à des purgations dangereuses, à des apéritifs indiscrets, à des lavements violents, à des saignées mal entendues, et se mettra, sans y penser, de moitié avec le mal, pour le rendre plus dangereux. Peut-être même fera-t-il pis que tous ces remèdes : déconcerté par l'excès du danger, au défaut de tête il employera des bras, il engagera la malade dans un travail prématuré et l'enfant dans un danger imminent : vous demandez d'où viennent ces contretemps ? d'un homme hors de place qui fait ce qu'il peut, parce qu'il ne sait ce qu'il faut.

Par les mêmes raisons, un Accoucheur doit être aussi peu entendu dans les maux qui arrivent après les couches : ainsi tantôt des tranchées violentes, dont il ne comprend pas les causes, l'en-

gageront dans un mauvais pas ; et voulant calmer une douleur pressante par un remède qu'il connaît mal, il jettera la malade dans un sommeil éternel: tantôt grossièrement instruit de la route que le sang tient ou qu'on lui peut faire tenir, il l'engagera dans les viscères par des saignées mal rangées : dans l'une, l'idée de faiblesse ou d'un épuisement mal fondé lui fera ordonner une nourriture excessive ; dans l'autre, le soupçon d'une cacochymie imaginaire lui fera prescrire une purgation dangereuse. L'idée d'acides et d'alcalis, dont il aura ouï parler, lui fera venir celle du Quinquina, qu'il ordonnera pour détruire un acide qu'il soupçonne et qu'il ne connaît pas. Ce ne sera donc qu'une médecine de hasard et de caprice que celle d'un Accoucheur.

Son ministère sera plus heureux, si c'est par l'adresse des mains que la malade doit être secourue ; car il est manifeste qu'un homme en ce genre peut autant qu'une Sage-femme : mais puisqu'il est plus séant et aussi sûr de commettre cet emploi aux femmes, comme on le prouvera ci-après, il faut convenir encore qu'en ces derniers cas même, il est inutile d'appeler des Accoucheurs. Reste celui de l'opération seul, lorsqu'il faut (i) couper, arracher, dépecer un enfant dans le sein de la mère ; car à ces mots on reconnaît le caractère d'un Accoucheur Opérateur, qui dans ce cas mérite non seulement la préférence au-dessus des Sages-femmes, mais à qui seul il faut se rapporter de ces opérations ; parce que lui seul sait manier des instruments. Mais combien ces cas sont rares !

On dira, sans doute, que c'est réduire la profession d'Accoucheur à de rares besoins ; mais la raison le fait voir. Car après tout ce qu'on vient de dire, on espère que personne ne trouvera exagérée la proposition qu'on vient d'avancer, qu'il n'y a pas une femme entre cent, peut-être pas entre mille, qui ait besoin d'un chirurgien; et par conséquent ce n'est pas la peine d'ériger des Accoucheurs en titre d'office.

(1) Encore se trouve-t-il des exemples d'opérations faites par les femmes sur les corps de leurs semblables, en certains cas qui intéressent la pudeur. Léo African. narrât muntis circumcldendarum vmlierum ohire reUda-i fjuasdam Uc. apuil. Huet. Not. in Origen., p. 5.

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