I-'u;. 12. — JIurk--l.Miiise' I.;i Chapollc
éloges, tandis que les premières ont ou toute la peine. « Quant aux instruments obstétricaux , elle les trouve inutiles ; un simple canif lui semblait suffisant.
M""' Kennon, sage-femme de la reine Caroline, prit aussi part à la croisade contre les accoucheurs. Elle laissa, à sa mort, 500 livres, autrement 12,500 francs, au l)"" Franck NichoUs pour le récompenser d'avoir écrit sa Requête des enfants clans le soin de leurs mères, satire contrôles accoucheurs de l'époque et qu'on trouvera
à la fin de ce volume. Parmi les sages-femmes royales, nous citerons encore M""" Draper, qui assista la reine à la naissance de Georges IV, pendant que Hunter attendait dans une pièce voisine, et Margaret Stephen, qui accoucha la reine Charlotte en 1795. Son animosité contre les accoucheurs était aussi grande que celle de ses collègues, mais contrairement aux autres dames de la profession, elle reconnaissait l'utilité du forceps. Elle est l'auteur d'un opuscule intitulé : Moyens de prévenir les accidents }jendant V accouchement, à l'usage des personnes du monde.
Au XIX® siècle, brille au premier rang la fille de M"'® Dugès. Marie-Louise La Chapelle (1), dont le mari était chirurgien de St-Louis. Elle fut l'aide de sa mère à l'Hôtel-Dieu et la remplaça à l'Hospice de la Maternité, où elle acquit la réputation d'excellent professeur et d'habile opératrice. A l'exemple de sa mère (2), elle employait rarement le forceps, mais si elle y était obligée, elle avait soin de le faire voir à la femme, de lui expliquer son usage, de lui en démontrer la nécessité et les avantages ; elle rassurait ainsi la patiente qui s'abandonnait avec confiance à sa dextérité. Aussi bonne, aussi douce, aussi compatissante qu'elle était adroite? on la nommait partout la bonne madame La Chapelle. Sa conversation était pleine d'agrément, non sans originalité. Ainsi quand il se produisait une de ces déchirures si communes pendant l'accouchement, devant la désolation de l'assistance, elle se contentait de dire en souriant : « Bath ! elle sautera mieux le ruisseau ! » Dans sa cinquante-troisième année, M""= La Chapelle mourut d'un cancer de l'estomac, en 1821 ; aliène laissait point de postérité.
11 y eut cependant depuis de nombreuses Lachapelle, annonçant à la quatrième page des journaux et ailleurs encore leurs remèdes infaillibles contre la stérilité. Avec M'"° La Chapelle, elles n'ont rien de commun que le nom, homonyme commode pour abuser les clientes crédules. Nous devons cependant faire une exception en faveur de Jeanne-Louise Lachapelle, née à Paris, en 1789. Voici l'éloge qu'en fait Delacoux : « Son père, M. Lachapelle? homme de lettres et l'un des rédacteurs du Moniteur, fit lui-même l'éducation de sa fille. M'"= Lachapelle, encore très jeune, commença ses études et se décida pour la noble profession de sage-femme. Après avoir étudié sous les auspices de Chaussier et de M""' Lemâche, et obtenu plusieurs prix d'encouragement à l'Ecole de médecine,
(1) Née en 1769, morte en 1S29.
(2) Pendant la maîtrise de M""' Dug^s, à l'Hôtel-Dieu, on s'est servi nne fois du forceps sm- 250 accouchements.
elle suivit les cours de la Maternité et se perfectionna aux leçons de M""" La Chapelle. M"' Lachapelle qui n'avait, avec l'illustre maîtresse, rien de commun que le nom, possédait toutes les qualités nécessaires pour l'enseignement, auquel elle se fût consacrée, sans doute, si elle n'eût point cédé à l'entraînement des pratiques pieuses et de charité. Ce fut une perte réelle pour l'art des accou-
riG. 13. — ■ Madeleine Charrier.
chements, où ses études et ses débuts offraient les gages des plus beaux succès, lorsqu'elle se consacra, pour toujours, sous la règle de saint Vincent de Paul, au soulagement et à la consolation des malades. Victime du fléau de 1832, M"'' Lachapelle a laissé un nom cher et des souvenirs précieux à ses émules de charité, et des regrets éternels aux vénérables auteurs de ses jours ».
M'"^ Lemâciie, que nous venons de nommer, fut désignée, en 1814, par l'archi-chancelier de l'Empire, pour occuper la place de
sage-femme en chef de la Maternité de Florence ; mais les événements politiques ne lui permirent pas de se rendre à son poste. Comme compensation, le gouvernement autrichien lui fit des offres brillantes ; elle préféra rester en France, auprès de sa fille, M"'* Choisy, qui suivit la même carrière et ne l'abandonna qu'à la mort de sa mère, en 1821.
Pour lui succéder à la Maternité, M""= La Chapelle avait choisi Madeleine-Edmée-Clémentine Hugherard, dame Charrier, née à Paris, en 1797. M'"'' Charrier ne la remplaça que dans le monde; bien qu'elle eût rempli Vintérim pendant plusieurs mois, l'administration, après la mort de sa protectrice, la jugea trop jeune pour remplir d'aussi importantes fonctions. On lui préféra Madeleine-Marouerite Legrand, praticienne établie à Versailles.
Madeleine Legrand.
Après le départ de M"^ Legrand, M™^ Thibou-Méry, sœur du professeur Delpech, n'hésita pas à quitter la Maternité de Toulouse.
OÙ elle était la maîtresse sage-femme, pour venir à Versailles recueillir la clientèle de M™^ Legrand. Parmi les bonnes élèves que fit cette dernière, nous citerons Rose- Zoé Garnier, née en 180G, qui eut l'honneur d'être choisie par la Faculté pour assister, à Blaye, la duchesse de Berry (i), et M"'* Euphrasie-Aglaé Desciiamps, fille d'un médecin distingué deNevers, qui, au sortir de la Maternité, fut appelée à la direction de la maison d'accouchement de Niort. Elle fit, à son tour, des élèves dont M"^ Rosalie NouiiAUD fut une des plus distinguées.
jyjme Marie-Anne- Victoire BoiviN,née en 1773, morte en 1841, fut presque illustre. Elle était docteur en médecine de l'université
KiG. 15. - 51"" IJoivin.
de Marhourg, décorée du Mérite civil de Prusse, etc. ; elle put même, un instant, espérer d'être associée à l'Académie de médecine de Paris ; mais sa candidature échoua. M""* Boivin vengea sa vanité blessée par ce mot spirituel : « Les sages-femmes de l'Académie n'ont pas voulu de moi ! » M"" Boivin avait composé un
(1 ) Menière passe sa collaboration sous silcnco. V. nos Acconchemcnts à la Conr.
Mémorial des accouchements. Elle raconte, à propos de ce livre, qu'elle avait commencé, pour sa propre instruction, un recueil de planches ; un jour qu'elle y travaillait, elle fut surprise par le célèbre anatomiste Chaussier (1). Celui-ci invite M'"« Boivin à les joindre à son livre. Elle refuse par le motif qui avait empêché Baudelocque d'ajouter des dessins à son ouvrage ; c'était la crainte d'en élever le prix au point de le mettre hors de la portée des personnes auxquelles il était le plus nécessaire. « Confiez-moi, dit Chaussier ces dessins, je les examinerai à loisir «. M"^* Boivin lui remet son recueil, et une année après elle reçut les gravures avec la quittance du graveur et l'invitation pressante de les publier.
Le succès obtenu par son ouvrage lui attira la jalousiede Madame La Chapelle, directrice de la Maternité, qui fit supprimer la place occupée par M""^ Boivin. La cour de Russie lui proposa une compensation honorable qu'elle refusa ; elle préféra la maison Dubois oi:i elle eut la direction des accouchements, à raison de 350 fr. par mois. Après la mort de M'"'= La Chapelle, elle ne voulut pas la remplacer à la Maternité ; elle avait, paraît-il, pris; du vivant de sa rivale, l'engagement de ne jamais occuper sa place. Au bout de 35 ans de service à la maison Dubois, elle obtint une modeste rente de 1,600 fr., juste de quoi ne pas mourir de faim. Une atteinte de paralysie l'obligea de renoncer à sa clientèle, mais elle ne put résister à la flatteuse invitation de Dupuytren qui l'avait choisie pour assister sa fille, la comtesse de Beaumont. Ce chirurgien disait d'elle : « Elle a un œil au bout du doigt ! »
C'est M""' Boivin qui imagina l'embout du spéculum permettant l'introduction de cet instrument sans douleur. Elle étudia sur ellemême les douleurs de l'accouchement et soutint avec Asdrubali, Hay et Bilon, que leur siège est dans le col bien plus que dans le corps de la matrice.
M""^ Boivin eut pour amie et collègue un type assez curieux Jeanne-Galien, dame Wyttenbach, née à Hanau, en 1773, plus connue d'ailleurs comme érudite que comme sage-femme. Jeanne avait épousé son oncle, le vieux Daniel Wyttenbach, savant hollandais, qui lui communiqua sa passion pour l'antiquité. Après la
(1) Le professeur Chaussier, médecin en chef de la IMaternité, mettait souvent à oontrihution les hem-euses dispositions et les connaissances linguistiques de ses élèves : Makie-Fbaxçoise Muhreb, née à Strasbourg, en 1791, lui fournissait les traductions allemandes et, pour les documents italiens et anglais, il s'adressait :\ M'"'' r.oiviN, fille du chirurgien Denans, née en 1792. C'est elle qui lui traduisit l'ouvrage de Kewlej' sur les maladies des mamelles.
mort de Daniel, elle se fit recevoir docteur de l'université de Marbourg, puis vécut à Paris où, devenue membre de la Société hellénique, elle publia divers ouvrages d'une érudition quelque peu fantaisiste, Theagène au banquet de Léontès, Vhistoi7^e d'He?'- 7ïiione, Alexis, les Symposiaques. Elle mourut à Leyde, en 1832, Par ui\e de ses dernières volontés, elle chargea M. Hoffmann Perkamp, de Leyde, de communiquer, dans une note en latin, le résultat de son autopsie, à M""® Boivin, avec laquelle elle était intimement liée.
Marguerite-Caroline IIolleville (1789-1830), élève de la Maternité et accoucheuse distinguée, fut, elle aussi, une lettrée, membre de l'Athénée des arts et de plusieurs sociétés savantes.
j\/[iie Antoinette Legangeur Lalande, née en 1792, peut figurer à côté de ces deux bas-bleus : elle savait le grec et le latin, et les mathématiques n'avaient pas de secret pour elle.
Sur M'"'' Marie-Louise Rondet, sage-femme de la Faculté de Paris, née à Sedan, en 1800, Delacoux donne les détails suivants : « Après sa réception, M™^ Rondet conçut le projet de passer à Buenos-Ayres, pour y exercer son art, et à cet effet elle s'embarqua, en 1828, sur le navire Y Olympe qui fit naufrage sur la côte d'Afrique. Avec tous les passagers de ce même navire, M'"^ Rondet fut recueillie et transportée à Sainte-Croix-Saint- Jacques de l'île de Ténériffe, où pendant son séjour, elle rendit quelques services qui lui valurent des témoignages authentiques d'estime et de reconnaissance de la part des habitants et des autorités gouvernementales de cette localité. La perte de tout ce que possédait cette dame la détermina à revenir en France. C'est dans l'exercice de sa profession, à Paris, que M""" Rondet eut lieu de se convaincre de la nécessité d'inventer un moyen plus propre que ceux déjà connus, à rappeler à la vie les enfants qui naissent asphyxiés; ayant jugé que le tube laryngien de Chaussier avait un grand inconvénient auquel il fallait remédier, celui de ne pousser que de l'air altéré dans les poumons du nouveau-né, M""' Rondet conçut l'idée d'adapter à une ampoule en caoutcUpuc un petit corps de pompe à double soupape agissant en sens inverse, dont l'ensemble fait l'office d'une pompe foulante et aspirante. Ce petit corps de pompe est terminé par un tube de gomme élastique légèrement recourbé et muni d'un renflement ([ui ne permet pas à l'instrument d'irriter ou de blesser le larynx, où il ne peut s'introduireplus avant. Cetinstrument enfin remplit toutes les conditions désirables entre les mains de quiconque sait s'en servir.
« L'Académie royale de médecine, qui a été appelée à faire un rapport sur l'instrument laryngien de M™® Rondet, a demandé, par l'organe de la commission nommée à cet effet, si le môme instrument était de cette dame ? L'instrument est de M'"* Rondet, quant à son mécanisme, et là est toute la question ; mais l'Académie n''en a pas moins attribué l'idée à l'un de ses membres^ Chaussier : comme si l'idée de pousser de l'air dans les poumons des nouveau-nés asphyxiés n'eut pas été celle de tous les médecins possédant les plus légères notions en physiologie, L'Académie royale de médecine peut bien être jalouse de décerner les plus belles palmes de la gloire médicale à ses membres ; mais encore l'égoïsme scientifique ne devait point exclure l'esprit de justice qui doit présider aux décisions de tous les corps constitués, le plus bel apanage de ceux qui se disent savants. Si l'Académie n'a pu reconnaître une invention dans l'instrument de M'"*^ Rondet, au moins fallait-il qu'elle reconnût et qu'elle dit que le même instrument pouvait bien être une imitation de celui employé au même usage, figuré et décrit dans l'ouvrage d'Aitken, publié à Londres en 1786, sous le titre de : A System of obstétrical tables with explications representing the foundations of the theory and practice of midwifrey. (Coup d'œil sur l'obstétrique ou exposé des principes généraux de l'art des accouchements, in-H"). Nous aimons à croire que M'"' Rondet n'a pas connu cet ouvrage, et conséquemment, que son instrument laryngien est tout d'invention de sa part quant au mécanisme ; par contre, nous aimons à croire aussi que l'Académie royale de médecine, ou du moins les membres de sa commission, n'ignoraient pas l'existence de l'ouvrage d'Aitken, et que c'est par pur oubli qu'il n'en a été rien dit. »
Pour ne pas être trop incomplet, relevons les noms de plusieurs sages-femmes qui, sans atteindre à la célébrité, ontjdui d'une certaine réputation, telles que : M'"''' Anne Bidard, née en 1791 ; Françoise HEYMONET,née en 1791 ; Angélique Tonnelier, née en 1809 ; Victoire Caillet, née en 1815 ; Marie Dailly, née en 1811 et Marie Boudet. toutes élèves distinguées d^ la Maternité (1). Joignons-y, avec Delacoux, les noms de M""" Giuoux « le
(l) Le niveau intellectuel et scientifique des élèves de la Maternité s'est considérablement élevé ; telle qui, il y a peu d'années, aurait été presque une célébrité, ne peut, de nos jours, prétendre tout au plus qu'à une citation honorable. Nous ferons exception en faveur de M"« Henriette Carrier, sage-femme en chef de la clinique Baudelocque, dont l'intéressante étude sur les Origines de la Maternité de Paris ne nous a pas été inutile ; ajoutons qu'elle vient d'épouser (l"'' avril 1890), un jeune accoucheur d'avenir, M. Henri Varnier.
Nestor de sa profession », comme s'exprime notre auteur, et Mesdames MoREAU, Lefèvre, Lacour, Alix Bourgeois. PaindavoiNE, etc. Réservons une mention spéciale à M""^ Charlotte - Clémence Callé (1), sage-femme en chef de la Maternité ; elle mourut à la peine en 1889. Sa sœur était M"'*' Desoyre, sagefemme en chef de la Clinique.
Nous terminerons par deux célébrités contemporaines qui ont aussi passé par la Maternité : une française, M'"" Alliot, et une américaine, Elisabeth Blackwell, qui reçut le diplôme de docteur en 1847.
M"e Alliot, ex-sage-femme en chef de la Maternité, assista Paul Dubois aux couches de l'impératrice Eugénie. Pour nos Accouchements à la. Cour, nous lui avions demandé quelques détails h ce sujet. Elle nous répondit ce qui suit :
Monsieur,
L'Impératrice est vivante et je n'ai pas le droit de livrer à la publicité aucun des faits de sa vie relevant de l'exercice de ma profession. Je crois que ce droit, nul ne saurait le prendre sans son autorisation et qu'il ne peut entrer dans l'esprit d'une personne qui respecte ses malheurs de la lui demander.
Vous comprendrez mon scrupule. Monsieur, et le même sentiment que moi vous arrêtera au moment de toucher à une existence aussi malheureuse que celle de la dernière souveraine de la France. Eu faisant, vous acquererez des droits à ma considération distinguée.
E. Alliot.
Nous respectons les scrupules de M^^e Alliot ; cependant, quitte à nous aliéner son estime, nous n'avons pas hésité à nous renseigner ailleurs ; d'une source non moins certaine, nous tenons un fait qui nous permet de rectifier une erreur fort répandue et que nous avions nous-même acceptée. Un accoucheur en renom nous avait dit que l'impératrice en avait beaucoup voulu à Dubois de ne pas avoir employé le chloroforme dans l'application du forceps; or, c'est l'impératrice cUe-môme qui l'a refusé et cet acte fait honneur au courage de la souveraine. M^'^ Alliot voit que, sans entrer dans des détails trop intimes, elle eût pu rendre service à son excliente en rétablissant, comme nous le faisons ici, les faits sous leur véritable jour. Qu'elle nous permette de lui rappeler que la
(1) Née à Corbie en 1807.
célèbre Loyse Bourgeois n'eut pas tant de scrupules et que, du vivant de Marie de Médicis, avec l'approbation de la reine, elle publia tous les détails des six couches de sa royale cliente. Le fidèle Deneux, lui aussi, n'a pas cru manquer à ses devoirs professionnels, en nous laissant manuscrit l'historique complet des couches de la duchesse de Berry. Nous livrons ces deux exemples à la méditation de la trop susceptible matrone. .
Elisabeth Blackwell qui eut, au siècle précédent, une homonyme célèbre, en Angleterre, ne fut qu'une simple élève de la Maternité, mais elle reçut le premier diplôme de docteur délivré à une femme par une Université et, c'est à ce titre qu'elle doit de figurer dans notre galerie. Nous empruntons à la. femme -médecin au XIX siècle d'une autre doctoresse, Caroline Schultze, les détails biographiques suivants :
« Étant institutrice dans une école communale du Kentucky, Miss Blackwell s'occupait de la médecine durant ses loisirs et pendant ses veilles. Comme beaucoup d'autres femmes aux États- Unis qui exercent la médecine dans les campagnes, sans avoir fait d'études officielles préalables, elle eût pu pratiquer cet art sous sa responsabilité personnelle ; mais le doctorat marron lui déplaisait ; il lui semblait présenter plus de dangers que d'avantages pour les malades, et, avant tout, elle voulait que la femme, aussi' ]3ien que l'homme, conquit, par sa science réelle et officiellement constatée, le droit d'exercer la médecine. Après une année de réflexions sérieuses et d'études préparatoires, elle entra dans un pensionnat de jeunes filles, à Charlestown, oîi ses leçons furent largement rétribuées. En mai 1844, elle vint habiter Philadelphie. Vainement, elle demanda qu'on l'admit comme étudiante dans l'une ou l'autre des écoles de médecine. Scandahsés et irrités d'une pareille demande, les chefs de ces écoles la repoussèrent sous prétexte qu'elle était sans précédent ; les portes des amphithéâtres et des hôpitaux furent donc fermées à l'audacieuse qui osait aspirer à une carrière jusqu'alors réservée aux hommes. Force fut à Miss Blackwell de s'en tenir à des cours particuliers d'anatomie, de dissection et d'accouchement Mais elle sentait qu'elle apprendrait bien davantage dans les cours suivis d'une école spéciale. D'ailleurs son but étant d'arriver au diplôme, il fallait qu'elle passât par l'une ou l'autre de ces écoles. Si elle n'eût travaillé que pour elle, peut-être les difficultés l'eussent-elles rebutée, mais elle puisait un redoublement de courage dans sa volonté ferme d'ouvrir la carrière médicale aux [femmes, qui, dans
l'avenir se sentiraient capables de l'aborder et d'en accepter comme d'en remplir dignement les devoirs. Pour conquérir ce diplôme, elle se procura la liste des écoles de médecine aux États-Unis, et elle adressa au directeur de chacune d'elles une demande d'admission. Toutes furent repoussées. Durant plusieurs mois, elle dut penser que sa ténacité serait forcée de fléchir. Enfin les barrières qu'on lui opposait s'abaissèrent et la Faculté de Geneva (État de New- York) lui ouvrit ses portes. Après avoir longuement disserté sur sa demande, les professeurs eurent le bon sens et la justice de convenir qu'aucune raison valable n'interdisait à une femme l'entrée des écoles de médecine. Néanmoins, avant de rien décider, ils jugèrent prudent de soumettre la question aux étudiants eux-mêmes : S'ils approuvaient l'admission de Miss Blackwell, ils prenaient l'engagement moral de respecter la femme dans le condisciple. Les étudiants examinèrent la proposition très sérieusement et se prononcèrent comme leurs professeurs. Une copie de ces conclusions, accompagnée d'une lettre portant la signature de tous les membres de la Faculté fut adressée à Miss Blackwell qui se rendit immédiatement à Geneva, et fut inscrite, en novembre 1842, sous le n° 417. Dès son admission et jusqu'à ses derniers examens, elle fut toujours inscrite aux premiers rangs. Aussitôt son diplôme obtenu, en 1847, D'" Elisabeth Blackwell alla compléter ses études médicales en Angleterre, en Allemagne et enfin à Paris. Elle fut reçue à la Maternité, mais avec beaucoup de difficultés à cause de sa nationalité étrangère, et, comme faveur personnelle, quelques médecins en renom lui fournirent de temps à autre l'occasion de visiter les hôpitaux ». Elle devint professeur d'hygiène à l'école de médecine des femmes à Ne\v-Yo74i infirma, nj.
Là s'arrête notre revue des sages-femmes célèbres. Sera-t-il possible plus tard d'accrocher quelque nouveau portrait dans la galerie ? Nous ne savons; nous en doutons même. Nous sommes loin du temps où l'on brûlait vif le docteur Wert, à Hambourg, pour avoir assisté à un accouchement sous les habits d'une femme, Aujourd'hui l'accoucheur règne sur les Maternités, et les sagesfemmes en chef de ces hospices ne sont plus guère que des surveillantes, dont chacun d'ailleurs apprécie l'intelligence et l'activité. Pourtant, l'avenir a peut-être en réserve quelque doctoresse, destinée à effacer toutes les gloires obstétricales que le beau sexe compte dans le passé.
Antiquité. — Nous devrions commencer par Adam (flg. 16), accoucheur antédiluvien. Nous avons exposé ailleurs (1) le rôle obstétrical qu'il dût jouer auprès de sa compagne ; nous n'y reviendrons pas. Passons — non pas au déluge — mais simplement à HiPPOGRATE (460-377).
Le médecin de Cos n'a pas montré de grandes connaissances en obstétrique. Il pense que le fœtus est accroupi la tête en haut, jusqu'au huitième mois et qu'alors, ne trouvant plus une nourriture suffisante, il opère une culbute et se présente la tête en bas. « Pour sortir de la matrice, dit-il, le foetus rompt ses enveloppes avec les ongles, comme le poulet brise sa coquille avec son bec, puis s'aide des mains et surtout des pieds pour sortir de son étroite prison. » Il assure que la présentation des pieds est funeste et il veut qu'on ramène la tête au passage ; en cas d'insuccès, ce qui devait être fréquent, il conseille de diviser l'enfant avec des instruments tranchants et d'en extraire les parties morcelées à l'aide des crochets. C'est à Hippocrate que remontent certains préjugés, encore répandus de nos jours: ainsi il croit qu'un enfant, né dans le huitième mois, offre moins de chance de vie que s'il était né dans le septième; qu'une bonne mine, chez une femme enceinte, annonce la naissance d'un garçon, les traits tirés, celle d'une fille ; que les garçons ont une préférence pour le côté droit. Les garçons ont d'ailleurs tous les privilèges : ils sont formés trente jours après la conception, et les filles seulement au bout de quarante-deux ; les mouvements des garçons sont plus précoces que ceux des filles et les lochies qui suivent la naissance d'une fille, ont une durée beaucoup plus longue que s'il s'agit d'un garçon. Nous avons déjà signalé son singulier procédé de la succussion (fig. 17) et sa théorie sur l'emploi des sternutatoires dans les acchouchements laborieux. Verrier fait, avec raison, la remarque
(1) Histoire des accouchements clicz tous les 2)eiq)les, p. GO.
suivante : « Ces préceptes nous disent assez que si Hippocrate est le père de la médecine, il ne l'est pas précisément de l'art des accouchements ».
FiG. 16. - La premitrt naissance, d"aijrès Vaucuelet.
Philumène et Celse n'eurent pas les mômes préventions