II. LES MEMBRES
A la machine dont nous venons d'examiner les rouages principaux, il faut des membres, c'est-à-dire des supports et des moyens de locomotion, car le tronc doit être soutenu dans la station et transporté dans les différentes allures.
Mais on a fort diversement apprécié ce qu'on a dit être l'importance de la membrure en général. Pour les uns, elle est au premier rang, elle passe avant toutes les autres parties de la machine qui, prétend-on, ne vaut qu'en raison de ce que valent les membres eux-mêmes, par suite de leur bonne ou médiocre confection, car « c'est par eux seuls que s'exerce la locomotion ; par eux que la locomotive se déplace et peut bien fonctionner. » En voici d'autres pourtant qui, au rebours des idées reçues, lesquelles ne datent pas d'hier (elles remontent seulement àXénophon), enseignent ceci, par exemple : c On a vu quelques ciie-
vaux lancés au galop de course, courir encore l'espace de plusieurs longueurs de cheval, quoique après s' être fracturé ou, pour mieux dire, fêlé une jambe; mais il est sans exemple qu'un cheval poussif, ou bien asthmatique, soutienne un galop, même le plus modéré, sans s'arrêter pour reprendre haleine : preuve que la poitrine sert plus à la
course que les jambes.» « Ce n'est pas avec les jambes
qu'un cheval marche, et les jambes sont la dernière chose à observer pour juger de sa sûreté. »
L'hyperbole et le paradoxe ont assurément leurs charmes ; nous avons la faiblesse de leur préférer la saine appréciation des choses. Les membres ne sont pas tout dans la machine animale destinée au travail; ils sont indispensables à la locomotion, que leur absence supprimerait purement et simplement. Nous sommes honteux d'écrire de pareilles naïvetés ; mais de ce qu'un cheval ou un chien, un quadrupède quelconque, peuvent encore cheminer sur trois jambes, de ce qu'un homme même peut courir à cloche-pied, il n'en résulte pas le moins du monde que ce n est pas avec les jambes qu'un cheval marche. C'est la poitrine, c'est l'appareil digestif, c'est le cerveau, etc., etc., qui constituent l'organisme et le font vivre; mais les membres ne sont point la dernière chose à considérer, quand il s'agit de la locomotion. Une jolie fable de La Fontaine — les Membres et l'Estomac — a déjà démontré ce que nous pourrions prouver ici à nouveau : toutes les parties sont solidaires dans l'économie,
Chacune reçoit et donne, et la chose est égale.
Il est bien vrai pourtant que ce n'est pas la tête qui s'use la première au travail, à moins que, cessant de remplir leur destination et faisant défaut au bon vouloir de l'animal, celui-ci tombe violemment et vienne se la briser
contre un obstacle plus dur et plus résistant qu'elle-même.
Nous accorderons à l'étude des diverses régions des membres une très-sérieuse attention, car nous pensons absolument aujourd'hui comme onpensait à cet égard autrefois, et nous répétons volontiers avec l'un de nos précurseurs : « Une maison ne saurait servir à aucun usage, quelque parfaite qu'elle puisse être dans ses parties supérieures, si elle n'a des fondations convenables... Les jambes sont les colonnes du corps, » non des piliers roides et inflexibles toutefois, mais des colonnes brisées, fortement articulées les unes aux autres, et destinées à ces deux fins : soutenir le tronc et le transporter dans tous les mouvements auxquels se livre l'animal. Cette tâche pourtant ne se trouve pas également répartie entre les membres antérieurs et les membres postérieurs. La construction des premiers leur donne une part plus large au soutien ; celle des derniers, au contraire, en fait plus essentiellement des agents de transport. Par l'effet de la détente de leurs divers rayons, les membres antérieurs exercent principalement leur action de bas en haut et soulèvent le corps qu'ils auront à soutenir dans son retour vers le sol, et les membres postérieurs, agissant d'arrière en avant, poussent la masse en avant.
Tel est le mécanisme de la locomotion dont on donne une idée fort juste en comparant le jeu des membres antérieurs à celui des rais d'une roue de voiture, lesquels supportent successivement le poids du véhicule en venant se placer tour à tour dans l'axe vertical de la roue, tandis qu'on a regardé l'action des membres de derrière comme produisant un effet analogue à l'effort d'un homme qui, placé entre les deux brancards de la voiture, la ferait marcher à reculons en la poussant devant lui.
Gela posé, disons les analogies qui se présentent sous le
DE LA CONFORMATION EXTÉRIEURE. 77 rapport anatomique entre certaines régions du membre antérieur et du membre postérieur, après quoi nous /eviendrons plus spécialement à l'étude de l'extérieur.
L'os de l'épaule, qu'on nomme aussi scapiiliim ou omoptate, présente à sa face externe deux fosses séparées par une crête très-élevée qui sépare les muscles fléchisseurs des muscles extenseurs du bras : on retrouve la même disposition, l'équivalent, dans la fosse iliale, c'est-à-dire dans la large surface concave du coxal, os dp la hanche et du bassin, que recouvrent les muscles fessiers. Les deux os affectent cependant une position opposée : celui de l'épaule est couché d'arrière en avant sur les côtes, l'autre s'incline d'avant en arrière pour aller offrir au fémur^ os de la cuisse, sa cavité niférieure dans laquelle est reçue la tête du fémur, comme la tête de VJmmérus, os du bras, est reçue dans la cavité inférieure de l'omoplate.
La même analogie se remarque entre les os que nous venons de nommer comme servant de base, l'un au bras, l'autre à la cuisse. Chacun d'eux s'inchne sur l'os précédent, mais en sens opposé, de manière à former avec lui un angle très-accentué, angle de flexion pour le membre antérieur et d'extension pour le membre postérieur. L'un et l'autre sont couverts d'éminences osseuses, véritables leviers offerts aux muscles qui s'y fixent pour leur faire exécuter les divers mouvements dont ils sont susceptibles.
Dans les rayons qui suivent la ressemblance frappe moins peut-être, mais elle est tout aussi grande. Le radium et le cubitus, os du bras, correspondent au tibia^ os de Ikî jambe: l'un et l'autre, par leur extrémité inférieure, repo* sent sur les assises des os du genou et du jarret. Ce qu'on nomme olécrane^ os du coude, dans le membre antérieur, a son analogue dans la rotule ou os du grasset : tous deux sont en dedans du membre, si l'on peut dire ainsi,
le coude en arrière du membre antérieur et la rotule en avant du membre postérieur. Cette opposition apparente n'existe qu'à raison du membre lui-même, dont l'un est devant et l'autre derrière; mais ces os remplissent laméme destination, ils servent de bras de levier puissants aux muscles importants qui viennent s'y insérer. Seulement, dans le membre antérieur, ce sont des muscles fléchisseurs, et, dans l'autre, des muscles extenseurs.
Quanta la région du pied, commençant au genou et au jarret , l'analogie est si complète , elle devient si facilement saisissable, qu'il est à peine besoin de la signaler. Les os du genou sont bien au membre antérieur C6 que les os du jarret sont au membre postérieur. Les rayons inférieurs se ressemblent si exactement qu'il est difficile de les distinguer anatomiquement entre eux.
A. B/épaiile et Be bras. Ces deux régions n'en forment qu'une en extérieur. Placées obliquement sur les côtés de la partie antérieure de la poitrine, elles font masse avec le tronc auquel elles fixent le membre antérieur. En avant, à leur point d'union, elles présentent un angle dont le sommet prend le nom d'angle ou de pointe de l'épaule; en arrière de celle-ci, se trouvent des muscles volumineux et puissants, préposés aux actes qui déterminent la progression.
La longueur de l'épaule est la condition essentielle de sa beauté, d'abord parce qu'elle coïncide avec la hauteur de la poitrine, avec ce qu'on appelle plus exactement une poitrine bien descendue, et ensuite parce qu'elle donne la mesure de l'étendue des actions musculaires qui agiront sur le bras, soit pour l'étendre, soit pour le fléchir. La direction oblique d'arrière en avant ajoute beaucoup à cette condition en permettant à l'angle de la région de s'ouvrir plus largement pour embrasser plus de terrain à la lois;
la vitesse en est sensiblement accrue. Le cheval aux épaules courtes et droites a nécessairement, mathématiquement, l'allure raccourcie, car le jeu du membre antérieur est borné dans ses résultats, si libre qu'il soit par ailleurs, i
Toutefois, l'obliquité de la région n'est une beauté que ' chez le cheval rapide; elle serait une imperfection, un inconvénient chez le cheval de gros trait destiné à tirer de pesants fardeaux à l'aide du collier. La meilleure conformation de l'épaule, pour celui-ci, est celle qui présentera à l'appui du harnais la plus grande surface possible. Cette condition ne peut être remplie d'une manière satisfai^nte que par une épaule longue et droite, à l'articulatiou un peu effacée par sa position même. Voilà donc deux spécialités d'emploi qui demandent une conformation différente de l'épaule, si différente même que, dans son exagération , chacune d'elles, parfaite en soi, devient un défaut et nuit beaucoup à l'utihsation complète de l'animal. L'épaule longue et droite offre au collier de nombreux points de contact favorables à l'application des forces du cheval qui tire au pas; l'épaule longue et oblique n'offnrait pas les mêmes avantages au cheval de trait, mais elle donne une extrême vitesse au cheval monté et à celui qu'on attelle à des véhicules légers pour des transports rapides. L'épaule courte est toujours défectueuse, elle coïncide plus particulièrement, cela s'explique à merveille, avec la direction droite.
B. l<*a¥aiit-l>raf». C'est la région du membre antérieur qui s'étend du coude au genou. Sa direction doit être verticale; la moindre déviation entraîne des défectuosités d'aplombs qui nous occuperont plus bas. Sa configuration est celle d'une pyramide renversée. Plus cette forme est proroncée, plus grande est la puissance qui la fera agir. C'est à ^ partie supérieure, en arrière et en dehors , que sont
sa CHAPITRE II.
groupés les muscles de la région. Il en part des cordes tendineuses dont le volume et la densité seront bientôt l'objet d'une appréciation particulière, car ces cordes jouent un rôle considérable dans l'action du membre, dans la détermination de la valeur de l'animal. En haut, Tavant-bras doit être large, musculeiix ; il est grêle ou mince lorsque les muscles ont peu de développement. Alors la puissance fait défaut, non- seulement dans la région mais dans la machine entière. Cette imperfection est commune chez les sujets à poitrine étroite et serrée, qui ne valent guère.
Des considérations spéciales s'attachent à la longueur de r avant-bras, qui est toujours en raison inverse de celle du canon. L'avant-bras relativement long permet au membre d'embrasser sans effort une grande étendue de terrain : court, au contraire, le chemin parcouru à chaque pas est nécessairement moindre, car à chaque flexion le genou sera porté moins en avant que dans la conformation opposée. Il y a dans ce cas, plus de fatigue pour un résultat moindre.
Quand donc on veut de la vitesse, des allures rapides et allongées, il faut rechercher le cheval à l' avant-bras long et au canon court : il remplira alors tout naturellement sa destination. Si l'on demande, au contraire, beaucoup de liant, du tride, comme on disait autrefois, on s'adressera au cheval à l'avant-bras court et au canon long ; les mouvements seront raccourcis, aisés, agréables, brillants; mais on n'obtiendrait la vitesse qu'en sortant l'animal de ses moyens, qu'en le fatiguant outre mesure, en le ruinant prématurément.
Le cheval de pur sang anglais est le type par excellence des grandes et vives allures; il rase le tapis ^ au lieu de relever très-haut le pied comme celui qui trousse. Entre ces deux extrêmes, on trouve la meilleure conformation pour les services intermédiaires. Chez le cheval destiné au
trait lent, il y a peu d'avantage à rechercher une grande longueur de l'avant-bras. Ce dernier est bien conformé lorsque sa partie musculeuse présente un grand et solide développement.
A l'extrémité supérieure et postérieure de Tavant-hras, nous trouvons le coude^ petite région correspondant au jarret ; car mécaniquement, nous le répétons, il joue sur le membre antérieur le même rôle que l'autre partie sur le membre postérieur. Plus il a de développement, plus sa direction est parallèle à l'axe du corps, et mieux il remplit ses conditions d'utilité. Il est trop près du corps chez les animaux affectés de panardise: il s'en éloigne trop, au contraire, chez ceux qui ont le défaut opposé et qu'on dit cagneux. La direction des rayons inférieurs du membre se trouve ainsi dans une dépendance étroite de la position du coude et réciproquement.
Peu marquée lorsque le pied repose sur le sol, la saillie formée par le coude en avant du passage des sangles, devient très-apparente dans les mouvements de flexion : il importe qu'elle jouisse de toute son intégrité, car c'est par elle seule que se transmet à l'avant-bras l'action des muscles extenseurs. On prête avec raison quelque attention à l'examen de cette région chez le cheval ; on la trouve parfois grossie d'une sorte de loupe, désignée sous le nom à' éponge^ soit à cause de sa structure, soit parce qu'elle est occasionnée par l'éponge du fer, chez les chevaux qui se couchent en vache., suivant l'expression usitée. L'existence de cette tumeur est plus désagréable que nuisible. Cependant elle nécessite souvent une opération chirurgicale.
On en prévient le retour en raccourcissant convenablement l'extrémité de la branche du fer qui en détermine le développement.
L'œil s'habitue très-vite, en prenant le coude pour point
8ï CHAPITRE II.
de repère.^ à mesurer la hauteur de la poitrine et à la comparer à la longueur des régions du membre situées au-dessous de la partie pleine de l'animal; deux choses dont nous avons précédemment parlé.
c fie genou répond au poignet de l'homme: c'est une articulation très-compliquée; c'est le centre de réunion entre l'avant- bras et le canon qui vient immédiatement au-dessous. Araison de ses fonctions, qui lui donnent une rude tâche à remplir dans l'économie, la nature a donné à chacune des surfaces qui se rencontrent pour le former, une étendue aussi grande que possible. On le trouve donc dans des conditions d'autant meilleures qu'il se montre plus développé, plus régulièrement grossi en olive : voilà pour son volume et pour sa forme.
Sa position sera bonne, s'il réunit l'avant-bras et le canon suivant une ligne droite. En voici la raison, dit M. Richard :
« Une colonne est d'autant plus apte à supporter le poids dont elle est chargée, qu'elle est plus droite et sans déviation. Or, si l'avant-bras et le canon ne forment pas une ligne droite, si elle est brisée à quelque degré que ce soit, elle remplira plus ou moins mal son but. Tout genou qui, sortant de la hgne d'aplomb, sera porté en avant, en arrière, en dedans ou en dehors, sera donc mal articulé, et par conséquent défectueux.
» Il est cependant des distinctions à établir dans les ca'* de déviation dont nous parlons. Si le genou est porté et; avant par suite de conformation naturelle, ce qui arrive quelquefois, le défaut est moins grave. Le cheval est dil^ alors hrassicourt. Le membre, dans ce cas, n'a aucune ap parence de fatigue ou d'usure. Si au contraire la déviation qui nous occupe est la conséquence d'excès de travail et du raccourcissement des tendons ou ligaments malades,
elle est plus ou moins dangereuse. Le cheval sera sujet à s'abattre, et il en aura probablement les marques aux genoux. Ils seront souvent tuméfiés, blessés, couronnés ou. cicatrisés et chancelants. Le membre alors est dit arqué-
» Le défaut opposé, c'est-à-dire le genou creux, est toujours la conséquence d'une mauvaise conformation. On voit que ce vice est un contre-sens de la nature, quand on étudie les dispositions du radius, organisé de manière à résister aux efforts qui tendent à le courber en arrière. La courbure naturelle du genou en avant peut ne pas être un grand défaut, si nous nous en rapportons aux lois de mécanique auxquelles le membre doit obéir; mais la courbure en arrière est toujours grave, suivant le même principe. Une pareille conformation est contraire aux bonnes conditions mécaniques du membre, et par conséquent vicieuse. Toutes conditions égales d'ailleurs, il est impossible qu'un cheval qui a le genou creux ou effacé résiste à la fatigue comme s'il l'avait bien placé, ou même naturellement porté en avant.
» Outre le vice d'affaiblir la résistance de la colonne, les déviations du genou en dedans ou en dehors sont nuisibles à la progression. Le membre n'étant pas droit, sa flexion et le jeu de ses extrémités ne peuvent pas s'exécuter dans la ligne d'aplomb exigée. Il flageole alors. Il y a décomposition de force et perte de puissance musculaire, effet d'autant plus nuisible que ses causes sont plus intenses.
» Le genou dans de bonnes conditions d'organisation devra être exempt de blessures, de tumeurs dures ou molles. Il sera sec, légèrement arrondi d'un côté à l'autre; sa surface antérieure sera Hsse, unie, et sans inégalités. Il devra être placé bas, ce qui est un caractère de vitesse. Les forts trotteurs ont le genou près de terre, ils rasent le
tapis comme on dit, et ils emploient leurs moyens à gagner du terrain en avant. Tout cheval qui a l'avant-bras court, et par conséquent le genou haut et le canon long, est nécessairement un mauvais trotteur. S'il satisfait à cettf allure, c'est par exception ou par compensation d'autres avantages moraux ou physiques. Ce genre de conformation fait perdre, pour trousser le membre, une partie de la puissance qui doit être uniquement employée à le porter en avant.
» Maintenant que nous connaissons les fonctions du genou, il nous est facile de conclure : 1° qu'il doit être dans la ligne d'aplomb du membre; 2*^ fort, bien développé, et sans tares qui puissent borner son jeu; 3° exempt de blessures ou cicatrices, qui sont quelquefois un caractère de faiblesse ; 4° enfin il doit être près de terre, suivant la théorie que nous avons développée en traitant de l'avant-bras. »
*>. JLe» réglions snpf^rioBBres cBu nieiiibre postérîfesar. Nous réunissons, dans une seule et même étude, la cuisse, la fesse et le grasset, qui se confondent un peu et qu'on n'a guère d'intérêt à séparer. Ces régions viennent sous la croupe, la hanche et la queue, et ne se détachent pas encore du tronc.
Mal circonscrite extérieurement, la misse a pour base l'os du fémur et les gros muscles qui l'entourent; elle correspond à la région du bras. La direction en est oblique d'arrière en avant. Sa longueur, sa grande obliquité en avant et le volume des muscles qui se groupent autour du fémur sont les conditions de sa beauté, de sa bonne conformation , voulons- nous dire; car plus elle est longue et inclinée, plus grande est l'étendue des mouvements du membre , plus puissante est l'action musculaire , plus grande est la vitesse à toutes les allures.
On a dit quelque part : « L'excès de volume, qui nuit à la rapidité des allures du cheval de selle, est une beauté à rechercher dans le cheval de trait. » Nous ne sachions pas que cette région puisse jamais, dans aucun animal quel conque, pécher par excès de volume, être sous ce rapporc en disproportion avec les autres parties du corps; bien fréquemment, au contraire, elle se présente avec le défaut opposé et se montre tout à la fois plate extérieurement et pauvre à sa face interne. Elle est belle, chez le cheval de sang, lorsqu'elle est arrondie et quelque peu distincte des régions voisines par des interstices musculaires apparents, qu'il ne faut pourtant pas confondre avec ceux qui résultent de la maigreur. Elle est naturellement plus épaisse et plus charnue chez les animaux de grosse race, mais même pour eux a cessé d'être usitée l'expression bizarre et fausse de chargée de cuisine^ par laquelle on entendait désigner la cuisse trop volumineuse.
La face interne de la région, appelée le plat de la cuisse, est coupée dans sa largeur par la veine saphène, très-apparente à l'œil. On y pratique quelquefois la saignée. C'est souvent sur ce point que commence le développement du farcin, dont les boutons suivent la direction de la veine.
La cuisse est généralement plate chez les chevaux des contrées montagneuses, dans les races légères; elle prend une forme arrondie et se montre puissamment active dans les races les mieux conformées, sur les sujets athlétiques, bâtis pour le saut et pour une grande résistance au travail.
La fesse vient immédiatement en arrière de la cuisse ; sa base osseuse la place tout à fait à l'opposé de la hanche et se trouve être formée par la pointe tubéreuse de l'ischion, comme la base de la hanche est fournie par l'extrémité tubéreuse du même os, appelée ilium. Cependant,
la région no se borne pas à ce point qu'on nomme l'angle de la fesse ^ elle vient de plus haut et descend avec les grandes masses musculeuses qui s'étendent de l'épine sussacrée jusqu'au tibia. Dans cette partie elle est exclusivement charnue. Sa beauté résulte de sa longueur et du développement des muscles qui la constituent. On la veut longue ou descendue, proéminente , ferme , accentuée , offrant à l'œil un témoignage non équivoque d'énergie physique, de puissance motrice, et l'on a raison. Très-développée, elle fait dire le cheval bien culotté, perfection rare et fort recherchée ; bien plus souvent la région est courta et maigre et permettrait de qualifier l'animal de sans culotte^ conformation ordinaire des races méridionales que l'insuffisance ou la pauvreté du régime ont précipitées au bas de l'échelle de l'espèce. Une région charnue, qui n'a pas de chair, "ne donne aux sujets qu'une apparence grêle et chétive ; tels apparaissent effectivement ceux qui manquent de fesses. Mais ces observations no s'appliquent qu'aux animaux dont la santé n'est point en souffrance; la maigreur due à la maladie réduit les proportions, le volume des fesses comme le volume et les proportions de toutes les régions charnues; ce n'est qu'une situation passagère; le retour à l'état normal rend vite la partie à son développement naturel. Les races légères, cela va de soi, et cette dénomination seule ledit assez, ne sont point aussi chargées de fesses que les grosses races, dont le poids et la masse sont l'un des éléments de valeur les plus appréciés. Chez les premières, les muscles de cette région, au côté externe, se séparent de ceux de la cuisse par un interstice qui plaît en ce qu'il permet de mesurer jusqu'à un certain point la richesse musculaire de la région. Ceci n'a pas de nom en sa condition favorable, mais prend celui de raie de misère sur les animaux ([iii
ont souffert et qui sont épuisés par la fatigue ou par la vieillesse.
La conformation de la fesse se spécialise chez certaines races dont à son tour ell^ spécialise les aptitudes. Ainsi, ' elle est longue et droite, elle descend très-près du jarret chez les chevaux aux allures longues, aux enjambées puissantes et étendues, comme celles du cheval de pur sang anglais et des races qui en procèdent. Chez celles-ci, toute réduction de longueur devient une cause de rapidité moindre ou de moindre extension des allures, une imperfection conséquemment. D'autres races, mais celles-ci auront bientôt cessé d'être complètement, d'autres races présentent la fesse obliquement dirigée en avant, soit que la pointe de l'ischion se trouve plus prolongée en arrière, soit que les muscles prennent moins de développement dans la partie inférieure, soit à raison de l'une et l'autre cause à la fois. Toujours est-il que l'angle de la fesse est plus saillant en arrière et que la région est plus courte ; elle est alors moins favorable à Tétendue des contractions musculaires et à la vitesse, mais elle donne aux mouvements cette forme particulière que l'on a appelée du nom d'allures trides et cadencées. Chez les chevaux de gros trait, la fesse, très -développée en paquets musculeux, dénote par son exubérance plus de masse que d'élégance; mais, loin d'exclure la force, cette masse est un indice de véritable puissance ; la longueur manque, sans doute, mais ici le volume a plus de prix. On dit la fesse coupée, lorsqu'elle s'arrête trop brusquement dans son trajet et ne descend point assez vers le jarret.
Le grasset est situé à l'extrémité inférieure de la cuisse ; il a pour base la rotule. Il correspond au genou de l'homme, mais il a, chez le cheval, son équivalent dans le coude. On le voit recouvert par un repli de la peau qui
semble unir le membre à l'abdomen et qui prend le nom de pli du grasset. Cette région remplit un rôle nécessaire dans le mouvement d'extension de la jambe sur la cuisse, car elle devient l'agent de transmission des efforts des muscles extenseurs qui viennent du fémur. Cela fait' qu'elle a besoin de jouir de toute son intégrité et d'occuper la position que lui assignent ses fonctions. Sa beauté dépend donc et de sa netteté et de sa direction.
Le grasset est bien conformé, lorsque la rotule et les muscles qui s'y implantent forment um relief saillant, bien accusé sous la peau.
Il est situé près du ventre et un peu en dehors, double condition qui implique, d'une part, la longueur et l'obliquité de la cuisse, et d'autre part, la possibilité pour le membre postérieur de se porter librement en avant, sans que la saillie du ventre puisse mettre obstacle à la progression. Le grasset bas indique que le fémur est trop perpendiculaire ; celui qui se montre trop engagé sous le corps ne laisse pas au membre sa pleine et entière liberté d'action.
Le grasset est fort exposé aux violences extérieures, à la luxation et à des blessures diverses. Toute lésion a ici sa gravité par les suites possibles. Non seulement la boiterie qui accompagne toujours la douleur dans cette région ne se guérit pas toujours, mais un mal sourd persiste et Vov voit souvent le membre s'émacier et s'affaiblir.
E. L.a jambe. C'est la région qui s'étend de la partie inférieure de la cuisse au jarret; elle a pour base osseuse le tibia. Les muscles qui la garnissent extérieurement et en arrière sont les fléchisseurs et les extenseurs du canon et du pied. Leur volume fait qu'on la dit ou musculeuse, ou grêle. Sous ce rapport, elle se confond très-particulièrement avec la fesse. Quand cette région est bien pourvue,
riche et fournie, la jambe ne saurait être ni pauvre ni mince, puisque c'est en grande partie la même masse musculaire qui forme son développement en descendant jusqu'à la naissance de la corde du jarret. En avant, elle doit présenter une saillie très-prononcée, analogue à celle que nous avons signalée en parlant de l'avant-bras et qui résulte des muscles correspondants. D'ailleurs, et déjà nous l'avons dit aussi, par ses fonctions propres, par la direction qu'elle affecte, par le mode d'action des puissances auxquelles elle est soumise, la jambe est au membre abdominal ce que l'avant-bras est au membre antérieur. Toutes les considérations déjà développées sur la longueur de cette dernière région sont parfaitement applicables à l'autre. Elle varie de même et son plus ou moins d'étendue influe d'une manière notable sur les aptitudes do l'animal. On reconnaîtra le trait distinctif de la force dans sa brièveté unie à un grand développement des muscles; mais alors les mouvements sont courts et les allures raccourcies. Cette conformation est belle pourtant à sa manière, elle convient au cheval de trait au pas.
Par contre, la longueur de la jambe implique des mouvements très-étendus, de longues enjambées, des allures rapides, à la condition qu'elle sera proportionnellement bien musclée sous peine d'annoncer une fatigue prochaine, l'impossibihté de résister longtemps au travail. La longueur de cette région est favorable à la vitesse par l'étendue qu'elle donne à la contraction musculaire; mais la durée de celle-ci est en raison du volume des muscles. Or, des muscles grêles ne peuvent soutenir longtemps l'épreuve que leur imposent des contractions très-répétées. Au surplus, la longueur de la jambe, comme celle de l'avantbras, se montre en rapport inverse de celle du canon : ambe et avant-bras longs — canon court ; jambe et
avant-bras courts — canon long. Dans tous les animaux construits pour la vitesse, les canons sont courts et lej rayons supérieurs des membres, notamment ceux qui viennent au-dessus du jarret et du genou, ont plus de longueur; le contraire existe chez les animaux dont la marche est lente. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point.
Une autre dimension de la jambe mérite encore de fixer l'attention. Sa forme la meilleure est celle d'une pyramide renversée, parce qu'elle offre alors à sa partie supérieure l'ample développement des muscles qui la rendront forte, énergique et résistante dans l'acte de la locomotion. Mais on la veut large, très-large, l'animal se présentant de profil ; sous ce rapport, il n'y aura jamais excès; on peut ne point s'attacher à son épaissseur, mais une jambe étroite et serrée n'annonce jamais autant de force ou de puissance qu'il en est besoin à la région pour remplir efficacement son rôle.
F. lie jarret correspond au genou. Intermédiaire entre la jambe et le canon, il forme une articulation très-complexe ; il est le centre des mouvements de tous les rayons du membre postérieur, car sur lui s'appuient dans la station, ou réagissent pour la propulsion, et la colonne de support et les leviers locomoteurs.
Le jarret montre quatre faces, suivant qu'on examine l'animal de profil, par devant ou par derrière; mais on dénomme encore : 1" lepli^ c'est-à-dire la courbure de la face antérieure ; 2° la pointe, ou le sommet, déterminé par l'os appelé Cfl/caweMm, lequel forme le talon chez l'homme; 3° la corde, constituée par de gros tendons, et qui part de la pointe en s'élevant vers la jambe; ^"^ le vide ou creux, sorte d'excavation «ituée entre la corde et l'os de la jambe. Yoilà bien des distinctions pour une région aussi bornée.
Aucune n'est inutile cependant. Leur multiplicité n'est qu'une preuve en faveur de l'importance de cette articulation.
Comme toutes les régions du corps, celle-ci a ses conditions de bonne structure et des degrés qui en marquent la valeur, depuis son état tout à fait défectueux jusqu'à sa perfection : rara avis. Cependant, le jarret est considéré comme beau quand il est sec ou bien évidé, lorsqu'il se montre physiologiquement aussi développé que possible, quand son aplomb est régulier, lorsqu'il est exempt de tares ou de maladies quelconques , lorsqu'enfm il est ferme dans l'action, ferme et non vacillant. La sécheresse naît de la netteté, de l'absence de tout empâtement, de la finesse plus ou moins grande de la peau, de la forme accentuée des diverses éminences osseuses, du détachement très-marqué de la corde, qui laisse le creux très-prononcé. Dans les conditions inverses, il serait jo/em ou empâté. On le veut large et sa largeur est mesurée du pli à la pomte. Quand elle est grande, cette dimension implique la saillie du calcanéum en arrière et conséquemment la puissance du levier qu'il constitue; on le veut épais aussi, et son épaisseur s'apprécie en considérant la région par sa face antérieure. On juge fort bien de la sorte de l'étendue des surfaces par lesquelles les os se rencontrent; la grande étendue, est-il nécessaire de le dire? annonce la force et ajoute par cela même à la beauté de la région, à sa bonn conformation.
La question des aplombs viendra un peu plus loin.
En somme, la beauté anatomique du jarret consiste dan une conformation régulière et dans une bonne direction des os, dans les rapports justes, immédiats et précis qui existent entre ceux-ci, dans le développement normal de leurs éminences qui doivent être nettement accusées sous
la peau, dans l'état sain et la solidité des liens qui les assujettissent, dans la parfaite liberté des mouvements des zpièces osseuses et des nombreuses cordes tendineuses qui l^lissent sur leurs diverses surfaces.
j Ces conditions n'existeraient pas ou seraient plus ou •moins atteintes par la présence des tares ou des maladies qui ont leur siège au jarret, tares et maladies dont le nombre, la gravité et la fréquence témoignent des rudes assauts auxquels le travail soumet à tout moment cette petite roue de la grande machine — le jarret; on l'a appelé aussi la cheville ouvrière, et tout nom lui conviendra qui fera ressortir son importance.
Toutefois, la fatigue qu'il éprouve en compromet souvent la netteté, en dépit des soins apportés par la nature à sa consolidation. Tout, en effet, a été disposé pour affermir cette charnière et lui donner la force qui lui est nécessaire pour résister à l'action vive et brusque, puissante ou soutenue des masses musculaires qui agissent sur elle, et pour la mettre à F abri de maints accidents, de maintes violences.
L'anatomistese plaît à faire ressortir le soin avec lequel la nature a tout disposé pour éviter que, dans le rude travail qui lui mcombe , le jarret reçoive des chocs trop excessifs. Malgré cela pourtant, placé entre deux forces énormes, la masse du corps à projeter unie à l'action musculaire d'une part, et de l'auÉre la résistance incessante du sol, il est à chaque instant exposé à des accidents ou à des affections graves, si graves parfois que la liberté et l'étendue des mouvements en éprouvent une gêne considérable : alors c'est la valeur même de l'animal qui e? atteinte.
Ces maladies, ces tares ont toutes un nom; les unes son^ molles, les aulres résultent du développement; anormal de
certaines parties des os qui entrent dans la (constitution du jarret. Ces dernières se transmettent héréditairement des auteurs aux produits, soit directement, soit par suite de la conformation particulière qui prédispose la région à leur apparition ordinairement assez prochaine. On a appelé courbe la tumeur osseuse qui se montre à la face interne de l'extrémité inférieure du tibia ; Véparvm a son siège à la partie interne et supérieure du canon ; la jarde ou jardon vient, à l'opposé, sur la face externe du même os, à la partie inférieure et postérieure du jarret. Les tumeurs molles sont les vessigons, qui occupent les faces latérales de la région; le capelet ^quï se produit à son sommet, et la varice^ qui n'est autre qu'un vessigon articulaire antérieur.
A raison de la place qu'elles occupent, bien plus encore que de leur développement, ces diverses tares, il est bien aisé de le comprendre, occasionnent par la douleur des boiteries à peu près incurables, une gêne immense dans l'action, la diminution ou la perte des mouvements par l'ossification des ligaments articulaires et la soudure des os entre eux.
Une région aussi imporv:>>nte v;>ic être bien conformée et non défectueuse, une partie vajette à tant de fatigues doit être saine et non malade. Il y a donc nécessité de l'examiner avec une grande attention dans le choix d'un reproducteur ou d'un cheval de service.
Cr. Item rég^ioBis inférieure» des memlires. Ce n'est là qu'un titre d'ensemble, mais il est d'autant plus justifié qu'en général ov -lésigne les quatre extrémités du cheval sous cette appelIv:)l'.on générique — le dessous^ par opposition à la ligne supérieure du tronc, le dessus»
Quoi qu'il e^. soit, nous aurons à établir ici plusieurs subdivisions rationnelles.
La solidité des attitudes, la sûreté i de la marche, la durée prolongée des aptitudes locomotrices, sont dans la dépendance de la région du canon et de ce q|i'on nomme le tendon, parties intermédiaires au genou ou au jarret et au boulet.
Les considérations qui se rattachent à l'examen de cette région intéressent sa direction, son volume et sa longueur. Nous réservons le premier point, mais nous devons parler tout de suite des autres conditions.
Vue de face ou par derrière, la région doit paraître un peu plus large ou renflée à ses extrémités ; mais examinée de profd, elle doit présenter la même largeur dans toute son étendue. Indice irrécusable de force et de résistance, cette largeur ne sera jamais trop considérable ; bien plus souvent ce sera le contraire, une trop réelle insuffisance , surtout dans le membre antérieur. On juge un peu du développement de la charpente osseuse, chez le cheval, par le plus ou moins d'ampleur du dessous. C'est l'expérience qui a donné ce critérium, et ceux-là ont raison qui recherchent, sur l'animal destiné à de pénibles travaux, une grande largeur des canons, ensemble os et tendons. Un cheval corpulent porté sur des canons grêles ne présente aucune garantie ni de solidité, ni de durée. La gracilité du tendon est un défaut capital, car elle coïncide toujours avec des os minces. De larges et vigoureux tendons ne peuvent s'appliquer qu'à de gros os.
Ajoutons ceci : plus la région est longue, plus elle a besoin d'être développée dans le sens de son épaisseur. Malheureusement, c'est presque toujours l'inverse qui a lieu. En effet, elle s'amincit généralement en raison même de son élongation. Courte, au contraire, on la voit d'ordinaire épaisse, dense et compacte. On dirait (jue la même quantité de matière est seulement employée dans les deux
cas à la formation du rayon; étirée, elle offre moins de volume que lorsqu'elle n'a pas à suffire aux exigences d'une dimension disproportionnée.
En résumé, la largeur est la condition essentielle de Id beauté de cette région, mais elle doit venir du volume des os et des tendons, non de 1 épaisseur de la peau ou de l'abondance du tissu cellulaire abreuvé de lymphe. Il faut dès lors qu'elle coïncide avec la sécheresse des formes. Par contre le canon est défectueux quand il est étroit et grele, quand ses tendons sont peu développés, peu détachés de l'os ou collés à celui-ci, ou faillis^ suivant l'expression consacrée. On remarque parfois sur l'os de petites tumeurs osseuses, auxquelles il ne faut accorder d'importance qu'autant qu'elles sont placées de manière à gêner le libre glissement des tendons. A la partie inférieure, vers le boulet, il survient quelquefois des tumeurs molles, ce sont des molettes; d'autres fois le tendon présente un engorgement, une sorte de nœud sur un point quelconque de son étendue... ce sont autant de causes de dépréciation de la gravité desquelles il faut savoir juger, car celle-ci a des degrés.
Sous le canon vient le boulet ; c'est une articulation ayant à résister à de violents efforts; elle doit présenter un grand développement et une même solidité. Petite et mince, elle accuse de la faiblesse et succombe prompte ment à la fatigue; elle s'use prématurément, se déforme, ' sort de la ligne des aplombs et retire à l'animal, si brillant qu'ilse montre par ailleurs, une grande partie de son prix. Est bien près de la non-valeur, en effet, le cheval qui ne doit pas supporter longtemps la somme de travail résultant de la nature même des services à laquelle il paraît propre. Les conditions de la beauté de cette région sont les iiiêmei^ aue. celles dont nous venons de parler en traitant du ca-
non. Toutes les subdivisions inférieures des memlDres sont parfaitement solidaires les unes des autres. Inutile de nous attarder sur ce point.
Le principal défaut qui s'attache à cette région est sa déviation en avant. Alors l'animal est droit sur ses boulets^ il est bouleté : imperfection grave, vice essentiel, qui influe sur la solidité du membre tout entier et déprécie considérablement la machine. Dans sa position régulière, le boulet n'attire guère l'attention : simple détail, il se confond avec l'ensemble dont rien ne le détache, et on n'en parle pas. Il en est autrement lorsqu'il rompt l'harmonie générale par sa forme défectueuse ou par sa direction vicieuse ; il prend alors une très-réelle importance ; il devient chose principale, exerçant une influence marquée, non- seulement sur les autres régions du membre, mais sur la qualité, sur le mérite de l'animal pris en masse. C'est que le cheval ainsi affligé bronche plus souvent qu'à son tour^ il fait souvent ce qu'on appelle un faux pas ; il est trèssujet à tomber, parce que le boulet n'offre plus au canon qu'une base incertaine.
Le paturon a pour base le premier phalangien et les tendons qui l'entourent; posé obliquement, d'arrière en avant , entre le boulet et la couronne , il brise la ligne droite formée par l' avant-bras et le canon dans le membre antérieur, et par cette dernière région seulement, quand il s'agit du membre postérieur. Sa bonne ou mauvaise conformation résulte de ses dimensions et de sa direction. On veut que celle-ci forme avec la verticale un angle de 40 degrés au moins, ou de 45 au plus. Moins inclinée, la .région ne l'est point assez et l'animal est dit droit sur ses membres. Mais d'autres dénominations découlent de la direction du rayon , dont la longueur et le volume restent avec elle dans une dépendance étroite. Ainsi le paturon
court est généralement fort et. droit, alors le cheval est court-jointe\ mais solide dans cette partie du membre ; seulement les réactions y sont dures et l'extrémité devient plus sujette à se houleter. Tr<.)p de longueur du paturon conduit à d'autres résultats ; elle permet une inclinaison trop grande et fait que le boulet se rapproche trop du sol. Dans ce cas, le cheval est long-jointe\ la région est plus flexible, les réactions sont beaucoup plus douces. Quand on observe de la modération et dans l'inclinaison et dans la longueur, c'est à peu près la perfection, car alors le paturon se montre en même temps volumineux et fort; il devient faible, au contraire, avec cette structure quand il est mince ou étroit. Il peut enfin être court et néanmoins se rapprocher beaucoup de la ligne horizontale. Cette conformation est ce qu'on appelle bas-jointé^ et n'accuse qu'un degré de force assez limité.
On le voit, la direction et la longueur de la première phalange ont, au point de vue de la mécanique, dans la station et dans les mouvements de locomotion, une importance vraiment capitale. On le comprendra facilement, si l'on veut bien remarquer que l'articulation du boulet est le centre d!appui et de mouvement d'un levier dont la puissance est représentée par les tendons qui aboutissent aux grands sésamoïdes ou passent à leur surface, et qui ont pour bras de levier toute la droite menée de la coulisse sésamoïdienne au centre du pied : plus les phalanges sont inchnées en arrière, plus les puissances du levier ont à supporter du poids du corps ; un paturon droit et court rejette ce poids sur les phalanges.
Ce n'est point assez que la direction du paturon soit bonne, que ses heureuses proportions y ajoutent les conditions favorables qu'elles déterminent, il faut encore que la région soit exempte de tares et saine. Elle est souvent
déshonorée, empêchée dans le rôle important qui lui est dévolu par l'existence d'exostoses, d'un volume variable,, et très-gênantes pour le glissement des tendons, pour le jeu des ligaments articulaires. Il y a, dans ce fait, des causes nombreuses de boiteries à peu près incurables, dont le siège reste souvent obscur et dont la persistance ôte au cheval une très-notable partie de sa valeur intrinsèque. Le pli de cette région , c'est-à-dire sa face postérieure, qui devrait toujours être nette et parfaitement évidée, porte souvent au contraire des traces de blessures anciennes, qui ont épaissi et durci la peau ; il devient lui aussi le siège de maux divers, qui déprécient beaucoup Tanimal.
Entre le paturon et le pied, il y a une région trèscourte, celle qui couronne le bord supérieur de l'ongle et qui retient ce nom. Sa largeur et la parfaite intégrité de sa surface sont les conditions de sa beauté. Exposée à toutes sortes de violences, elle devient le siège de blessures et de tares particulières. La plus grave est une tumeur osseuse qui porte le nom déforme. C'est un motif pour y regarder.
Le pied est l'extrême région du membre. Par lui la masse du corps porte sur le sol dans la station debout et pendant la marche. Il est donc le soutien de l'animal ; s'il n'était pas sohde, l'édifice croulerait bientôt : les lois physiques ne s'abrogent pas : incerta basis, instabile œdificium.
Le pied est en contact permanent avec des corps durs qu'il a mission de fouler et contre lesquels il ne peut éviter de se heurter fréquemment. Aussi la nature en a-t-elle protégé les parties internes, qui sont très-sensibles, en les recouvrant d'un tissu moins vivant et plus résistant. C'est ainsi qu'elle a enfermé le cerveau et la moelle, qu'elle a façonné la cage de la poitrine pour abriter des viscères délicats. C'est une boîte aussi qu'elle a placée à l'extré-
mité libre des membres, et dans laquelle sont arrangés, soigneusement enveloppés, tous les tissus qui auraient eu à souffrir d'un contact trop immédiat avec le sol et ses diverses aspérités.
Partout ailleurs, il a suffi de recouvrir l'os de tissus mous et de peau pour le protéger lui-même. Ici, l'enveloppe cutanée, pure et simple, n'eût point offert assez de résistance, il a fallu trouver autre chose. Cette autre chose est la corne du sabot. Mais la boîte cornée elle-même devait être, quant à sa forme et quant à ses usages, diversement composée et contournée, si bien qu'elle présente, à vrai dire, trois modifications essentielles, très-caractérisées et très-distinctes dans la paroi qui forme le pourtour du sabot, toute sa partie visible lorsque le pied est à l'appui; dans laso/e qui constitue à la surface plantaire du pied une plaque façonnée en voûte et fermant la boîte en dessous ; dans la fourchette enfin, espèce de coin formant un relief pyramidal, à la face plantaire, entre ce qu'on appelle les arcs-boutants, les barres et les branches de la sole. N'allons pas plus loin, car nous serions bien vite entraîné au delà de notre cadre.
Revenons sur nos pas et déterminons en quelques mots les caractères du pied normal, du pied bien constitué. La surface extérieure devra être lisse, comme vernissée ; la surface inférieure, concave, ne reposera sur le sol que par sa circonférence. La fourchette sera bien dessinée; les talons seront arrondis et ouverts; la corne grise ou noire, résistante et élastique, assez épaisse pour servir de plastron protecteur aux tissus qu'elle revêt. La paroi sera inchnée à 450 environ avec le sol et, dans son ensemble, la région sera, quant à son volume, proportionnée à la masse qu'elle supporte.
Les défectuosités, les maladies particulières à chacune
des parties du corps, se multiplient à raison même de leui importance, du rôle plus ou moins pénible qui leur incombe dans le fonctionnement général. A ce titre, le pied est richement pourvu; les maux, les infirmités ne lui sont pas épargnés. Ils dépendent de son volume, des dimensions relatives des parties constituantes, de sa forme, des qualités de sa substance et de sa direction. De là, de nombreuses qualifications. Ainsi l'on nomme : le pied grand, caractérisé par un volume trop considérable relativement à celui du corps, il alourdit la marche; le pied petit, défaut inverse qui prédispose aux boiteriesen raison de l'étroitesse de la boîte cornée ; le pied étroit, à talons serrés, encastelés , dans lequel on trouve le diamètre transversal du sabot plus petit que le diamètre antéro-postérieur ; il en résulte la compression des parties vives, c'està-dire de la douleur, une marche pénible, de la fatigue et de la boiterie, une boiterie souvent incurable; le pied à talons bas, exposé aux bleimes par les pressions plus fortes accumulées sur les parties postérieures; lepiedjj/aï, dont la surface plantaire, trop plane, est très-sujette aux foulures; le pied comble, déïeciiiosité grave résultant d'une saillie anormale de la sole qui gêne extrêmement les allures et nuit proportionnellement à l'utilisation de l'animal; le pied cerclé, dont la surface externe de la paroi présente, échelonnés, des sillons et des saillies circulaires nés des souffrances intermittentes qui ont atteint la matrice même de l'ongle; le pied massif, dont la corne, trop épaisse, est exposée à la fois à se fendre et à se resserrer, d'où des compressions douloureuses ; le pied maigre, dont la corne, trop mince, se sèche, éclate et se fend facilement; le pied dérobé, dont le bord plantaire apparaît très-irrégulier à raison des pertes, des éclats qu'il a subis et dont la ferrure est difficile; le pied mou ou (jras, dont la corne manque de
ténacité et ne présente pas assez de résistance à l'attache du fer; le pied cagneux^ panard et de travers, qui trahit des défauts d'aplomb; le pied hot,, qui est une grave difformité ; le pied pinçard ou rampin^ dont les talons ne touchent pas le sol.
Nous en passons peut-être; mais ce qui importe le plus dans une étude de ce genre, c'est la détermination exacte des caractères du pied bien conformé. Or, nous avons commencé par là.
C'est d'ailleurs ce à quoi nous nous sommes attaché dans toutes les pages qui précèdent, et, en ce qui touche plus spécialement les membres, nous pouvons espérer que, oubliant ce mot : « Ce n'est pas avec les jambes que le cheval marche, » le lecteur se sera convaincu au moins qu'elles ont l'utilité effective de colonnes de soutien. La solidité de l'édifice est dans leur ampleur et dans leur construction. Il n'y a pas de travail sérieux à imposer au cheval qui ne tiendrait pas sur ses membres. Une cinquième roue n'a jamais été nécessaire à un carrosse, mais quatre roues, bien conditionnées, ont toujours été considérées comme absolument indispensables à sa destination. Sont très-certainement fort habiles ceux qui parviennent à remonter leurs écuries à bas prix en cherchant parmi les mal bâtis, les défectueux et les tarés que la majorité repousse, les chevaux capables de rendre encore quelques services. Ils dépensent peu à la fois et satisfont leur goût de brocanteurs. Ils rencontrent, par-ci, par-là, des non-valeurs commerciales qui remplacent plus ou moins avantageusement des animaux d'un prix élevé; elles leur font moins d'honneur, mais elles portent parfois un certain profit. Alors on se félicite volontiers de !a boiine aubaine; on dit tout haut, trop haut, ses succès; on tait soigneusement ses mécomptes. Ni les uns ni les autres ne consLilucntun bagage
très-enviable Nous n'écrivons pas pour, mais contre
les actes ou le savoir-faire du maquignonnage.