‹ Achat du cheval, ou Choix raisonné des chevaux d'après leur conformation et leurs aptitudesChapitre 11 sur 15 · III. LES APLOMBS · texte numérisé non relu

III. LES APLOMBS

En thèse générale, le mot aplomb indique la direction que suivent, dans leur chute à la surface de la terre, les corps sollicités par la gravitation. Dans l'étude que nous faisons, on l'applique à la disposition d'ensemble des membres considérés comme colonnes de soutien et comme agents de la locomotion.

La direction que les membres affectent sous le corps n'est pas une, mais diverse : elle n'est pas toujours également favorable à la station et au mouvemeiit; dès lors elle est exacte ou défectueuse, et les aplombs sont beaux et réguliers, ou mauvais et vicieux. Le sens physique du mot s'est donc étendu à toutes les dispositions que la conformation individuelle, congéniale ou acquise impose aux quatre membres. Malgré cela, le point de départ de l'étude est toujours la perfection, d'où il suit que la première chose est de préciser les règles d'après lesquelles on détermine les aplombs réguliers, à ce double point de vue : solidité de la machine qui représente l'animal en station, et parfaite exécution de ses mouvements. Tout ce qui s'écarte de ces conditions devient plus ou moins défectueux.

Pour juger des aplombs d'un cheval, on doit le faire placei\ c'est-à-dire maintenir en repos, les quatre piedà formant les quatre coins d'un rectangle, qui représente la base de sustentation. Dans cette position, le poids du corps est également réparti sur chaque bipède latéral ; mais les membres antérieurs, que nous savons être plus particulièrement préposés au soutien, sont un peu pliis

DE LA CONFORMATION EXTÉRIEURE. 103 chargés que les autres. L'équilibre est stable ou parfait, quand le, poids total de la masse est ainsi distribué; et chaque membre, placé comme nous l'avons dit, se trouvant au milieu du cercle de tous les mouvements qu'il peut accomplir, se déplace aisément en tous sens, sans perte de temps et sans travail inutile.

Les aplombs doivent être examinés de profil et de face, dans chaque bipède antérieur et postérieur.

A. 1ii>i§$ as»lombN <ln i»4*iul>re antérieur. Celui-ci est d'aplomb : 1° lorsqu'une hgne verticale, abaissée de la pointe de l'épaule jusqu'au sol , rencontre ce dernier un peu en avant de l'extrémité antérieure du sabot (la pince) ; 2° lorsqu'une autre verticale, abaissée du milieu de la face latérale de Tavant-bras, partage également le genou, le canon, le boulet et vient gagner le sol à une certaine distance des talons ; 3° enfin lorsqu'une verticale, abaissée de la partie la plus étroite de l'avant-bras, vu de face, partage inférieurement tout le membre en deux parties égales.

IS. iLes» aplombs c§u iii«.'sail>B'e potitéric^iir. Ils sont réguliers : 1° lorsqu'une verticale, descendant de la pointe de la fesse, rencontre la pointe du jarret et longe la face postérieure du tendon avant d'arriver à terre; et 2*^ lorsqu'une verticale, abaissée du milieu de la pointe du jarret, vu par derrière, partage également en deux moitiés latérales tout le reste du membre.

C. lies déf^'CtHOisîté!!» «raplonil». Les règles ainsi posées, il nous reste à en dire les écarts, ou plutôt à signaler leurs inconvénients.

Le bipède antérieur est trop cliargé «thez le cheval qui est sous lui du devant^ il lève peu le pieu antérieur, rase le tapis et butte souvent. Il ne convient point au service de la selle ; l'emploi au trait lui est moins nuisible ou plus facile, surtout à une allure lente.

L'avant-main est déchargée, quand le cheval est sons lui du derrière^ mais au détriment du bipède postérieur, dont le travail et par suite la fatigue augmentent. Ce surcroît d'action forcée lui enlève une partie de sa puissance, et ce fait se traduit par un ralentissement et un raccourcissement dans les allures.

La défectuosité opposée porte les membres dans une direction tout autre et produit des effets différents. Le cheval qui se campe^, allège le bipède qu'il éloigne de la ligne d'aplomb et du centre de gravité ; il ne l'allège, d'ailleurs, que parce qu'il en souffre. Cette position détermine encore le raccourcissement des allures. Le cheval qui est sous liii^ soulage les parties postérieures du pied, en portant le poids du corps sur les parties antérieures de la région, sur la pince ; c'est l'opposé qui a lieu chez le cheval campé.

La rectitude du membre, si favorable au soutien du corps, est également rompue chez le cheval arqué et chez celui qui présente la déviation opposée, appelée genou creux.

Quand la première imperfection existe de naissance, on dit le cheval brassicourt^ on le qualifie de l'autre nom quand le vice d'aplomb est dû à l'excès de travail. La distinction est un peu subtile; il n'y a pas loin de l'une à l'autre défectuosité, qui amène promptement des altérations correspondantes dans les rayons inférieurs du membre. Ce point est donc celui quil faut vérifier tout d'abord pour juger du -r^egré de solidité qui reste à l'animal.

Le genou creux est essentiellement défectueux, il tient à une mauvaise condition de l'articulation et ne promet que de pauvres services.

Les chevau'*s bas-jointés et loug-jointés ont beaucoup de

souplesse dans les mouvements, mais ils résistent peu à la fatigue; les parties tendineuses qui enveloppent l'articulation du boulet, très-surchargées, s'altèrent promptement; de là des désordres profonds qui mettent bientôt l'animal hors de cause.

Les chevaux droit-jointes sont nécessairement courtjointés. Ici, la plus forte part du poids de la masse se fait sentir sur les ravons osseux. Les réactions sont dures, les allures sans élasticité et sans élégance; l'usure est rapide. La violence des chocs éprouve fortement les pieds, qui deviennent bientôt douloureux. La bouleture est assez ordinairement prochaine et s'accompagne de la déviation qui fait dire le membre arqué.

Le pied panard et le pied cagneux^ tous deux déviés, celui-ci en dedans, celui-là en dehors, n'appuyant pas sur le sol par toute leur surface plantaire, fatiguent plus sur le côté le plus faible ; c'est le quartier interne pour le membre affecté de panardise, et le quartier externe pour celui qui est cagneux. Cette inégalité de répartition, sur le pied, de la masse à supporter, nuit certainement à l'action du membre et tiraille avec force les articulations d'un côté seulement. Le cheval panard billarde; il est raccourci dans ses allures, sujet à se blesser, car souvent le pied d'un membre atteint le membre opposé. Le cheval cagneux ne marche ni plus régulièrement ni plus vivement, et il est exposé aux mêmes accidents.

Le genou qui, s'écartant de la ligne d'aplomb, se trouve porté en dedans, prend le nom de genou de bœuf, et détermine encore une inégale répartition du poids du corps sur les différentes parties de l'articulation ; la direction des forces est décomposée et les allures en sont viciées. Il faut dire, cependant, que cette conformation n'empêche pas de tirer d'assez bons services du cheval qui

la porte, quand on emploie celui-ci exclusivement au pas

et surtout comme limonier.

Chez les chevaux trop serrés, soit du devant, soit du derrière, la base de sustentation est rétrécie et, dans l'action, les membres sont atteints plus ou moins profondément, assez gravement quelquefois pour que de ces misères naisse la boiterie.

Les chevaux trop larges ont les allures plus ou motns alourdies.

La perfection des aplombs est chose rare ; leurs imperfections ont des degrés : celles-là seulement qui sont le plus prononcées déprécient fortement l'animal en lui ôtant de la grâce, de la régularité de ses mouvements, en raccourcissant ses allures et en lui imposant un travail plus pénible pour un effet utile moins complet ou moins durable.

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