C. i.a poitrisie ne mérite pas une moindre attention
Nous savons déjà quels organes sont renfermés dans sa cavité. Le cerveau, le cœur et le poumon forment, a* t-on dit, le trépied de la vie. Le premier a été muré dans une boîte solide qui le met à l'abri de toute atteinte extérieure ; les deux autres ont été logés dans une cage oS-
jseuse, mobile, admirablement appropriée à leur condition respective. Le poumon et le cœur ont besoin d'espace, de beaucoup d'espace. L'entier et utile accomplissement les fonctions qui leur sont départies dépend et de leur propre développement et de la facilité avec laquelle ils peuvent alternativement s'emplir et se vider sans s'arrêter jamais, sans éprouver aucune gène. Pour que le contenu puisse être volumineux il faut que le contenant soit ample, très-ample. Toutes les conditions de beauté se réduisent ici dans un seul fait, mais il est capital ; il résulte des plus grandes dimensions de la cavité de la poitrine. Là est la toute puissance, la vitalité la plus énergique. Quand la poitrine est vaste, le poumon est volumineux, la respiration est large et facile ; le cœur est gros et projette vigoureusement, à chacune de ses contractions, une masse considérable d'un sang riche et nutritif dans tous les organes ; les muscles qui prennent leur appui sur les côtes ont plus d'étendue et d'activité ; toutes les parties de l'animal sont fortement excitées et plus vivantes ; l'action musculaire est plus prompte et plus complète.
Les fonctions les plus essentielles, la respiration, la circulation, la nutrition et la locomotion, sont donc trèsélroitement liées à la conformation de la poitrine, à sa capacité intérieure, facile à mesurer par ses proportions extérieures.
Cette vaste région comporte, en hippographie, de nombreuses subdivisions que nous laisserons à l'écart parce que la forme seule, dans son ensemble, nous intéresse. Elle est spacieuse, et on la dit belle, quand elle est haute, large et profonde ; mais il faut s'entendre sur la signification de ces ujoIs.
La hauteur de la poitrine se mesure du garrot à la ré-
gion sternale, au point où les membres antérieurs se détachent du tronc : sa capacité est pourtant mieux déterminée ou du moins accusée d'une manière plus exacte par cette expression très-caractéristique, poitrine descendue. Au surplus, le mode de mensuration du cheval se divise quant à sa hauteur prise du sommet du garrot à terre, en deux parties : l'une pleine, c'est la poitrine; l'autre vide, qui vient au-dessous et que la longueur des rayons libres du membre détermine. Ces deux divisions, inégales, font que le cheval a la poitrine haute ou descendue^ qu'il se montre près de terre, quelle que soit d'ailleurs sa taille ; dans les conditions opposées, c'est-à-dire quand la poitrine ne descend pas assez entre les membres antérieurs, on trouve que le cheval n'a pas de poitrine^ qu'il n'a pas de passage de sangle, ou bien encore qu'il est enlevé, qu'il est trop loin de terre, qu'il lui passe trop d'air Sons le ventre,
La partie pleine de la poitrine est la plus grande des deux divisions que nous venons de faire dans la taille du cheval, mais la différence a des degrés; plus elle est considérable au profit de la partie pleine, plus vaste est la capacité de la poitrine, meilleure est la conformation générale de l'individu pris dans son ensemble. Chez les chevaux les mieux constitués à tous égards, la différence dépasse souvent 30 centimètres; chez les plus défectueux, elle descend entre 15 et 10 centimètres. Mais il n'est pas besoin d'avoir un mètre à la main pour apprécier ces deux longueurs, ces deux divisions inégales. On les mesure trèsfacilement et très-sûrement avec l'œil en prenant pour repère un point fixe, soit le sommet du coude. La poitrine qui s'arrête au niveau, ou seulement à très-peu de distance de cette petite région, manque de hauteur et fait dire le cheval enlevé; celle qui descend beaucoup au-dessous est
plus haute, montre le cheval plus près de terre ; elle est bien descendue. Dans le premier cas, la pointe antérieure de l'os qui la ferme en dessous (le sternum) se relève en carène de vaisseau ; cette conformation coïncide avec un mauvais passage de sangles : dans le second cas, elle plonge en s' abaissant entre les avant-bras et augmente d'autant la capacité intérieure , l'espace occupé par les poumons. La largeur se mesure de face en considérant le poitrail et l'écartement des membres antérieurs. Le grand développement de cette dimension est un signe de force. Le poitrail étroit ou «erre n'appartient qu'à des constitutions machevées, à des natures plus nerveuses ou plus impressionnables que musculeuses et résistantes ; il annonce une capacité intérieure insuffisante, des voies respiratoires peu ouvertes. Une petite trachée passe aisément par une petite ouverture ; mais au calibre peu considérable du conduit aérien succèdent des divisions bronchiques d'un calibre très-exigu; par suite les poumons ont peu de volume, et la cavité de la poitrine ne se fait pas vaste, dans toutes ses dimensions, pour loger de petits organes. Extérieurement, la grosseur des muscles pectoraux répond en tout aux proportions du thorax. On ne voit pas des muscles puissants s'attacher à des os menus, étroits et serrés les uns contre les autres, lorsqu'ils doivent s'éloigner et offrir de larges surfaces à leur solide implantation. Quand donc le poitrail est large, son entrée donne accès à un gros tube trachélien duquel naissent de grosses divisions bronchiques qui s'entourent d'un tissu pulmonaire abondant et vivant. Si nous remontions vers la tête, nous trouverions les cavités nasales larges et spacieuses chez les chevaux au poitrail ouvert, les mêmes régions étroites et serrées chez ceux dont l'entrée de la poitrine est exiguë : si, au contraire, nous portions nos regards sur la structure des membres anté-
rieurs, nous les verrions très-longs et grêles dans ce dernier cas, et dans l'autre, amples, forts et solidement appuyés...
C'est ainsi que cette importante loi d'harmonie et d'accord, déjà signalée, se montre partout et préside avec la même certitude au développement des diverses pièces de la machine pour établir entre toutes une solidarité parfaite.
On a dit que le développement du poitrail pouvait être excessif et nuire beaucoup à la légèreté du cheval de selle. Si ce défaut a été commun dans les anciennes races, ilXaut avouer que celles de l'époque actuelle en ont été singulièrement corrigées. Les chevaux trop larges du devant ou trop chargés du poitrail sont bien rares aujourd'hui ; bien plus nombreux sont les chevaux étroits, minces, serrés et plats.
Enfin la profondeur de la poitrine s'établit d'avant en arrière. On dit vulgairement une poitrine haute et profonde, en employant ces épithètes comme synonymes; on confond alors deux dimensions parfaitement distinctes. La profondeur du thorax ne peut être prise que dans le sens de la longueur du corps, et c'est bien en ce sens qu'on trouve le plus d'espace. Chacune des côtes peut offrir une surface plus ou moins large ou plus ou moins étroite; elles peuvent être aussi plus rapprochées ou plus éloignées les unes des autres et former la cage thoracique plus ou moins profonde.
On a beaucoup disserté sur la forme arrondie ou elliptique de la poitrine. Les uns la veulent cylindrique, par la raison qu'un cercle contient plus qu'une ellipse d'une égale dimension, d'où il résulte que plus l'ellipse dévie du cercle et moins elle contient. Faisant application de ce fait à la poitrine, on ajoute : Une poitrine haute n'est spacieuse et n'offre une grande capacité qu'en raison de sa largeur proportionnelle. Sans repousser la démonstration, on en
excepte le cheval de pur sang anglais, dont les poumons sont très-volumineux et dont la puissance d'haleine est presque illimitée, parce que, dit-on, si la poitrine est plus aplatie que ronde, elle est aussi beaucoup plus haute, caria côte est très-longue et la région sternale très-descendue. Mais beaucoup contestent qu'il y ait suffisante compensation et donnent la préférence à la forme cylindrique.
Tous cependant ont raison. Cette dernière forme, qui donne à l'animal de vastes poumons, le fait aussi épais, charnu et lourd, afin de l'approprier à une spécialité précieuse, celle de la force et de la résistance par le poids. Le cheval de trait doit être ainsi conformé. Nécessaire à une autre destination, la forme elliptique a d'autres avantages : elle allégie la machine dans toutes ses parties antérieures et lui permet de fonctionner avec beaucoup plus d'agilité; mais, pour suffire à toute l'activité imposée aux actes respiratoires, elle a besoin de racheter par la hauteur et par la prof on- É?ewrce qu'elle perd en cessant d'êtrecylindrique. La poitrine haute, qui ne serait pas profonde, ne serait qu'une poitrine étroite et serrée^ aux poumons insufiîsants. On en voit beaucoup de cette forme, elles sont défectueuses au premier chef. La poitrine ronde, cyhndrique, n'a besoin ni de la même hauteur, ni de la même profondeur; car, en effet, à dimensions égales, un cercle contient plus qu'une ellipse. Or, si utile que soit le grand développement de l'appareil pulmonaire, il a aussi ses limites, qui eussent été dépassées, au détriment d'autres appareils, dans la poitrine cylindrique, si elle avait présenté à un égal degré les avantages propres à l'ellipse et réciproquement. Les deux formes ont donc leur utilité et leur raison d'être; elles aboutissent l'une et l'autre à une grande capacité sans atteindre jamais à l'excès; il faut les considérer toutes les deux comme mauvaises, c'est-à-dire comme
insufiQsantes, lorsque, proportionnellement au reste de la machine, elles offrent — celle-ci un cylindre trop étroit, — celle-là une ellipse défectueuse ou incomplète.
Nous ne pouvons quitter cette région sans donner un coup d'œil très -attentif au flanc qu'on a très-heureusement défini le miroir de la poitrine. En effet, il répète avec une fidélité parfaite les mouvements d'élévation et d'abaissement des parois du thorax, lesquels répondent aux actes inspirateurs et expirateurs : la régularité ou l'irrégularité de la respiration se trahit dans cette petite région, dont l'étendue des mouvements n'est gênée par rien, puisqu'elle n'est composée que de parties molles. Tenant à la dernière côte, celle-ci lui imprime aisément et forcément l'agitation normale ou anormale qui l'élève et l'abaisse alternativement. C'est ainsi que le flanc devient réellement le miroir de la poitrine.
On ne veut le flanc ni long, ni creux, ni cordé. La longueur de cette partie coïncide toujours avec l'excès de longueur du rein, deux défectuosités pour une. Ce n'est pas tout cependant, le flanc n'a trop de longueur que lorsque la poitrine manque de profondeur. Voilà un animal affreux, car il ne vaudra guère avec sa mauvaise poitrine et son mauvais rein. Lesconditions opposées dicteront un tout autre jugement. Le cheval ne saurait être médiocre, qui a la poitrine profonde, le flanc et le rein courts, car aussitôt ces régions se montrent couvertes de muscles volumineux et puissants. C'est ainsi que la force appelle la force dans une même structure, et que les causes de faiblesse se multiplient logiquement chez un même individu, par cela seul qu'une région considérable, faiblement constituée, ne permet pas autour d'elle le développement d'un degré de puissance qui lui nuirait.
On dit efflanqué^ le cheval dont l'état du flanc, creux et
cordé, indique de la souffrance. Celle-ci peut être le résultat d'une conformation naturellement défectueuse, ou la suite d'un mal passager ; le plus souvent, elle dénonce une disposition particulière et mauvaise des organes digestifs. Le flanc est levrette^ quand il donne à l'animal l'apparence de la conformation du lévrier. Les chevaux ainsi faits sont en général petits mangeurs et délicats sur la nourriture qu'ils digèrent plus ou moins mal, et, pourtant, chose étrange, ils ont d'ordinaire beaucoup d'ardeur. A la vérité, celle-ci n'a pas de durée ; c'est i<n feu de paille^ et bientôt ils sont sur le flanc. Ces sortes de chevaux se ruinent très-vite, tout en ne rendant que d'assez pauvres services.
Voyons maintenant les mouvements du flanc. L'expérience veut avec raison qu'on les recherche égaux et réguliers ; leur vitesse s'accélère par l'exercice, sous l'influence de la doukur, etc. L'animal est dit souffleur ou court d'haleine, s'il reste longtemps essoufflé après un travail plus ou moins rapide. Dans la pousse, ces mouvements sont irréguliers et entrecoupés d'un soubresaut,
M. lie ^^entre forme en arrière et en dessous de i*animal, la contre-partie des côtes. De même que le développement extérieur de la poitrine se montre en raison directe de l'étendue des fonctions respiratoires dans chaque individu, de même l'ampleur du ventre répond au volume des viscères digestifs abdominaux. Chez le cheval néanmoins, le volume est en raison inverse de ia qualité nutritive des aliments dont il fait usage. Le cheval doit manger, conséquemment se nourrir de substances très-riches sous un petit volume; encore n'en tirera-t-il en quelque sorte que la quintessence, faute de pouvoir donner un temps suffisant à la digestion. Si on le soumet à un régime grossier, si on veut au'il vive de nourritures pauvres, il en exigera
d'énormes quantités qui distendront la masse intestinale en chargeant beaucoup le suspensoir qui la soutient. Dès lors le ventre prendra des dimensions exagérées, disproportionnées, qui alourdiront l'animal, en témoignant du grand volume des intestins. Pour se loger, ceux-ci refouleront le diaphragme, cloison mobile qui sépare la poitrine de l'abdomen, et gêneront dans leur jeu les organes de l'économie qui ont le plus besoin de toute leur liberté d'action. Le développement exagéré du ventre porte donc un très-notable préjudice à l'économie. Les vastes dimensions des poumons allègent la machine, la grande capacité du ventre l'alourdit ; l'air qui emplit la poitrine n'a pas la pesanteur des matières qui emplissent le canal digestif: il n'y a point de comparaison à établir entre le poids d'un poumon plein de l'aliment qu'il est chargé d'élaborer, et le poids du tube alimentaire plein des nourritures qu'il est chargé de digérer. Il y a donc lieu à prendre ceci en trèsgrande considération, afm de donner au cheval le régime qui lui est propre et en dehors duquel on fait un animal quelconque, plus ou moins lourd, apathique, impuissant ou monstrueux, non une machine organisée suivant les lois qui la régissent.
Le cheval propre aux services rapides aura le ventre bien conformé si, dans son développement, il ne dépasse pas la circonférence du thorax. Plus celle-ci sera grande, plus sera considérable la capacité du ventre. Le volume moindre, obtenu à l'aide du régime spécial de V entraînement, est nécessité par des exigences particulières et temporaires ; il constitue un état passager, non une condition normale. Le plus grand volume est un ioconvénient toujours, il ôte à l'animal de son ensemble, car il détruit l'harmonie entre toutes les formes et devient une imperfection qui a son nom : il fait dire le ventre tombant p ou avale\ ou
ventre de vache. Cette défectuosité en provoque souvent une autre, et l'on voit beaucoup de chevaux au ventre avalé, devenir ensellés par suite de la flexion de la ligne supérieure, de la colonne dorso -lombaire. « Il en est de même, dit très-judicieusement M. F. Lecoq, il en est de même des chevaux à côte plate, dont la poitrine resserrée rejette en arrière les viscères abdominaux. Le ventre de vache indique un cheval mou, grand mangeur, et peu propre aux allures rapides, à cause de sa masse et de son peu d'haleine. En effet, les côtes, s'élevant à chaque mouvement respiratoire, doivent soulever la masse intestinale qu'elles supportent par leurs extrémités, et le mouvement d'élévation devient d'autant plus pénible à exécuter que le ventre, plus développé, oppose une plus grande résistance. Le ventre de la jument qui a porté, reste toujours plus volumineux qu'avant la gestation »
Le défaut opposé a aussi sa dénomination particulière, et l'on dit, étroit de boyaux., le cheval dont le ventre va se resserrant vers les flancs. Celui-ci se nourrit mal et finit par souffrir ; il n*est pas capable d'un service bien suivi. Il se rapproche beaucoup pour la durée et la résistance, trop peu prolongées, des chevaux qui ont le flanc re* troussé ou qu'on appelle levrettes.
En somme, la conformation de toute cette région sera réputée bonne lorsqu'elle continuera la forme extérieure de la poitrine, c'est-à-dire lorsqu'elle se fondra doucement avec le cercle des côtes et les flancs.
B. La croupe vient à la suite du rein et se termine par la queue. Ces deux régions, qui n'en font qu'une tant elles restent dans la dépendance l'une de l'autre, complètent le tronc en arrière. Leur ampleur et leur bonne direction influent sur la beauté de l'individu en général, mais elles ne ^emplissent cette condition que parce qu'elles sont Mne
puissance, une force incontestée qui donnent un grand prix à l'animal. Eloigné du foyer central de la vie, ce groupe semble n'en pas recevoir toujours assez d'activité pour se former entièrement; plus fréquemment il reste comme inachevé. Sont rares, en effet, les chevaux dont l'arrière prend un accroissement proportionnel au développement des parties antérieures, bien que cette conformation soit particulièrement favorable à tous les services et plus encore aux services rapides.
Le point essentiel dans la conformation de la croupe est son étendue, sa longueur d'avant en arrière et sa largeur d'un côté à l'autre * jamais croupe n'a été trop longue; courte, elle n'a jamais été belle en ce que, dans ce cas, elle ne réunit pas les conditions nécessaires à son plein effet. L'animal long dans sa ligne dorsale et lombaire, manque de vigueur et ne résiste pas au travail. Ces imperfections, presque toujours accompagnées d'une croupe courte, seraient fort atténuées par une croupe longue. La puissance et l'énergie se trouvent bien plus sûrement dans la conformation inverse, c'est-à-dire chez les animaux longs par la croupe et courts du rein et du dos. Les petites dimensions delà croupe sont défavorables à l'extension des allures; par contre, l'action des membres est tout autre chez les animaux à croupe longue et bien musclée. Ces deux conditions, qui ne vont guère l'une sans l'autre, se complètent naturellement; la longueur du bras de levier (due à Tétendue de la charpente osseuse) fournit à la puissance, aux muscles, le moyen d'agir, de se contracter plus fortement.
On a longtemps cherché dans la direction de la croupe une autre condition de sa bonne conformation; mais l'examen attentif et raisonné d'après les lois même de la mécanique a facilement démontré que les croupes horizontales ou inclinées remplissent également bien, suivant les
cas, le rôle dévolu à la région dans des conformations différentes.
L'épaisseur des muscles qui la forment et la direction des os qui lui servent de base lui font appliquer des dénominations très-diverses. On l'appelle double quand, trèscharnue, elle présente deux coussins saillants, séparés par un sillon médian. C'est la conformation de la région chez . les races de gros trait et notamment chez la race boulon naise. Toujours large, elle donne bien l'expression de la force, mais de la force agissant avec lenteur; elle serait trop lourde chez les races rapides où les lois de la mécanique veulent qu'elle soit plus longue que large sous peine de voir perdue pour l'effet utile — la progression — une partie des actions dépensées sans profit et employées au mouvement latéral l'bercement du train postérieur) ré- «iultant d'un excès de largeur.
La croupe tranchante, désignée encore sous le nom de croupe de mulet, présente un contraste frappant avec celle-ci. Dans la croupe double, les os disparaissent sous le développement des muscles; dans la croupe tranchante, c'est la charpente osseuse qui s'impose à la vue : elle forme de chaque côté de l'épine sacrée, haute et saillante, un plan très-inchné , et les muscles qu'elle supporte, quoique fermes, rigides et forts, offrent peu de volume. La croupe est assez généralement tranchante dans les races légères des contrées montagneuses. La mode l'a souvent repoussée, mais sans motif plausible à moins qu'elle manque d'une ampleur relative.
La croupe horizontale se définit d'elle-même ; elle se trouve à peu près sur la même ligne que le rein et la continue. Au rebours de la précédente, la mode l'avait adoptée comme plus agréable à l'œil, mais sans autre raison sérieuse, car l'exagération, ici, ne se justifierait par rien
de fondé ; elle appartient aux races de luxe qui brillent plus qu'elles ne peinent. La croupe trop droite manquerait par cela même d'énergie. Il est beaucoup préférable qu'elle soit jusqu'à un certain point anguleuse^ dénomination qui lui vient quand la disposition de ses éminences osseuses donne, en eifet, à sa surface plusieurs angles accentués. Ceci est une beauté extérieure, parce qu'on en trouve aisément la raison physiologique. En donnant aux bras de leviers beaucoup de longueur, elle favorise singulièrement l'action musculaire éloignée par cette longueur même du parallélisme qui lui devient défavorable dans les croupes trop horizontales. Il ne saurait être question, faut-il donc le dire? des croupes que l'amaigrissement et la pauvreté auraient faites accidentellement anguleuses, mais de celles qui le sont naturellement et par conformation. La croupe anguleuse, longue et puissamment musclée, est le modèle des croupes, et pourrait se trouver avec avantage dans toutes les races quelconques du cheval. La croupe droite est suffisante chez les races alimentaires dont les produits sont destinés à la consommation.
Enfin, on appelle croupe basse, avalée, coupée, enpupître, celle qui va en s' abaissant dans le sens de la longueur. Cette disposition donne à la région une apparence raccourcie et défectueuse ; elle appartient aux races les plus communes et les plus abandonnées, et déplaît très-généralement. Mais « ce n'est pas seulement sous le rapport du coup d'œil, dit M. F. Lecoq, que la croupe horizontale est préférable à la croupe avalée ; il est un autre motif fondé sur la conformation an atomique du membre postérieur. Plus la croupe est avalée, plus se trouve abaissé le point d'origine des muscles ischio-tibiaux, et plus aussi ces muscles se trouvent raccourcis ; d'où résulte une diminution de leur étendue de contraction.
DE LA CONFORMATION EXTÉRIEURE. 74 « Il ne faut pas croire cependant que cette diminution de longueur des muscles soit toujours en raison directe de l'abaissement de la croupe ; car le membre suit souvent en grande partie le déplacement du bassin, et s'engage d'autant plus sous le corps que la croupe est plus oblique; et cet engagement sous le centre de gravité, surchargeant le jarret et déterminant sa détente principalement de bas m haut, amène la ruine de cette articulation importante beaucoup plus vite chez les chevaux à croupe avalée que chez ceux à croupe horizontale, dont le jarret est moins chargé et se détend surtout d'arrière en avant. »
Un mot encore sur la croupe étroite et incomplète sous le rapport de son développement musculaire. Partage des races déchues, elle n'annonce aucune puissance et coïncide avec l'exiguïté ou l'insuffisance de tout le train postérieur, qui se montre serré dans ses membres de derrière. Cette conformation ne répond que trop à l'étroitesse de la poitrine; elle fait les chevaux serrés du derrière^ comme l'insuffisance du thorax fait les chevaux serrés du devant. Les mouvements sont gênés; l'animal se coiipe^ s'entre-taille et se fatigue facilement.
L'étroitesse de la croupe rend l'animal pointu^ conformation vicieuse à tous égards, opposée à ce qui serait la perfection au moins pour tous les services rapides, lesquels réclament une structure en coin, suivant une expression déjà employée, en coin d'arrière en avant, c'est-à-dire large, étofi'ée de la croupe et relativement étroite de poitrail. L'animal ainsi fait perce aisément droit devant lui par la raison que l'avant-main est légère et que l'arrièremain est puissante. Dans le cheval de trait lent, il n'est pas besoin de cette différence de volumes entre les deux grandes divisions. Ici l'équilibre est au contraire une né-
72 CHAriTRE II.
cessité ; si même il y avait à le rompre jusqu'à un certain
point, ce devrait être sans doute au bénéfice des partie?
antérieures.
Ce qu'on nomme la hanche se confond tellement aussi avec la croupe qu'on ne saurait l'en séparer dans l'étude. On finit par restreindre cette appellation à la saillie que forme sous la peau l'angle externe et antérieur de l'os appelé ilium. La distance entre les deux hanches mesure la largeur de la croupe dont les proportions ne sont jamais trop étendues.
La conformation de la hanche dépend exclusivement de la direction de l'os dont la saillie la plus avancée lui constitue une base. Elle est d'autant plus prononcée et plus haute que la croupe est plus oblique, d'autant plus effacée et basse que cette même région est plus horizontale; elle a son maximum de développement dans la croupe coupée.
La hanche n'est bonne, utilement conformée, qu'autant qu'elle est convenablement*ïiccentuée et forme saillie audessus de toutes les parties environnantes. Ce qu'on croit être un excès sous ce rapport fait appeler l'animal cornu, et l'on a pendant longtemps pris cette appellation en mauvaise part parce que la hanche saillante paraissait d'une forme un peu trop heurtée. « Il y avait, dit M. deCurnieu, une plaisanterie qui consistait à faire semblant d'accrocher son chapeau à la hanche d'un cheval qu'on trouvait trop maigre. La terreur qu'inspirait ce sarcasme a fait naître les hanches effacées, que l'on trouvait naguère encore si nombreuses en Normandie, et la défectuosité avait pris la place de la perfection dans l'estime générale. »
On dit encore épointé, ou bien éhanche\ le cheval, dont les hanches ne sont point également saillantes et situées à
même hauteur ou à mômedistai)ce de la ligne médiane. Cette imperfection résulte toujours d'une fracture de l'angle externe de Vilium.
Il est impossible de séparer les indices fournis par la queue de ceux qui résultent de la conformation de la croupe. Elle est bien attachée quand la direction de cette partie est bonne, et en même temps elle se montre forte et bien fournie, et donne à l'animal un cachet d'élégance qui n'est pas sans influence sur l'ensemble; elle est commune et molle, mal portée, quand elle tient à une croupe défectueuse. La résistance qu'elle offre à la main qui cherche à la soulever est un témoignage vulgaire, mais sûr d'énergie. La force musculaire est la même dans tout le système d'un même animal, le cheval mou et veule l'est dans toutes ses parties, et le critérium de la queue ne trompe pas plus qu'un essai plus général.
La queue porte naturellement de longs crins dont il était de mode autrefois de priver presque tous les chevaux. Mieux avisé à présent, on se borne à les écourter seulement, lorsqu'ils sont trop longs ; on a reconnu, à la fin, qu'ils étaient nécessaires aux animaux qu'on envoie au pâturage et qui ont à se défendre contre les attaques incessantes des insectes.
Sous la queue se trouve Vanus. C'est l'orifice du fondement, l'extrémité de l'intestin par laquelle les excrément? sortent du corps.
Protégé par la proéminence des fesses, défendu par le gros du tronçon de la queue, l'anus paraît peu exposé aux violences extérieures. Malgré cela, l'animal frappé ou menacé par derrière serre vivement et instinctivement la queue contre les fesses. Est-ce donc pour préserver l'anus? Oui et non. Cette action fait partie d'un mouvement général de resserrement des régions de l'arrière-main. L'ani-
mal abaisse la croupe, se ra^>^iisse et se rétrécit pouréloi. gner les coups, pour échapper à la brutalité qui gronde, à la colère qui éclate. Il n'y a là rien de particulier à l'anus.
Quoique petit et bien fermé, celui-ci doit apparaître saillant et résistant. Un cheval mou, sans énergie, n'a jamais cette partie du corps bien conformée ou se contractant avec force. A la seule inspection de l'anus, on pourrait connaître si les digestions sont régulières, si les viscères digestifs sont en bon état, si la nutrition s'accomplit dans des conditions satisfaisantes. Chez les chevaux très-âgés, épuisés par le travail ou la misère, l'anus se retire et s'enfonce ; il devient flasque et demeure quelquefois béant, signe de faiblesse et de décadence.