‹ Achat du cheval, ou Choix raisonné des chevaux d'après leur conformation et leurs aptitudesChapitre 12 sur 15 · IV. LES ALLURES · texte numérisé non relu

IV. LES ALLURES

Tous ces détails de construction, toutes ces merveilles de l'organisation animale aboutissent à un résultat, le mouvement.

Le cheval est un moteur.

Ceci a été notre premier mot; tout ce qui est venu à la suite a eu pour objet de faire connaître la disposition la plus favorable à cette condition essentielle, le mouvement.

La forme propre à la station, à la fixité permanente, c'est la pyramide. Comme tout être mobilisable, le cheval revêt une forme très -différente, celle d'un cylindre porté par quatre cônes renversés, parce que la masse la plus in(j])ilisable est celle qui s'appuie sur le moins grand nombre de points.

Disons donc quelque chose des divers modes de locomotion propres au cheval, de ce qu'on nomme les allures.

L'origine du mouvement est dans l'arrière-main, construit en véritable ressort; l'avant-main n'est qu'un appui, un soutien, destiné à réunir ces deux grands ensembles; 1? pièce du milieu, le corps, transmet l'impulsion donnée par l'arrière à l'avant. Enfin, ce que nous avons appelé 1( bout de devant, soit la tête et l'encolure, forme un levie dont l'effet est de faciliter le déplacement par les modifie? lions utiles qu'il imprime à l'équilibre général.

La progression s'effectue à la faveur des mouvements articulaires qui se combinent et s'exécutent avec un art digne d'attention ; car en laissant admirer le mécanisme des rouages qui font mouvoir la machine, il met à même d'en apprécier les qualités fondamentales et l'utilité pratique. Le fait ressortira mieux si nous opposons l'une à l'autre chaque articulation correspondante dans les membres antérieurs et postérieurs. Bien que leurs actions soient contraires ou inverses, elles tendent néanmoins au même but, le transport de l'animal, y compris ce qu'il est appelé à porter ou à traîner.

Ainsi, tandis que les épaules exécutent un mouvement oscillatoire ou de pendule sur les côtés de la poitrine, mouvement qui leur permet de recevoir ou de repousser la masse dardée sur elles, les hanches agissent comme levier puissant qui soulève l' arrière-main et la lance sur les parties antérieures. L'impulsion est violente; elle ébranlerait ses diverses régions de l'avant-main et en provoquerait promptement la ruine si le mode d'union des épaules au tronc n'avait été combiné de façon à tempérer, à amortir la force des réactions. La même disposition eût été essentiellement vicieuse dans les parties correspondantes de l'arrière; aussi la croupe est-elle directement soulevée

^08 CH-APTTRE if.

paV les jambes, et la masse du corps, qui doit être pro jetée en avant, se trouve de la sorte lancée' avec plus d'énergie.

Le compas du grasset, formé par la cuisse et par l'os de la jambe, cjui se plie sous le fémur, se ferme en avant, tandis que le bras et l'avant-bras, dont l'angle est ouvert en avant, ferme le compas du coude en arrière.

Ainsi, les membres antérieurs et postérieurs, que la nature a fait contraster pour rendre la locomotion possible et facile, oifrent des angles rentrants et saillants, directement opposés les uns aux autres pour que leur action réciproque, parfaitement balancée et concourant au même résultat, effectue librement la progression.

Tous les ressorts se tendent de l'avant à l'arrière, pour que leur détente en sens inverse porte la machine en avant : admirable mécanisme où tous les rouages sont si bien disposés cjue la puissance à laquelle obéit chaque articulation, a d'autajit plus d'intensité qu'elle est chargée d'opérer une plus grande somme de mouvement.

Mais revenons à la pratique pure.

A. i>e pas. Le cheval cjui marcJie bien à cette allure, de toutes la plus lente, se montre d'abord régulier dans ses aplombs ; il est aisé dans toutes ses parties. Tl porte la tête légèrement, sans aucune contrainte, pour la maintenir à un degré d'élévation moyen. L'action des membres est si juste que chaque extrémité fait entendre sa battue très-distinctement, et qu'en prêtant l'oreille, on compte très-facilement une-deux- trois-quatre, une-deuxtrois-quatre, avec une précision harmonique qu'on apprécie fort en devenant homme de cheval. En même temps, le pied postérieur vient, au moment même qu'il l'abandonne, couvrir la place occupée par le pied antérieur correspondant, sans qu'il y ait jamais de rencontre, parcf^

DE LA CONFORMATION EXTÉRIEURE. i09 [lie le lever de l'un précède toujours et dans une juste mesure le poser de l'autre.

Le port des membres en avant, s'opère dans un champ rectiligne, de telle sorte que le membre postérieur couvre l'antérieur et réciproquement sans déviation, en dehors ou en dedans, comme sans exagération dans la flexion des divers rayons, les uns sur les autres. L'appui de chaque pied sur le sol a lieu avec franchise par toute l'étendue de la face plantaire, au point même où le poser s'est fait, et le boulet alors se porte en arrière avec une certaine souplesse qui témoigne en faveur de la liberté du jeu de cette articulation, spécialement préposée à l'amortissement du choc, surtout dans le membre postérieur.

Tout ce qui sort de ces caractères éloigne l'allure de la régularité absolue. Mais, comme toutes les perfections, celle-ci est rare ; mille causes diverses peuvent lui enlever, à un degré variable, quelque chose de son type, sans que l'animal cesse pour cela d'être bien conformé. Et, par exemple, s'il gravit une montée ou s'il traîne une lourde charge, le lever des extrémités est nécessairement retardé, et l'intervalle qui sépare les battues cesse d'être égal.

B. i^e trot. — Par son étymologie, ce mot signifie : aller vite. C'est donc une allure rapide. Pour l'oreille, la percussion des pieds sur le sol ne marque que cette mesure : une, deux, une, deux. C'est une façon d'aller, ^ deux temps, dans laquelle les extrémités se suivent eu diagonale avec un ensemble parfait.

Chez le cheval qui trotte régulièrement, les extensions et les flexions sont vivement répétées, et, à chaque pas complet, le corps se trouve, pour un instant, détaché du sol, comme suspendu en l'air.

L'allure du trot est si usuelle aujourd'hui qu'elle est en

quelque sorte le propre de tous les services qu'on exige du cheval à notre époque. Il en résulte que son degré de perfection donne un peu la mesure d'utilité de l'animal et que celui-ci vaut, à la vente, en raison des qualités que son essai au trot promet à l'acheteur.

Dans son ensemble, le bon trotteur est ample et compacte. Sa poitrine est large, haute et profonde ; il a le corps plein ; il n'est ni levrette, ni ventru ; les régions du dos et du rein sont droites, rigides dans leur ligne, larges et bien musclées ; elles ne pèchent ni par trop de longueur, ce qui implique souvent la faiblesse, ni par trop de brièveté, ce qui nuit un peu à l'extension du mouvement : la croupe est puissante, droite et charnue ; les hanches sont longues et larges ; l'épaule, longue et inclinée, répond aux grandes proportions de la poitrine, elle est libre et étendue dans son jeu ; les jarrets sont larges, exempts de tares osseuses et bien évidés, souples et forts. Les autres régions sont moins importantes ; mais il est rare qu'elles laissent beaucoup à désirer, quand celles-ci se rapprochent de la perfection. Nous accorderons toutefois une mention particulière au pied, lequel fatigue beaucoup à l'allure du trot et ne résiste au travail qu'elle lui impose, que lorsqu'il est dans les meilleures conditions de structure et d'ailleurs protégé par des soins toujours renouvelés. Pas depied^pas de cheval, est un dicton hippique d'une grande vérité pratique. Il n'y a pas de bon cheval avec de mauvais pieds.

Le cheval qui trotte bellement, qui, attaquant franchement la note, s'en va hardiment en s' abaissant sous le harnais, en se faisant petit pour travailler terre à terre, et qui cherche avec autant d'élégance que d'énergie le terrain de l'épaule, ce cheval est vraiment beau, et forcément on l'admire, car c'est une image de la force et de la puissance.

DE LA CONFOT^MATION EXTÉRTEURE. 111 « Ce qui caractérise essentiellement le bon et rapide trotteur en action, a écrit M. H. Bouley, c'est la manière dont il déploie ses membres dans les limites les plus étendues possibles, alternativement en avant et en arrière de leurs bgnes d'aplomb, sans les enlever à une très-grande hauteur et sans raser de trop près le terrain ; et cela dans une si juste mesure que, malgré la rapidité extrême avec laquelle ils se succèdent et se poursuivent, pour ainsi dire, jamais ils ne s'atteignent, ni se heurtent. Résultat remarquable qui ne peut être produit qu'autant que la disposition régulière des surfaces articulaires assure la flexion et l'extension des jointures dans le sens exact de Taxe du membre ; que la fermeté des muscles s'oppose à toute oscillation de ces membres, en dehors ou en dedans du champ rectiligne dans lequel ils doivent se mouvoir ; qu'enfin l'exacte proportion entre toutes les parties de la machine et l'équilibre des forces qui les animent, font qu'elles se correspondent avec autant de justesse dans le mouvement que pendant le repos. »

Mais tout ceci est encore la perfection, quelque chose à quoi l'on peut viser pour s'en approcher le plus possible, bien plus encore que pour la posséder.

Quelles sont donc les défectuosités de cette allure? Nous aurions pu les étudier à l'occasion de celle du pas : nous ne les avons réservées que parce qu'elles sont rendues plus saillantes par l'étendue et la rapidité de l'action.

Chez quelques animaux, les pieds postérieurs viennent à l'appui avant le lever des antérieurs et les heurtent plus ou moins fortement. Il en résulte une percussion des icrs, et l'on dit que le cheval forge.

Par suite de certaine déviation des genoux, il arrive que les rayons inférieurs des membres, au lieu d'être fléchis parallèlement à l'ax^ 3*» r^^aftt-bras, sont déjetés

112 ^ CHAPTTRKIÎ.

plus ou moins fortement en dehors. On dit alors que le cheval billarde. Il y a perte de force et de vitesse, par conséquent plus de fatigue pour un moindre espace parcouru dans un temps donné. Nous avons déjà dit que la disposition inverse des surfaces articulaires détermine une sorte d'entrecroisement des rayons inférieurs, qui expose l'animal à s'atteindre, à faire des chutes.

Les chevaux dont l'épaule est courte ont les allures peu étendues, raccourcies. Cette conformation force le cheval à se bercer du devant et même à trottiner pour suivre ceux qu'il est obligé d'accompagner.

Quand les rayons supérieurs des membres ont peu de longueur et quand les rayons inférieurs en ont trop, les chevaux marchent en levant trop haut les membres. Il en résulte un grand travail, des actions excessives, mais l'effet utile n'est pas en raison directe des fatigues supportées. On dit alors que le cheval retrousse, qu'il bataille.

Celui qui progresse d'une manière inverse par suite de beaucoup de longueur dans les parties supérieures des membres et d'une brièveté notable dans les rayons placés sous le genou, rase le tapis. Il prend beaucoup de terrain, il fait de longues enjambées; mais s'il se néglige ou dès qu'il se fatigue, il est exposé à butter et à se mettre à genoux ; il bronche bien plus fréquemment qu'un iutre, alors même qu'il est réputé bon et vaillant. Touiefois, cette conformation est recherchée parce qu'elle est riche de promesses et, mieux que cela, de véritable atilité.

Le membre antérieur manque de solidité lorsque le pied, en arrivant à l'appui, se pose trop fortement sur la pince. Le pas alors est court, et l'allure ne peut être ni vive, ni rapide. Quand, au contraire, l'appui se fait avec exagération sur les talons, il y a souffrance dans les par-

DE LA CONFORMATION EXTÉRIEURE. 413 ties internes du pied et altération immédiate de son enveloppe, du sabot.

Le petit pas est une allure défectueuse qu'il ne faut pas songer à corriger, si la conformation des membres ne permet que des mouvements peu étendus ; il est l'opposé du pas allongé qui est facile aux animaux qui ont de grandes lignes, les épaules longues, les hanches longues, etc.

Le pas ordinaire est l'allure la plus naturelle au gros cheval, qui la soutient sans trop de fatigue.

Le pas accéléré dépasse en général les forces que nécessite la marche, et fatigue beaucoup si on exige qu'il soit durable.

Le pas pressé est celui des animaux trop ardents; il use vite, il use prématurément.

L'espace parcouru pendant un pas complet, au trot, est nécessairement très-variable. Il peut être le double de ce qu'il est dans le pas ordinaire (de 85 à 90 centimètres) et mesurer jusqu'à 2"^90; nous ne parlons pas des vitesses exceptionnelles qui portent l'espace parcouru à 3"^30, près de trois longueurs de la base de sustentation.

Poussé outre mesure, le trot perd presque toujours sa régalarité et le cheval se détraque. Alors, au lieu du tratra du trot régulier, l'oreille entend le tara-tara du trot détraqué.

Les trotteurs se détraquent ou se décousent, ou se désunissent, quand on leur inflige une trop grande rapidité et aussi quand l'abus les a conduits à l'usure.

L'amble est une manière de trot dans lequel la succession des actions des membres s'opère latéralement au lieu de s'effectuer en diagonale. Cette allure devient de jour e» jour moins usuelle dans l'emploi du cheval.

Le traquenard est une sorte de pas très- accéléré et tenant un peu de l'amble; mais il est très-régulier. On l'appelle

aussi amble rompu. Ce peut être une seconde défectuosité, entée sur une première, comme elle peut être contractée de prime-saut. On l'observe sur des animaux surmenés ei très-voisins de la ruine complète.

C f .e g^aiop. — C'est l'allure la plus rapide du cheval. Elle consiste dans une sorte de saut ou d'élancement en avant, lequel s'exécute avec beaucoup de puissance et de précipitation. La détente des membres se produit par paires antérieures et postérieures. Le corps est transporté avec une vitesse qui varie pourtant suivant que le galop est raccourci, allongé, à toutes jambes.

Dans les mouvements rapides de cette allure, tous les ressorts de la machine animale sont tendus au plus haut degré ; si aucun ne se rompt sous les vibrations répétées qu'il éprouve, c'est qu'ils jouissent tous de la plus grande solidité, d'une grande force vitale, et que la perfection de leur jeu permet cette motilité extraordinaire, bien faite pour briser des organes moins robustes.

Tous les animaux ne seraient donc pas impunément soumis aux exigences, à la violence du galop. Un petit nombre seulement peut braver à tout propos les causes de destruction qui, dans cette façon d'aller, les étreignent. Quelques races de chevaux privilégiées, dans l'espèce, sont seules aptes à l'exécution de ces mouvements précipités, impétueux, dans lesquels les forces vitales et organiques offrent un développement peu ordinaire, conséquence heureuse d'une organisation d'élite.

Les degrés de rapidité de cette allure en ont fait distinguer plusieurs variétés, le galop ordinaire, le galop de manège et le galop de course. Le premier est le plus usuel, c'est d'ailleurs le seul qui se trouve dans des conditions de structure moins exagérées , dans la conformation jnoyenne, mais riche et puissante du modèle de cheval que

DE LA CONFORMATION EXTÉRIEURE. \\o toutes les imaginations rêvent et caressent, et dont le type est offert par le cheval de chasse anglais d'une autre époque, car on ne le rencontre plus guère aujourd'hui que très-exceptionnellement.

Au surplus, la vitesse du galop étudié dans chacune de ses variétés est loin d'être uniforme; elle dépend beau coup de la taille, de la puissance propre à chaque individu, de l'état du terrain, etc. Elle peut même être moindre qu'à une autre allure, qu'au trot allongé, par exemple.

Le galop ruine promptement les chevaux ardents qu'on ne sait pas ménager; c'est un exercice extrême dont on peut user, mais dont on n'abuserait pas longtemps san» impunité. Il fatigue et use d'autant plus encore qu'il s'exécute moins régulièrement, qu'il est faux ou désuni. C'est au cavalier à s'opposer à une défectuosité qui ne se remarque pas quand il oblige le cheval à entamer et à mener convenablement l'allure.

Vaubin est une autre façon d'aller essentiellement défectueuse, qui se place entre le trot et le galop, en leur empruntant à l'un et à l'autre la moitié de leur action. Le cheval qui aiibine tantôt galope du devant tandis qu'il trotte du derrière, et tantôt procède à l'inverse, trottant du devant et galopant du derrière. L'aubin est un signe certain que les forces musculaires ne répondent plus à l'incitation de la volonté. C'est l'allure habituelle des chevaux usés à des services rapides dont les exigences étaient supérieures à leurs moyens.

II. !>.«>« boiteriez». — Toute irrégularité dans la marche prend le nom de boiterie.

L'animal qui boite témoigne de la douleur ressentie dans l'action, dans le mouvement : la boiterie résulte de l'impuissance où il est de marcher droit, c'est-à-dire d'exécuter également les divers actes de la locomotion; elle

n'est qu'une manifestation dun mal dont le siège, la

nature, la gravité restent à rechercher, à reconnaître.

La part que chaque membre prend à la progression, aux allures qui la déterminent, se décompose en quatre temps distincts : 1° le lever, 2° le soutien, 3<» le poser, 4^ l'appui.

Ces quatre temps sont égaux dans le cheval qui a toute sa liberté d'action; ils sont inégaux chez le cheval boiteux pour celui ou ceux des membres dont il boite. En effet, le membre empêché par la douleur fait son lever le plus vite, son soutien le plus prolongé, son poser le plus tardif et son appui le plus court possible. Par contre, le membre opposé fait son appui le plus long et les autres temps aussi rapides que possible, afin de venir au secours de son congénère.

Voilà la boiterie. Quand elle est fortement prononcée, rien n'est plus aisé que de reconnaître celui des quatre membres dont l'action est irrégulière; quand elle est peu accusée, la constatation offre parfois de réelles difiicultés.

Mais pour celui qui achète, le fait reconnu suffit. Il se trouve, en effet, assez averti quand il a constaté l'existence d'une boiterie quelconque; la nature et le siège du mal sont choses toutes différentes et pour lesquelles il pourra toujours recourir aux lumières et à l'expérience d'un autre, si son propre savoir lui fait défaut.

Le cheval qu'on soupçonnerait seulement d'être boiteux devrait être trotté, en ligne droite, sur un terrain solide, pavé autant que possible, en ayant soin qu'on lui laissa assez de longe pour que la tête demeure libre de toute contrainte. Si ce premier moyen ne donnait pas le résultat cherché, on ferait trotter en cercle sur l'un et sur l'autre côté. Il est bien rare que le membre souffrant ne se trahisse pas quand l'animal tourne.

L'examen du cheval soupçonné de boiterie ne doit pourtant pas s'arrêter à l'action des membres; l'œil doiv suivre les diverses oscillations du corps. Les mouvements^ alternatifs d'élévation et d'abaissement de la croupe, pai exemple, décèlent très-exactement le degré d'inégalité des actions des membres antérieurs. Ainsi, elle s'abaisse d'une manière très-sensible lorsque le membre sain vient à l'appui ; elle se relève au contraire lorsque c'est au membre malade à exécuter son action : elle attire de la sorte sur le premier une partie du poids qui fatiguerait l'autre outre mesure. Ces mouvements se trouvent, quoique dans des limites plus restreintes, dans les boiteries du bipède postérieur : seulement ils se prononcent en sens inverse.

Les mouvements de la croupe répondent au coup de tête caractéristique des claudications, « en sorte que, dit M. H. Bouley, étant donnée une boiterie antérieure droite, on voit simultanément la tête et la croupe s'élever au moment du poser de la paire diagonale droite; et inversement dans le cas de boiterie postérieure droite, la tête s'abaisse avec la croupe à l'instant du poser de la paire diagonale droite. »

Ces diverses attitudes sont logiques; elles ont un but facile à saisir; soulager le membre qui souffre en rejetant sur le congénère, qui est sain, une partie du poids qui naturellement lui incombe.

LES DIVISIONS DE l'eSP£CE

En abordant l'étude de la conformation extérieure, nous disions : Qui veut acheter un cheval doit commencer par bien savoir ce qu'il veut. Avant de nous o&cuper du cheval en vente, établissons les caractères généraux propres à chacune des trois grandes divisions de l'espèce : races légères, races lourdes, races intermédiaires, lesquelles répondent aux différents services de la selle, du gros trait et du trait rapide, ou encore à l'une de ces deux classifications : les types supérieurs, les races de trait, les races moyennes: les chevaux de pur sang, les chevaux de sang, les chevaux communs.

L'utilité pratique, effective du cheval, est certainement le premier fondement de sa valeur. Cette dernière n'existe qu'à raison du degré d'appropriation de l'jndividu au service auquel on le destine, qu'à raison même de ses aptitudes particulières. Toute perfection cesse là où n'est plus l'utilité.

En effet, un cheval léger, de petite stature et grêle de membres, d'une nature ardente et d'un tempérament irritable, si bien doué qu'on le suppose comme cheval de selle, serait incontestablement une mauvaise bête, un moteur insuffisant, pour le tirage lent et pénible; un beau carrossier, appliqué au service du gros trait, s'y compor-

terait mieux que le cheval léger, mais ni l'un ui l'autre ne rempliraient à la satisfaction du maître la tâche qui ne saurait être bien accomplie que par le limonier ou le gros cheval. En les détournant ainsi de leur voie, on les priverait de tous leurs avantages ; leurs plus grandes qualités se changeraient en autant de défauts et constitueraient de réels inconvénients. 11 en serait de même du cheval de gros trait auquel on imposerait le labeur facile au cheval de selle ou au che^ al de trait rapide : ce serait, comme dans les autres cas, une valeur détournée.

Pourtant ces divisions n'ont rien d'absolu aujourd'hui qu on applique un peu tous les chevaux à tous les services. Autrefois on n'eûtpoint attelé le cheval de selle; le cheval de carrosse n'eût jamais pris la place de celui-ci ; le cheval de trait n'eût pas été appliqué à une autre destination. Cliacnn de ces emplois hiérarchisait en quelque sorte res|)èco : c'étaient la noblesse, le tiers-état, le peuple. Au temps où nous sommes il n'en est plus de même. Si toute distinction ne s'est point effacée quant à la forme, on confond singulièrement les aptitudes. On ne sait plus trop où prendre le cheval de selle proprement dit, quand on examine la monture du carabinier, du gendarme, du hussard ou du sportsman en promenade ou à la chasse. On voit des femmes en selle sur de vrais carrossiers, et des poneys, les nains de l'espèce, tirant légèrement leurs voitures. On attelle indifféremment, presque sans choix, le cheval le plus massif et le plus svelte en vue du tirage rapide, et l'on soumet de même au gros trait des moteurs de tout acabit. Cette confusion dans les emplois en jette nécessairement dans la classitication, qui devient, à cause de cela, de pure convention. Heureusement que, dans ce cas tout spécial, nous n'avons que faire d'une plus grande précision.

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