I. ^^ LES RAGES LÉGÈRES
Les races légères sont les plus anciennes. De près ou de loin, elles sont toutes sorties du cheval d'Orient, dont le pur sang arabe a toujours été l'expression la plus haute, le type le plus recherché, jusque dans ces derniers temps où le cheval de pur sang anglais, son dérivé, lui a été souvent préféré. Nous laisserons en dehors ces deux familles qui ne donnent guère que par exception des chevaux aux services usuels , et nous dirons les caractères communs, généraux, qui relient entre elles les nombreuses variétés de ce qu'on appelait naguère encore l'espèce légère, par opposition à la grosse espèce, aux chevaux de gros trait.
Et d'abord la physionomie, plus ou moins orientale, offre chez toutes le même cachet qui s'impose au reste de l'économie et semble commander tout à la fois à la forme générale et aux aptitudes. On trouve quelquefois un peu de taille, rarement de l'ampleur, mais de la distinction, ce qu'on appelait de la finesse, ce qu'on nomme plus communément à présent du sang. La construction est légère; la fibre musculaire est dense; Tosest d'un grain serré et compacte ; l'ensemble a plus de sécheresse que de égularité ; le tempérament nerveux domine. Donc le squelette est mince, les muscles se développent peu, les formes sont étroites et anguleuses. Le caractère est doux mais trèsimpressionnable ; il y a plus d'ardeur que de fond, plus de lame que de fourreau, et celle-là a bientôt usé le dernier. Sous le rapport de la nourriture, il y a sans doute peu d'exigence, mais le développement corporel ne dépasse pas les limites imposées par la sobriété, qualité plus appréciée autrefois qu'aujourd'hui où l'on demande plus aux moteurs vivants au'on n'en eugeait autrefois.
Quand h taille est petite cependant on trouve encore une
certaine harmonie entre toutes les formes et une certaine
Grav. m- — lypo An clicval Il-jl'i bien cunCoraiô
force de concentration dans toute la machine (grav. \G);
mais quand la taille s'élève, les animaux se montrent décousus, hauts et plats; on les stigmatise en les qualifiant
Gr<iv. i7. -- Tyiiedu cheval Icgor, iiisumsant ou trop grêle.
ôe pcelles (grav. il). Alors les membres sont étirés ei miblés ; la poitrine s'est aplatie, elle est étroite et serrée; les
LES DTVlSlOiN:^ vu L>ESrtCE. 123
cuisses sont g7rêlcs et décliarnoes; les hanches se montrent par trop accentuées sous l'appauvrissement de la croupe, qui est courte et avalée, et qui donne à tout l'arrière-main un aspect de maigreur et de faiblesse trop réelle ; les jarrets sont étranglés, droits ou coudés à l'excès, osseux, mais mal disposés, peu résistants, souvent défectueux, ou ne promettant qu'une usure prématurée. La tête elle-même est entraînée dans cette dégénérescence générale, elle s'est allongée et rétrécie; l'encolure qui la porte est grêle et maigre comme toute la ligne supérieure ; le flanc est relevé et l'animal n'a pas de boyaux; tout le membre antérieur est particulièrement pauvre, les articulations en sont effacées et les aplombs déviés. Une machine ainsi constituée manque de force, elle n'aura point de tluvée ; elle ne vaut guère, on fera bien de la repousser.
Cependant il y a aussi des degrés dans la réprobation qui entoure ajuste titre des organisations aussi incomplètes sous le rapport de la forme, il y a des degrés parce que, en dehors et au-dessus de celle-ci, déjà nous l'avons fait remarquer, il y a la qualité de la matière et la force vitale qui l'anime. Tout n'estdoncpas dans l'habitude extérieure, car si discordante ou grêle qu'apparaisse parfois cette dernière, on est souvent surpris des témoignages de valeur que donnent les plus mauvaises apparences. Il faut les examiner avec plus d'attention ceux-là. On voit alors que tout, chez eux, décèle l'énergie : le caractère de la tête, l'expression des yeux, la position des oreilles, la dilatation des
narines En effet, dès qu'ils sont en action, ils faussent
le jugement qui avait été porté à rinspection seule des formes. Qu'on ne s'y trompe pas néanmoins, il en est de ces animaux comme d'une machine dont la force de résistance n'est pas en rapport avec la force de son moteur; ile éclate, se brise, et bientôt est mise hors d'usage. De
même il n'est pas rare de voir ces chevaux énergiques, qui ne sont que toute âme^ bientôt ruinés et hors de service, parce qu'en eux la tension du moteur est trop forte pour les rouages de la machine et qu'ils ne sauraient y résister. Ce que nous disons là se rapporte exclusivement aux variétés méridionales ou montagneuses de toutes les contrées, variétés attardées ou vieillies, qu'on n'a point encore su refaire pour les élever au niveau des exigences de l'époque actuelle. D'autres variétés, qui appartiennent à cette même classe, se montrent mieux douées à tous égards, plus complètes, mieux appropriées à nos besoins, aux services usuels. Elles n'ont point cessé d'être légères, mais elles ont, grâce à une ampleur relative de toutes les régions d'où naissent une structure harmonieuse et une organisation consolidée, un degré de force réelle et de résistance supérieur à ce qu'on pourrait croire. Elles ont ce qu'on appelle du corps, de la substance, c'est-à-dire des os et des muscles; une grande distinction, et une certaine perfection des grands appareils de la vie, propre aux races d'élite, à ce qu'on appelle les chevaux de sang. Ainsi le front est large, la colonne dorso-lomban'e se montre développée, et ces deux caractères témoignent en faveur d'un vaste appareil d'innervation; tout ce qu'on peut voir des organes respiratoires dénote une fonction largement dotée, car les narines sont ouvertes, l'auge est spacieuse, le bord inférieur de l'encolure est volumineux, la poitrine mesure les trois grandes dimensions qui la font belle et promettent une activité vitale élevée; à la suite de ces deux fonctions essentielles, — l'innervation et la respiration — l'organisme entier s'étend et s'amplifie jusqu'à former des êtres compactes, capables, durs à la fatigue; le squelette est lourd, les masses musculaires sont résistantes; les membres sont larges, bien appuyés sur le
sol; leurs articulations sont nettement accusées et fortes. En somme, le bout de devant est beau et gracieux ; l' avantmain et l'arrière, reliés l'un à l'autre par un corps bien fait, sont puissants; la membrure est large et solide.
Dans ces variétés, dont le cheval de pur sang reste toujours le type, il est facile de trouver de bons chevaux de manège et de promenade, de jolis chevaux de selle pour les femmes, d'énergiques petits chevaux de chasse, des trotteurs vites et agréables, de solides montures pour les troupes légères.