‹ Achat du cheval, ou Choix raisonné des chevaux d'après leur conformation et leurs aptitudesChapitre 14 sur 15 · II . LES RACES DE GROS TRAIT · texte numérisé non relu

II . LES RACES DE GROS TRAIT

Le cheval de gros trait est l'antipode du cheval léger. La force de celui-ci est dans un principe de vitalité et d'ordre moral qui est l'essence même de l'espèce; la force de l'autre, tout extérieure, appartient surtout à l'ordre physique , c'est une puissance matérielle. Le cheval de sang, en qui l'équilibre se perd, en qui les deux puissances qui le composent — les qualités physiques et les qualités morales — cessent de se faire contre - poids, devient tout âme, une ombre fugitive dont l'utilité réelle est difficile à saisir; le cheval de trait le plus commun et le plus sympathique devient une masse inerte, une machine lourde fonctionnant à peu de résultats. Pour être inverse , l'exagération chez celui-ci et chez celui-là conduit à la même infériorité, à la même inutilité. Nous avons dit le peu d'aptitude et de valeur des variétés trop légères ; nous pourrions dire aussi l'impuissance et le peu de valeur des espèces communes trop loin du sang. Il nous suffira de v iter le fait; elles sont pesantes et veules, grossières dans leurs formes et abreuvées de lymphe; d'une part, elles ont trop de poids, et d'autre part,

trop peu de vitalité pour pouvoir cheminer autrement qu'à l'allume lente et alourdie du pas, pour aller au-delà d'une action molle et flasque (qrav. 18.)

Grai'. t8. — Type des races cominuncs les l'iui liiolies (race Ihiiii- •ide).

Abandonnons ce moteur à lui-môme, car ce ne sera l'objet de la recherche de personne, et disons quelles con-

ditions font le cheval de trait, un animal par excellence.

Rappelons ici, car c'est surtout le cas, une vérité que rien n'affaiblit dans la grosse espèce, à savoir : les formes apparentes ne sont que l'indice, que la traduction fidèle de la structure interne. Nous ne pouvons rien dire de la conformation extérieure qui ne soit basé sur la connaissance de la structure et des usages des organes cachés ou profonds.

Il faut, en premier lieu, rechercher les grandes dimensions de la poitrine, qui doivent résulter ici de la forme cylindrique et non plus de la forme elliptique, parce qu'une grande largeur, une grande épaisseur des parties antérieures du corps sont pour l'aptitude au trait une nécessité, une perfection. En effet, elles coïncideront d'une part avec une vaste capacité intérieure, utile, comme nous savons, au développement des appareils de la circulation et de la respiration, et d'autre part avec un Ipoitrail trèsouvert et très-proéminent, des épaules fortes, épaisses et charnues ; un garrot peu élevé ; une encolure volumineuse et charnue, capable de supporter une tête un peu lourde. Tout cela forme masse et facilite la traction des gros fardeaux sur lesquels on fait tirer le cheval de trait, puissant par son poids. Toutefois, dans cette forte tête, nous ne trouverons pas les organes de l'innervation développés au même degré que dans la tête beaucoup plus légère du cheval de sang ; aussi, ni la vitalité ni l'action nerveuse ne se montrent au même titre dans les deux moteurs.

Si nous cherchons la contre-partie de ce premier ensemble, nous la trouverons dans une croupe très-étoffée, large et double. Effectivement, cette région est à l'arrière ce que la poitrine est à l'avant. La forme et les proportions de la croupe font connaître la capacité de la cavité pelvienne, qui renferme aussi des organes importants, et

|ui, chez la femelle, est destiné à contenir le produit delà •conception pendant toute la durée de la vie utérine. Les grandes dimensions de cette cavité résultent surtout de la largeur des hanches et de l'espacement des cuisses ; elles n'existeraient pas sans le volume proportionnel des couches musculaires qui recouvrent les os de la région. Eh bien, nous l'avons dit, ici le développement considérable des parties charnues, c'est l'action et la force. Dans le cheval de sang, nous voulons le répéter, l'énergie morale supplée au volume ; chez le cheval de trait, c'est la masse qui produit l'effet utile. Il faut donc rechercher et tendre à obtenir beaucoup d'ampleur dans la région de la croupe, dont les fortes proportions entraînent nécessairement les puissantes dimensions des membres postérieurs.

Simplifiée à ce point, la construction du cheval de trait est facile à apprécier.

Le véritable type de Tespèce, dans notre France, est le cheval boulonnais (grav, 19).

Il y a lieu cependant d'établir encore une distinction entre le limonier et les chevaux qu'on attelé devant. Le service extraordinaire du limonier, chargé de supporter une partie du fardeau placé sur la charrette, de retenir celle-ci dans les descentes et de la reculer dans quelques cas, recevant enfin le contre-coup de toutes les secousses qu'éprouve un pesant véhicule, force à le choisir avec plus d'attention parmi les plus grands et les plus forts. Il devra surtout être court, musculeux dans les régions du dos et du rein, très-solide dans le jarret qui sera plutôt coudé que droit, sans excès toutefois, afin d'éviter que, s' engageant trop sous le corps, à la descente, les membres postérieurs soient trop exposés à de dangereuses glissades ; nous avons vu enfin qu'il pouvait tirer avantage d'une imperfection d'aplomb, qui nuit beaucoup à la

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apidité des allures chez un cheval de vitesse, mais qui ajoute de la solidité aux membres antérieurs de celui qui

Grav. 19 — Type du cheval de gros Irait, français U^'ce boiiloiinaise;.

pcîne outre mesure. On peu?::; en effet, que les genoux

rapprochés l'un de l'autre et saillants en dedans représentent une manière d'arc-boutant, favorablement disposé pour soutenir avec efficacité le poids énorme du corps, auquel s'ajoute la charge considérable d'une voiture.

Toutes les familles de chevaux de trait ne sont pas aussi massives. Nous avons été en quelque sorte au point extrême; en deçà, la construction s'allégit sans perdre de sa puissance. Alors la tête est moins grosse et moins lourde ; l'encolure est plus relevée, le garrot est moins bas; les principales lignes du corps et notamment celles de l'arrière- main, prennent plus d'extension, et, en se prolongeant, une direction plus droite, qui donne plus de détente aux quartiers, plus d'impulsion à toute la machine. Le tempérament sanguin s'allie à la prédominance musculaire, et la force d'innervation est à un titre plus élevé. Les membres perdent une partie de leur commun en conservant leur ampleur ; les cordes tendineuses sont plus nettement accusées et dénotent plus de rigidité. La force et la résistance s'allient à une certaine distinction de l'ensemble, et l'animal est beau dans son ensemble, car il respire l'énergie, car il promet la durée.

Ces modifications du cheval de trait ne le transforment pas, mais elles le rapprochent des races intermédiaires que nous devons étudier aussi. Dans cette classe, on trouve toutes les sortes quelconques du moteur propre à déplacer de gros poids, soit au pas, soit au trot : le cheval de gros trait le cheval de poste et de diligence, le cheval d'artillerie, et celui que l'agriculture emploie le plus volontiers à ses divers usages.

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