‹ Achat du cheval, ou Choix raisonné des chevaux d'après leur conformation et leurs aptitudesChapitre 6 sur 15 · V. — l'appareil de l'innervation · texte numérisé non relu

V. — l'appareil de l'innervation

Nous ne voulons oublier ni l'appareil de la dépuration urinaire, ni les appareils des sens, ni ceux de la généra- ' don ; nous en parlerons plus loin, mais seulement sous le rapport de la conformation extérieure, car nous n'aurions

lien à en dire d'utile pour le praticien sous le rapport de la structure.

Ecartant donc pour le moment ces divers sujets, nous .erminerons ces courtes généralités d'anatomie et de phyiologie pratiques par un mot sur l'appareil de l'innervaion.

Sans ce dernier tous les autres demeureraient complètement inertes; aucun ne pourrait rien, rien absolument pour la vie.

L'innervation, la chose se comprend de reste, est l'action intérieure du système nerveux ; c'est donc par lui qu'elle s'exerce.

Le système nerveux est constitué par un ensemble de masses et de cordons qui se répandent, comme les vaisseaux, dans tous les points de l'organisme; masses et cordons formés d'un tissu tout particulier , sans analogue dans la machine, et dans lequel s'effectuent les phénomènes sensoriaux, affectifs, instinctifs, intellectuels; il est l'agent incitateur de la contractilité musculaire et des divers actes physiologiques par lesquels s'accomplissent les fonctions nutritives.

Gomme dans l'appareil circulatoire, nous trouvons ici une partie centrale, — cerveau et moelle épinière, et une partie périphérique, qui comprend une double série de branches ramescentes, — ce sont les nerfs.

Le cerveau, masse renflée et considérable, est logé dans la cavité supérieure de la tête, appelée le crâne, qui est la base du front. Sa moelle éphiière est fixée dans le corps des vertèbres dont la réunion lui forme un long canal protecteur.

Les nerfs sont des cordons fascicules qui s'échappent latéralement de la tij^e centrale et vont se distribuer à

rinfini dans toutes les parties du corps à la manière des

artères qu'ils accompagnent généralement.

Le cerveau est le centre et le régulateur de toutes les actions nerveuses; la moelle, qui le continue, est le conducteur des impressions sensitives, périphériques, ainsi que de l'influx moteur; les nerfs, organes conducteurs du sentiment et du mouvement, transmettent aux centres de perception les impressions qu' ils reçoivent dans les organes où ils aboutissent, et portent dans ces organes l'inlluM nerveux qu'ils reçoivent des centres de perception avec lesquels ils sont en communication directe.

Si admirable que soit la télégraphie électrique, elle n'a rien de comparable à l'action nerveuse chez les êtres bien doués. 11 sera donc très-essentiel de pouvoir se rendre compte de l'état de perfection du système nerveux, chez le cheval à choisir, par le degré de bonne conformation du front et de la colonne vertébrale sous les parois desquels sont abrités le cerveau et la moelle épinière. Lei-. nerfs ne laisseront rien à désirer si la partie centrale du système est vaste, développée, intacte dans toute son étendue : on ne s'informe pas de ce que peuvent être ou les artères ou les veines, mais bien de ce que peut être le cœur.

Arrivons maintenant à l'étude des grandes divisions que l'on a faites de l'animal pour apprendre à le connaître extérieurement, dans sa forme apparente.

En se plaçant par le travers, à quelque dislance du cheval, on en saisit aisément 1 ensemble. On le voit alors grand ou petit, corpulent ou fluet, long ou court, pesant et trapu, ou décousu et léger... les grandes proportions, voilà donc ce qui IVappe tout d'abord.

Avant cela pourtant, on en avait déjà reconnu la sorte, le genre, et on l'avait mentalement classé dans l'une de ces trois catégories : cheval de selle, cheval de trait rapide ou de gros irait.

Celui qui procède ainsi est par avance fixé sur la nature des services auxquels il appliquera le moteur dont il a besoin. Qu'on ne s'y trompe pas, ceci est plus rare qu'on ne croit. Beaucoup plus nombreux sont les gens qui ne savent ni ce qu'ils veulent ni ce qu'il faudrait vouloir, et qui courent péniblement, infructueusement, après un cheval de fantaisie, une manière d'idéal doué de tous les mérites et de tous les avantages à l'exclusion de tous les défauts, un être par excellence enfin, un serviteur comme il n'y en a pas, « magnifique et pas cher, » qu'on puisse revendre sans perte, à tout venant, le jour où le goût en aura passé, où le caprice aura cessé de lui être favorable.

Veut-on aller vite ou longtemps? Le cheval porterat-il un cavalier lourd? quel sera le poids du véhicule qu'on

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lui fera traîner? transporlcra-t-il peu ou beaucoup de monde à la fois? Les courses, les voyages seront-ils pénibles et souvent renouvelés ? les lui infligera-t-on à une allure précipitée? n'aura-t-il, au contraire, à remplir que des exigences de promenade ?... Combien ont pensé à ces cboses quand l'envie d'avoir un cheval leur a poussé?

Avant de se mettre en quête, nous avons raison de le dire, il faut bien savoir à quel genre et à quelle étendue de travail devra suffire le cheval qu'on recherche.

Le cheval sans défaut est un mythe ou à peu près ; il y a même là-dessus un proverbe que personne n'ignore. Le cheval de belle apparence n'est souvent qu'un animal sans qualités. D'ailleurs on se fait en général une fausse idée de la beauté. Les défauts sont encore plus relatifs qu'absolus. Un cheval devient bon ou mauvais, suivant qu'on lui assigne judicieusement ou non son emploi , que sa destination est rationnelle ou mal entendue. Enfin, le bon marché peut avoir ses dangers, car le vendeur n'est point intéressé à vendre au-dessous de la valeur réelle, et la prétention de retrouver soi-même, après un laps de temps quelconque, la totalité de la somme employée à l'achat, est parfaitement déraisonnable. Il faut compter alors ou sur un acheteur bien facile ou sur des éventualités qui ne se présentent guère.

Mais puisque l'occasion s'offre à nous, vidons tout de suite la question relative à la beauté. Sur ce point, comme sur beaucoup d'autres , les idées sont un peu surannées.

A n'en pas douter, la beauté tient sa place dans l'appréciation des éléments de la valeur du cheval, de même que ses imperfections portent à cette valeur une notable atteinte. Qu'est-ce pourtant que la beauté? — Un être de raison, une abstraction, un type de convention mis à la

iiiode et soutenu par elle? Evidemment non. La beauté n'a I ien d'idéal en soi, elle ne i^ésulte pas de conditions impossibles, elle ne peut pas créer imaginairement des animaux qui n'ont jamais été dans les vues de la nature. Nous avons longtemps poursuivi cette chimère et en cherchant ce que nous nous figurions être le beau cheval, nous n'avons guère atteint que la rosse; il faut bien appeler la chose par son nom. Les Arabes et les Anglais, nos maîtres, s'attachant à trouver le bon, ont par cela seul et logiquemont rencontré le beau. Beauté et bonté sont ainsi devenues, dans le langage de la zootechnie moderne, des expressions synonymes.

Cela étant, la beauté n'est plus une, exclusive voulionsnous dire; elle est multiple en ce que chaque aptitude ayant sa force dans un arrangement particulier de la forme, dans des conditions spéciales de structure, elle varie forcément, nécessairement, à raison même du genre de service auquel toute une classe, toute une division de l'espèce est plus complètement appropriée. Alors, la beauté du type léger, dans le cheval, diffère essentiellement de la beauté du type des races ou des familles de gros trait; comme la belle conformation du bœuf de travail diffère de celle du bœuf uniquement façonné en vue des besoins de la consommation, comme la beauté du mérinos n'est plus celle du dishley. Les exemples abondent et nous n'aurions que l'embarras du choix : est-ce que les beautés du boule-cV-)gue ne seraient par des difformités chez l'épagneul ou chez le lévrier, et réciproquement?

En somme, les formes extérieures, les caractères physiques qui donnent aux animaux en général, au cheval surtout, le plus de valeur réelle, sont d'abord ceux et celles qui indiquent une conformation intérieure propre à assurei la régularité et la plénitude des fonctions de la vie. et en-

suite ceux et celles qui, pour chaque nature d'emploi, favorisent le mieux soit l'action de la force musculaire» soit le développement des qualités spéciales à chaque aplitude prédominante.

Cependant (on se trouve toujours en face de cette vé •

té) rien n'est absolu. La beauté telle que nous l'avonsdé-

nie n'est même pas toujours par cela seul la bonté. G'fs^

ue, en dehors de la forme, il y a la matière ou plutôt la

ualité de la matière, et que, au-dessus de celle-ci, il y a

encore un principe d'action, une cause de force, l'énergie

vitale propre à chaque nature, intense ou condensée chez

les uns, faible ou fractionnée chez les autres. Mais ceci

rentre dans une grande et intéressante question que nous

exposerons sommairement dans un chapitre à part.

Pour le moment, nous devons revenir au sujet que nous avons voulu toucher dans celui-ci : « Les ensembles. »

Appliqué à l'examen extérieur du cheval, le mot ensemble exprime la régularité dans les formes, les belles proportions, les meilleures conditions de structure de la machine étudiée jusque dans ses moindres détails ; c'est encore ce que les Français nomment l'harmonie, ce qu'en Angleterre on appelle symétrie.

Le cheval est ensemble, il a un bon ensemble, lorsqu'en toutes ses parties, il présente les rapports de fornio, de dimensions et de direction qui constituent la beauté rationnelle. Nous prions qu'on s'arrête sur ce dernier mot, car ce n'est pas seulement au repos, comme tableau, que doit apparaître la beauté; il faut que, pendant l'action, tandis qu'il se meut pour produire son effet utile, le travail, ce beau cheval ne se démente pas. Or, il cesserait d'être ensemble, si la progression était défectueuse, si les allures ne s'elfectuaient pas avec une régularité parfaite.

A tout prendre, l'ensemble n'est que la dernière raison

des détails. Mais parmi les détails, il en est beaucoup qui n'offrent aucun intérêt à la pratique. Celle-ci ne deviendra jamais savante dans l'acception rigoureuse du terme ; ce n'est pas son lot. Sur certains points, elle a besoin d'un savoir vrai, exact; sur une foule d'autres, peu essentiels, elle gagne en ne cherchant pas à trop approfondir. Elle s'évite alors beaucoup de peine inutile et prévient l'inconvénient du demi -savoir qui apprend plus de mots que de choses; d'où une confusion déplorable dans les idées. En se bornant au contraire à ce qui lui est indispensable, elle est encouragée par la facilité d'apprendre et devient capable, car alors elle ne néglige plus rien de ce qui peut réellement la servir.

Fort de ce fait, nous nous en tiendrons, dans ce précis de la connaissance du cheval, à l'étude large et raisonnée des grandes régions, chacune d'elles formant un ensemble particulier dans l'ensemble général. Mais cela n'en rend que plus nécessaire l'examen attentif et détaillé de la grav. 1 , qui montre les nombreuses subdivisions de l'animal extérieur dans leur situation exacte, dans leur étendue et dans leur configuration.

La division très-simple, en corps et en membres, toute élémentaire qu'elle soit, nous paraît insuffisante ; nous irons donc plus loin sans nous départir ni de l'explication précédente, ni des motifs sérieux que nous avons de ne pas surcharger la mémoire du lecteur, de ne pas le fatiguer de descriptions arides auxquelles se rapportent bien rarement les régions qu'elles intéressent.

Pour l'étude du tronc, nous adoptons les subdivisions suivantes : la tête et l'encolure ; le dessus ; la poitrine ; le ventre et la croupe ; pour celle des membres, les subdivisions sont encore plus marquées et n'offrent aucune difficulté.

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