‹ Achat du cheval, ou Choix raisonné des chevaux d'après leur conformation et leurs aptitudesChapitre 7 sur 15 · I. LES ENSEMBLES DU TRONC · texte numérisé non relu

I. LES ENSEMBLES DU TRONC

A.— lia fête et iViicolure forment ce qu'on appelle le bout de devant.

La tête porte le cerveau, muré dans la boîte crânienne, et les principaux organes des sens, tous convenalilement protégés aussi. Les organes internes de l'ouïe, si délicats, sont renfermés dans une petite cavité appropriée, dont on ne soupçonne même pas l'existence; ceux de la vue, du goût, de l'odorat, sont de même placés dans des conditions favorables à leur but spécial, en rapport facile par conséquent avec les corps extérieurs dont ils doivent percevoir les propriétés. La tête renferme encore les dents, qui sont à la fois des organes de déchirement et de trituration des aliments, et le moyen le plus certain de reconnaître l'âge. Extérieurement enfin, elle offre à qui la regarde, des caractères physiognomoniques très-sûrs, qui aident à distinguer la race et à classer l'individu sous le rapport des qualités morales. Que de choses dans une région relativement si petite de l'animal, et cependant il y a bien d'autres détails encore. Cela constitue bien un groupe à part, un véritable ensemble.

L'intelligence n'est point un hors-d'œuvre, une faculté à dédaigner chez le cheval. On la trouve ici développée en raison même du volume du cerveau. Mais ce n'est pas tout, les fonctions vitales, toutes subordonnées à la force d'innervation, s'exécutent d'une manière d'autant plus large, que l'appareil d'où elles découlent est plus complet dans sa forme, dans son développement. Aucun signe extérieur n'en donne la mesure que les proportions du crâne; on détermine très-sûrement cette mesure en examinant la partie supérieure du front : plus elle se montre

iarge, plus le cerveau a d'espace, plus il prend d'expansion. Ce n'est toutefois qu'un point de départ en quelque sorte. Ainsi que nousle disions un peu plus haut, la moelle épinière naît plus grosse d'un cerveau volumineux, et les cordons nerveux sortent eux-mêmes plus gros, plus puissants d'une moelle plus développée. C'est ainsi qu'un front large, dénotant un degré d'intelligence plus élevé, devient l'indice d'un appareil d'innervation plus complet, c'est-à-dire de qualités physiques et morales plus étendues. Puis, comme tout se tient dans la machine, un front vaste est toujours accompagné d'un bel œil, d'une oreille bien faite et bien placée, d'une expression générale fine et douce, fière et hardie, qui donne bonne opinion de l'individu; enfin, les mâchoires n'ont point de lourdeur inutile, et les narines apparaissent bien fendues et vivantes.

Si nous pouvions entrer dans les détails, nous verrions bien d'autres conséquences naître de ce fait en apparence si petit, aussi insignifiant — un front large. Une partie du cerveau se trouve aussi logée sous la nuque ^ sous l'espace qui sépare les oreilles. Le développement de cette petite région correspond naturellement à l'étendue du front et réciproquement. Quand l'un est vaste, l'autre ne saurait être étroit. Les oreilles sont rapprochées, hautes, pointues, elles dénoncent un cheval peu intelligent et peureux, quand la nuque est étroite ; lorsqu'elle est bien proportionnée, au contraire, l'oreille bien taillée, bien placée, élégamment dirigée en haut et un peu en avant, douée d'une mobilité toute gracieuse, exprimant une certaine fierté, l'énergie. Telle on la voit sur les types supérieurs et les animaux de bonne souche. Elle est bien différente chezles races communes et avilies, qui la portent lourde, épaisse, sc.uvent pendante et flasque, comme chez le cheval dit oreillard. Quand elle est ainsi, regardez l'œil : vous le ver-

rez plus ou moins enfoncé et couvert, éteint dans le regard, placé haut, parce que le front aura peu d'élévation; alors encore les mâchoires seront longues, fortes, pesantes, et toutes les cavités intérieures, comme toutes les ouvertures de la tête, étroites. Alors le cerveau sera trop peu volumineux pour exercer beaucoup d'influence sur la aiachine entière ; les narines seront peu fendues et contiauées par des fosses nasales trop peu spacieuses pour fournir abondamment l'air à la fonction respiratoire dont, par suite, l'appareil n'aura qu'un développement médiocre.... On le voit, de la partie nous irions ainsi facilement au tout, parce que le détail est intimement et physiologiquement lié à l'ensemble.

Mais passons et voyons Vœil^ dans lequel il y a aussi tant de choses, tant de choses auxquelles nous ne pourrons pas nous arrêter.

La position de cet organe sert à mesurer l'étendue du crâne en ce qu'elle indique le point de séparation entre cette cavité et la mâchoire supérieure. Plus l'œil est rapproché du sommet de la tête et moins avantageuse est la proportion entre les deux parties; plus la mâchoire est longue, plus est resserré l'espace occupé par le cerveau. Les chevaux dont la tête est ainsi faite ont la physionomie plus stupide qu'expressive. On ne s'est jamais plaint que l'œil fût placé trop bas. Il est beau quand il est grand, bien ouvert, à fleur de tête, fier dans le regard, tout en restant doux et intelligent. Il doit être clair dans ses parties internes, sans nuage, sans trouble, sans tache quelconque. Les paupières qui le recouvrent et le protègent doivent être garnies de longs cils et de poils courts, minces, souples et bien fendues. Par contre, l'œil ne réunit pas toutes les conditions de la beauté, ou bien il est défectueux, lorsqu'il est petit, enfoncé dans l'orbite, caché sous des oau-

pières grasses, -n^paisses, infiltrées. On le voit ainsi chez les animaux à tête charnue, grosse, lourde, empâtée, et là où la fluxion périodique des yeux, maladie grave, est commune.

Les yeux doivent être égaux. Le mal que nous venons de nommer détermine souvent la diminution de l'organe qu'il frappe périodiquement et d'une façon plus ou moins violente.

Le? indications fournies par le regard du cheval sont précieuses. L'œil doux et franc, même dans son expression la plus hardie, inspire avec raison la confiance; il y a lieu de se méfier du cheval qui regarde en dessous et méchamment.

L'intégrité d'une fonction tient nécessairement à l'intégi»ité des instruments à l'aide desquels elle s'accomplit. Malade, l'estomac se refuse à faire le chyle dans les conditions normales; malade, le poumon ne remplit que trèsimparfaitement son rôle ; malades, les muscles n'agissent plus avec toute l'énergie et toute la liberté qui leur sont propres dans l'état de santé ; malades ou mal disposées, les parties constitutives de l'œil ne fonctionnent plus aussi complètement, d'une manière aussi étendue que dans leur état d'intégrité absolue. Ces propositions n'ont pas besoin d'être autrement élucidées. Il faut donc savoir reconnaître la parfaite intégrité de l'œil, afin de s'assurer que le sens de la vue n'est point altéré chez l'animal qu'on possède ou qu'on cherche à se procurer. Dans tous les caj voici comme on procède :

r Toutes les fois qu'on le peut, dit M. F. Lecoq, il faut l'examiner dans l'écurie ou sous un hangar, à une certaine distance du grand jour. L'œil, dans un endroit un peu sombre, est beaucoup plus facile à examiner; on aperçoit mieux le fond de l'orgaue ^o«t la pupille est alors diia-

tée *. On doit, pour cet examen, se placer en face de i'animal, de manière à porter son regard obliquement sur le globe, et à reconnaître ainsi s'il existe quelque trouble dans les parties qui le composent, et à laquelle de ces parties il appartient, ce qui n'est pas aussi facile lorsqu'on regarde l'œil en face.

« Ce premier examen étant terminé, on fait avancer un peu l'animal, pour que l'œil, frappé d'une lumière plus vive, laisse apercevoir le mouvement de rétrécissement de la pupille, qui doit être bien marqué.

« Si l'on ne peut placer le cheval dans des circonstances aussi favorables pour l'examen de la vue, il faut, pour reconnaître les mouvements de l'iris, placer la main sur l'un des yeux, de manière à le tenir fermé pendant quelques secondes. Aussitôt la pupille de l'œil opposé doit se dilater un peu: et lorqu'on examine l'œil qu'on avait tenu fermé, on voit sa pupille, fortement dilatée pendant l'occlusion, revenir à ses dimensions premières dès que la lumière pénètre de nouveau dans l'organe.

« Dans tous les cas, il faut éviter d'examiner l'œil en plein soleil, au voisinage de murailles blanchies, ou d'autres corps blancs volumineux, qui réfléchissent beaucoup de lumière et font presque fermer la pupille, au delà de laquelle on ne peut plus rien apercevoir. Il faut aussi avoir soin d'enlever la bride, si elle est garnie d'un garde-vue, car la surface de cette partie du harnais envoie à l'œil des rayons qui nuisent à l'examen. »

Un mot sur le chanfrein et sur les naseaux. Le premier s'étend du front aux seconds qui sont les ouvertures extérieures de l'appareil respiratoire.

'On nomme pupille l'ouverture d'une membrane interne de l'œil, dont le diamètre et la forme varient à chaque instant, suivant le degré de vivacité de la lumière.

Comme le front, et en même temps que lui, le chanfrein se montre large et plat, ou étroit et busqué. Ce dernier caractère est une défectuosité; l'autre est une condition favorable et par cela même une beauté. La largeur du chanfrein mesure la capacité des fosses nasales, qui sont situées dessous et qui livrent passage à l'air à son entrée dans la poitrine et à sa sortie de cette cavité. Qu'on ne l'oublie pas, jamais aucune partie de l'appareil respiratoire n'a été trouvée trop développée.

La courbure du chanfrein fait appliquer à la tête Fépithète busquée. Cette défectuosité nuit à la respiration qui n'a pas la même liberté, la même ampleur que sous un chanfrein large et droit dans sa ligne. Beaucoup, parmi les chevaux à tête busquée, sont sujets au cornage, affection ou inconvénient grave qui déprécie notablement les animaux, vice essentiel qui se transmet comme la fluxion périodique des yeux, et qui, aussi bien que cette dernière, se fixe dans le sang d'une race au point de se répéter avec une certitude désespérante sur la très-grande majorité de ses produits. 11 faudrait donc rejeter avec soin tout étalon ou toute poulinière atteints de cornage ou sifflage.

Nous savons déjà ce que c'est que la bouche^ l'une des ouvertures de l'appareil de la digestion; elle présente une foule de subdivisions parmi lesquelles les plus importantes pour nous seront les lèvres, les barres, la langue et les dents.

Les lèvres ont joué un certain rôle dans les livres d'équitation et dans la pratique des écuyers à raison des facilités ou des difficultés qu'elles présentaient pour ajuster le mors de la bride d'une certaine manière. L'art a progressé et trouve plus simple aujourd'hui d'ajuster sur chaque bouche le mors oui lui convient que de chercher

les moyens un peu saugrenus d'ajuster toutes les bouches

sur un mors unique. Ceci est l'affaire de l'éperonnier.

Par leur très-grande mobilité, les lèvres donnent à la physionomie des expressions très-diverses et si accentuées qu'elles trahissent toutes les impressions de l'animal, toutes ses passions.

Les barres sont l'espace intermédiaire qui, des deux cotés de la mâchoire, sépare les dents du devant des dents du fond, les incisives des molaires, c'est sur elles que le mors porte et agit. Il en résulte qu'on les veut comme ceci ou comme cela, ni trop ni trop peu sensibles afin d'avoir plus de facilité à conduire, à diriger le cheval. On a sur ce point débité bien des sottises et créé théoriquement une foule de perfections ou d'imperfections qui ne sont guère que dans la main du conducteur. Quand celui-ci entend le cheval, lorsqu'il sait son métier de cavalier, de cocher ou de charretier, il tire bon parti de toutes les bouches ; il leur fait adopter un mors qui ne les gêne pas et ne leur fait sentir son appui qu'en raison même des besoins.

Il n'y a de mauvaises bouches que celles qu'on n'a pas l'intelligence de rendre bonnes.

De la langue nous ne voulons rien dire, au point de vue de l'ajustement du mors, car nous serions forcé de nous répéter; mais la langue concourt à la mastication des aliments et, à ce titre, elle à remplir un important office. Il y a lieu de s'assurer qu'elle est entière. Il est parfois arrivé qu'elle a été, par acciden'., coupée plus ou moins profondément dans son épaisseur, voire jusqu'à la chute d'une portion de sa partie libre. Chez quelques chevaux, on la \oit pendre hors de la bouche, c'est un signe de faiblesse, de peu de valeur par conséquent.

Restent les dents.

La denture complète du cheval se compose de quarante (lents : douze molaires, six incisives et deux crochets à chaque mâchoire. Ces dernières manquent le plus souvent chez la femelle; celles qui les possèdent, par exception, sont dites bréhaignes. Sait-on pourquoi ? on ne peut appli quer l'appellation au fait de la stérilité comme le donnerait à penser l'origine du mot.

Les molaires doivent être en bon état afin que la mastication s'effectue d'une manière complète et efficace. C'est là tout ce que nous devons dire. Il n'en est pas de même des incisives sur lesquelles nous allons trouver les signes les plus importants pour la détermination de l'âge.

Elles sont implantées à l'extrémité libre de chaque mâchoire, sous les lèvres qui les couvrent. On les distingue par paires en pinces, celles qui se touchent suivant le plan médian et occupent le milieu de l'arc incisif; en mitoyennes, celles de chaque côté des pinces; en coi7is, celles qui viennent aux extrémités de l'arc; on appelle encore dents de lait, ou caduques, celles qui existent dans la première époque de la vie et forment la premièse dentition, et dents de remplacement, ou persistantes, celles qui apparaissent après la chute des autres et durent autant que la vie ou à peu près.

Les dents ne cessent de pousser, mais elles s'usent par le frottement '""«^^es de remplacement.

dans une mesure égale, ou peut s'en faut, à leur croissance. C'est sur cette particularité qu'est basé tout le ystème relatif à la connaissance de l'âge.

Grav. 2.

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