‹ Acheteuses de revesChapitre 4 sur 14 · L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

L'HISTOIRE

DE

Benoît Adam se réveilla brusquement. Un frisson nerveux le secouait avec persistance, bien que le rêve fût brisé. Mais il continuait à y penser, mal remis de son angoisse, suffoqué par cette conviction , émanée du cauchemar que quelque chose venait d'arriver.

... Il avait vu un ciel infini, un ciel de feu, un ciel d'où coulait du sang... Et sur la terreur de ces rouges de meurtre et d'incendie des anges volaient, colossaux et superbes, avec de grands mouvements furieux, leurs bouches frémissantes collées à des trompettes d'où

sortait un terrible cri — un cri aigu et féroce, un cri qui appelait vers quelque chose de formidable.

Dans le vague du rêve, Benoît Adam comprenait, à l'anxiété insoutenable qui l'étreignait qu'il fallait répondre à cet appel des trompettes terrifiantes. Il sentait que, autour de lui, tout le monde se précipitait. Lui aussi voulait aller... où? il ne savait pas, mais aller là où chacun devait aller... Seulement cela lui était parfaitement impossible — parce qu'il avait à écrire une lettre très pressée, d'après l'ordre longtemps ajourné de son patron, M. Richehomme, fabricant de cotonnades, rue des Jeûneurs. La lettre n'était pas écrite ! — Benoît Adam était toujours en retard... Pour la première fois, l'angoisse hideuse de son rêve lui faisait comprendre que, depuis tant d'années vécues, il eût pu peut-être rattraper le temps perdu et se mettre en règle avec ce qu'il avait à faire... Il bondissait vers sa table, écrivait, écrivait si vite, si vite... Puis, un dernier appel, déchirant, atroce, des trompettes épouvantables, venait lui crever le cerveau. Et, tout de suite après, c'était un silence

subit, un silence d'éternité, un silence si terrifiant, que l'impression de cela l'avait réveillé. ... Maintenant il était dans son lit, revivant ce rêve saugrenu, mais avec un tel poids sur le cœur... Brusquement, il sentit la peau de tout son corps devenir grenue et douloureuse : il venait de s'apercevoir que l'abominable silence, que le silence éternel de son rêve

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