L. BussiEUX
Un document en appelle un autre. A peine avions nous inséré la pièce qui noua était adressée par M. P. Bédouin, que nous recevions de notre autre collaborateur, M. Fiiion, la lettre intéressante que nous venons de publier. Le Louvre possède plus d'une
étude pour cette belle composition de l'Âdoi^ation des bergers^ et nous en avons vu, dans Téglise Saint-Pierre de Montdidier, une copie nouvellement peinte- à la Rochelle, par un jeune soldat de Monldidier nommé Duquesue. Nous trouvons nous aussi une pierre à ajouter, chemin faisant, au beau monument commencé par nos amis, et encore Tempruntons-nous à la bibliothèque de notre obligeant M. J. Niel. M. Niel a fait trouvaille d'un merveilleux exemplaire du Catalogue du cabinet du duc de Tallard (1756); c'est l'exemplaire ayant appartenu à P.-J. Mariette, et que notre cher amateur avait, suivant son habitude, chargé des notules les plus curieuses. A Farticle du tableau réprésentant : ce JésuS" Christ guérissant VAveugle-néy tableau capital d'Eustache Le Sueur, peint sur bois de 18 pouces de haut, sur 24 pouces de large, » Mariette écrit en marge :
<c 1820 ^. Metra pour le Roy de Prusse. Il y en a une estampe par Surugue. Je Tay veu autre fois entre les mains de la veuve Gautrel. On dit que Le Sueur Tavoit peint pour elle. Cela se peut, car Lenfant, premier mari de la veuve Gautrel esloit curieux. Je le trouve très-beau; il est de son meilleur temps, cependant la figure du Christ est un peu courte. Si tout estoit comme celle de TAveugle, ce seroit un morceau sans deffaut. Une fente dans la planche sur lequel il est peint desprise un peu le tableau. »
Plus loin, au n» 458 du Catalogue, aux mots :
« Quatre desseins (de Simon Vouet et Le Sueur), dont une composition très-finement dessinée par Le Sueur, » Mariette ajoute : « et une étude de figure drappée du même qui est bien. 13 ^. Bazan. »
Ph. de Ch.
mmiME-iiiifi BODassE.
Pièce oommuniquôe par M. le baron de Vôse.
Nous ne poumons que répéter ici ce que disait notre ami Eod. Soulié, à propos de la lettre de Charles-François Poerson, p. 150. On croirait, à lire les correspondances officielles de nos directeurs de rAcadémie de France à Rome, qu*ils éiaient moins chargés de surveiller les études des pensionnaires, espoir de notre école, que de pourvoir la cour de Versailles des nouvelles politiques du Sainl- Siége. Houasse, élève de Lebrun, n'était directeur de TAcadémie de France à Rome que depuis Tannée précédente, 1699; il exerça cette noble mission jusqu'en 1704, époque à laquelle il fut remplacé par Ch.-Fr. Poerson : avant lui-même, TAcadémie était rcs* tée dix ans sans directeur, Ch. Errard, mort en 1689, n'ayant pas eu de successeur immédiat. Ant.-René Houasse mourut le 27 mai 1710, &gé de soixante-cinq ans. (Voir la liste des académiciens, p. 367, 406, 407, 410 et 413.) Il avait passé par tous les grades de FAcadémie, jusqu'à la dignité de recteur, qu'il obtint le 2 juillet
A Rome, le 29 juin 1700.
Monsieur,
J'espère que vous trouverez bon que jaye l'honneur de vous faire une simple relation de l'entrée de Monseigneur l'Ambassadeur de France en cette ville» et de la cavalcade faite par le Connétable Colonne au sujet de la haquenée ^présentée au Pape en considération du Fieffé de Naples.
Monseigneur l'Ambassadeur fit son entrée dimanche dernier, accompagné de Messeigneurs les Cardinaux
françois preceddé et suivy d'un nombreux cortège. Sa livrée etoit très-belle ; il partit de Pontemole et alla à son palais, où il quitta tout ce cortège et alla inco*gnito faire visite au Pape en son palais de Montecavallo.
Le jour d'hier, veille de Saint-Pierre, la haquenée fut présentée au Pape par le Connétable Coïonne à cause que l'ambassadeur d'Espagne n'a pas fait son entrée.
La cavalcade sortit à 21 heures du palais du Connétable, elle commença par la^ marche des chevauxlégers du Pape, précédez des trompettes. Tous les gentils hommes, escuyers, et autres officiers des cardinaux et princes de la Faction d'Espagne suîvoyent la plus grande partie richement habillez à la manière Espagnolle, montez sur des chevaux superbement caparaçonnez; en suitte marchoyent les Princes Italiens, et ceux qui ont la qualité de Grands d'Espagne, vêtus aussy à l'Espagnolle, avec leurs colliers de l'ordre de la Toison, accompagnez de leurs cortèges et officiers. Le Connétable vêtu aussy à l'espagnol accompagné de ses officiers et domestiques en très-grand nombre precedoit la haquenée, conduitte par deux de ses officiers; elle étoitmagniffiquement caparaçonnée, entourée des Suisses de la garde du Pape, elle eloit chargée des Armoiries du Pape fabriquées d'argent de la hauteur d'environ trois pieds, deux officiers à pied les soutenoyent. Tous les Prélats de la Faction d'Espagne
vêtus en habitz voletz etoyent à la suitte montez sur des mulles. Cinq carosses du Connétable très-richement ornez tirez chacune par 6 chevaux finissoyent cette marche. Ils allèrent en cet ordre au palais du Pape à Montecavallo où ce Saint Père les receut ; le Connétable luy fit le compliment ; la haquenée entra en l'appartement, luy fut présentée, on luy fit player les jarretz de manière quelle parut inclinée ; le Pape donna sa bénédiction et chacun se retira. Cette marche et Cérémonie est une des plus agréables à veoir.
Je suis avec profond respect,
Monsieur, Votre très humble et soumis serviteur,