‹ ACHIVES DE L'ART FRANCAISChapitre 34 sur 61 · HOUASSE · texte numérisé non relu

HOUASSE

MOINI WATTEAD.

Quatre lettres communiquées et annotées par M. le baron

Ch. de Vêze.

L'Isle-Adam, ce 16 août 1851

Je vous confie très-volontiers, Monsieur, les quatre intéressantes lettres d'Antoine Watteau pour être insérées dans vos Archives de CArt, Elles seront mieux dans cet important recueil que dans le catalogue, dont je m'occupe, de Tœuvre si remarquable de ce maître rassemblée dans mes portefeuilles, quoique j'eusse trouvé le moyen de les y intercaler convenablement.

Ces lettres furent données en novembre 181â, avec d'autres écrits de peintres, par M. l'abbé Campion de Tersan à madame la marquise de Grollier, l'amie, l'élève de Greuze, de Yan Spaendonck, d'Hubert Robert, l'amie aussi de M. de Humboldt, de l'abbé Delille, aimable dame, artiste elle-même, si digne de recevoir de semblables présents. J'en pris les copies exactes et même Oguratives, tant j'attachais de prix à ces naturels écrits, chez madame de Grollier et en présence du savant abbé, ainsi que de la lettre si intéressante de Goypel, que vous connaissez, et de cette grande feuille d'inventaires faits en 1770 par ordre, ou plutôt à la prière de Basan, par un Audran. Il y avait encore dans ce cadeau : deux lettres, fort singulières, de Sébastien Bourdon, deux importantes lettres de Doyen, une longue lettre datée de Rome de J.-B.-M. Pierre, autre que celle que j'ai de sa main, aussi de Rome, et enfin une assez longue lettre, en italien, de Rubens, adressée à un correspondant de Paris, lettre que je n'eus pas le loisir de copier en entier, malheureusement, mais où je pris le passage suivant placé à la fin et écrit en français, et tel que le voici :

« Je uous prie comuniquer a M' Jean Sauuages, ce que je place cy dessous : Je uous prie de uous arren-

ger, (l'amy) pour retenir pour moy, pour la m*"** semaine quy suyura celle-cy les deux Dames Capaîo de la Reue du Verbois, et aussy la petite nièce Louysa, car je compte faire, en grand^ nat"^ trois Etuddes de Syrennes et ces trois personnes, me seront d'un g^ secours et infini, tant à cause des Expressions supperbes de leurs uisages mais encore par leurs supperbes cheuelures Noires que je rencontre difficilement ailleur et aussy de leur stature.

« P.-P. RUBENS. )i

A M. Sauueur Ferrary (1) changeur chargent tout contre le cheuet S^-Médéric, à Paris.

Toas les écrits des peintres appartenant à II . Tabbé de Tersan lui venaient d'un legs fait par un ami, un véritable amateur, dont il nous avait parlé si souvent à Willemin, Tantiquaire, et à moi, à TAbbaye-aux-Bois, le baron de La Roque-Gélis, proche parent du cbevalier de La Roque, peint par Watteau, et dont nous avons une belle estampe gravée par Lépicié.

Veuillez agréer, je vous prie. Monsieur, mes empressés compli"» ments.

Le baron Charles db Vtzi.

(1) Ce banquier devait se nommer sans doute Salvator Ferrari* Le corps de la lettre à lui adressée était en italien, in-folio, plié en quatre. Elle devait être sous enveloppe. Il était question d argent à recevoir et à payer, et aussi d'une assez grande caisse renfermant des peintures et des dessins originaux, qu'il attendait de Livoume et de Marseille.

A Monsieur Gersaint, m^ sur le pont Notre-Dame,

de la part de Watteau.

Du samedi.

Mon ami Gersaint,

Oui, comme tu le désires, je me rendrai demain à

diner avec Antoine de la Roque, chez toi. Je compte

aller à la messe à dix heures à St-Germain-de-Lauxer-

rois; et assurément je seroi rendu chez toi à midi,

car je n'auroi avant qu'une seule visite à faire à Tami

Molinet qui a un peu de pourpre dequis quinze jours.

En attend*, ton amy,

A. Watteau.

+ A M^ Monsieur de Julienne, de la part de Watteau,

par exprès.

De Paris, le 3 de mai.

Monsieur!

Je' vous fais le retour du grand tome premier de l'Ecrit de Léonardo de Vincy, et en mesmes temps je vous en fais agréer mes sincères remerciements. Quand aux Lettres en manuscrit de P. Rubens, je les garderai encore devers moi si cela ne vous est pas trop désagréable en ce que je ne les ai pas encore «dievées ! ! Cette douleur au côté gauche de la tète ne

m'a pas laissé someiller depuis mardi et Mariotti veut me foire prendre une purge des demain au jour, il dit que la grande chaleur qu'il fait l'aidera à souhait. Vous me rendrez satisfait au delà de mon souhait, si vous venez me rendre visite d'ici à dimanche ; je vous montrerai quelques bagatelles comme les païsages de Nogent que vous estimez assez par cette raison que j'en fis les pensées en présence de madame de Julienne à qui je baise les mains très-respectueusement.

Je ne fais pas ce que je veux en ce que la pierre grise et la pierre de sanguine sont fort dures en ce moment, je n'en puis avoir d'autre.

A. Watteau.

+ A M^ Momieur de Julienne de la part de Watteau.

De Paris, le 3 de septembre.

Monsieur !

Par le retour de Marin qui m'a apporté la venaison qu'il vous a pieu m'envoier des le matin, je vous adresse la Toile où j'ai peinte la teste du sanglier et la teste du renard noir, et vous pourrez les dépêcher vers M' de Losmesnil, car j'en ai fini pour le moment. Je ne puis m'en cacher mais cette grande toile me r^jouist et j'en attends quelque retour de satisfaction de vostre part et de ceUe de madame de Julienne qui

aime aussi infiniment ce sujet de la chasse, comme

moi-mesme. Il a fallu que Gersaint m'ammenat le

bon homme La Serre pour agrandir la toile du costé

droit, où j'ai ajousté les chevaux dessous les arbres, car

j'y éprouvois de la gesne depuys que j'y ay ajousté

tout ce qui a esté décidé ainsi. Je pense reprendre ce

coslé là des lundi à midi passé, parce que des le matin

je m'occupe des pensées à la sanguine. Je vous prie

ne pas m'oublier anvers madame de Julienne à qui je

baise les mains.

A. Watteau.

+ A M Mon Sieur de Julienne.

Monsieur !

Il a pieu à Mon Sieur l'Abbé de Noirterre de me faire l'envoi de celte toile de P. Rubens où il y a les deux testes d'anges, et au-dessous sur le nua^e cette figure de femme plongée dans la contemplation. Rien n'auroit seu me rendre plus heureux assurément si je ne restois persuadé que c'est par l'amitié qu'il a pour vous et pour M' votre neveu, que Monsieur de Noirterre se dessaisit en ma faveur d'une aussi rare peinture que celle-là. Depuis ce moment où je l'ai reçue, je ne puis rester en repos, et mes yeux ne se lassent pas de se retourner vers le pupitre où je l'ai placée comme dessus un tabernacle ! ! On ne sauroit se per-^

suader facilement que P. Rubens aie jamais rien fait de plus achevé que cette Toile. Il vous plairra, Monsieur, d*en faire agréer mes véritables remerciemens à Monsieur Tabbé de Noirterre jusques à ce que je puisse les luy adresser par moy-mesme. Je prendrai le moment du messager d'Orléans prochain , pour lui escrire et luy envoîer le tableau du repos de la S^^ fa* mille que je luy destine en reconnoissance.

Votre bien attaché amy et serviteur, Monsieur! !

A. Watteau.

Quelles belles lettres nous a données M. le baron de Vêze et quelle bonne fortune pour nos Archives! Tout Watteau est là, avec son cœur, avec ses œuvres, avec les habitudes de sa vie et de son travail, et jusqu*aux défaillances de sa pauvre santé. Et quel délicieux enthousiasme pour Rubens, dont il fut avec Van Dyck le plus brillant élève ! Avez-vous vu, en 1848, dans le grand salon du Louvre, le Voyage à Cytfière à côté de la Kermesse? Le chef-d'œuvre du maître abaissait-il celui de Watteau? — Nous nous gardons bien d'ajouter une note là où M. le baron de Véze n'en a point voulu mettre. H a sans doute renvoyé tacitement le lecteur à la biographie de Watteau, insérée dans le Catalogue Lorangère par ee Gersaint, auquel il écrit ci-dessus et qui lui ferma les yeux, le 18 juillet 1721, à Nogent, Nogent dont il avait dessiné les paysages en présence de madame de Jullienne, — et au Catalogne de M. de Jullienne, dont Tamitié de Watteau fil la gloire. Jean de Jullienne. chevalier de Tordre de Saint-Michel, et amateur honoraire de TAcademie royale de peinture, était né à Paris le 39 novembre 1685; il mourut le 20 mars 1766, après avoir passé Tune des vies les plus estimables qu'on puisse raconter, à maintenir et à répandre la mémoire de deux grands peintres, ses intimes amis, morts tous deux prématurément : Antoine Watteau et François Lemeine.

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