‹ ACHIVES DE L'ART FRANCAISChapitre 35 sur 61 · J -B.-H. PIERRE · texte numérisé non relu

J -B.-H. PIERRE

Dell lettres counoiqaées fu I. le Won de féze et I. Foué-Darcosie,

et aniotées f^t I. P. lantz.

Les deux lettres qu'on va lire n'ajoutent aucun fait nouveau à la biographie de Pierre, né, comme on sait, en 1714, et mort le 15 mai 1789; mais elles nous le montrent aux dernières années de sa vie, parvenu aux plus hauts grades académiques et honoré des fonctions de premier peintre du roi et de directeur de la manufacture des Gobelins. C'est à ce double titre que, dans la première des lettres que nous publions, nous voyons Pierre intervenir dans l'acquisition d'un tableau destiné à enrichir la collection royale et s'intéresser à la gravure des compositions historiques que Louis XYI avait fait peindre, et que les Gobelins étaient, à cette heure même, occupés à reproduire en tapisserie. Cette première lettre, qui porle en marge les traces d'un enregistrement administratif, est adressée à quelque agent supérieur de la surintendance des bâtiments du roi :

Monsieur,

Je ne fus point surpris avant-hier, lorsque M. Robert me dit que je n'avois pas eu ITionneur de vous parler du tableau de Panini apartenant à M. le duc de Ghoiseuil. Le compte que je vous en redis ne fut que verbal; et je crois alors qu'une lettre devenoit inutile» d'autant que vous parûtes disposé à Tacquerire.

Le tableau est du meilleur tems de Panini , c'està-dire qu'il n'y a rien de noir, qui s'aperçoit dans les premières ouvrages de ce maître, lorsque jaloux de se faire une réputation, il fatiguoit ses productions.

Ce tableau de la plus chaude couleur, a précédé sa

manière expédiée et souvent blafarde , il est en outre composé de figures les plus grandes que je connoisse de luy.

Le prix qu'en désire M. le duc de Choiseuil ne me paroi t pas exorbitant , vu ceux de la curiosité actuelle. La demande est de six mille livres. M. Duplessis au contraire m'a fort étonné. Car je me ressouvins dans le moment que vous m'aviés chargé de faire un résumé de ses Mémoires qui etoient un peu longs ; je le fis, et pour ne pas jetter de la confusion par des varianteSy quoyque le fond fut toujour le même» jay Thon- AOUT de vous adresser copie de la lettre à ce relative.

M. Vincent m'a apporté un troisième tableau qui me paroit encore mieux , que les deux premiers : le quatrième est commencé.

M. Jeaurat a écrit, et remi à l'Académie sa place de chancelier y que son abscence rendoit une vaine (?) sans fonction et sans émoulemens, outre quelques signatures. Il garde celle de Recteur, qui par ses honoraires peut être utile. L'on peut prévoir que ce sera M. Pigale qui le remplacera (1).

M. Henriquès graveur (2) vous a voit présenté une mémoire, pour que vous luy (donnassiez la) permis-

(i) Les prévisions de Pierre ne tardèrent pas à se réaliser. Etienne Jeaurat s'élant démis des fonctions de chancelier, qu'il occupait depuis le 24 février 1781, fut remplacé par Pigalle, qai prit le scf.au à partir du 8 janvier 1785.

(2) Benoit Louis Henriquez, graveur assez habile, élève de Du* puiSy et agréé k rAcadémie en 178i.

sion de graver en suitte tous les tableaux du Roy. Projet qui a toujour été rejette, parce que Ton connoit comment sont traittésles arts, lorsqu'ils sont à l'entreprise.

Âujourduy M. Henriquès se restreint à demander la permission de graver la suitte des sujets de l'histoire de France exécutés pour le Uoy ; un morceau de ce genre qu'il vient de mettre au (jour) lui a donné cette idée. Je consenti à vous en parler, mais en même tems, je l'ai prévenu que dans le cas où vous accorderies sa demande, il seroit obligé d'aller dessiner ses traits aux Gobelins, et d'y retoucher ses épreuves. Ce M. Henriquez se plaint du nombre de ses jaloux^ de ses enemis, qui ne peuvent exister. Vous serès donc entouré. Monsieur, par les protecteur qu'il a rassemblé. Dans le fait, il n'y a aucun inconvénient à lui accorder sa demande, ce sera à luy à s'en tirer, mais en même temps, il seroit bon de luy parler des morceaux de réception, auxquels comme tant d'autres il ne pensera, que lorsqu'il n'y verra plus (1).

Je suis, avec un profond respect,

Monsieur,

Votre très-humble et

très-obéissant serviteur,

Pierre.

(1) Pierre veut parler ici d*un grand travail entrepris déjà depuis plus de vingt ans et qui rencontra, dans Texécution, mille difficul

Monsieur,

Hier sur les neuf heures du soir, le s' Godefroy occupé à la restauration des tableaux du Roy, mourut subitement d'apoplexie, dans le caffé de la Régence. Sur Tauis donné par M. Bartouilhe, j'envoyez sur le champ chez MM. Robert et Jollain (1). Ces MM. decir dèrent de faire mettre les scellés sur le cabinet au Louvre, et sur son atelier chez luy au Louvre.

Ce matin jay prié M. Robert de passer chez moy et nous nous sommes rencontré de la même opinion sur un M. Martin (2), comme le plus capable de remplacer le s' Godefroy. Sous la clause neammoins de vous représenter l'ancien ordre que vous auez établi de ne point accorder de breuet, afin de ne pas donner d'exclusion à d'autres, et de ne pas oter aux gardes du

tes et mille retards. Nous savons par d^Ar^çenville le fils que « FAcadémie, contente du dépôt précieux que forment dans ses salles les ouvrages de réception de ses membres et leurs portraits, avoit toujours négligé de les confier au burin : ce ne fut qu'en 1762 qu'elle arrêta de les faire traduire et multiplier par la gravure; ouvrage qui, avec le temps, formera une suite d'estampes très-intéressante. » (Description de l'Académie, 1781, p. 81.) On sait que lors de la suppression de TAcadémie, cette suite n'était pas encore achevée. Les planches exécutées fout aujourd'hui partie de la chalcographie du Louvre.

(1) Hubert Robert et Jollain étaient tous deux à cette date « gardes du Musœum du Roi » et chargés à ce titre de Tadministration intérieure et, pour ainsi dire, de la police du Louvre.

(à) 11 y aurait lieu de rechercher si ce Martin que Pierre propose de donner pour successeur à Godefroy, ne serait pas le même qu'un certain Martin-Laporte qui, en 1787, avait restauré avec beaucoup de succès les tableaux du séminaire de Saint-Sulpice. V. le Jour^ fuUde Paris du 21 août 1787.

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