P. PUGET
A Marseille ce 16 janvié 1094.
L^antre lettre de la collection de M. Chambry, imprimée dans Ylconographiey était plus détaillée et plus insistante :
Monsieur
Vous tesmoi^ant mes plus profons respets je vous diray Monsieur que depuis peut de jours sont venus clie nous deux comseiliers du parlement dAix en compaignie de deux abbes dAvignon aiant veu mon bas relief de sainct Charles fini on voulu scavoir si je mon voulois acomoder et traité du pris. Je men suis escuser pour le présent mais qu'en peut de jours jy donnerois responce.
lima samble estre très bien de mon devoir Monsieur de vous comuniquer cet afaire puisque selon les volontés du Roy, cela regarde vostre ministère et come Sa Maisté setant satisfaict de Touvrage de lestatue du Milon me fit ordonner par Mous"* le marquis de Louvois que tous autant douvrage que je pourois faire Sa Majesté le prandroit quel subiet quil peut estre et me partant de la court et prenant congé de Sa Majesté me réitéra la mesme pancée et en presance de Monsieur le maréchal de Lorge me dict ces mesme parolles aies M. Puget et travailes tousjour pour moy et me faictes de belles choses come vous scaves faire ainsy il est de mon devoir de fover (?) la pancée de Sa Majesté et de tous
rtndre compte de ce qui ce passe. Ce bas relief a 63 pousse ddteur et quarante septe de largeur. Le subjet et un sainct Charies au milieu des pestiférés ; en conpaignie de sainct Charles a sa suite est un prêtre qui porte la crois et un autre prêtre qui porte le sainct Siboire au bas duquel y a un crostreux (?) qui traine un pestiféré. Le sainct joint les maints au siel au devant duquel il a une famé a lagonie, et son perre qui est proche de la la recomande au sainct, un petit anfan moran est a cote de sa mère, on estime beaucoup le sainct, il y a une gloire dum petit ange qui tient une crois acompaigne de quelque chérubin ; sur le derier du tableau il y a un lit dens lequel y a couche un cadavre et sa famé auprès quelle faict desa lamantations ; tout le reste du fon est acompaigne darchitecture. Le mabre est très beau. Les principales figure sont a deux tiers de relief, son pris est de six mil livres. Gy suis este ocupépandent deux annez; vous aures la bonté Monsieur de comniquer ce petit afaire au Roy puisque je suis très asuré que Sa Majesté y prandra plesir et si Ion me paie ce ouvrage je vous promet M. que je le feray porter a Versai! le ensemble avec le bas relief d'Alexandre et Diogenes et le Roy en donnera ce quil y sera agréable du fraicts des voitures ou Ion ce poura prometre que point nomé ces ouvrages seront en cour sans aucun risque ni denger. Je prie nostre Seigneur qu'il vous conserve et sui avec beaucoup de respects
Monsieur
Yostre tre humble et très obeisant serviteur
P. PUGBT.
A Marseiles ce 22 mars 1694.
P. Puget y mourut cette môme année, le 2 décembre 1694.
On voit qu'il n'a tenu qu'à Louis XIV d'avoir à Versailles le dernier des chefs-d'œuvre du plus grand sculpteur qui ait honoré son règne. Tous les biographes du Puget ont dit qu'il avait commencé sa Peste de Milan pour M. de la Chambre, curé de la paroisse de Saint-Barthélémy à Paris. Toujours est-il que ni l'église Saint-Bar-
ihélemy, ni Avignon, ni Aix, ni Versailles ne réclamèrent cette œuvre admirable ; les administrateurs du Conseil de la santé à Marseille acquirent le Saint- Charles du petit-fils du Puget, moyennant la somme de 10,000 livres et une rente viagère de 500 livres ; et pour ma part, je trouve juste que la ville qui donna naissance à ce puissant génie, et dans laquelle il vécut et mourut, ait à mofftrer aux étrangers et aux autres villes de France, deux de ses ouvrages les plus précieux : Técusson de son Hôtel-de-Ville et le bas- relief du Saint-Charles Borromée.
mmk CARRlERll.
Lettre conimuniquée par M, Jules Boilly.
Venise, ce 10 octobre 1721.
Monsieur,
Je me suis donnée l'honeur d'écrire deux fois à Mon"^ votre fils, l'une de Fuessen (1), l'autre de Venise, lui mandant dans la première qu'on nous obligeoit à garder contumace; dans la deuxième notre heureux arrivé à Venis , et notre ressentiment de la perte qu'il venoit de faire aussi bien que vous, et que je suis très fâché de rappeller à vôtre mémoire dans l'occasion de vous persuader que je n'ai pas manqué à mon devoir. Je n'en ai pourtant pas reçu aucune réponse, ce qui m'a fait croire qu'on ne vouloit pas de mes lettres.
J'ai gardé donc le silance ; mais apresent, malgré qu'on en aie, je ne saurois plus le garder. J'envois la Pastelle à l'Académie et comment oseroit-elle se présenter sans être protégée de vous. Je tache donc de lui procurer par ce deux Hgnes cet avantage, et je croirois faire tort à la bonté que vous avez eu de porter tous ces Illustres à m'accorder l'honeur, bien grand, d'être parmi eux, si je ne me flatois que vous
(1) Fuessen, petite ville de Souabe.
tu
leur persuaderez encore que j*ai fait tout mon possible pour leur taimoigner ma reconnoissence , quoique cela ne paroit pas assez dans le Tableaux. J'ai taché de faire une jeune fille, sachant que Ton pardonne bien des fautes à la jeunesse ; elle represanté aussi une Ninfe de la suite d^ÂpoUon, qui va faire présent de sa part à TÂcadémie de Paris d'une courone de Laurier la jugent la seule digne de la por^ ter, et de présider à toutes les autres. Elle s^est déterminé de s'arrêter dans cette ville, aimant. mieu& d'auccuper la dernier place dans cette très Illustre Âccademie que le sommet du Parnasse. C'est à vous donc à lui procurer cet avantage et à moi aussi celui de jouir de vos bone grâces et de tous les Illustres de lAccademie auquels vous aurez la bonté de faire mes complimens et de me croire, Monsieur, Votre très humble servante,
RosALBA Carrier A.
Cette lettre, qui nationalise parmi nos artistes français la célèbre pastelliste Rosalba, est sans doute adressée, suivant Topinion de son obligeant possesseur, M. J. Boilly, à Antoine Coypel, directeur de FAcadémie royale de peinture depuis 1714, et qui mourut le 7 janvier 1722. La « demoiselle Rosa-Alba Carriera, de Venise, illustre pour le pastel, » avait été reçue de TAcadémie royale de peinture et sculpture, le 26 octobre 1720, <c sur le vu d'un portrait du Roi au pastel; » et sa nomination fut confirmée, le 9 novembre
i7â0. Ce n'est donc qu'une année après qu'elle envoyait son mor~ ceau de réception, « une muse au pastel, » conservée aujourd'hui dans le Louvre, et Tun des plus précieux chefs-d'œuvre de la salle spéciale qui y a été nouvellement consacrée à cet art. Encore cet envoi ne fut-il présenté à l'Académie que le 28 février 1722, suivant les registres de l'Académie. — Quant à la perte que le père et le fils venaient de faire, et que la Rosalba est a très-fàchée de rappeler à la mémoire d'Antoine Coypel, elle se trouve assez expliquée par le paragraphe suivant de la a Vie d'Antoine Coypel, par Charles Coypel son ûls, » dans le tome II des Vies des premiers peintres du roi (1752), p. 35 : « Le 7 avril 1721, il perdit en sa femme (Marie-Jeanne Bideau, -^ il l'avait épousée en 1688) une amie sincère, prudente et secourable. Cette mort annonça la sienne : en vain on s'efforça de le distraire ; ses enfants même lui cachant leur douleur, tentèrent inutilement de modérer celle qui Taccabloit; leurs soins rendirent son cœur plus sensible pour eux, sans pouvoir en bannir un chagrin, qui bientôt le conduisit à une fin aussi chrétienne que sa vie avoit été laborieuse. »
aMToniE-JEAii «m.
Lettre communiquée par M. Henry Gérard.
A M. Mofisieur Gérard ^ peintre d*histoire, membre
de rinstitut.
Monsieur,
Je sors de chez monsieur David, notre cher maître, qui a bien voulu me rapporter les bonnes dispositions de messieurs les membres de l'Institut à mon égard, que vous-même les aviez partagé et vous étiez montré là toujours ancien camarade ; c'est sous ses auspices, conformément à ses désirs et aux miens que je saisis l'occasion de vous en remercier. Je vous pensais si mal disposé à mon égard que j'avais regardé la visite d'usage comme impraticable. Je désire que ces remerciemens sincères réparent cette omission, et que vous n'interprétiez point mal cette démarche, aussi conforme à mes sentimens qu'à ceux de notre cher maître que je quitte à l'instant.
Veuillez agréer mes civilités.
Gros.
Paris, 12 mai 1815.
Gros fut nommé membre de Flnstilut, par ordonnance royale du 31 mars 1816.
CRREB HiMU.