L. Resgyon
Avec paraphe. Av. paraphe.
Du MONSTIËR.
Dekiges.
Genevjefve Balifre.
De MiGifET.
P.-P. PRDD'BON
Lettre communiquée par M. A.-L. Grand.
Le petit tableau si curieux, qui sert de sujet à la lettre suivante, se trouvait et se trouve encore, comme la lettre elle-même, entre les mains de Tobligeant artiste M. A.-L. Grand. C'est, à coup sûr, une peinture bien instructive pour la biographie de Prud'hon, et je ne sais pas si en Bourgogne môme on en trouverait une autre qui reculerait aussi loin le point de départ de ce beau et séduisant génie. Quant à la lettre, je la juge autant et plus intéressante que le tableau, puisqu'elle nous montre les aspirations étranges et les intimes divinations de Fart qui tourmentaient le pauvre Prud'hon au fond de sa bourgade natale. Nous en plaçons la date aux environs de Tannée 1784. Prud'hon, qui demande si instamment à aller continuer ses études à Paris ou à Home, n'avait point encore obtenu le prix de l'école de Devosge à Dijon, qui l'envoya pour quatre années à Rome, de 1785 à 1789, époque à laquelle il revint à Paris. Le tableau établit d'ailleurs bien péremptoirement qu'au moment où il le peignait, il suivait fidèlement et ne connaissait d'autre manière que celle de son mattre Devosge. A qui la lettre est-elle adressée? Je suppose que c'est à son actif et bienveillant protecteur, le baron de Joursanvault, de Beaune; du moins les quelques mots sur les vieux papiers et parchemins^ qui ne sont point communs à Clnny, me pousseraient fort à le croire. On sait en effet que « généalogiste et diplomate distingué, M. de Joursanvault avait rassemblé, avant 1789, un grand nombre de chartes, de manuscrits et d*ouvrages spéciaux sur l'histoire du duché et du comté de Bourgogne, )) et qu'après le premier ouragan révolutionnaire, « il parcourut avec une infatigable persévérance presque toutes les parties de la France, achetant ou faisant acheter de tout côté les archives dispersées des monastères, et tout ce qu'il put recueillir des dépôts publics mis au pillage. » Seulement j'avoue ne point aimer la façon dont Prud'hon lui parle à deux ou trois reprises de la race monastique ; cela ne seyait point à un jeune homme, qui de-
Tait aax moines de Cluny, Don-seulement la gratuité de sa première éducaiioD, mais la recommandatioD de lUs^r Moreao, Tévéque de M&con, qui l'avait envoyé et cntretODU à l'école de Devosge. Quant au lableaulJD, dool lui-même fait bien sévèrement la critique, voici à peu prés tout ce dont il se compose : Le buste en marbre du personnage, que je suppose être M. de Joorsanvault, est posé sur un piédestal, dressé lui-même au haut d'un ccnain nombre de degrés dans riotérieur d*un temple. Ce buste est celui d'un bomme d*une quarantaioe d*années, revéïu de Tbabit militaire. A gauche, une femme parée, représentant la Beauté, et qui semble un portrait, entoure le buste d'une guirlande de roses. A droite, un petit amour lui présente un cœur enflammé et percé d'une flèche; Minerve par dp.rrière le coiffe d'une couronne, et la Prudence à droite regarde faire Minerve. A gauche, au premier plan, assis sur les degrés, se voit un grand Génie de la peinture, tenant une palette et montrant le buste. Appuyé contre le piédestal, à côlé du Génie, est un tableau dans lequel est figuré Mars accoudé sur un canon. Au-dessus du Génie et derrière la Beauté est AnoUon jouant de la lyre; c'est lui dont le type rappelle le mieux le Prud'bon que nous connaissons. Enfin, la composition, qui est très-nombreuse, comme on voit, et peinte avec la finesse du miniaturiste le plus précieux, est complétée par un Mercure qui plane sur tout le groupe et le couronne, en descendant sur des nuages le caducée en maiu. On trouve là déjà ce goût pour rallégorie que garda Prud^hon, tant qu'il vécut et peignit. Il est certain cependant que sans la lettre que nous publions, nul ne reconnaîtrait dans cette petite toile, si curieuse, le peintre de la Justice poursuivant le Crime; si quelques louches de lumière y sont larges, si quelques types dèjk heureux s'y distinguent d'autres types vulgaires ou enfantins, si la couleur en est fine et vive, les formes longues et un peu menues dénoncent trop exclusivement encore l'école et le maître de Dijon.
Monsieur,
Je ne suis point de votre sentiment, je trouve votre charmante lettre trop courte, et d'autant plus qu il y
avoit déjà longtems qu*il me tardoit d'en recevoir, n'ayant pas de plaisir plus sensible que l'honneur de votre entretien, ne fiit-il que d'une ligne ou d'un instant. Voulez-vous me permettre de vous dire , Monsieur, que vous me flattés un peu trop soit au sujet du tal'leau que je vous ai fait, soitàceluy des gravures que j'ai eu et que j'aurai l'honneur de vous faire ; je suis bien charmé que votre indulgence trouve passables' les petits ouvrages qui sortent de ma main; mais qui me répondera que je ne me laisserais pas éblouir de choses trop flatteuses que vous dites en ma faveur, surtout en me les répétant à moi-même; je crains bien ma foiblesse, et si mon peu de mérite ne m'étoitbien connu, c'en seroit peut-être déjà fait.
Sçavez-vous que j'ai aussi une grâce à vous demander»; toujours des grâces ! je crains bien de vous fiuiguer ; mais non, celle-ci est d'un genre soutenable, c'est de me laisser sortir de mon maudit pais après que j'aurai exécuté les ouvrages soit peints, soit gravés prescrits dans votre lettre, outre que j'y perd un tems précieux que je regrette, je my ennuis au delà de tout ce qu'on peut dire, et je ne puis y rester plus longtems iSans prendre sur mes jours. Laissez-moi aller à Paris, Monsieur, c'est là où non-seulement je pcfurrai vous faire des ouvrages plus dignes de vous et de moi, mais où je serai à même de ne perdre aucun moment et de me perfectionner de plus en plus ; j'oserai seulement vous demander pour ce païs là votre protection et
quelques unes de vos connoissances , et j*espère bien que vous n'aures pas à regretter de in*avoip accordé Tune et procuré l'autre; voici quelles seront les études que j'y ferai le plus particulièrement ; j'y dessinerai beaucoup, V d'après l'antique pour prendre de belles formes , Tanatomie pour en connoître les précisions, d'après nature pour en saisir les finesses et réduire si je puis le tout dans mon dessein ; 2® je comparerai ensuite l'un avec l'autre, soit pour en connoître les raports soit pour en démêler les défectuosités. Outre ce je consulterai souvent les grands maîtres, tel que Raphaël, Titien, Rubens, etc. , les uns pour les grâces, l'élégance du dessein , la finesse et le naturel sublime de l'expression , les autres pour lart ravissant du coloris, la belle ordonnance de la composition, la magie du cliûr obscure, etc., etc. Enfin, je tâcherai de tirer partie du tout suivant la porté de mon génie ; qu'en pensés-vous. Monsieur, il me tarde de mettre à exécution toutes ces choses ; plus la violence de mon désir me presse, plus je m'ennuis à Cluny.
Vous m'avez mandés ce que vous pensiez de mon tableau ; eh bien vous me permétterez aussi de vous en dire mon sentiment qui n'est malheureusement que trop vrai ; je ne le trouve point bien, pour ne pas dire très mal et même de façon qu'il n'est pas possible d'en faire rien de bon, h moins d'y mettre une nouvelle impression ; desireriés sçavoir plus particulièrement les défauts qui m'y ont paru 1^ le temples n'est point
bien disposé, les colonnes, chapitaux, etc. , les plus apparents ne fuient point assez et a proprement parler on ne défini point ce que signifie cet assemblage de colonnes, de chapitaux, de corniches, etc. On ne sait si cest temple ou autre chose. 2® le mercure très mal desiné est dans une pose forcé et na aucune expression, ses draperies outre quelles sont sèches et dures, ne peuvent se soutenir dans leur position. 3^ toutes les figures sont disproportionnées et infiniement trop grandes, quelques unes des tètes fort médiocres, toutes les mains en sont mauvaises soit parleurs formes, soit par leurs coloris. Les draperies en sont de mauvais ton, de formes maigres ou trop roides, 4® les figures de la Prudence et Minerve sentent la statue et paroissent immobiles. 5® la Vénus est trop en arrière et n'a aucune expression dans la position du corps; 6® l'Apollon, sa lire ne peut se soutenir; 7" le Génie nest point d'aplomb, est trop penché en arrière ; sa tête, ses bras, son corps et ses pieds sont d'un mauvais affreux, sa tète est trop tourné, son col est trop large et trop long, ses épaules paroissent démanchés, etc., etc. , sur ses belles proportions ; 8® le petit enfant ne se soutient pas , nest point assez panché en avant, a la tête dans les épaules, le col trop court, le corps trop petit, les mains trop grosses, les bras de mauvaises forme , les cuisses aussi trop grosses, trop longues et les jambes mal desinées ; 9° les degrés sont glissants par leur position, ne sont point assez orisontaux, etc., sur les