PIÈCES JUSTIFICATIVES
Unîversis présentes litteras inspecturis et audituris, officialis curie Turonensis salutem in Domino. Noveritis quod constituti in jure coram nobis Stephanus de Moretannia lathomus magister operis ecclesie Turonensis et Lucas dictus le Bicheron confessi sunt se émisse a venerabilibus viris decano et capitulo Turonensi omnes arbores triginta quatuor arpenlorum nemorum ipsorum decani et capituli, quod nemus vocatur Nemus Sancti Mauricii, situm in parrochia Saneti Benigni, juxta et immédiate parva nemora que forestarius ipsorum nemorum émisse dicitur a venerabilibus antedictis, prout idem nemus emptum a dictis Stepbano et Luca, a domo Philippi Rogier seeundum latitudinem unius arpenti prout est mensuratum et segreatum [usque ad] locum qui dicitur la Bondie
(1) D. Housseau, t. XIII, n<^ 8397.
se extendit, videlicet quodiibet arpenlum precio sexdecim librarum. De quo precio promittant prefati Stephanus et Lucas et quilibet eorum in solidum solvere centum libras infra festum Beati Mauricii proximo venturum et centum libras infra idem festum Beati Mauricii immédiate sequens anno revoluto, et sic anno quolibet infra dictum festum donec idem totum precium persolvatur. Âctum est eciam inter ipsos emptores ex una parte, et ipsos vendi tores ex altéra et conventum quod totum residuum precii supradicti excédons centum libras dicti emptores persolvant in ultimo solucionis termino venerabilibus antedictis. Promittant eciam et tenentur ipsi emptores totum nemus predictum emptum ab ipsis vendere» expletare, tollere et amovere infra quinque annos incipiendos a medio mensis mail proxime venientis. Promittentes nihilominus ipsi emptores et quilibet eorum in solidum reddere et solvere omnia dampna et deperdita que ipsi venerabiles haberent aut sustinerent si ipsi emptores deficerent in premissis aut altero eorumdem, ad hoc se et quilibet eorumdem in solidum heredes suos et omnia bona sua fide ab eis super hoc corporali prestita obligando. Geterum in jure coram nobis constituti pre^ sencialiter magister Symon dictus de Genomanis lathomus et Richardus [Vitrari]us premissa omnia et singula eis diligenter exposita vera esse confitentes constituunt et faciunt se et quoslibet eorum in soUdum fidejussores et expromissores et principales debitores
erga dictos venerabiles de premissis omnibus et singulis tenendis supradictis et eciam adimplendis se et quilibet eorum in solidum heredes suos et bona sua omnia obligando, renunciantes quoque tam emptores quam expromissores predicti exceptioni nemoris non venditi, nove constitutionis de duobus reis, bénéficie dividendarum actionum , doli » mali et in factum actioni deceplionis ultra dimidium justi precii» crucis assumpte [privilegio] et etiam assumende. Et ipsi Symon et Richardus expresse exceptioni de prius conveniendo principales debitores ad que tenendum et sequendum et de non veniendo contra aliqua ratione ipsos Stephanum, Lucam, Symonem et Richardum per présentes et in hoc consencientes senten* tialitercondempnamus. Voluit eciam et concessit idem capitulum et promisit coram nobis dictum nemus venditum ipsis emptoribus garire et defendere contra omues et ab omnibus impodimentis liberos [facere ad] quinquennium antedictum. Âctum et sigillo dicte eurie Turonensis sigillatum in testimonio veritatis» die jovis post festum Beati Luce Evangeliste, auno ab incarnacione Domini millesimo ce® lxx^ nono.
G. DE GUEUG.
Archives départ. d'Indre et Loire. Cartons de Téglise métropolitaine. Liasse Saintr-Brans, Cotée A, n*" 31. Cotte ancienne N. vi. — Original jadis scellé sur lacs de parchemin.
Isti sunt census de thesauro qui debentur in cra»tîno Natalis Domini.
Super domo Richardi Vitrarii sita prope
domuai Stephani de Mauritania, lU denarii.
Super domo Mathei le Cortepoinctier,
HI solidi.
Ms. de la bibl. de Tours. — Liber statutorum et juramentorum eeoktiœ TuronefisiSy p. 277.
xvi Kalendas novembris. Obitus Guitlelmi de Guerekia quondam magistri carpentatoris hujus. ecclesie.
Brilisch Muséum, Add, mss,<, n^ 11443.
— atti
JEM COSTË
Pièces relatives aoi trayanx de peinlnre, eiécnlés par loi an chitean de f audreuil
en Normandie.
— tS60-tS66 —
Annotées par M. Anatole de Montaiglon.
Le nom de Jean Costa est bien connu maintenant. La pièce publiée par la Bibliothèque de VEcole des chartes, et dans laquelle se trouve une mention de peinture à Thuile en 1356, a été déjà citée dans bien des endroits, même à Tétranger, ainsi dans le Nouveau Vasari de Florence (IV, 89), à propos de la vie d*Antonello de Messine, et sera toujours employée par tous ceux qui s'occupent de la question de celte origine, en même temps que les textes anglais cités par Walpole et si bien commentés récemment par M. Eastlake dans son ouvrage : Materials for an history of ail painting, La communication qui nous a été donnée par notre ami, M. Charles Grandmaison, de deux pièces inédites relatives à cet artiste, et conservées dans la collection Gaignières, nous ont engagé à réprendre et à leur joindre les autres pièces déjà publiées sur cet artiste, pour les mettre dans un recueil uniquement consacré à Fart, et où Ton ne sera pas fâché de les trouver réunies. Comme toutes se rapportent au môme objet, c'est-à-dire à des travaux faits pour le château de Vaudreuil en Normandie, — Vaudreuil ou Saint-Cyr de Vaudreuil, qui dépendait de l'intendance de Rouen et de l'élection de Pont-de- l'Arche, fait aujourd'hui partie du département de l'Eure, arrondissement de Louviers, canton dePontde-l'Archc, — ces pièces se trouveront d'autant mieux ensemble.
La pièce qui porte la date la plus ancienne a été publiée par M. Bernhard dans la Bibliothèque de l'Ecole des chartes, 2' série, t. m, p. 334-7. Un de nos amis nous en avait donné une copie sans connaître cette publication, qui, par une singulière inad-
vertance ne figure pas à la lable décennale, et la collaLiou de sa copie avec celle de M. Bernhard, et de nooveao avec le texte, nous a donné quelques lectures nouvelles et préférables. Ce sont des lettres du roi Jean destinées à servir de décharge à son peintre Jean Goste pour toutes les sommes qu'il aurait dépensées pour ses travaux au château de Yaudreuil ; elles sont datées du 24 mars 1353 et du château même de Yaudreuil. Le roi nous y apprend que trois aus auparavant, vers la Saint-Michel, il avait chargé Jean Coste de peindre la grande salle, la chapelle et la chambre de son château de Yaudreuil. Cette date est à remarquer : la Saint-Michel tombe le 29 septembre. Or, le roi Jean fut couronné à Reims, le 26 septembre 1350. Ce fut donc dans les premiers jours de son règue qu'il confia à JMn Coste les travaux dont il vient d'être question. Le roi Jean ajoute qu'il désirait beaucoup que Jean Coste exécutât ces travaux, hoc per ipsum fieii desiderabiliter affectantes ; que celui-ci s'empressa d'obéir ; qu'il se mit à composer ses bis* toires et ses dessins ; qu'il eut à retoucher plusieurs parties de son travail , d'une part à cause des détériorations causées par l'humi-' dite des murs, et aussi parce qu'on lui fit refaire en or pur certaines portions faites avec de l'étain doré. Pour ces divers travaux Jean Coste avait reçu, tant des trésoriers de France que du vicomte de Pont-de-l'Arche, certaines sommes d'argent, dont il ne savait comment rendre compte ; d'abord, disent les lettres, parce qu'il est tellement étranger à toute espèce de comptabilité qu'il ne saurait dresser son compte et qu'il n'a pas de clerc pour le faire pour lui, ainsi qu'il serait convenable, quod tamen fuisse convenions reputamus ; que de plus il a à vaquer continuellement à ses travaux; qu'il lui faut chercher dans un livre ses sujets, se rendre à Paris pour se procurer les couleurs qui lui sont nécessaires; enfin, qu'il est tombé gravement malade. Pour toutes ces raisons, le roi, qui désire le prompt achèvement des travaux, mande à ses gens des comptes d'en croire ledit Jean Coste sur parole touchant l'emploi des sommes qu'il aura reçues jusqu'à ce jour, bien qu'une telle manière de procéder n'ait pas encore été pratiquée, non obstante quod simile nundum fieri consuevit.
Les deux pièces qui suivent sont inédiles; elles se rapportent
ssa
aux retards que mettaient les trésoriers à donner à Jean Coste les sommes nécessaires à ses travaux ; la troisième, qui est dans le môme sens, a été publiée en partie par M. Aimé Ghampollion. Nous n'avons pu retrouver à la Bibliothèque impériale la pièee originale que nous voulions donner dans son entier. La mention des recettes, qui ont dû fournir l'argent demandé, eût été bonne à ajouter, parce qu'elle pourrait conduire un jour à retrouver le détail des dépenses.
Enfin la cinquième et la plus importante, celle où il est si nettement question de remploi de Thuile, est celle qui a été publiée la première et par M. Bernhard {Bibliothèque de l'Ecole de chartes, 2^ série, t. I, 1844-5, p. 544-5). L'original, qui provient du cabinet Joursanvault (t. I*" du catal., p. 138, n» 816], et qui a figuré depuis dans la vente Muller, appartenait alors et appartient encore à notre confrère et collaborateur M. Salmon.
Un nouveau nom y figure, celui de Girart d'Orléans^ un autre peintre de cette époque, et, en rapprochant sa présence des faits contenus dans la lettre de rémission du roi Jean, il est difficile de ne pas croire qu'il ait été précisément chargé de l'administration des deniers et des comptes à tenir. On connaît de lui d'autres mentions. Quelques années avant, en 1343, Louis de Ch&tillon, comte de Blois, fait payer certaine somme à Girard d'Orléans, peintre, demeurant à Paris, pour la façon d'une litière (Cat. Joupsanvault, n^" 815). En 1379, il était mort et devait avoir été riche; car M. Monteil a cité (note 11 du chap. LX la Procession, t. I^'' de la nouvelle édition, in-12) un inventaire qu'il a possédé des « vestements, calices, reliques, joyaulx d'argent, etc. » appartenant à l'église du Saint-Sépulcre à Paris en la grant rue Saint-Denis, manuscrit in-folio sur parchemin et daté de 1379. A.u folio 33, recto, on lisait : « Item en la dessusdite chapelle a une autre fondation a fondée d'une chapellenie que fonda feu maistre Girart d'Orliens, « paintre du roy, chargée en IIIl messes la sepmaine. »
Pour Jean Coste, on ne connaît pas encore de lui d'autres travaux ; il était mort avant 1391 ; car on ne le trouve pas dans les statuts de cette année, où il ne figure pas ; en effet, bien qu'il ait travaillé en Normandie, et qu'il en fût peut-être, puisqu'on ne connaît pas
HO paySi 11 serait plus que périlleux de vouloir le reeonnattre dans un Jean Normandie qu'on y rencontre et dont nous pouvons n'avoir là que le surnom. Me permeltra4-on une autre supposition, que je n^ présente qu'avec toutes les réserves du doute ? En voyant Jean Coste ainsi aimé par le roi Jean, chargé par lui d'un travail trois jours après son couronnement, ne pourrait-on pas penser que le portrait du roi Jean, maintenant conservé au Musée des Souverains, est peut-être de ce peintre? et, sans aller jusque-là, ce portrait, puisqu'on se servait alors de l'huile, ne serait-il pas peint de cette façon? Car, s'ils ne sont pas le résultat d'une restauration postérieure, les tons bleus du vêtement offrent un empâtement et comme la trace traînée des poils d'un pinceau épais qui peuvent donner quelque lieu à cette supposition que nous soumettons sans réserve au jugement des hommes compétents.
Je finirai cette note en rappelant d'autres travaux faits beaucoup plus tard dans ce même lieu et qui honorent le château de Vaudreuil, alors la propriété d'un particulier. Ce fut là que le grand Puget fit de ses premières œuvres, et nous emprunterons le passage du père Bougerel dans ses Mémoires pour servir à l'histoire de plusieurs hommes illustres de Provence , Paris, Hérissant 1753, in-12, p. U-5 : a L'année d'après (1658) Puget vint à Paris, attiré ce par M. Girardin, qui le mena à sa terre de Vaudreuil en Normana die. Il y demeura jusqu'au i2 juillet 1660. Il y fit deux statues de a pierre de Veruon de huit pieds et demi de hauteur; l'une reprétt sente Hercule et l'autre la Terre avec un Janus qu'elle couronne tt d'olivier. Elles furent estimées 300 écus pièce. Il travailla encore ff au modèle d'un bas-relief. M. Lepautre, architecte renommé» ce trouva ces ouvrages si beaux qu'il conseilla à M. Fouquet d'em-» a ployer un si habile homme pour les ornements de Vaux-le-Yia comte (i). » Vaudreuil a eu là à deux reprises de beaux travaux par de grands artistes.
(i) Voyez sur Puget la notice nouvelle de M. D.-M. Henry dans
les Mémoires de la Société de Toulon,
Johannesdei gracia Francorum rex. Notum fkcimu& univepsis preâentibus et ftiturls, quod, cum Dos, ûiït^ festum beati Michaelis ultimo preteritum fherint trfô anùi elapsi» mandaverimus per nostras litteras magiâ^tro Johanni dictô Coste, pictôiî, ut ad caslmm noâ-* trum Vaiilis Ruelli accederet ut aulam, capetiam, caméras et alia lôca ejusdetïi castri depingeret, hoc pélr ipsutn fieri desiderabititer aflSsctantes, idemque Jôhatlnes, Dostrô predicto parensmatidato» quam ticius hoc ad suam devenit noticiam, ad dictum castrum acceâi^ sit, et in aula, cameris, et alii$ locis ejusdem castri ab illo tune plures fecerit et composuerit hystoricis (lise« histûHas) et ymagines, et quasdam faclas, propter murorttm veterorum (1 ) putredînem , et qùasdatn alias, quia de stagno deaurato facte erant quas nos de pufo auro fieri voluimus, refecerit ad nostre beneplacitutn Yolumptatis, propter quod plures summas pecunie à thesaurariis nostris, vicecomite Pontis arche et aliis, dicitur dîvèrsis temporibus récépissé, et Inde plures facisse misias et expensis (lisez expensas (2) ; cunfi'^ que idem Johannes sit adeo simplex et In facto (3) corn-
(1) L'original paraît porter ceterorum; mais veterorum, malgré sa barbarie, entre mieux dans le sens.
(2) Vexpensa mis entre parenthèses par M. Bemhard doit n'être qu une faute d'impression.
(3) Sauté dans M. Bembard.
potorum et monetarum ignarus, quod compota sua nesciret de hiis expensis et missis ordinare ; sed nec hactenus potuit aut adhuc valeat ea facere, cum ipsum oportuerit dictas ymagines manu propria componere et formare, hystoriasque iuibi depictas de quo dicti (lisez de quodani) libro extrahere, et, Parisius, quesitum colores, pluries personaliter accessisse, fueritque diu (1) gravi infirmitate detentus; sibique iDJunxerimus et adhuc velimus ut expedicioni dictorum operum, que celeriter compleri yolumus, vacet attenans (lisez acte^ mis) (2) et intendit, nec habuerit clericum aut habeat, quod tamen fuisse conveniens reputamus pro eisdem compotis ordinandis, Nos^ de dicti Johannis probitate plenarie confidentes, et Tolentes ipsum ex hujusmodi compotorum onere liberari et servari indempnem, volumus et eidem concedimus de gracia spécial!, dilectisque etfidelibus gentibus compotorum nostrorum Parisius (3), presentium tenore mandamus, quatinus, de omnibus et singulis missiis et expensis, quas idem Johannes pro premissis afiSrmayit se fecisse, suo simplici juramento, adicto tempore usque ad diem presentis festi Pasche, yidelicet vicesimam quartam diem marcii, eidem Johanni credant et fidem adhibeant, et receptis per ipsum propter hoc deducant et ipsum
(i) M. Bernhard a lu fueril qUamdiu.
(2) M. Bernhard le corrigeait à tort, croyôns-nous, en attentas,
(3) La copie de M. Bernhard donnait cette phrase dans un ordre un peu différent. Nous rétablissons celui de roriginal.
de eis exonèrent^ nec ipsum aut ejus hercdes vel successores ad aliud de premissis compotum exhibendum, nunc vel in futurum compellant ullatenus aut molestent, sed ipsum, suosque predictos heredes et successoreSy de hiis quietum et liberum teneant et teneri faciant, perpetuo, pacifiée et quiète ; nonobstante quod simile nundum fieri consuevit, et non obstantibus ordinacionibus aut statutis contrarus quibuscumque. Quod ut firmum et stabile perpetuo, perseveret, nostrum sigillum hiis litteris est appensum, salvo in aliis jure nostro et in omnibus alieno. Datum in Castro Vallis Ruelliy die festi Pasche predicta, videlicet XXIIII^ die marcii, anno Domini millesimo ccc*^ quinquagesimo tercio (1353).
Per regem
Mellon. (1)
(Archives impériales. Trésor des chartes J. reg. 81; pièce n« 578).
Jehan, par la grâce de Dieu, Roy de France, au Vicomte de Pont de Tarche ou a son lieutenant, salut. Âutreffoiz t'avons mandé que a Jehan Goste nostre
(il M. Bernbard avait lu Mallou, mais Mellon est un secrétaire du roi Jean dont le nom est très-connu.