‹ ACHIVES DE L'ART FRANCAISChapitre 6 sur 61 · LE SAINT PAUL ET ALEXANDRE · texte numérisé non relu

LE SAINT PAUL ET ALEXANDRE

u Je passe au beau tableau que Le Sueur a peint en 1649, pour N. D. de Paris ; il mérite sa grande réputation par la façon dont il est peint, par sa grande manière, et par la beauté de sa composition. Il représente S* Paul qui prêche la parole de J. C. aux Ephésiens, et qui leur persuade de brûler les écrits qui entretenoient leur superstition ; il est plus dans le style de Raphaël qu'aucun autre de ses ouvrages.

Mais avant que d'aller plus loin, permettez-moi de vous faire part d'une réflexion ; il me paroit singulier que dans un art autant approfondi que celui de la peinture, il se trouve des façons de parler qui n'ont aucune modification; comme elle a ses demi-teintes, il semble qu'on devrait avoir aussi des termes moyens pour exprimer ses finesses. Ce reproche tombe sur le mot de couleur ; ce terme n'a qu'une acception en italien comme en françois, et se prend absolument en bonne ou en mauvaise part ; cependant combien de différences réelles l'art ne présente-t-il pas dans cette même couleur? Par conséquent on est obligé de sousentendre, dans une chose de fait, car il n'est pas vray qu'il n'y ait absolument qu'une bonne ou une mauvaise couleur ; elle a certainement ses degrés en bien comme en mal, ainsi que toutes les choses de la nature. Disons le vrai; un tableau bien à son ton, et

dont les demi-teintes ne sont ni sallies ni fatiguées, sans contredit mérite d'être distingué d'avec un tableau gris, fade, salli, ou bien outré. Ce désir que je vous témoigne pour des modifications dans l'expression, pourroit regarder Le Sueur et le Poussin, car on voudroit que les hommes fussent parfaits, et ceux-ci ont bien de quoi se consoler de ce qui peut leur manquer ; quoique moins hauts en couleur que plusieurs autres, ils seront toujours à la teste des Ecoles par l'élégance de leur dessein, la justesse de leur composition et leur exactitude dans le costumé, et ils sauront faire oublier aux véritables amateurs, même dans leurs ouvrages les plus gris, qu'il y a des peintres plus dorés et plus vigoureux, en un mot des coloristes. Le Sueur me fournit une preuve de cette opinion. Le tableau d'Alexandre et de son médecin a été si souvent décrit, et son ordonnance vous est si présente, que ce seroit vous fatiguer que d'en faire ici une nouvelle description. Mais après avoir admiré la sagesse, la précision, le repos, l'attention de toutes les figures, le Ueu juste où elles sont placées, enfin tout ce qui concoure à l'action, qui invite le spectateur, et qui lui inspire l'intérest que le peintre a voulu représenter, je ne porterai vos attentions que sur le ton du tableau ; il est actuellement dans le cabinet du Palais-Royal, où vous sçavez que les Princes du coloris tiennent un rang si considérable ; cependant quelle place honorable ne tient-il pas dans un assemblage si recomman-

dable aux yeux des amateurs de l'art ? et s'il perd du côté de cette couleur, quelle satisfaction ne procuret-il pas à Tesprit du côté de la poésie et de l'exactitude de l'histoire. » (Mss. n® i.)

Appendio* VU PARALLÈLE DE LE SUEUR ET DE RAPHAËL ,

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