‹ Aconits et Aconitines: ToxicologieChapitre 23 sur 35 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Thèse de Franceschini, Paris 1875

Le 21 juin, à six heures, on injecta, dans la hanche droite d’une malade un centimètre cube d'une solution contenant deux milligrammes d'aconitine pour la même quantité de véhicule, en croyant injecter deux centigrammes de chlorhydrate de morphine. Aussitôt après, la malade éprouve une sensation de brûlure et de fourmillements à l’endroit même où avait été pratiquée la petite opération : puis, au bout d’un quart d'heure environ, la langue est impressionnée par une sorte de saveur âcre, analogue à celle que produit le poivre ou la racine de pyrêthre ; en même temps, un fourmillement pénible se déclare aux lévres, au menton et finit par se répandre dans tout le corps. La malade est en proie à une excitation générale, caractérisée par un désordre de toutes les fonctions physiologiques: tremblements, bouffées de chaleur, étourdissements, hauts de cœur, douleurs autour du front et de l'occiput; sensation d’un volume énorme du nez, des lèvres et de la face, crampes dans les mollets, soulèvement de tous les organes et en particulier des muscles et des ongles, qui semblaient vouloir s'échapper du corps; mouvements respiratoires accélérés et pénibles; moments d’échauffement et d'angoisse ; forte chaleur à l'épigastre, à la gorge ; veux troubles et d’un volume exagéré, crainte de mourir ; enfin, la malade se trouve en proie à un grand excès d'ivresse. Ces troubles d’excitation étaient accomgagnés d’une grande faiblesse, car il était impossible à la malade de se servir de ses membres et de pouvoir se lever, comme elle le désirait, pour aller « chercher de l'air ». Vers neuf heures, il se fait une détente complète; les forces sont annihilées, des sueurs visqueuses et froides couvrent tout son corps, la respiration est entrecoupée, la vue est entière-

ment troublée. Puis, hoquets, efforts réitérés de vomissements, prostration, pâleur et froideur sur tout le corps; la malade n’a pas la force d'appeler et croit qu'elle va mourir.

L'interne de service arrive, prescrit des sinapismes et une infusion chaude. A dix heures, nouvelles envies de vomir, mouvements cloniques detous les muscles, grande sécheresse de la gorge, soif ardente, alternatives de chaleur et de frissons, fourmillements et engourdissement général, respiration reprenant un peu, cœur désordonné grand besoin d’air ; la malade fait un effort pour se lever et tombe tout d'un bloc par terre, anéantie. Les malades voisines la remettent sur son lit et constatent qu'elle est froide, toute pâle et couverte de sueur. On là réchauffe en la frictionnant partout. De onze heures à minuit, le danger de mort est toujours imininent. La malade pouvait à peine prononcer quelques mots tout bas, elle se sentait étouffer, éprouvait un anéantissement complet; une chaleur vive se répandait de la poitrine à la gorge et d’un moment à l'autre il lui semblait que le cœur et la respiration allaient lui manquer.

Vers une heure et demie, la vue devenait plus nette, moins d'angoisse précordiale ; à la sueur froide succédait une chaleur douce; la respiration était moins irrégulière; le volume du visage et des lèvres semblait diminuer et malgré des fourmillements incommodes, comparables à ceux produits par l'électricité, malgré un lourd poids à l’estomac et une chaleur ardente à l’épigastre, la malade commence à espérer et à croire que tout n'est pas perdu. Elle insiste pour qu’on la frotte et la lire de son engourdissement; elle réclame à boire, de l'air pur. A cinq heures, elle est prise de coliqnes vives et de besoin d’aller à la selle.

Elle ne peut se lever seule et se fait amener aux cabinets, soutenue par des aides, ses jambes étant d’une faiblesse extrême et chanceiantes. Elle a rendu des selles liquides en grande quantité, après quoi elle a commencé à éprouver un peu de repos. Depuis la veille à six heures du soir, c'està-dire depuis le moment de l'introduction de l'injection, jusqu'au moment le plus grave du danger, l'intelligence est constamment restée saine, la malade n’a oublié aucun détail de ce qui s’est passé en elle et elle nous en a fait elle-même le récit complet, sans oublier les moindres circonstances,

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