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poignet et à peine sensible à l'artère temporale ; les contractions du cœur étaient faibles, irrégulières, intermittentes, l'impulsion presque nulle; cependant les bruits du cœur étaient très-distincts etavaient même un timbre remarquablement clair. Le malade, interrogé,ne se plaignait plus que d'une grande pesanteur de tête, et d’engourdissement des extrémités inférieures. On avait, peu de temps après l'ingestion du second vomitif, administré du café et de l'eaude-vie, et appliqué des sinapismes à la région précordiale et à l’épigastre, le tout sans effet appréciable ; il était impossible de se procurer d’autres remèdes, parce que la demeure du malade se trouvait à une lieue de la pharmacie la plus voisine. On appliqua un autre sinapisme à la nuque, où le malade portait un exutoire ; il en résulta une vive douleur, une excitation très-marquée, et le pouls se fit de nouveau sentir au poignet.
On put alors administrer de l'esprit ammoniacal aromatisé, qu'un médecin voisin, appelé en hâte, avait apporté avec lui,il en résulta des vomissements abondants, qui parurent amener un certain soulagement. Toutefois, le malade ne tarda pas à retomber dans l’état où ils’était trouvé précédemment et à éprouver un besoin insurmontable de dormir.
Vers onze heures, on observa, pour la première fois, une attaque convulsive, qui n’eut qu’une très courte durée et qui fut suivie de vomissements abondants. Un quart d'heure plus tard, survint une seconde attaque, plus intense que la première, mais très courte également. Pendant cette attaque, la tête et le tronc étaient légèrement renversés en arrière, les mains et les extrémités supérieures étaient fléchies, les yeux ouverts, les pupilles considérablement dilatées ; la respiration était également fort entravée, et la connaissance probablement perdue, car, à la fin de l’attaque, le malade croyait avoir dormi. La raison paraissait également être abolie, quoiqu’elle fût intacte quand le malade reprit connaissance.
La sensation d’engourdissement devint de plus en plus intolérable sur toute l'étendue de la peau et notamment aux mains, à la face, aux mollets; elle s’accompagnait d’une
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sensation de tension à la face et de fourmillement aux lèvres. Rien à la gorge. Le malade était, en outre, très agité.
Une seconde période de calme relatif se manifesta ensuite, et fut suivie d’une prostration encore plus grande. On pratiqua des frictions stimulantes, on appliqua de nouveaux sinapismes et l’on chercha à combattre la tendance au sommeil par une infusion de thé. Le malade eut une selle non involontaire.
A midi moins vingt minutes, troisième attaque convulsive beaucoup plus violente que les deux premières. Les doigts et les avant-bras étaient fortement fléchis, les bras entrainés en arrière, comme dans l'opisthotonos, mais sans aucune rémission ; les pupilles largement dilatées, la face livide, la respiration complètement suspendue. À l’aide de frictions, en pratiquant la respiralion artificielle, on parvint à ranimer le malade, qui semblait avoir cessé de vivre à la fin de l'accès.
Il reprit alors rapidement connaissance et éprouva une amélioration notable. La peau se réchauffa, le pouls se fit sentir distinctement au poignet, et il y eut de nouveau quelques vomissements. On continua à employer les moyens mis en usage jusque-là. A midi trente minutes éclata une quatrième attaque convulsive, encore plus violente que les précédentes, présentant d’ailleurs les mêmes caractères. Les pupilles étaient énormément dilatées, et tout le système veineux énormément congestionné. Puis survint une prostration effrayante, et ensuite la scène changea entièrement. Le malade était dans un état d’agitation indicible, et il était presque impossible de le maintenir dans son lit ; la force musculaire, loin d'être diminuée, paraissait fort exaltée. Au reste, le pouls était meilleur et la peau chaude. Le malade eut encore plusieurs vomissements ; il se plaignait toujours d’un engourdissement extrêmement pénible des mollets, de la face et des mains ; il avait une grande tendance au sommeil ; par moment, ses paroles étaient incohérentes, mais il répondait très raisonnablement aux questions qu’on lui adressait.
Pendant trois heures encore le pouls présenta, de temps en temps, des défaillances auxquelles on opposa le traite-
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ment stimulant employé jusque-là. A cinq heures, la peau se couvrit d’une sueur modérée et, presque aussitôt, la sensation d'engourdissement diminua notablement. Le malade urina pour la première fois depuis le début des accidents: il prit un bouillon et à dix heures les médecins purent le quitter ; il était tout à fait calme et ne se plaignait plus que d’un malaise dans les mollets qui persista encore pendant quarante-huit heures, et d'une grande pesanteur de tête qui ne disparut qu’au bout de seize jours.
Le lendemain, à part ces deux symptômes, il n’éprouvait que de la lassitude, et il ne ressentit d’ailleurs aucun accident ultérieur.
OBSERVAVION X
Thèse Bassot
B. M.., 30 ans, célibataire, allemand, constitution vigoureuse, Pas de maladies spécifiques, hérédité nerveuse. Séjours nombreux dans les pays marécageux. Ayant déjà eu plusieurs attaques de névralgie de la région cervicale. La morphine ne soulage pas ces attaques.
Le 20 août au soir, la névralgie étant particulièrement douloureuse, j’administrai au malade 1/260 de grain d’aconitine (pastille hypodermique de Wyeth dissoute dans une once d’eau). Il prit la moitié de cette dose à 9 heures du soir et eut une amélioratlon d’un quart d'heure ; l'autre moitié, prise à 9 heures 30, calma entièrement les douleurs au bout de dix minutes.
À environ 10 heures 30 du soir, le samedi 15 septembre, il vint à mon cabinet pour une récidive grave de ses douleurs névralgiques. Ne me trouvant pas et sachant où je plaçait mes pastilles d’aconitine, il les découvrit et en avala une. D’après ce qu'il raconte, il attendit jusqu’à minuit, puis prit
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une pastille toutes les demi-heures, jnsqu’à ce qu’il eût fini le contenu de la fiole, soit dix-huit tablettes environ. Pris de dyspnée, il alla frapper chez un de ses voisins pour avoir du secours. Il s'aperçut alors qu'il avait beaucoup de peine à se servir de ses jambes ; il tomba et fut rapporté à sa chambre. On vint me chercher à minuit et demi. Je lui trouvai des signes de paraplégie, respiration irrégulière, stertoreuse, de six à treize par minute ; de l’anxiété précordiale, consiriction et picotement de l’arrière-gorge, et en outre la sensation que son nez avait doublé de volume. Les battements du cœur étaient de deux par seconde, et de temps à autre une accélération ou encore une interruption. Les pupilles étaient légèrement dilatées, répondant paresseusement à la lumière; peau sèche, sauf sur la nuque ; pas de fourmillement dans les extrémités ; l'extrémité des pieds était froide, cette froideur des orteils disparut par l’application de boules d'eau chaude.
Bien qu'il m’eût déclaré n'avoir pris une pastille que toutes les demi-heures, j'estimai qu'il avait dû en prendre une toutes les deux minutes, incapable qu'il devait être de calculer le temps dans lintensité de sa douleur.
La conscience était complète à mon arrivée ; mais bientôt survint le coma. Deux injections hypodermiques de morphine passèrent inaperçues (1/16 de grain chacune), je les lui pratiquai en voyant augmenter les interruptions eardiaques et la tendance à la syncope. Les battements du cœur devinrent plus forts et plus réguliers. Cette amélioration du cœur fut accompagnée d’un retour limité de l’intelligence. Dès qu’il put avaler, je lui donnai une demi once de whisky pour le stinuler davantage. Presque immédiatement après, apparurent des vomissements abondants, consistant en nourrilure mal digérée. Désirant avoir l’avis d’un praticien expérimenté, je fis venir le D° Alex. Pope, qui, après examen, entra pleinement dans mes vues. Nous n’essayâmes pas la noix vomique, car vers une heure du matin survint une autre crise de vomissements, qui fut suivie d'une sédation notable des symptômes de l'empoisonnement aconitique. Sur ces entrefaites notre malade fut pris d’un violent délire ; nous n’y attachâmes que fort peu d’im-
portance, car ce malade, comme du reste tous les autres membres de sa famille, était facilement pris de délire.
Vers 3 heures du matin le délire se calima un peu et fut remplacé par une soif intense, qui, partiellement satifaite par de petits morceaux de glace dans la bouche, fut suivie de nausées et de plusieurs vomissements copieux. Chaque effort de vomissement était accompagné de défaillances cardiaques, que nous nous efforcions de conjurer par des doses répétées de demi-once de whisky; chacune de ces doses fortifiait le cœur, mais augmentait les nausées. Nous lui donnâmes alors une potion composée avec de l'esprit de vin aromatique d’ammoniaque, de demi heure en demi heure. Les nausées disparurent dès lors. À 4 heures du matin, tous les signes de l'empoisonnerment avaient cessé; il restait seulement un mal de tête intense et une soif très vive.
Nous n'avons eu dans cette observation que peu de symptômes ordinaires des empoisonnements par l’aconitine; mais les symptômes pulmonaires et cardiaques étaient particulièrement alarmants.
Le seul symptôme inédit est cette sensation curieuse d'un nez qui a doublé de volume, mais je ne voudrais pas le mettre dans la symptomatologie de l’empoisonnement par l'aconitine, jusqu'à ce qu'il ait été confirmé par d’autres observateurs. Je l’attribue à la direction ordinaire des pensées de notre malade en délire.
OBSÉRVATION XI
Thèse Bassot.
M"° M..., âgée de 32 ans environ, est depuis longtemps dans un état de santé assez peu satisfaisant. Elle est en effet atteinte de goître exophthalmique avec tachycardie, et a présenté depuis une dizaine d’années des coliques néphré-
tiques assez fréquentes, qui avaient cessé pendant environ deux ans, à la suite d'une saison à Contrexéville, ayant amené l’expulsion de très nombreux graviers. Dans ces derniers temps, les coliques s'étaient montrées à nouveau, presque quotidiennes; les envies d’uriner étaient devenues très fréquentes, les urines, alcalines, renfermaient une quantité très considérable de pus. En outre, la malade avait de l'anorexie, des vomissements assez fréquents et avait beaucoup pâli et maigri.
Elle éprouvait aussi des douleurs intercostales, céphaliques sus-orbitaires qui furent considérées comme des névralgies et pour lesquelles un médecin, consulté, prescrivit des pilules anti-névralgiques à base d’aconitine en recommandant den prendre cinq dans les vingt-quatre heures.
Le 17 décembre, M°° M..., ayant beaucoup souffert dans la journée, avala d'un seul coup cinq des pilules en question. Celles-ci n'étaient ni des granules de Duquesnel, ni des pilules de Moussette. Leur teneur en aconitine n'était pas inférieure à un quart de milligramme, mais il a été impossible de savoir si elle atteignait un demi-milligramme.
Une heure après l'absorption des piluies, la malade commença à sentir des vertiges et des nausées; puis une paralysie des membres inferieurs se montra, complète à droite, incomplète à gauche, en même temps que se manifestait une parésie des membres supérieurs. Du fourmillement se faisait également sentir dans les membres supérieurs et inférieurs.
A deux heures du matin, le D' Chandelux, appelé auprès de la malade, constate l'existence de la paralysie; mais lorsqu'on vient à chatouiller la pliante des/pieds ou à presser sur les muscles postérieurs de la jambe, on détermine des sortes de secousses électriques dans les membres, par contraction musculaire réflexe. Les pupilles ne sont point dilatées, mais il éxiste des troubles de la vue: les objets apparaissent comme dans un brouillard et semblent de coloration blanche. Le pouls est à 70 pulsations, irrégulier, intermittent. 11 y a 52 respirations par minute. Par intervalles se montrent des crises syncopales, pendant lesquelles le pouls
n’est plus perceptible à la radiale; la respiration devient stertoreuse, les yeux sont convulsés, et pendant toute la durée de la crise se manifeste une dilatation extrême des pupilles. On note aussi des spasmes cloniques dans les membres, des selles involontaires, une sueur froide et visqueuse. I] y a enfin perte complète de connaissance pendant toute la durée de la crise, qui cesse au bout de cinq à dix minutes et et se termine par un vomissement abondant. Pas de troubles de la sensibilité.
Prescription. Injections répétées d’éther, flagellations froides sur la face, café à très haute dose (un litre administré en moins d’une heure), champagne.
De deux à six heures du matin, les crises syncopales se sont répétées toutes les demi-heures et se sont toutes terminées par un vomissement. À six heures du matin, la malade est très abattue et très faible, mais tout danger a disparu.
Peu à peu les forces ont commencé à revenir, et le surlendemain il ne restait plus trace de cette intoxication.
Cette malade possédait non seulement une cystite, mais encore une pyélo-néphrite calculeuse du rein droit qui formait une tumeur assez volumineuse dans l’hypocondre et le flanc. Les urines renfermaient 4 grammes d’albumine.