OBSERVATION XII
Communication de M. Vergely. — Journal de médecine de Bordeaux. — 26 octobre 1890.
Il s’agit d'un homme qui, dans la convalescence d’une fièvre typhoide éprouve une névralgie très intense de la tête. Après avoir essayé vainement d’un très grand nombre
de moyens, M. Vergely crut devoir conseiller l’aconitine cristallisée de Duquesnel dosée à un quart de milligramme, médicament à effet très rapide et très sûr, ainsi quil avait pu souvent s'en rendre compte sur lui-même à la dose de deux granules seulement.
Il indique donc au malade d'user avec précaution de son remède. Il prescrivit le matin, deux à trois granules à une heure d'intervalle après le repas.
Le soir à sept henres on vient le chercher, le malade s’était empoisonné et très gravement. Au lieu de deux granules en tout, 1] avait pris à midi, deux granules ; à deux heures, deux granules ; à trois heures, deux autres ; deux à quatre heures ; deux à cinq heures ; deux à six heures et enfin deux à sept heureS ; soit quinze granules en six heures, c’est-4dire environ 4 milligrammes d’aconitine.
La famille affolée avait couru chez un pharmacien qui avait conseillé de donner au malade dû café noir, et celui-ci en avait pris deux tasses. M. Vergely le irouva très pâle, les mains glacées, avec une sensation particulièrement pénible de froid intense dans toute la colonne vertébrale. L'intelligence était intacte ; le pouls ralenti et plein battait soixante-dix fois par minute. Il prescrivitune potion avec 25 grammes d’acétate d’'ammoniaque a donner par cuillerées d'heure en heure. Après deux cuillerées de potion, le malade vomit les deux tasses de café, il put ensuite continuer la potion sans vomir, vers onze heures, le refroidissement cesse brusquement. Il survint alors une abondante sueur à la suite de laquelle une réelle amélioration se produisit, puis les phénomènes se dispersèrent peu à peu et le malade guérit.
D'après M. Vergely, ce malade a dû son salut à la difficulté qu'a éprouvé l’aconitine à se dissoudre dans l'estomac, et à une sorte de retard dans l'absorption, à cause de son état de convalescence de fièvre typhoïde. Enfin, il est probable que l’acétate d’ammoniaque, par la sueur abondante qu'il a provoquée a amené une élimination utile.