GEORGES DE MAISONNEUVE
De tout temps, la Bretagne a été remarquée pour sa fidélité au culte des pratiques dévotieuses. Mais, souvent aussi, elle s’est distinguée par les troubles déplorables qui ont pris naissance dans son sein et jeté le discrédit sur ses habitants, Le brigandage lui-même y a, plus d'une fois, usurpé le droit de cité et commis des excès heureusement ignorés ailleurs. Sans redire les abominations de Gilles de Laval, maréchal de Retz (1440), non plus que les atrocités de Fontenelle, cent cinquante ans plus tard, ou, de nos jours, les horreurs de la chouannerie, il serait facile de montrer que, fréquemment, la Bretagne fut ravagée par des bandes de scélérats, agissant tantôt sous la bannière de la religion, tantôt sous l'étendard de la politique. |
Nombreuses, terribles apparurent ces bandes vers le milieu du seizième siècle, Depuis la mort de la «bonne» duchesse Anne, celle que Louis XII appelait sa Prette moult amée, la province était en proie au fléau des guerres
CN Ces 710
Meet qu char use shoes à one ve
intestines. Et quelles guerres ! Sous prétexte de reconnaître ou de ne pas reconnaître la souveraineté de la France, les grands seigneurs se livraient d’évèché à évèché, de ville à ville, de château à château à des luttes acharnées qui répandaient la ruine et le deuil dans toute la péninsule; luttes, ai-je dit, massacres, bien mieux j'aurais pu écrire. Car ils sont farouches, ils sont sauva- | ges, quand. la passion les enflamme, nos Bretons! Dans | leurs rixes, dans leurs jeux, gare au Pen-Bas! cette arme | nationale autrement redoutable que le sabre, la baïon- | nette ou même la crosse de fusil! Je vous laisse à penser s’il eut un rôle capital à cette époque de discorde. Le sang coula à torrents, et, sur les monceaux de cadavres entassés par le fanatisme, dans toute ia vieille Armorique, on vit germer des hordes de bandits qui, prenant diverses dénominations, plus effroyables les unes que | les autres, achevèrent de saccager le pays, d'y répandre L la terreur avec la désolation.
| Ces malfaiteurs étaient connus du peuple sous le nom DU générique de Soudards. Mais chaque troupe avait, en | outre, sa désignation particulière. C’est ainsi que l’une | d'elles, dont nous allons nous occuper, s’intitulait fièrement. les Jondeux, et tàchait de justifier sa sinistre |
appellation par tous les excès imaginables, perpétrés sur ceux qui tombaient entre ses mains, mais les riches, les nobles et les prêtres principalement.
Après avoir semé la dévastation dans la Cornouaille et le pays de Tréguier, les Tondeux avaient pris, en 1533, Saint-Malo et ses environs pour théâtre de leurs odieux exploits.
r'econde la ‘ché à luttes s toule mieux sauva- | Dans e arme baïonpenser de. Le davres rmorie )renant Les que pandre
le nom ait, en e l’une
fièresinistre rpétrés riches,
ouaille is, en e leurs
Redoutés, mystérieux, les Tondeurs obéissaient à un chef plus redouté, plus mystérieux encore. Personne ne le connaissait, mais tout le monde l'avait vu, ou le prétendait. Seulement, pour les uns c'était un géant, Magog; pour les autres un nain, un Poulpiquet; pour tous c'était un fils de Satan, sinon Satan lui-même. Pour tous ? Non. Il y avait les sages, les esprits forts qui ne voulaient voir en lui qu’un possédé du démon. Sur le nombre et l'énormité de ses crimes, l’accord d’ailleurs était parfait. Aucune monstruosité dont il ne se füt rendu coupable. Il exercçait sur les femmes une fascination irrésistible ; ilétait maître absolu des hommes. On le trouvait en vingt places différentes à la même heure, et nulle part. Ce don d’ubiquité il l’avait communiqué à ses gens. Vous pouviez être sûrs de les rencontrer là où vous ne les attendiez pas ; et là où vous les cherchiez, ils n'étaient jamais. Des personnes qui se croyaient bien informées leur donnaient pour repaire les roches escarpées de la pointe de la Varde, à quelques milles est de Saint-Malo; mais des personnes, non moins bien informées, les logeaient dans les roches également escarpées de la pointe du Décollé, à l’ouest. S’il en était qui plaçaient leur retraite à l’anse de la Garde Guérin, il en était aussi qui la voulaient à l’anse du Val. Tont cela, supposition, simple conjecture, histoire de jaser. Les seuls faits certains, trop positifs, malheureasement, c'était l’existence des Tondeurs et leur présence dans l’évèché de Saint-Malo.
A la ville, comme à la campagne, l’on n’entendait parler que de robberies, pilleries, incendies, rapts, meurtres,