RER
car j'aime tout ce qui est puissant, tout ce qui est fort, tout ce qui domine! Fi de ces esprits médiocres qui se trainent platement dans l’ornière commune ! La vie n’est belle qu’agitée par les grandes émotions. Commande aux hommes et commander aux circonstances, les orages, la lutte, voilà mon rève! C’est ce rêve, à bienaimé, que tu réalises! C’est sa réalisation ‘qui me fait t'aimer; c’est elle qui m’a entrainée vers toi! C’est elle qui, jusqu’à mon dernier souffle, m’attachera à ta for. :tune ! Oui, fais tout trembler autour de toi; ébranle la terre et le ciel! Que, semblable à la voix du canon, le bruit de ton nom sème partout le respect ou l’épouvante, el mon amour montera à la hauteur de ta renommée! Bien des femmes sans doute t'ont déjà comblé de leurs tendresses ! Mais aucune ne t’a aimé comme je t'aime, comme je ne cesserai de t'aimer. Et fussé-je réservée à subir le sort de la pauvre Maharite, je me croirais trop payée d’avoir su un jour, une heure, une minute fixer tes regards sur moi!
— Maharite! s'écria Georges, mais qui vous a dit?..
— Qu'est-ce que cela te fait ? Tu étais libre alors, Elle a été ta maitresse, elle ne peut l’ètre désormais. Je ne suis pas jalouse, va! car si je l'étais!.….
Et, frémissante d’exaltation, Constance se dressa debout, comme mue par un ressort. ;
— Et si tu étais jalouse? demanda en souriant le jeune homme, étonné et ravi tout à la fois par cette éruption de passion farouche.
— Si j'étais jalouse! repartit lentement la délicate créature, dont les dents crissèrent; si j'étais jalouse!
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Son agitation atteignit tout d'un coup à un tel paroxysme, que Georges en eut peur.
— Rassure-toi, dit-il, avec des inflexions caressantes, rassure-toi, chère adorée, si mon esprit a eu quelques échappées, jamais mon cœur ne s’est donné qu'à toi, à toi seule, entends-tu ? Il n’a compris l'amour, il ne l’a senti, qu'en te voyant, en s’animant de ton haleine, en respirant la vie auprès de toi, Car, moi aussi, je t'aime! je t'aime d'un amour égal au tien. Et cet amour, il me maitrise à ce point que, malgré ses emportements, je souseris à tous tes vouloirs. Pour t'obéir, j'étoufte ce volcan qui bout dans mon sein. Pour lobéir, je me tiens froidement sur cette escabelle.…
— Ecoutez, Georges, interrompit avec vivacité Consance, qui s'était un peu remise; je veux être votre femme. Puisque vous y consentez, je la serai. Mais il faut nous hâter. Dans quelques jours, demain peutêtre, reviendra maître Cartier. Si j'étais assez forte pour vous accompagner, je vous dirais : Partons sur-le-champ. Allons à Césembre et qu’un bon père cordelier consacre notre union. Mais ma santé exige encore une semaine de’repos, Je le sens, Pendant ce temps-là, faites vos préparatifs, et après, oh! après, avec quelle félicité je m'abandonnerai à toi, à toi toujours, pour toujours!
En lui lançant cette exclamation de bonheur, la jeun,
fille teudit les bras pour se pendre à son cou; mais soudain, le tintement d’une clochette, suivi d’un eri