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le trouver;
C'est juste. Pourtant ce vaisseau doit ètre de retour. Comment n’aurait-on pas découvert le sexe.
— Ah! s’écria dame Catherine; mon ami, remercions Dieu, d’abord...
— Ce n’est pas tout, ma tante, ce n’est pas tout! interrompit Étienne Noël.Un bonheur n'arrive jamais seul.
— Quoi encore?
— Eh bien! le brig Saint-Aaron, rentré, hier soir, du golfe Saint-Laurent.
Il aurait des nouvelles de Constance!
— Non, hélas! mais de votre vieux serviteur.
— Que dis-tu là ?
— Je dis, mon oncle, que le pilote du Saint-Aaron rapporte avoir vu à l'ile Brion un sauvage qui l’a averti que Jean Morbihan était dans la baie de Gaspé, où il attendait qu’un autre navire de pèche, lAleth, mit à la voile pour repasser en France.
— Voilà qui est extraordinaire! souverainement extraordinaire! j'en suis confondu, murmurait Jacques Cartier, étourdi par ces informations.
Puis il s’écria, en saisissant la main du jeune homme :
— Mais es-tu bien certain de ce que tu dis?
— Je l’ai oui de mes oreilles, mon oncle. La sorcière vous demande. Elle désire vous répéter à vous-même les aveux qu'elle a faits à l’inquisiteur. Quant au pilote Cu Saint-Aaron, il sera, m’a-t-il dit, jusqu’au couvre-feu i l'auberge À Monsieur Saint Anthoine…
— Oh! mon ami, allez tout de suite à la ville! fit Catherine,
— Je ne perds pas ane minute, Étienne, tu m’atten-
dras ici et tiendras compagnie à ta tante. Dis à Charles de seller mon cheval sur-le-champ. Constance et Jean retrouvés! Oh! c’est à devenir fou de bonheur!
Et il se jeta au cou de sa femme, qu’il embrassa avec transports.
— À genoux, Jacques! dit celle-ci ; à genoux! Quoique j’appréhende de me livrer encore à la joie qui déhorde mon âme, rendons grâces au Seigneur tout-puissant de la protection visible qu’il étend sur nous!
Cartier se prosterna auprès de (Catherine et ils élevèrent leur cœur à Dieu.
Moins d’une heure après cette scène touchante, le capitaine était à Saint-Malo. Il voulut interroger Maharite. L’on n’avait rien à refuser à l’un des favoris du roi de France, Cartier fut conduit dans la geôle de l’évèché, où était enfermée Maharite. Il questionna la misérable créature, destinée au bücher, mais n’en put guère tirer autre chose que ce qu’il tenait déjà d’Étienne. Il apprit seulement que Constance s'était réfugiée chez la sorcière, avec une assez forte somme en or; qu’elle avait prié Maharite de lui acheter des vêtements d'homme, de la faire passer pour son fils et de l’engager comme page (1) sur le premier navire qui appareillerait pour la terre neuve. Ce plan avait réussi au gré de Constance. Elle était montée, le 15 août, jour de l’Assomption, sur un vaisseau du nom duquel Maharite ne se souvenait plus.
(1) L'on sait que ce grade correspondait à celui de novice sur les navires du commerce,
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Quoiqu'il fût tard déjà, Cartier courut à la salle Saint-Jean. C'était alors le Lloyd de Saint-Malo. Il con. sulta .le livre où était enregistré le mouvement du port en 1536. Une seule nef avait quitté la rade pour Terreneuve, le 15 août de cette année-là. Elle s’appelait le Saint-Vincent. Cartier chercha l’époque de la rentrée de ce navire. Maïs une note à la marge du livre, comme un nuage sur un rayon de soleil, assombrit la joie qui luisait en son cœur. Dans cette note il était dit que le Saint-Vincent, après avoir touché dans diverses baïes de Terreneuve, s'était échoué en vue du détroit de Belle-Isle. Les sauvages de la côte avaient pillé l’épave et sans doute massacré l’équipage. Témoin de l'événement, mais n’y pouvant porter remède, à cause d’une violente tempête, le Zion, bateau pêcheur de Honfleur, l'avait consigné sur son journal de bord.
Pour douloureusement ‘désappointé qu'il fût, Cartier ne perdit pas tout espoir. Il se dit qu’il irait à Honfleur, interroger le patron du Zzon, et il se transporta à l'hôtellerie À Monsieur Saint Anthoine.
Le pilote du Sarnt-Aaron y faisait une partie de dés, en buvant un pichet de cidre. Il confirma la nouvelle donnée par Étienne, ajouta que l’Aleth ne tarderait pas, suivant toutes probabilités, à jeter l’ancre dans le port de Saint-Malo; mais il ne savait quoi que ce fût sur le compte de Jean Morbihan. Il n'aurait même pu affirmer que c'était de lui qu'avait parlé le sauvage. Seulement il avait cru le reconnaître, parce que ce sauvage le nommaït Terriben, sobriquet que les mariniers de
Saint-Malo avaient donné au vieux timonier, d’après son juron de prédilection.
Cartier rentra soucieux à la maison de campagne, Il cacha à sa femme une partie de la vérité, et il lui dit que Constance s'était en effet embarquée sur le Saint-Vincent et qu’elle avait dû prendre terre dans une ile habitée du golfe Saint-Laurent : il termina par ces mots:
— Je vais retourner à Paris, faire de nouvelles instances auprès du roi, Dès qu’il m’aura octroyé une autorisation, je me rendrai dans Ie golfe, où je chercherai la trace de la pauvre enfant. Si on me refuse cette autorisation, je partivai sur le premier navire venu.
— Puissiez-vous retrouver notre Constance ! s’écria Catherine en répandant un torrent de larmes.
— Me permettrez-vous, mon oncle, de reprendre l’accoutrement de marinier ? s’enquit Etienne Noël, avec vivacité,
— Volontiers, beau neveu; mais que diront tes supérieurs ecclésiastiques ?
— Oh ! ils savent bien que Le désespoir seul...
— Soit, interrompit Cartier. Obtiens leur consentement et tu peux être assuré que le mien re te fera pas défaut. Presse-toi..… après-demain tu m’accompagneras à Rouen, où j'ai quelques affaires.
— Merci, à mon excellent oncle! répondit le jeune nomme enchanté, car il avait deviné la nature de ces affaires, dont le capitaine ne voulait pas causer devant sa femme,
Cartier effectua heureusement ce voyage. Mais ce fut sans résultat. [l ne recueillit aucun renseignement sur le
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Mais ce fut ment sur le
sort de Constance. De Rouen, notre capitaine alla à Compiègne, où le roi se reposait de la guerre, en faisant exécuter de belles et utiles ordonnances, promulguées en 1538, «touchant l’abréviation des procès, pour le soulagement de ses sujets foulés par la chicane des procureurs et ministres de justice. »
À cette époque, s’instruisait le procès de Philippe de Chabot.
Jacques Cartier eut néanmoins un facile accès auprès de François [*,et il obtint du monarque la promesse que bientôt une nouvelle Commission lui serait délivrée.
Le capitaine revint très-satisfait à Limoilou. Une joie nouvelle l’y attendait. Comme il mettait le pied sur le seuil de sa maison, après une longue absence, un homme se jeta à son cou, en criant :
— Terr i ben! faut que je vous embrasse, maître Jacques ; min Gieu, oui |
Et le brave timonier, joignant l’action aux paroles, fit retentir deux gros baisers sur les joues de Cartier, qui lui rendit avec eflusion ses bruyantes caresses,