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Pour grands que soient les rois ils sont ce que nous sommes. Ils peuvent se tromper comme les autres hommes.
Mais on doit ce respect au pouvoir absolu,
De n’examiner rien, quand un roi l’a voulu.
Ainsi auraient pu se faire, par distraction, de hauts dignitaires (1). Tant il est vrai qu'écarter les règles que nous avons dégagées, ne pas exiger pour la volonté royale les formes usitées, c’est enclore, dans les bornes d’une bienveillante légalité, presque tous les titres usurpés qui ne relèvent pas du seul génie de lPinvention, qui peuvent trouver un appui quelconque dans « des marques de complaisance et de gracieuseté ».
Mais si l’on n'admet pour valables que les titres régulièrement conférés, on peut, alors, s'étonner de cette rareté des collations que nous avons constatée et pour les titres réels et, surtout, pour les titres personnels. À la veille de la Révolution, le généalogiste Maugard, avec beaucoup d’indulgence, tenait pour authentiques 2.000 marquis, comtes ou barons (2).
(1) C'était une bien vieille règle que celle qui voulait qu’un sujet interpellé et qualifié, volontairement ou par erreur, verbalement ou par écrit, par le souverain, pût s’en prévaloir pour l'avenir. On cite plusieurs exemples fameux en Espagne et en France. Lorsque le roi d’Espagne parlant à un de ses sujets, le tutoie par distraction ou machinalement lui commande de se couvrir, il le fait Grand d’Espagne (pe Nimar, Nobles et noblesse, p. 122 ; La Roque, op. cit., chap. LVTI). La Roque étudiait, au chap. LVII de son Traité, la question de savoir « an nobilitetur quem princeps nobilem vocat ». Il se demandait, après Tiraqueau, si le prince n’a pas des dispenses in scrinio pectoris pour gratifier « ceux qu'il estime capables de ses recompenses ». C’est pour couper court à des abus, qui survéeurent à la Révolution, que Louis XVIII affirma, pour la validité d’une collation de titre, la nécessité d’une ordonnance (ordonnance du 10 février 1824, art. 1).
(2) En Angleterre il y avait encore moins de titres donnés régulièrement par le roi. Au début du xrx® siècle, la noblesse titrée de l’Angle-
M. pari
[Il n’est donc pas exact de prétendre que la noblesse féodale jadis si fière, si insolente, ait supplié le souverain de laisser tomber sur elle les rayons dorés du soleil sans pareil de Sa Majesté (nec pluribus impar). Elle n’oubliait pas que le nom était tout au point de vue nobiliaire. Peu lui importaient des titres négliés par les ancêtres (1). Elle placait la qualité de gentilhomme, qui est dans le sang, que ne peut donner qu'une illustre ascendance, bien au-dessus d’une simple
qualification due seulement à la volonté capricieuse
terre ne comprenait que 311 familles, celle de l’frlande 215 et celle d'Écosse 80 (Tuiémaurr, /nfluence d’une noblesse héréditaire, p. 60).
(1) Le vicomte p’Avenez (La noblesse française sous Richelieu, p. 310) fait observer que la liste des députés de la noblesse aux États Généraux de 1576 comprend 72 gentilshommes sur lesquels trois seulement portent des titres : le vicomte de Polignac, le seigneur de Narbonne, baron de Campandu et noble François de Quincampoix, comte de Vignoris. A côté d'eux figurent, sans aucun titre, des personnages de la plus haute qualité tels que les seigneurs de Senecey (Bauffremont), de Thouars (La Trémoîïlle), de Rochefort, de Liancourt, ete, Cela fait songer à la devise des
seigneurs de Coucy :
« Roi ne suy, ne prince, ne duc, ne comte aussi Je suis le sire de Coucy ».
Celle des Rohan était :
« Comte ou baron ne daigne Noble suis ».
Le vicomte d’Alais faisait graver sur son épée de bataille, non pas « une couroune de quatre perles seulement au milieu et aux extrémités », mais ces mots :
«Je suis Cambis pour ma foi Ma maîtresse ct mon roi Si tu m'attends, confesse-toi »,
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du roi (1). Tel était le sentiment traduit par La Roque : «On demande si celui qui est constitué en haute dignité soit féodale ou personnelle, mais qui est de basse extraction, excelle par-dessus celui qui est d’ancienne race ; l'ancien noble est préférable quoyque Pautre éclate par d'excellents titres » (2). « Que ne suis-je mon petitfils » devait, plus tard, s’écrier Napoléon Ier,
S1, à la suite d’une curieuse évolution, les Litres, à mesure qu'ils perdirent leur signification première, excitèrent plus de convoitises, les gentilshommes s’en parèrent comme de droit, sans demander au roi une concession régulière, bonne tout au plus pour ceux qui avaient encore un pied dans la roture. Telle est la cause du petit nombre de titres d’ancien régime inatta-
(1) Sur les causes curieuses de quantité de collations on peut consulter avec intérêt la célèbre Liste des ci-devant ducs, marquis, comtes, barons, ele. Excellences, Monseigneurs, Grandeurs, demi-seigneurs el anoblis, par J.-A. Duraure, an IL Titre et date, à eux seuls, indiquent les réserves que nous devons faire sur la valeur documentaire de cette liste. Pour la réfutation de quelques-unes des allégations qui y sont contenues, V. Paul Lacroix (sous le pseudonyme de P.-1, Jacom), Dissertation sur quelques points curieux de l'histoire de France et de l'histoire littéraire et Mémorial historique de la noblesse, iv. IV, section I. Relativement aux origines de certains titres, V. pe Nimaz, Nobles et noblesse (notamment les chapitres X et XI), d’après TarLemanT pes RÉAUXx, SAINT-SIMON, Bacnaumonr, ete. Pour ne froisser aucune susceptibilité, empruntons à LA Roque (op. cül., chap. XCVI) un exemple très ancien : € Est-il permis de demander pourquoi le roi Louis XI a anobli Olivier le Daim, son barbier, par lettres de l’an 1474 en l’investissant du comté de Meulent et lui changeant son nom de Diable, en celui de Daim, quoiqu'il fût sans mérite si l’on en croit la renommée publique ? Voici ce que dit Gaquix : Oliverius Dandus, legatus Ludovici XI ad Mariam Burgundiam ab ea ludibrio habitus ; ipsa enim quæsivit quid sibi opus medico, cum optime valeret, quia eral tonsor seu
chirurgus ».
(2) La Roque, op. eit., chap. LXIT.
sie
quables dans leur origine. Ce nombre est si réduit qu'il est vraiment ridicule, de la part de certains, d’avoir soutenu que des titres de noblesse la royauté
‘battait monnaie (1).
(1) Giiserr écrivait : € Tous les rangs sont à vendre à qui peut les payer ». On lit de même, dans les Lettres persanes de Monresqurec : « Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n’a point de mines d’or comme le roi d'Espagne, son voisin ; mais il a plus de richesses que lui parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n’ayant d’autres fonds que des titres d'honneur à vendre et, par un prodige de l’orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies et ses flottes équipées ». Ces lignes sembleraient ne devoir s'appliquer qu'aux anoblissements (Cf. Bisron, De l’avilissement des titres de noblesse sous l’ancien régime, p. 5), bien qu’encore il y ait eu infiniment moins d’anoblis par concessions royales que par les nombreuses charges dites : savonettes à vilains ».