‹ Acquisition et Transmission des Titres nobiliairesChapitre 4 sur 51 · POÈTE · texte numérisé non relu

POÈTE

Par Ja suite, cette qualification fut peut-être la plus en vogue à la cour, et Saint-Simon d'écrire, surtout pour les marquis dont, avec Molière, nous rions encore : « Les titres de comte et de marquis sont tombés dans la poussière par la quantité de gens de rien et même sans terres qui les usurpent et par là tombés dans le néant, si bien même que les gens de qualité qui sont marquis ou comtes, qu'ils me permettent de le dire, ont le ridicule d’être blessés qu’on

leur’donne ce titre en parlant à eux ».

$ V; — Les comtes

L'origine des comtes est lointaine. Les maisons des grands personnages romains possédaient une orgamisation complète de tous les services nécessaires à la vie matérielle et intellectuelle. Ces divers services du palais (officia palatina) furent le partage de la noblesse et leurs chefs, officiers domestiques, reçurent le titre de comes (compagnon). Un riche patricien avait ses comtes comme l’empereur avait les siens (1). Les comtes de l’empereur occupaient le premier rang.

dont les possessions étaient mème dans l'intérieur du royaume. Les documents sur lesquels s'appuie D. pe Bérencourr ont, il est vrai, été interprétés autrement par Giry (op. cit., p. 328, en note). Sur la date exacte de l'érection du marquisat de Trans, V. Lettre adressée par Tobiesen Dubry à MM. les Auteurs du journal des Savans, 9 avril 1789 (p. 17). (1) GRANIER DE CassaGNac, Histoire des titres et dignités {Mémorial historique de la noblesse, &. IT, p. 295). Cf. Muraront, op. cit., dissertations VIT et VIII, Les premiers comtes de l’empereur auraient été créés par Hadrien choisissant un certain nombre de sénateurs pour lui servir de conseillers et l'accompagner partout (SEMAINVILLE, op. cit. p. 67).

Ils conservaient leur titre, même dans l'éloignement, lorsqu'ils avaient le gouvernement d’une province. «Petit à petit, nous dit Pasquier, ce litre s’épandit » (1).

Les Franes ne changèrent pas « cette générale police plantée » et conservèreut les comtes comme officiers civils et militaires (2) placés souvent sous la dépen-

dance d’un due. Ce titre de comte, qui n’était pas

attaché au début à une terre (comites palatit nostri) (3),

qui n’indiquait que la qualité de fonctionnaire amovible (4), devint, sous les derniers rois de la seconde ace, celui de véritables souverains d’un territoire.

(1) Recherches de la France, hv. 11, chap. XIV. Il ajoute ? «€ I n'y avait ville qui n'eut son comte pour juge, voulant chaque juge rapporter sa grandeur, comme s'il eut été Liré de la suite el compagnies des empereurs, »

(2) On a tendance à les considérer comme de simples officiers de justice. LA Roque (Traité de la noblesse, chap. LXXXTITIT) définissait ainsi leurs fonctions : « Ils étaient juges des provinces, ils suivaient les rois pour leur donner conseil; d’où vient que dans plusieurs chartes ils étaient appelés consules » Mais MonresquiEu a lait justice de cette erreur. C£. Formules de Marculfe, iv. 1, formule 8, de ducatu, patriciatu vel comitatu, Remarquons, d'ailleurs, que les comtes n'étaient pas tous égaux entre eux. Il existait des comites minores ou comtes des cités inférieurs à ceux des provinces, les comites majores. Cette hiérarchie était ancienne. V: SemarnviLre, op. ci., p. 68. Cf. GréGorre De l'ours, Hist., IV, 41 ; VIJIL, 23.

(3) Sur les contes palatins, V, Ducance, Glossaire, v. Des contes palatins de France. Les comtes de Champagne conservèrent jusqu'au xrue siècle le titre de comte palatin.

\ (4) Lasour, La noblesse coutumière et Les prescriptions du capitulaire de Krerzy : « Si un comte de ce royaume vient à mourir et que son fils soit auprès de nous, voulons que notre fils avec ceux de nos fidèles qui ont été les plus proches parents du comte défunt et avec les autres offtciers du comté ou l’évêque dans le diocèse duquel Le comté est situé, pourvoient à l'administration jusqu'à ce que la mort du comte nous ait été annoncée et que nous ayons conféré à son fils, présent à notre cour, les honneurs dont son père était revêtu ».

Rte?

L'évolution du titre de comte est montrée par les différentes manières dont 1 fut usité. La forme primitive (comes Andecavorum ou andegavensis) se modifia et le nom du fief apparut de bonne heure, soit au vénitif (comes Flandrie), soit à l’ablatif (comes de Bellomonte).

Parmi les comtes, il en fut de très puissants, tels que les comtes de Champagne, de Toulouse, de Flandre, de Poitou, d'Anjou, d'Angoulême, de Blois. La royauté eut à lutter contre eux comme elle le fit contre les ducs.

Plus tard le titre de comte a été livré au pillage des courtisans, moins toutefois que celui de marquis puisque Napoléon put rétablir le premier et non le second.

$ VI. — Les vicomtes

On peut considérer l'institution des vicomtes comme déjà connue des Romains. Les comtes de l’époque romaine avaient des vicaires (vicarit), des envoyés (misst comitum), des suppléants (munistri comitum),

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qui les remplacaient au besoin, d’où le nom de vicecomutes (1). Lieutenants des comtes, les vicomtes remplissaient, en principe, les mêmes fonctions que

(1) Il en est fait mention pour la première fois dans la chapitre 36 de la loi des Allemands publiée par Turerr, fils de Clovis et roi de Metz et de Thuringe (Sarnt-ALrais, De l’ancienne France, p: 123 etes) LOF. Murarori, op. cit., dissertation VIII.

ceux-ci (1) mais semblent s'être occupés surtout des affaires Judiciaires (2).

Sous les derniers rois de Fa seconde race, à l’exemple des ducs et des comtes, ils se rendirent héréditaires et s’attribuèrent, eux aussi, tous les droits régaliens (3). Ils furent peu nombreux et, fait curieux, leurs offices ou fiefs demeurèrent longtemps sans être considérés comme fiefs de dignité (4).

À partir du xrv® siècle, 1l n’en a plus été de même et, depuis, le souverain érigea des vicomtés qui n'avaient rien de commun avec celles des anciens

feudataires.

$ VIL — Les barons

Le mot baron, qui désigna au moyen âge le seigneur féodal par excellence, dérive probablement du mot teuton « ber » signifiant seigneur comme semble

(1) « Vicecomes quasi vicecomiltis gubernaculum tenens » (CE. La Roque, Traité de la noblesse, chap. LXXXTIL) ; Loyskau (Des sergneurtes, chap. XII, n° 4) définit le vicomte : « le licutenant général du comte tant au fait du gouvernement que de la justice, se réservant toutefois à soy la sentence définitive des causes capitales ».

(2) L'officier judiciaire prenait le titre de vicomte, de viguier (ou vicaire), de chatelain selon le territoire sur lequel s’exerçaient ses fonctions et qui pouvait être une ville, un canton rural, un château.

(3) C'est surtout en Guyenne, en Languedoc, que surgirent alors des vicomtés ; citons celles d’Alby, de Polignac, de Narbonne, de Béziers, de Nîmes. Mais, il y eut des vicomtés ailleurs que dans le Midi. La plus considérable fut celle de Thouars dans le Poitou. Le Nord n'eut guère que des chatellenies.

(4) SEmaINviLLE, op. cit., p. 564.

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l'indiquer l'expression fief de hautbert autrefois usitée pour dénommer un fief de haut baron (1). Très anciennement le titre de baron-fut en grand fionneur (2). Les Fils de France se glorifiaient d’une dignité auss} éminente : « barones inter nobiles sunt oplimates ».

Mais il est essentiel de remarquer que c’est la féodalité qui, la première, créa des barons, que ceux-e1 ne furent, à aucune époque, des fonctionnaires à la tête d’une circonscription administrative. Le titre de baron eut différents sens (3). On Pattribua à ceux rendant directement hommage à la couronne (barons à fief chenel) (4), composant, en grande partie, la cour des pairs et constituant le « ban » convoqué par le roi. On l’attribua encore à des arrière-vassaux tenant des seigneuries érigées par de haut-barons ou acquises par l’épée. Enfin, cette qualification ne tarda pas à

(1) On en a donné d’autres origines. V. pe WaiLLy, op. cit, t. I, p.186 ; Ed. pe BARTHÉLEMY, op. cit., p. 102; Sarnr-ArLais, op. cit., p. 128.

(2) En 856, l'assemblée des grands seigneurs, à Bonneuil, est composée de barons. En 1390, Jacques, sire de Montmorency, prit la qualité de 1 baron de France. Il dut, d’ailleurs, 12 ans plus tard, prouver devant le Parlement qu'il était effectivement le plus ancien baron du royaume. Il est curieux d’observer que le chef de cette illustre maison de Montmorency, éteinte au siècle dernier, a souvent porté le titre de 127 baron chrétien, à la manière de son suzerain se qualifiant roi très chrétien.

(3) V. Loyseau, Des seigneuries, chap. VIT, n°5 32 et s.

(4) C'est dans ce sens que plus tard, dans toutes les érections de terres en duchés, comtés, etce., il fut stipulé que le nouveau fief de dignité serait tenu «in baroniam ». Lorsque fut écrit le Grand Coutumier (lv. I, chap. XXVII) trois baronnies de ce genre existaient, savoir : Bourbon, Beaujeu, Coucy. Cf. Guidon des Praticiens, V. Fiefs et pu Tirer, Recueil des rangs, Liv. IE, p. 41.

être prise par un grand nombre de seigneurs hautjusticiers (1).

Elle perdit alors de son éclat, au point, dès le xvi® siècle, d’être abandonnée par certains représentants des vieilles races féodales (2).

(1) « Aucuns veulent dire que tout homme qui a haute justice et ressort en icelle se peut nommer baron » (Grand Coutumier, ubi supra). Nous lisons de même dans Loyseau, op. cit., chap. VIT, n° 40 : « le titre de baron fut rendu si commun que tous les hauts justiciers se sont, autrefois, appelés barons ».

(2) Président PEzer, Les barons de Creully.

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