RAPPORTS AVEC LES RELIGIEUSES
La divine providence a doté ce Vicariat de plusieurs établissements de religieuses qui vous rendent les plus grands services. Nous les considérons comme le complément nécessaire de votre action personnelle. Ces saintes filles ont droit à votre reconnaissance et à tous vos égards. Elles ont droit aussi de vivre de leur esprit, et selon les règles et usages de leur Institut. Il est juste qu'en retour du noble dévouement qu'elles témoignent à vos œuvres, elles reçoivent de vous 'tous les soins que réclame leur
avancement spirituel. Il convient surtout que vos rapports avec elles revêtent un tel caractère de discrétion et de dignité, que les gens du monde ne puissent jamais rien y reprendre, et que vous et elles ayez toujours sujet d'en être édifiés.
En ce qui concerne ces rapports, nous avons cru bon, de concert avec Monseigneur le Révérendissime Vicaire, et pour des motifs que vous comprendrez, d'adopter le règlement suivant, applicable à toutes celles de vos missions où se trouvent des religieuses.
Art. I. — A part les visites que nécessitent le saint ministère, la charité ou les convenances, les missionnaires n'en devront point faire aux religieuses, et seront d'autant plus réservés, que le pays où ils se trouvent est la plupart du temps habité par des personnes de différentes religions, qui croient peu ou point à la vertu du prêtre.
Art. II. — Les Pères ou les Frères qui pour l'acquit de leur emploi sont obligés de se rendre à la chapelle, à la cuisine ou aux classes des religieuses, ne devront jamais s'y arrêter plus longtemps que ne le requiert leur emploi. Ils éviteront d'entretenir des conversations avec les personnes qu'ils y rencontreront, et cela d'autant plus que les religieuses ne se prêtent d'ordinaire qu'à regret à ces sortes d'entretiens, qui sont contraires à leurs règles et à leurs usages; elles n'y consentent que par respect et condescendance.
Art. m. — Les missionnaires n'iront aux classes que pour les catéchismes ou instructions, et cela à des moments réglés et convenus avec les institutrices.
Art. IV. — Quand le Supérieur croira bon de visiter les classes, comme c'est son droit et son devoir, pour constater le progrès des enfants et prendre connaissance de la manière dont on les instruit, il dcA^a en prévenir la Supérieure, qui l'accompagnera dans cette visite, si elle le juge à propos.
j^Yt. y. — Si Ton croit devoir visiter les enfants dans
leurs salles, on fera en sorte de ne dérang:er aucun exercice, tels que études, classes, etc.
Telle est, nos biens cliers Pères et Frères, la direction que nous croyons devoir vous donner sur ce grave objet. Vous y attacherez l'importance que nous y attachons nous-même, notre but étant que tout s'y passe sicut decet saactos, et vous la garderez comme une sage garantie pour la dignité de votre ministère, pour le bon emploi de votre temps, pour l'édification du prochain, et le juste souci que vous devez avoir de votre réputation : Curaiii haie de bono nomme.
N'ajouterons-nous rien sur vos autres relations ? Ah ! nos bien chers Pères et Frères, nous vous dirons avec l'Apôtre : Teipsum castum custodi (I Tim. v, 22), et avec Notre Seigneur : Ecce ego mitto vos sicut oves in niedio hiporum. Estote ergo prudentes sicut serpentes, et simplices sicut col umbce. (Math, x, 16.) Vigilate et orate ut non intretis in tentationem. (Math, xxvi, 41.)
Comprenez l'extrême circonspection que vous imposent, d'une part le sentiment de votre faiblesse et la sainteté du ministère qui vous est confié ; et d'autre part la grande susceptibilité de vos populations en matière de mœurs, et les conséquences désastreuses qu'entraîneraient les moindres écarts d'un missionnaire. Nous voudrions que dans toutes les missions , surtout celle où un Père se trouve seul, les femmes ne fussent jamais admises seules ni à la maison, ni au confessional, après le coucher du soleil. Nous demandons qu'on évite d'avoir recours à elles quand on peut s'en dispenser. Qu'on évite surtout les visites inutiles et fréquentes. Qu'on ait recours de préférence aux hommes pour la tenue du ménage ; et s'il faut absolument se servir d'une femme, qu'on la choisisse bien, qu'elle aille passer la nuit hors de la maison du missionnaire, et qu'on ne lui permette pas d'attirer trop souvent ses voisines ou ses parentes.