‹ Actes de la Commune de Paris pendant la Révolution (volume 2)Chapitre 26 sur 32 · Revenu ignoré · texte numérisé non relu

Revenu ignoré

5i — Fréquentations : à Auteuit, il voyait Cabanis, son médecin ; Lefebvre-

(1) Affiche du !«• juillet 1791. (Voir Tome V, p. 376-378,)

(2) Collection Parant de Rosan (reg. 28, fol. 38), mairie du XVI* arrondissement de Paris.

Laroche, maire (1); la femme GoNDORCirr; Conoorcbt, avant sa fuile, et quelques députés. On a vu venir chez lui Lucrnrr, une fois.

6. — Rien de suspect dans sa conduite. Nous le croyons vrai républicain, rami du peuple, l'ennemi juré des tyrans.

Malgré ce certificat particulièrement favorable, le jeune général, (il était lieutenant-général, c*est-à-dire général de division, depuis le 7 septembre 1792), désespéré de voir sa détention se prolonger, se suicidait le mois suivant.

(t) Lefeâvre-La Roche, administrateur du département Je Paris, élu par le canton de Passy, du 21 août 1792 à jauvier 1793. (Voir Le déparlemenl de Paris et de la Seine pendant la Révolution^ p. 464, note 1.)

Documents relatifs au Club des Cordeliers.

(Mai-Aoôt 1791.)

La Société des Amis des droits de t* homme et du citoyen ou Ciub des Cordeliers a pris, comme on la vu, l'initiative du mouvement républicain après la fuite du roi à Varennes. A raison de riraporlancc de ses interventions, il a paru nécessaire de compléter les renseignements qu^on a déjà eu Toccasion de donner sur son action, en publiant ici un certain nombre de documents peu connus.

Enregistrons d*abord, sinon Tacle de naissance du Club, du moins le premier témoignage de son existence, conservé par la Gazette nationale ou Moniteur universel (n° du 5 mai 1790} :

Club des Droits de thomme.

Extrait des registres, du 27 avril 1790.

\^ but principal de ce club étant de dénoncer au tribunal de ropinion publique les abus des différents pouvoirs et toute espèce d'atteinte aux droits de rhomme, il a délibéré d'inviter tous les citoyens à lui faire connaître toutes les diverses oppressions ou injustices dont ils auraient à se plaindre ou dont ils^eraienl informés, et d*y joindre les preuves sur lesquelles ct;s plaintes seraient fondées.

Le club des Droits de Tbonmie, suffisamment instruit de la légitimité de ces' réclamations, s'empressera de leur donner la plus grande publicité et de livrer à l'indignation générale le délit et son auteur. Il espère que son zèle, s condé par celui de tous les amis du bien public, pourra prévenir plusieurs entreprises contre la liberté commune et contre les droils ptirticuliers.

Si (/né : Dufourny de Villieus, président; Dulaure, seciélaire.

D'avril 1790 à avril 1791, nous renvoyons le lecteur aux documents déjà cités (1).

(1) Adresse sur un plan de banque lerritorialc, 30 juin 1790. (Voir 1" série. Tome VU, p. 232, noie 5.) Adhésion à la d^;libération de la Beclion de Mauconseii en faveur des cavaliers du Royal -Chauipague, 28 septembre IIDO. (Voir 1" série, Tome VU, p, ^ôi-^iô^^) Adoption d'un plan d'organisatiou de rarmôe pari'-

VCh'aieur du peupln (t. VI, m 8, non date, mais correspondant très approximativement au 15 mai 1791) publie Tarrèlé suivant, relatif à des faits, qui remontent à la fin d'avril 1791 (1) :

Club des Gordeliers Société des Amis des droits de l'homme et du citoyen,

La Société ;

fttonnée que,au mépris des lois régénératrices de la nation, «^es individus se soient permis d'arrêter, illégalement, avec plus d'audace et d'impudeur qu'on ne i*eût fait sous le despotisme, des citoyens non prévenus de délit, mais seulement manifestant librement leurs opinions et communiquant des Réflexions imprimées (2), dictées d'après les principes et les décrets consli- Inlionnels (ainsi qu'on en jugera par l'exemplaire ci-annexé);

Indignée de la' manière barbare dont ces citoyens, surtout le sieur Ghaney, ci-aprùs nommé, ont été traînés dans les comités, de section, déchirés, frappés, fouillés, provoqués, devant les commissaires, qui l'ont soulTert; que, entre autres, le comité de la section du Palais-royal a permis et excité ce outrages ; qu'il a refusé, à différentes reprises, de recevoir, aux termes

sienne, 18 novembre 1790. (Voir 2» série, Tome I, p. 3oi). Défeufe des écoliers irlandais, 6 décembre 1790. (Voir Tome I, p. 460.) Arrf'té pour la dissolution des corps de canonnière et de chasseurs, 6 février 1791. (Voir Tome II, p. 68^683.) Ri''CepUon d'une députation de canonniers, 15 février 1791. (Voir Tome II, p. 685.) Nomination de commissaires pour surveiller lo fabrication des poignards, 25 février 1791. (Voir Tome II, p. 7^5 et 196.\ Protestation contre la prohibition du port d'armes, 20 mars 1791. (Voir Tome 111, p. tiH, uote 3, et p. 22^-a50.) Dénonciation au Directoire du di^partemenl au sujet des moulins de GorbeiU mars 1791. (Voir Tome lll, p. 337-338^ et p. 471, note 5.) Délibération sur les fausses clefs .et les armes cachées, 22 mars 1791. (Voir Tome III, p. 340.) Démarches au sujet de la dénonciation Huteau,du 3 avril au 12 mai 1791. (Voir Tome IIl, p. 372-374.) Adresse sur les funérailles de Mirabeau, vers le 5 avril 1791. (Voir Tome'IU, p. 434-433.) Critiques du Club monarchique, 14 avril 1791. (Voir Tome lll, p. i/o.) Arrêté sur la communion du roi, 17 avril 1791, dénoncé par le Corps m.inicipal, 22 avril 1791; explication sur cet arrêté, 25 avril. (Voir Tomes III, p. 7f?-7f.ï, 701-707 el7i6-719: et IV, p. ii.) Députation à une caserne, 18 avril 17)1. (Voir Tome III, p. 747.) Impression d'un discours de Robespierre, 20 avril 17Jl.(Voir 1" série, Tomoslll, p. ff/7, note 1; et V,p. f^i, note 1.) Improbatiou (lu bataillon de Saint-André-des-Arc».-, 21 et 23 avril 1791. (Voir 2« série, Tome lll, 1 . 76oj 779 et 78i-783.) Arrêté au sujet du sermeut de Ûdélité à La Fayette, 2.J avril 1791. (Voir Tome III, p. 7ff7-76'.9, et p, 780, note 1.) Députation au Corps uiiiiiicipal au sujet des arrestations arbitraires, 30 avril 1791. (Voir Tome IV, p. 83-84.) Intervention pour le défenseur de Santerre,ll juin 1791. (Voir To^elII, p. 66.) Lecture d'une pièce patriotique, vers le 15 juin 1791. (Voir Tome III, p. 503,)

(l)Dés le 30 avril 1701, le maire rendait compte au Corps nmnicipal qu'il avait reçu une délégation du Club des Cordeliers au sujet d'arrestations de citoyens Usant publiquement des affiches ou autres écrits patriotiques. (Voir Tome IV, p. 83-84.)

(2) Il s'agit des Réflexions de la Société des A7nis des droits de l'Jwmme et du ciloijen, sur le serment individuel d'obéissance au commandant-général de \i\ garde nationale, publiées le 24 avril 1791. (Voir Tome III, p. 767-768.)

des décrets, le cautionuement d'un citoyen connu et domicilié, ainsi que celui de plusieurs autres, qui réclamaient et répondaient du sieur Chaney; qu*un des commissaires a même exposé les jours du citoyen qui offrait avec le plus de zèle de se porter caution, en le prenant au collet pour le faire sortir du comité, le livrant ainsi à la. fureur d*une garde nombreuse qui Favait déjà indignement menacé et qui saisit avec empressement l'outrage fait par le commissaire pour le pousser violemment' dehors, la baïonnette sur le sein ;

Dénonce au chef de la justice les auteurs, fauteurs, complices et participes des arrestations, vexations et emprisonnements arbitraires et illégalement faits en la personne des sieurs Geofprenet, citoyen, Mub^t, orfèvre, et Chaney, ofObier de la garde nationale deToulon«tous trois domiciliés (!}.

En conséquence,... {sic) que les orficierset gardes nationales qui les ont arrêtés et maltraités ; les comités qui ont souffert ces excès et ont ordonné l'emprisonnement, sans qu'il y eût délit et malgré les cautions offertes; ou le Département de la police, devant lequel aucun dieux a. pu être traduit et illégalement condamné; ainsi que tous autres participes aux vexations réfléchies qu'ils ont éprouvées, notamment encore ce même Département de la police, pour, au mépris de la loi et sans égard aux sollicitations réitérées de leurs épouses, de leurs amis, de la Société même, les avoir laissés jusqu'à huit jours au secret, sans, leur faire subir aucun interrogatoire ; seront, conformément aux décrets, pris collectivement et partiellement & partie, dénoncés, poursuivis,, jugés et destitués de leurs fonctions et grades, comme infractaires aux lois, condamnés à une indemnité légitime et à une réparation authentique, comme ayant attenté, sans cause, à l'honneur, à la vie et à la liberté des citoyens.

Signé : PsVre, président;

BuTLEDGE, MoMTMORO, Secrétaires ; Vincent, secrétaire-greffier.

L'Orateur du peuple (t. VI, n« 10, noQ daté, devant se placer vers le 16 ou 17 mai 4791) publie, comme ayant été « adressée par les braves Marseillais au Club des Cordeliers », une lettre, non datée, relative à la démission donnée par de La Fayette, le 18 avril 1791, à roccasfon de la résistance opposée par la foule et même par une partie de la garde nationale au départ du roi pour Saint-Cloud, démission renouvelée le "20, maintenue le 24 et enOu retirée le 2i, à la suite de la pétition de 57 bataillons (sur 60), lui jurant obéissance et dévouement (2).

On sait que le Club des Cordeliers avait fait afficher, le 24 avril, des Réflexions au sujet de ce serment (3). ■

Le texte de la lettre des Marseillais est ainsi conçu:

(1) Une délibération de la section du Théâtre^f tançais , communiquée le 4 mai à la Société des Amis de la constitution^ donne aux individus arrêtés les noms de GfiOPFRENET, Jeannot et MuRAT. (Voir Tome III, p. 7^7, note 1.)

(-2) Séances des 20, 22 et 24 avril. (Voir Tome 111, p. €33, 68(5, 125-726 et 753.)

(3) Réflexions du 24 avril. (Voir ci-dessus, p. 647, note 2.)

•« T-Tf !•-:"-;- ^i....

Sentiments d'indignation manifestés par les Marseillais au Club des Cordetiers sur la coHduite de M. La Fayette et sur le serment prêté par une partie de la garde nationale (1).

Amis et défenseurs de la constitution (2), peut-ou s*enorgueillir du beau titre d*hoinmes libres, lorsqu'on courbe bassement la tête devant un homme que Tadulation de quelques individus, plutôt que son mérite intrinsèque, cherche à faire révérer comme un demi-dieu ? Un sentiment subit d'indignation nous a fait frissonner d'une fureur patriotique» lorsque nous avons vu des hommes ayant le mot sacré de liberté sur leurs lèvres et peut-être le poison de la tyrannie dans leur cœur forcer leurs concitoyens à se dégrader aux y>eux de la raison en faisant, comme eux, Tabnégatiou vile de leurs volontés à un seul homme, à La Fayette, en lui jurant solennellement une obéissance sans bornes et une confiance aveugle. C'est outrager et méconnaître la Déclaration des droits de l'homme; c'est enfoncer dans le sein de la liberté un poignard, que de proclamer avec pompe, dans le sein de la capitale de l'empire français^ des maximes aussi infamantes.

Gardes nationales parisiennes, si vous donnez votre adhésion à un serment aussi exécrable, aussi meurtrier pour la liberté, nous cesserions de voir en vous des amis et des défenseurs de la liberté, jusqu'au moment où vos lèvres seraient purifiées ^ar une rétractation éclatante! La Fayette a perdu notre estime. Si cet aveu l'offensait, qu'il scrute sa conduite! Si cet aveu paraissait un sacrilège à ses fédérés, c'est que l'énergie de la liberté qui anime nos âmes a perdu en eux de sa force et dç sa vigueur. Songez, Parisiens, qu'il y a une distance inmiense, aux yeux de l'opinion éclairée, entre votre Commandant-généralet les braves citoyens qui, quoique assurés du péril, ont bravé la mort en renversant les murs de la Bastille, hérissée des foudrç^s du despotisme.

La renommée nous a dit qu'une compagnie de braves grenadiers, dans laquelle se trouvaient beaucoup de citoyens vainqueurs de la Bastille, avait étédespotiquement licenciée par la Municipalité et désarmée par La Fayette avec un appareil dégradant envers des citoyens si estimables, dont le seul crime, aux yeux de ces hommes morts à la patrie et déglace pour la liberté, avait été de manifester des sentiments d'hommes libres (3). A leur place, nous en aurions fait autant : ainsi, le crime ou, si l'on veut, l'injustice dont on s'est rendu coupable envers eux a atteint tous les patriotes.

Nous, les 50 volontaires qui avons arraché d'entre les mains du despo' tisme le fort La Garde qui menaçait la liberté marseillaise, nous embrassons ces braves grenadiers ; et, si notre douleur pouvait guérir les plaies que le despotisme leur a faites sous le manteau du patriotisme, ils cesseraient bientôt de souffrir. Honneur et bénédiction aux patriotes qui les ont pris sous leur sauvegarde! Honneur aux Amis de la constitution, séant aux Jaco-

(1) Ce titre est donné par VOrateur du peuple dans le sommaire du numéro.

(2) Il semblerait, d'après ce début et divers autres passages, que la lettre fût plutôt adressée à la Société des Amis de la constitution. Pourtant, les comptes rendus de cette Société n'en font pas mention.

(3)ArnHé du Corps municipal, du 25 avril 1791, ordonnaut le liceuciement de a compagnie de gvenadiers soldés de la VI* division, mis à exécution le 26 avril. (Voir Tomes 111, p. 780, et IV, p. li et 3/-55.)

bins, qtii ont manifeslé avec énergie, par lorgane de noire frère d'armes et respectable député. à l'Assemblée nationale, Dcboi:^ de Ca%NCK, les maximes de la saine raison et de la liberté (1) ! Nous y adhérons de cœur et d'âme.

Ce n'est pas en rain que nous avons fait le serment de vivre libres ou de mourir. Ce n*e>t pas en vain que nous avons juré de dénoncer et de poursuivre, le fer à la main, les traîtres à la patrie. Au courage, nous joindrons toujours la franchise. L'homme doué d*un cœur sensible et d'une âme ardente doit se précipiter au-devant des coups que la tyrannie voudrait lui porter et lui soutenir en face les crimes dont il l'accuse. Les maarais ciloyens appellent les patriotes zélés des factieux, et le crime a toujours puni la vertu en l'appelant crime.

Puisse l'exposition de ces principes^ qui nous attirera la haine des mé^^ i'hants, avee lesquels nous serons en guerre au delà même du tombeau, nous mériter l'estime et J'aniilié des francs défenseurs des droits de rhomme (2) !

Les i»0 citoyens qui se sont emparés du fort La Garde,

Signé : Jacques Montbrion, secrétaire;

Cabrière, JoLY, commissaires; etc , etc..

'Au sujet de la même manifestation, VOrate^r du peuple (L VI, n» 11, non daté) publiait encore, dès le lendemain, un discours prononcé, dit-il, a dans la tribune patriotique de Marseille, devant 600 A.mis de la constitution, par le digne ciloyen Jacques Montbrior », auquel, dans le sommaire de la première page, il donnait le litre suivant : Di-cours prononcé devant 600 Amis de la conêiitutxon de Marse. lie, par vn des vainqueurs du fort de La Garde, contre M. La Fayette cl Véiai-major parisien.

Mais, en fait, il y est surtout question delà loi martiale, et le nom lie La Fayette en est totalement absent.

C'est à ce mcimenl que le Club des Gordeliers eut à subir toutes 'orles de persécutions, que VOrateur du peuple (t. VI, n«* IS, non daté) relate ainsi qu'il suit :

Le Club des Gordeliers est en horreur au déparlement et à la Municipalité, vendus à la cour et à La Fayette. Comment s'y prendre pour le détruire?

Arrêter plusieurs de ses membres, les accabler d'outrages et les traîner dans des cachots? C'est ce qu'o» a fait (3).

Enjoindre à laccusateur public de poursuivre, sur la dénonciation du

(1) DuboisCrancé à ses concitoyens, 26 avril 4191. (Voir Tome îll, p. 769.)

(2) Tout à rheure, c'était aux^ « auiis et défenseurs de la constitution » que s'adressait la lettre des 50 Marseillais. (Voir ci-dessus, p. 649, note 2.) Maintenant, c*e8t aux.« défenseurs des droits de l'homme ». Dans cette dernière appellaLioD, le Club des Gordeliers pouvait se recoonallre.

(3) Arrestation de Geoffrenet et autres, 21 avril 1791. (Voir Tome lU. p, 71 7» uole 1, et ci-dessus, p. 647-648.)

procureur de la Commune, les signataires du fameux arrêté sur la communion du roi? On n*y a pas manqué (i).

Solliciter de TÂsserablée un décret qui force à signer individuellement une affiche, qui interdise auï Sociétés patriotiques des arrêtés pris en commun et pour les corps administratifs le droit naturel de pétition? C'est ce que le Directoire a sollicité et obtenu, à la honte et au scandale de ta France, qui va protester hautement par la voix des 83 départements (2).

Le Club des Cordeliers^ fort du décret qui autorise les assemblées de citoyens, a vu se diriger contre lui une persécution plus directe.

La Municipalité vient de poser les scellés sur la salle de sis séances, comme faisant partie des biens nationaux (3), après avoir inutilement cher-elle a mettre le trouble dans les assemblées par des provocations tumultueuses des gardes nationales soudoyées.

Le Club, errant et dispersé, s'est réuni au Jeu de paume du sieur Bergeron, rue Mazarine; et, à l'instar du lié^rsélal poursuivi par le despotisme ministériel, ses membres y ont fait le serment solennel de ne pas se séparer (4).

La Municipalité peut-elle étr^^ assez impolitique [pour ignorer] que les persécutions ne servent qu'à faire des prosélytes?

A la môme époque, le Courrier des 83 défjartements (n^ du 17 mai ITQl) résumait cette situation en ces termes :

Des émissaires soudoyés n'étant pas venus à bout de troubler les séances du Club des Cordeliers, on a mis le 5ceilé sur les portes de la salle qu'il avait aux Cordeliers ! on en avait le droit, puisque c'était un bien national.

La Société est allée paisiblement s'installer dans le Jeu de paume de la rue Mazarine. '

Avant-hier 15, clic s'est assemblée extraordinairement aux Âugustins (5), 6ù elle a reçu des députations de toutes les associations patriotiques de Paris, qui lui ont juré dévouement, fraternité et protection contre toutes .les tentatives de ses ennemis (6).

Mais, bienlot, VOraleur du f/eup'e (t. VI, n® 13, non daté) pouvait annoncer que le Club avait trouvé un abri, oh il serait à Tabri du mauvais vouloir de la Municipalité :

(1) Arrêté du Corps muuicipal du 42 avril 1791, au sujet de l'arrôté du Club, du il avril. (Voir Tome 111, p. 704-707 et 71i-713.)

(2) Adresse du Directoire du département et de la Municipalité de Paris à TAssemblée nationale, du 26 avril, et décret du 18 mai 1791, relatif au droit de pétition et qui ^i\e les cas où les citoyens pourront requérir la convocation de la Commune. (Voir Tomes lll, p. 779-780; IV, p, 6-7, n-16 et 5S6.)

(3) Arrêté du Corps muuicipal, du 12 mai 1791. (Voir Tome IV, p, ^3i et 240-241.)

(4) Jeu de paume dont l'emplacement est resté lougtemps marqué par Panclen passage des Jeux de paume, entre la rue Mazarine et la rue de Seine, en face de lu rue Visconli.

(5) Ancien couvent des Grands-Auguslins, salle des payeurs de reutes. (Voir ci-dessous, p. 657.)

(6) Les comptes reudus de la Soniélé des Jacobins no constatent pas que les Amis de U constitution aieut pris part k cette dômarcUe,

Le Club des Cordeîiers nVst plus errant et sans asile; il vient de louer la salle du Musée de la rue Oauphine (1), et le bail est passé (2). Comment la Municipalité s'y prendra-t-elle pour le déloger? Emploiera-t-el le, comme elle Ta déjà essayé, 30 ou 40 petits chasseurs pour venir casser ses vitres, faire les bravaches et crier, à travers les carrea.ux: A bas la motion? Mais ce moyen est usé; elle en sera pour la honte.

Le Comité cefUral de tous les clubs et sociétés fraternelles de Paris (3) se tiendra rue des Boucheries-Saint-Germain (4), où a été louée, aussi par bail, ia vaste salle de bal du citoyen Cirier. Ce dernier, sur le bruit qu'on avait fait courir .qu'il avait loué son local aux Cordeîiers, a reçu la visite de l'arislocrate Sf.rrat, commissaire de la section des Carmes du Luxembour{^ (5), qui lui a fait envisager avec effroi à quels risques il allait s'exposer en souffrant chez lui une assemblée de factieux; il a même été jusqu'à lui offrir une indemnité pour la location de sa salle, pourvu qu'il signifiât aux Cordeîiers un congé bien en règle. Le sieur Serrât était, bien évidemment, dans celte circonstance, l'agent secret de la Municipalité.

Cn peu plus tard, nous trouvons un arrêté, tout de doctrine, publié par le Club le 30 mai 4791 (6) :

Club des Cordkliers

Société des Droits de V homme et du citoyen.

Extrait du registre, du 30 mai 1791.

La Société considérant : !• que, si une soumission provisoire à tous les décrets de 1* Assemblée nationale est nécessaire pour l'achèvement, l'appui et le respect dus à une constitution dont les principes reposent sur des bases immortelles, chéries de tous les hommes libres (la Déclaration des droits), il est cependant important à la chose publique et aux citoyens de n'être pas longtemps gouvernés par des lois qui seraient incohérentes ou destructives de cette Déclaration solennelle ; S" que, les mandataireb d'une nation ne pouvant aucunement engager sa souveraineté, ni rendre obliga-

(1) Le Musée de Pat^s, ancienne Snriété apoilonienne, s'était installé à rbôtet de lame Dauphiue eu 1782, puis s'était transporté, en 1786, au couvent des Cordeîiers. (Voir 1« série, Tomes Vï, p. :i41 et 345, etl V, p. 403.) En 1789, le» Èlecteuts s'y étaient réunis les 25 et 26 juin. (Voir 1" série. Tome f, p. 6S.) En mai 1790, l'hôtel fut occupé par la Société polymatique. (Voir 1" série. Tome VI, p. 345, note 5, et 388.)

(2) Bail passé, le 18 mai 1791, entre les commissaires de l'assemblée. générale du Club des Cordeîiers, Kournier (Claude), Coqueret (Jean-Baptiste), Dunouy (Jeàn-Honoré), etc., et le sieur Metzinger, principal locataire de la salle du Musée, rue Dauphine, n» 105, pièce manusc, original sigué (Arch. nat., F 7/6504).

(3) Ce Comité central avait adhéré à la pétition de la Société du Point central . des arts et métiers en faveur des ouvriers des ateliers de charité, 28 juin 1791.

(Voir Tome V, p. 236.)

(4) Absorbée aujourd'hui par le boulevard Saint-Germain, partie comprise entre la rue de rAncienne-Comédie et la rue de Buci.

(5) Ceyrât (Joacbim;, commissaire de police de la section du Luxembourg (ancien district des Carmcs-déchaussés),

(6) Imp. 6 p. in-8 (Bib. nat., Lb 40/2380).

toires des lois qu'elle n*a pas consenties ou demandées, il résulte de ce principe qu'aucune loi sociale, politique ou morale ne peut Tenchalner intégralement, c'est-à-dire sans le vœu uniforme et bien positif de la masse qui la compose; que, ainsi, à chaque session du Corps législatif, les citoyens peuvent, réunis dans leurs assemblées primaires, demander la réformation de tel ou tel article de la loi, déterminer celui qu'il leur convient d'y suppléer, former des cahiers sur des objets ultérieurs, enfin, donner, par l'emploi libre et l'exécution spontanée de ces moyens, une sorte de sanction à la constitution, émettant ainsi un vœu tacite sur la convenance des autres décrets; que, sans cette faculté, le peuple français ne pourrait regarder ses délégués ni comme des mandataires, ni comme des représentants, mais comme des oppresseurs parjurés; S** qu'il sent trop les charmes de la liberté, ses droits et sa dignité pour ramper davantage; 4<> que, si les hommes qu'il a revêtus du pouvoir sublime d'ordonner la législation de l'empire pouvaient oublier ou négliger de faire respecter eux-mêmes ces droits et la soumission qu'ils doivent, comme tous, aut principes, la nation s'imposerait un silence vraiment coupable en les tolérant et commettrait un crime envers la postérité; 5" qu'il serait donc absurde de penser, comme audacieux de le soutenir, que ces représentants, qu'elle a délégués pour asseoir le bonheur, la liberté et une administration juste et égale pour tous les membres de lai société, puissent arguer d'aucune loi qui les autorise à saper les droits naturels de leurs semblables et à renverser la Déclaration qui les consacre et qu'eux-mêmes, r^^présentants, ont promulguée. Déclaration doiH les résultats positifs annoncent l'égalité des suffrages dans ceux que la plus simple glèbe ou des vertus publiques attachent à leur patrie; 6» qu'il est évident^ même aux yeux des despotes, que c'est le consentement et l'amour des peuples aux lois qui préparent et perpétuent la félicité des hommes et font la stabilité des gouvernements; que, d'ailleurs, par aucun contrat, ils ne peuvent, ni aucune puissance, dépouiller leurs enfants et les avilir, en leur étant leurs droits naturels ; qu'ils ne sont mis en société que pour les assurer et ne doivent de considération aux lois et au prince qu'autant qu'elles les protègent; que, si aucune législature y portait impunément atteinte, la France régénérée retomberait bientôt sous le gouvernement le plus vexatoire, sous l'aristocratie la plus turbulente et la plus ambitieuse; 7» que de telles inquiétudes ne doivent et ne peuvent alarmer plus longtemps une nation généreuse et (ière, éternellement dévouée à chasser la tyrannie de son seip et à n'adorer d'autre culte que celui de la liberté sociale et des lois qui en émanent; que^ ainsi, le devoir, la vertu, nos serments, notre courage nous prescrivent impérieusement de pénétrer; de détruire le dédale des absurdités qui compromettent la Déclaration des droits ;

En conséquence, et conformément à cet exposé, le Club des Cordeliers a estimé et décidé de former un comité, composé de six membres, auquel seront départis les décrets de l'Assemblée nationale, formant, chacun en soi et relativement, les codes organiques de la constitution, afin de les examiner et de les rapprocher, de prononcer enjtre eux et la Déclaration des droits, de différencier, réfuter et présenter à la Société ceux qui sembleraient contradictoires ou attentatoires à cette Déclaration, dont ils ne doivent être que le résultat et la conséquence positive. Apn>s ce travail, le comité fera un rapport exact et concluant a l'Assemblée.

La Société a aussi décidé que le présent vœu serait imprimé, envoyé aux sections et Sociétés patriotiques, avec invitation d*y adhérer et de former également un comité d*ezamen.

Signé : Lawal, président;

Gbampio?( et Colin, secrétaires ; Vincent, secrétaire -greffier.

Enfin, peu de temps après lajournéc du 17 juillet, et malgré Tarrestalion de plusieurs membres du Club, le Journal du Club des Corde^ tiers {{) publia, comme ayant été adoptée dans la séance du 4 août nOi, une Adresse aux Parisiens, dont voici le texte :

Adresse -^iix P risiens.

Frères et concitoyens,

C*est à la dissolution du district des Cordeliers que la Société '^ es Droits de l'homme et du citoyen doit son origine (2). 11 était naturel que des citoyens qui, depuis* la Révolution, s'étaient journellement assepiblés pour surveiller la chose publique et qui avaient contracté dans ces assemblées Tbabitude de se voir, de s'étudier et de s'estimer; il était naturel, dis-je, à ces concitoyens de se réunir sous une autre dénomination. Ils convinrent donc d«substituer au mot district y qu'ils ne pouvaient pas conserver, celui du chcb des Cordeliers; ils adoptèrent pour sceau de la Société l'œil, emblème de la surveillance; ils se déclarèrent les Amis des droits de l'homme et du c't'yen: enfin, par arrêté subséquent, ils se sont consacrés à la défense des victimes de l'oppression et au soulagement des infortunés.

Ëh bien, citoyens, c'est cette même Société que, depuis son établissement, on s'est acharné à calomnier. C'est cette Société, dont les membres sont journellement occupés, les uns, à visiter les prisons et à consoler les malheureux, d'autres, à les défendre dans les tribunaux, d'autres» à solliciter eu leur faveur dans les différents Comités de TÀssemblée nationale ou chez les ministres, et dont, en général, tous les membres concourent par des contributions fréquentes à des actes de bienfaisance; c'est, dis-je, cette même Société contre laquelle les ennemis de la Révolution ont provoqué depuis longtemps tous les genres de persécution.

Citoyens, toutes les Sociétés patriotiques de Paris sont établies sur les mêmes principes, l'amour du bien public et de Thumanité; tous les membres qui les composent ne reconnaissent pour base de la liberté que l'égalité et la fraternité; ce sont les véritables amis d'une constitution fondée sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen... Ce sont cependant ces mêmes hommes que l'on vous a dénoncés comme des factieux soudoyés par t'es puissances étrangères; ce sont ces mêmes hommes qui ont été voués au massacre, à la proscription; et, à la honte du nom français, l'autel de la patrie a été souillé du sang des vrais amis de la

(1) Le Journal du Club des Cordeliers commence au 28 juin 1791; il devait faire paraître quatre numéros par semaine. Eu fait, le u* 10, qui est le dernier imprimé (ou eu conualt 5 autres manuscrits), porte la date du 4 aoàt 1191.

(2) A la fin d'avril 1790. (Voir ci-dessus, p 646.)

liberté (1), et ce sang a été versé par les mêmes hommes qui, trois jours auparavant, avaient juré fidélité à la nation (2)!

Citoyens, vqus connaissez maintenant la Société des Amis des droits de Vhomnhe et du citoyen^ vous connaissez l'esprit des Sociétés patriotiques. Jugez de quel côté sont les factieux, et frémissez des funestes effets de la calomnie.

£t ont signé les membres du comité suivants :

Lebois, Maqier, Boyer père, Mas^oul\rd, Haré, Duclos, Tattegrain, Sachy, Bouchau, Aubry» Dunouy, Reinne, Salvar.

(1) Journée du 17 juillet,

(2) Fête auniversaire de la Fédération de juillet 1190, célébrée le 14 juillet 1791. (VoirTome V, p. 343-344 et 345-349.)

6o6 APPENDICE

La pétition du 17 juillet 1791 et le Club des Cordeliers, d'après Dunouy.

(Juillet 1792-l)écembre 1793 )

Vers la fia de frimaire an II, c'est-à-dire approximativement du 15 au 20 décembre i79;{, un membre du Conseil général de la Commune de Paris, qui se trouvait être en même temps l'inventeur du canal de Saint-Maur (1), Ddnouy (Jean-Honoré), ayant été exclu du Conseil, à la suite d'un réquisitoire de Cuaumëtt£, procureur de la Commune, publia une brochure intitulée ; Vérités incontestables^ avec ce sous-titre : Duttouy^ appdant au peuple contre Chaumette et consorts (2).

En réfutant les reproches que lui avait adressés le procureur de la Commune, Dunody se trouva amené à donner sur sa conduite personnelle et sur les agissements de la Société des Amis des droits de Chomme et du citoyen ou Club des Cordeliers, dont il faisait partie, des renseignements intéressants, qui mettent encore mieux en évidence le rôle prépondérant que nous avons dit avoir été celui de celte Société dans la préparation de la pétition républicaine du 17 juillet (3). Ces renseignements, nous croyons utile de les reproduire intégralement.

D'après Dunouy, voici la fin des observations présentées par CaAU- MRTTE devant le Conseil général, à la séance du 13 frimaire = 3 décembre (4) :

Mais ce que je lui reproche, c'est d'être ultra-révolutionnaire; c'est d'avoir abandonné les Cordeliers, dans les instants où ils étaient en danger

(1) Séance du 10 janvier 1191. (Voir Tome II, p. 92 et 9S-i04.) {i) Brochure de 22 p. in-8, sans date et sans indication d'imprimeur (Arch. nat., AD. I, 50).

(3) Depuis le 21 juin jusqu'au 17 juillet. (Voir Tome IV, p. 96-97, iii'1i2, H:i-11iy i39, 373-373, 380-382, 414, 4iH, 430-432.)

(4) La version de la Gazette nationale ou Moniteur universel (n* du 13 frimaire) est Irgùrciiieut dilTérente dans les termes. Mais le sens est analogue.

et où ils aTaient besoin d'hommes, et particulièrement dans le temps du Champ-de-Mars, où à peine douze membres, reste de cette Société, se rassemblèrent chez Cirier, rue des Boucheries, et Dunouy n*y vint pas.

C'est à cette inculpation que Dunouy répond par sa brochure, dont voici textuellement la partie qui nous intéresse :

Comment as-tu osé, Chaumette, me calomnier avec tant d'audace, surtout ayant devant toi cette pétition du Champ-de-Mars, que tu sais très bien que j'ai sauvée au péril de ma vie, dans la crainte que la liste des signatures, au nombre de plusieurs mille, n'en devint une de proscription pour les signataires, au nombre desquels tu n'étais pas (1)?

Malgré toute ma répugnance à parler de moi, je suis contraint, pour te confondre, de rappeler à mes concitoyens toutes les différentes époques périlleuses, e( dans aucune desquelles tu n'étais pas : soit lorsque La Fayette, après la journée des poignards (2), envoya 5 à 600 hommes, qui cassèrent nos vitres avec des pierres et leurs baïonnettes (j'étais alors secrétaire) ; soit après que Bailly eût fait murer la porte du club (3), que nous allâmes dans la salle Saint-Michel, où les Forts du port au blé vinrent nous offrir leurs bras : soit lorsque, forcés encore de sortir de là, nous allâmes deux jours dans l'église (4) ; soit au Jeu de paume, rue Mazarine, où à peine nous nous rassemblâmes vingt et d'où nous envoyâmes des députations à toutes les Sociétés, pour aviser avec nous aux moyens d'arrêter cette tyrannie (5); soit dans la salle des payeurs, aux Grands-Augustins (6), où toutes les Sociétés se réunirent et où nous reçûmes ce fameux arrêté de Marseille contre La Fayette (7); soit, enfin, forcés d'en sortir encore, chez Cirier, rue des Boucheries. Dans toutes ces vicissitudes, je faisais les fonctions de secrétaire, et je ne t'ai jamais vu. Chargé par la Société de chercher un autre local, nous vînmes au Musée, où est encore la Société, et je suis un des signataires du bail, en son nom (8).

Ensuite, vint la fuite du roi, le 21 juin. J'étais au club à neuf heures du matin, et je proposai de sonner le tocsin et d'aller arrêter Bailly et La Fayette. Le danger ne m'étonnait pas : il y a plus d'un témoin de ce fait. Nous passâmes la nuit dans la salle et nous envoyâmes une garde à Hobespierre, que nous croyions en danger. Mais tu n'étais pas parmi nous.

(1) Il est expliqué plus loin comment Chaumette devint, pour ainsi dire malgré lui, un des signataires. (Voir ci-dessous, p. 658.)

(2) Soirée du 28 février au palais des Tuileries, d'où un rassemblement de gentilshommes armés de poignards, et pour ce qualifiés de « chevaliers du poignard », dut être expulsé. (Voir Tome III, p. iS-iO.)

(3) Arrêté du Corps municipal, du 12 mai 1791, annoncé par Bailly la veille. (Voir Tome IV, p,.i3i et 240-241.)

(4) Quelle église? Celle de Saint-André des Arcs?

(5) Les comptes rendus de la Société des Amvs de la constitution ne mentionnent pas la réception de celle députalion.

(6 Le 15 mai. (Voir ci-dessus, p. 651.)

(7) Sentiments d'indignation manifestés par les Marseilluis au Club des Cordetiers sur la conduite de M. La Fayette et sur le serment prêté par une partie de la garde nationale^ fin avril 1791. (Voir ci-dessus, p. 649-650.)

(8) Bail passé le 18 mai 1791. (V«)ir ci-dossus, p. 6*32, note 2.)

ToMK VI 42

«K8 APPeKDIGE

Il est yrai quQ Carie (1) avait menacé d'amener ses canops devant la porte dii Club, et toi, qui en as autant ppur que de la vérjlé, tu n'euç garde d'j venir.

Le 26 ou 27 juin, j'étais porteur, moi douzième, de la Pèiiiion des trente millej pour demander à TAssemblée que Louis soit ju^é et la République proclamée; et, moi cinquième, je passai an travers des baïonnettes et des canons dont l'Assemblée était entourée, et entre Bailly et La Fayette (2). L'on avait réuni dans les Feuillants le département, la Municipalité, La Fayette et son état-major, les Comités des recherches et des rapports (3), où, par conséquent, Ton pouvait nous égorger vingt fois, étant à la discrétion de nos ennemis. Où étais-tu encore? Caché, comme à ton ordinaire!

Enfln, à plusieurs autres pétitions qui piécédèrent celle du Champ-de- Mars et dont j*ai toujours été (4), où étais-tu? Toujours loin du danger, car on ne peut nier qu'il y en avait beaucoup dans toutes ces démarches faites pendant ces jours de crime.

Le jour malheureux du Champ-de-Mars arriva. Je fus nonmié par une masse innombrable de citoyens, conjointement avec Robkrt, Peyre et Vachard, pour rédiger cette fameuse pétition, dont j'ai donné lecture vingt fois dans la journée (5 . Ce fut moi qui, au péril de ma vie, la ramassai et lotîtes les signatures, malgré les baïonneltes et les assassins qui m'entouraient. Que faisais-tu alors? On ne te vit de tout ce jour, ni de longtemps après. Et, si ta signature est dans ce nombre (6), c'est que, pressé par moi de la donner, tu le fis sur le bureau du club, quand il n'y avait plus de danger.

Qui fit aujf Cordeliers, le surlendemain (19 juillet), le rapport de cette cruelle journée? Ce fut moi, et ce fut d'après ce rapport, que je portai à Prudhomme, que Robert rédigea le n" 106 des Réoolutwns (7). Et, si Prudhomme eût été poursuivi pour ce numéro, il eût pu montrer mon manuscrit, qu'il a encore, et ça aurait été moi que l'on aurait arrêté (8). Je fus décrété de prise de corps comme président de ce club (9), et néanmoins je présidai encore jusqu'à la lin de l'orage.

(1) Carlis, commandant du bataillou d'Hepri ]V, était réputé comme défenseur de l'ordre.

(2) Pétition intitulée : Trente mille citoyens à V Assemblée nationale, rédigée le S4 juin, lue devant rAssembiée natiouale le 25 juiu. (Voir Tome V, p. fis» US et 375?375.)

(3) Décret du 21 juin, invitant le département k siéger dans un local coutij^u à la ^^,\\e de l'Assamblée nationale. (Voir Tome V, p. 37-38.)

(^ Pétitiqn^ de9 29 juin, 9 et 11 juillet. (Voir Tome V, p. tî.9, g^OSSi et S9i.)

(5) Pétition à V Assemblée nationale, du 17 juillet, sur Và\^%é\ de la patrie. (Voir Ton^p Y» P- ^1^' ^««> 430-43^.)

(6) La signature de Chaumette au bas de la pétition a été constatée sur l'original. (Voir Tome V, p. 432.)

(1) Eiépplutions de Paris, n« du 16 au 2*3 juillet. (Voir Tome V, p. 43Q et 43t.)

(8) « J'ai fait remettre également copie de ce rapport, avec des observations sur les auteurs de ce massacre, ùMoNTMORo(/2re ; Momoro), pour servir à sa défense, ayant été arrêté pour ce fait; et il doit l'avoir encore. » ( ^ote du dùçiAme.ni original.)

(9) L'arrestation du personnage qui avait présidé le Club des Cordeliers le 16 juillet, soir, avait été ordonnée le U août. (Voir Tome V, p. 485.)

toaUré ton impiifleiice à charger les aiilres de ïr lâcheté, ose démentir tous ces faits, ilnnt j'ai autant de t^^rnoins qit'il y a dû membres encore eKi&tânls de cette Société.

Je cessai d'îiUer aux Cordeliers» au mois de novembre. Mais*, alors, its étaient hors de tout danger. J'en ai Loujours parlé avec l'estime qu'ils ont méritée par leur caractère répubii.;ain, El loi, lu fus de la scission qui s'en sépara (Ij.

Je ne ce£<!aif« pas pour cela d't^tro occupé de la BévofuUon et de tout ce qui pouvait être utile à mes concitoyens. Apres lajoïirnêe du 20 juin (17fl3)> La Fayette vint insolemment donner des ordres à TAssemblée nationale {2). IndJ^né de ceLi, voulant achever de démasquer ce traître, j'écrivis les Crimes fk Ui Fayviie, et je les répandis avec profusion, malgré toutes les haifon nettes qui étaient encore à sa dévotion; et cet écrit ne contribua pas ï>eu à terrasser cet homme.

Le reste de la brochure est consacré k la journée du 10 aortt IT9â ot à ses suites. On n'a pas à s'en occuper ici.

Maïs il convient do se reporltir k Tccrit antérieur que cite DonoUY lui-m^mcn à ec réquisitoire rédigé eu juillet 1792, intitulé : Crimes dv La Faijelie en France, seulement depuis la MévolntiQrt et depuù sa iiottniiQtiort au grade dt générât (3)» où lu conduite de La Fayuttb après hi fui Le à Vareuuos et jusqu*à la fusillade du Champ-dc-Mara est violemment dénoncée.

Aprts s'tUre demandé ce qui avait valu au commandaut do la garde uatiouale la cuiiRance *lont il était entouré, Tauteur formule ses /i^nefs sous forme d'innombrables questions, dont trente ^t quelques sunisent à peine à relever tous let? incidents qui ont précédé, accompaifué on suivi de près la jouruéu du 17 juillet :

l^st-ce pour avoir demandé et voté, d'accord avec les Lamelh et consorta^ que le roi fût suspendu de ses fonctions et avoir machiné, pendant cet intervalle, la plus insigne conspiration contre la nation et la liberté» en demandant la ro vision de la constitution et la présentation au roi de b charte run>titutionnolle, bien que celte leviiiion TiH Taite et votée par 2U0 membres qui avLiient prêtes lé contre toute la constitution?

Est-ce pour, dans cet instant de crise qu'il avait fait naître et qu'il alimentait, avoir bérîssé I Assemblée nationale de canons et de baïonnettes et repoussé le peuple qu'elle trahissait, comme s^il était rennemî de ses représentants ou son propre ennemi'^

Est-ce pour avoir fait arrêter arbitrairement différents particulier» qui

{[} tsdssiou qui SH produisit ù la (In d? novc^mbre 1191, à la t<uit(? de re^cclusion de Ho ri^KiKiE. (Voir la Su*'iélé de^ JarnhirtSt par M, AuLAtiD, t. 111, p. 262, 266 et 27U.>

il) i>iHCourj* du j;(riH>r;d u\; L\ FAYtiTiK à la harnj de rAsspiublùe nationale^ 28 juin 179^, {Voir Arrhw*'it paHemeulaires, t. XLV, p, 653.)

(:n Bnirhiinî 15 p, in^S, de riuipnnitîrie du PalrioU- framai^t sans tfate et lan» naut d'auteur, mai^^ sigu^k* (Uib. naL,. Lb :f9/520S).

avaient usé de leurs droits en présentant à l'Assemblée nationale des péti* tions pour énoncer leur vœu et leur désir sur la situation où se trouvait la chose publique ?

Est-ce pour avoir demandé et obtenu de l'Assemblée un décret qui perailt à tout particulier de sortir du royaume avec armes et effets, sans avoir besoin de passeports, ce qui donna le moyen à tous les conspirateurs d'aller et venir à volonté?

Est-ce pour avoir fait exciter, par ses dififérents émissaires, toutes le« Sociétés patriotiques de se réunir au Champ-de-Mars, pour y faire une pétition à l'Assemblée nationale, qui demandât expressément la destitution du roi?

Est-ce pour avoir machiné, avec les Lameth et consorts de l'Assemblée, dont Charles (Lameth) était alors président, ainsi qu'avec le département et Bailly, maire, de faire massacrer par la loi martiale tous les citoyens qui se réuniraient pour cet effet, afin d'y envelopper tous ceux qui étaient sur la liste de proscription de ces monstres?

Est-ce pour, en conséquence de ce complot infernal, avoir laissé pendre deux hommes au Gros-Caillou, que l'on peut préjuger qu'il fit pendre luimême, puisqu'il fit relever le piquet de cavalerie, qui était de 50 hommes, et n'y en laissa que 5, qui ne furent pas capables d'empêcher ce forfait?

Est-ce pour n'avoir pas fait la moindre réprimande aux bataillons qui se tiouvaientau Chanip-de-Mars le matin et qui, bien qu'ils avaient plusieurs pièces de canon et qu'ils furent témoins de l'arrestation de ces deux hommes sous l'autel de la patrie, n'en empêchèrent pas l'assassinat?

Est-ce pour avoir fait publier dans tout Paris que des brigands devaient s'assembler au Champ -de-Mars, pour, de là, venir assassiner l'Assemblée nationale, bien qu'il savait, à n'en pas douter, que c'étaient tous citoyens connus, et qui avaient fait leur déclaration la veille à la Municipalité, aux termes de la loi, et dont ils avaient tiré le récépissé, délivré par Dbsuous- SEAUX, second substitut du procureur- syndic de la Commune?

Est-ce pour avoir fait distribuer dans le Gros-Caillou 22 barriques de vin aux chasseurs des barrières, qu'il fit enivrer, afin de mieux remplir ses vues perfides?

Est-ce pour avoir aposté et payé plusieurs hommes qui ^ui tirèrent Tuu un coup de pistolet et les deux autres un coup de fusil, mais qui tous trois le manquèrent, comme cela devait être, et dont néanmoins le troisième fut arrêté (4)?

Est-ce pour s'être mis au-dessus de la loi, en faisant grâce à ce prétendu assassin, qui lui fut amené dès qu'il fut arrêté, mais qui n'était là, ainsi que lesautres,que parce cela était ainsi convenu, afin d'avoir le prétexte de publier dans Paris que le général avait été couché enjoué par des brigands; ensuite, qu'il avait été manqué une deuxième fois ; ensuite, qu'il avait été tué, et chaque fois à un certain espace de temps, afin d'exciter l'indignation de la garde nationale et son enthousiasme pour son idole, afin de lui faire commettre tous les crimes auxquels on la préparait depuis longtemps en la travaillant en tous sens?

Est-ce pour avoir passé presque la journée chez le comédien Larive avec

(1) Voir Tome V, p. 405 et 439-440,

son état-major, en attendant que ]*heure désignée pour le massacre soit arrivée^ enToyantde temps en temps des émissaires pour exciter les pétitionnaires qui étaient à Pautel de la patrie à commettre quelques délits? Mais ils ne purent y réussir : le peuple, toujours sage, sut les éconduire promptement.

Est-ce pour avoir fait lever les filets de Saint-CIoud, la veille de ce jour désigné par lui pour un jour digne de son cœur, où il espérait enfin se baigner dans le sang des patriotes, n'ayant pu avoir cette jouissance de tout celui qu'il av^it fait couler dans les différents coins de Tempire?

Ebt-ce pour avoir soudoyé un grand nombre de brigands qu'il avait toujours à ses ordres et qui marchèrent constamment en avant de la troupe, depuis rUôtel-de- Ville jusqu'au Champ-de-Mars, se retournant de temps en temps pour crier : En bas la garde TMlionale !y ei qui, arrivés au Ghamp-de- Mars, montèrent promptement sur les glacis et lui jetèrent quelques pierres? J'observe que ce ne fut pas sur eux que Ton tira alors.

Est-ce pour avoir fait entrer au Champ-de-Mars la troupe au pas de charge et en avant du drapeau rouge et des municipaux, Tavoir aussitôt fait ranger en bataille, les canons au centre de chaque détachement, et avoir fait trois décharges consécutives?

Est-ce pour avoir violé toutes les formalités reconnues indispensables pour mitiger la férocité de cette loi de sang, qui ne dut son origine qu'à un crime et qui ne fut censée faite que contre les brigands, mais qui ne fut encore exécutée que contre les patriotes?

Est-ce pour, après ces trois décharges faites avant que le drapeau rouge eût paru, avoir donné Tordre de sortir des rangs pour massacrer à coups de sabres, de fusils et de baïonnettes hommes, femmes et;enfants qui fuyaient et dont le nombre des victimes, très considérable, ne sera jamais connu?

Est-ce pour, après cet horrible carnage, avoir fait laver le visage des morts, afin de reconnaître si les tètes proscrites étaient du nombre, les avoir ensuite fait dépouiller et jeter à la rivière, en en laissant seulement onze sur la place ?

Est-ce pour avoir mis et retenu à T^bbaye quarante-quatre jours Dejou, sergent-major des canonniers, pour n'avoir pas voulu transmettre Tordre de faire feu sur les citoyens, et ensuite l'avoir renvoyé comme mauvais sujet? E5t-ce pour, à la suite de ces actions infâmes, avoir fait arrêter, en tyran affamé de carnage, tous les hommes qui lui déplaisaient et qui avaient échappé ou ne s'étaient pas trouvés au Champ-de-Mars?

Est-ce pour avoir fait décréter de prise de corps tous les hommes courageux dont l'existence nuisait à ses vues ambitieuses?

Est-ce pour avoir préparé à la garde nationale d'éternels regrets, en la faisant servir d'instrument à tant de cruautés ?

Est-ce pour avoir soudoyé un nombre infini de faux témoins pour déposer contre les patriotes qu'il avait fait arrêter ou décréter par le tribunal de l'Abbaye, mais contre aucun desquels il ne se trouva aucune preuve des prétendus délits dont l'accusateur les avait chargés?

Est-ce pour avoir employé des moyens aussi cruels afin de détourner l'attention du peuple de l'affreuse mutilation que l'on faisait à la constitution? Est-ce pour avoir, après tant de crimes, demandé que l'xVssemblée décrétât une amnistie pour tous les crimes relatifs à la Révolution? On pense bien que ce ne fut que pour se sauver, ainsi que ses complices.

662 APPENDIGK

Est-ce pour être venu, le lehdeniam, avec le maire, recevoir du président de l'Assemblée le juste tribut d'éloges qu'ils méritaient pour d'aussi belles actions?

Est-ce pour...

Signe : Dunouy, ingénieur (1) ; Hkron, citoyen français ; Garin, électeur de 1789; FouRNiER, l'Afnèricain^ vainqueurde la Bastille et électeur de Paris.

^Suivent des milliers de sigilatures (2).] Dans cette série interminable de questions accusatrices, accumulant sur la seule tôte de La Fayette, avec plus d'art que de bodne foi, la plupart des responsabilités encourues au coui*s de ces événements tragiques tant par les meneurs des manifestants que parla majorité de l'Assemblée nationale, l'administration du département, le Corps municipal, les compagnies de la garde nationale, il est malaifeé de discerner ce qui peut être vrai de ce qui est certaineihent taui, excessif ou mensonger. La brochure de Dùaouv et de ses ico-signalaires sert au moins à faire comprendre l'état d'esprit où étaient restés les groupes faisant alors profession de républicanisme après le coup de force au moyen duquel les Constituants avaient cru Cbnsolider le régime de la monarchie constitutionnelle qui leur était cher.

(1) Le nom est imprimé par erreur Duxony dans le document original.

(2) Cette menUon, aiusi libellée, figure au bas du document original.

Al'I'tlNDtCB M3

La journée du 17 juillet, d'après Sergent.

Bkrgeivt fA.ntL)ine-Frani;uiî5), ilt^îistiiateur, membm du Cluh dea nQrd<;Herâ, fut, après le 10 anùl imiy membre du Coiiseil iiçyiiéral rt^voluLioimaipc de la Com m u nt% offi ci or municipal, administrateur ;tu Déparlement de la politjfi et député à la Coûvciitiati nationale pui" le drparLement da Viirl^ en soptombre 1792.

[\ a laissé sur la joufnt.'e duil juillet ni)! des souvenirs persoû* neb, que la lievue rêirospective {!" série» t. Y) a publièîi eu lâ34 et qui, d'après la notice qui en préeèdu Tinsertion, paraissent avoir été FL^ligés à eetlc époque, ei ttmt trxprès. Il a paru nécessaire de les reproduire ici, à raison de Ittur précision sur certains points ImpûP'. tauLs.

JùHrnt'ç dit il juillet (79 i,

La Société réunie aux Jatobîns vota une adrets se pour solliciter cette dédiéance (1). Mai;^ elle fut supprimée. Je Tus un des quatre rédacteurs j je fus cliiir^^é de la faire iuq)rinier et je la vis, avant !e il, mise nu pilon (2),

Le Chih des Gordeliers eut la même iule ti Lion et persista; et, le iop des di^fuilés qu'il envoya il la Maison co min une déclarèrent que le Club devait présenter, sur )*autel Je la patrie, a la si jlj: nature libre du tous le» citoyens^ une pétition a TAsseniblée constituanle sur la déchéance; qu'il avait clioisi pour cela le dimanche f7, à cinq beures du soir, protestant que toutes tel mesures seraient pri>es pour que tous les citoyens qui entrorûient îi celte lieuriï dans le Ctiamp-de-Mai^s s'y réunissent paisiblement et sans armej^ : telles étaient les expressions de la loi qui aiitonsoit les rassemblements qui s'opért^raient après la déclaration â la Municipalité. Les députés ilu Club rapportèrent l'acte léf^al d»: Tautorisation (S). Osera-l-on dire que ce sont des JfaeLîetix, ceux qui obéissent ainsi à la loi et qui n'ai^issent que sou» sa protection?

(ij Pétition rudigi'e du \:\ au Itî Judlct. (VoîrTonu^ V, p. ÛBt-3&4,) (2} Suiipiessiou niotivAt! par le drrrel du ili juiflt)t. (Voir Tome V. p. 4Je.) Vi) HécèpissÉ du âubstitu^aJjuial du procureur de la Comuiuaej da J6 Juilk^L (Voir Tom*; \\ p, ÙU.)

Le 16, samedi, des députés de plusieurs sections de Paris se rendirent à l'Assemblée constituante, pour lui présenter une pétition sur la déchéance •* ils prièrent Pétion^ Grégoire et Robespierre de leur obtenir ladmission a la barre (1). Charles LAHKia, qui présidait l'Assemblée, ayant jeté les yeux sur leur pétition, chargea ses collègues de répondre aux pétitionnaires qu'il ne pouvait les recevoir, parce qu'on discutait une question importante, mais qu'il allait les faire inscrire au bureau pour le lendemain,' dimanche matin (2). Les députés se retirèrent; et on ne les revit plus, même le dimanche.

11 ne reste donc plus que la pétition des Cordel^ers dont nous devions nous occuper. Elle était dictée par Topinion républicaine: car on n'y parlait pas du remplacement constitutionnel; au contraire, on y faisait valoir avec quel calme le gouvernement provisoire faisait exécuter les lois dans le royaume.

Reqnauld (de Saint-Jçan d'Angély), député, rédigeait un petit feuilleton qui se vendait avec le journal du soir intitulé : le Postillon, par Calais {3|, et le peuple avait donné au feuilleton le sobriquet de queue du Postillon, Calais était le nom d'une dame imprimeur avec laquelle j'étais lié, et je savais d'elle le nom du rédacteur du feuilleton, que la liste civile payait.

Ici va se développer l'odieuse intrigue d'une faction.

Regnauld, dans le feuilleton du samedi 16, annonça que des pétitionnaires insolents se sont présentés, ordonnant, au nom du peuple souverain, à l'Assemblée de déclarer Louis XVI déchu du trône; et il ajouta la réponse énergique et digne du président, qui leur ordonna de sortir de l'Assemblée. C'est un député, assistant à la séance, qui fait imprimer ce mensonge (4)!

(1) C'est évidemment à ce môme incident que se rapporte le récit de Pêtion dans une Lettre à ses commettants sur les circonstances actuelles^ du îl juillet 1791, signée : Pétiiion, insérée au Journal des débats de la Société des Amis de la constitution (u« 35, non daté, mais qui correspond au lundi {" août 1791) : « Je dirai, puisque l'occasion s'en présente, que, une seule fois dans cette affaire, un rapport s'est établi entre les citoyens réunis le 15, au Champ-de- Mars, et moi. Ces citoyens avaient dressé une pétition pour l'Assemblée nationale; des commissaires en étaient porteurs: ils étaient chargés de parler à ceux qui s'étaient élevés contre le projet des Comités, à MM. Grégoire, Robespierre, Prieur et moi, pour être leurs organes auprès de l'Assemblée et négocier leur entrée à la barre. M. RonESPiERRE et moi sortîmes de la salle pour écouter ces commissaires; et nous leur dîmes que cette pétition était inutile, que le décret venait d'être porté à l'instant. Ils nous demandèrent un mot pour constater qu'ils avaient rempli leur mission. » Le même fait est relaté dans V Adresse de Maximilien Robespierre aux Français, 49 p. in 8, du commencement d'août 1791.

(2) Les détails ci-dessus semblent mieux se rapporter à la pétition du 15 juillet. (Voir Tome V, p. 387.)

(3) Le Postillon^ journal quotidien, in 8, de février 1790 au 4 octobre 1791, fondé par Calais (Jean), continué par sa fille, la dame Fontrodge. Chaque numéro est suivi d'un bulletin, intitulé: Observations, — M. Maurice Tournecx (Bibliographie j t. II, p. 789, aux Additions) constate, en effet, que les Observations jointes au Postillon étaient rédigées par Regnaud (de Saint-Jean d'Angély).

(4) Les Observations du supplément, non daté, faisant suite au no 510 du Pas* tillon, contenant le compte rendu de la séauce de l'Assemblée nationale du 16 juillet, commencent ainsi ; « Les colporteurs criaient hier dans Paris la pétition des citoyens et citoyennes, avec une réponse attribuée au président de

J*ai dit que Charles Lameth avait remis au lendemain les pétitionnaires et qu'il avait lu leur pétition. Deux jours après Tévénement du 17, j'écrivis à H. Charles Lameth, pour lui demander s'il avait fait à des pétitionnaires, le samedi, la réponse imprimée dans le feuilleton qui était joint à ma lettre. J'ai perdu sa réponse. Mais j'affirme qu'elle était, à l'expression littérale près, ainsi conçue: ce II ne se rappelait pas s*il avait admis les pétitionnaires; mais il m'assurait que, si leur adresse contenait les phrases outra-^ géantes citées dans le feuilleton, il ne désavouait pas la réponse qu'on lui prêtait. »

A la séance du soir, le député Regnauld parla des troubles qui s'annonçaient pour le lendemain, et il demanda qu'on ordonnât à la Municipalité la proclamation de la loi martiale contre les séditieux. Le décret fut rendu (1). Pendant ce temps, à Timprimerie de madame Calais, on avait, par ordre, et en la payant, quadruplé le nombre ordina,ire d'exemplaires du feuilleton ; elle avait chargé ses colporteurs d'en faire gratis la distribution dans tous les corps de-garde de la garde nationale. Elle en envoya des copies pour les 82 antres départements au secrétariat de la Mairie, pour y être expé- *diées sous le sceau du maire. J'ai eu cette déclaration, signée par la dame Calais: c'était son nom de fille, et non celui de son mari, avec qui elle ne vivait plus. Voilà déjà la garde nationale provoquée à l'exaspération, dès le samedi, contre des factieux, et on sait aussi qu'une pétition devra être signée, le lendemain, au Champ-de-Mars ; ce sera celle qu'a déjà repoussée le président.

Voilà les 82 départements prévenus par l'imprimé.

Arrivant à la journée du dimanche 17, il insiste, après les détails connus, sur Tenvoi des trois commissaires du Corps municipal au Champ-de-Mars et surtout sur la contradiction flagrante qui existe entre leur rapport et la décision prise par le Corps municipal de recourir à la loi martiale :

A leur retour, ils trouvèrent le maire descendu dans la Grève avec le Corps municipal, le drapeau rouge déployé, et toute la garde se disposant à marcher. Sur l'observation qu'ils firent qu'on devait attendre leur rapport, Bailly, dupe de la faction dont j\Li parlé, eut l'imprudence malheureuse, qui a rendu son sort cruel, de répondre : « Le vin est tiré : il faut le boire. » Et il eut trop de témoins de cet oubli de sa dignité.

Cependant, les trois commissaires firent rentrer le Corps municipal au Conseil général, où ils déclarèrent que tout était paisible dans le Champde-Mars.

rAssemblée nationale. Nous n*en certifions pas rauthenticité. Mais nos lecteurs ne seront pas fâchés d'en avoir une idée. » Puis vient le texte de la Réponse, mais de la réponse seulement. De sorte que, par suite d'un artifice de rédaction équivoque, le doute émis sur rauthenticité ne porte que sur la Réponse et non sur la Pétition elle-même, qui apparaît ainsi comme véridique. Le p«rocédé est d'un perfidie parfaitement caractérisée, Regnaud, député, sachant mieux que personne que Pétition et Réponse étaient, l'une aussi bien que l'autre, dénuées de toute authenticité. On a pu lire précédemment des extraits de la prétendue Pétition et de la prétendue Réponse. (Voir Tome V, p. 397 et 398.) (1) Décret du 17 juillet, matin. (Voir Tome V, p. 4i3.)

M. Baillt opposa à cette déclaration les ordres du président de TAsseiablée nationale, Charles Lahetu (I).

Les trois commissaires protestèrent contre la détermination de la Municipalité. Hardy et Reonault écrivirent sur les registres leur proteslation et la signèrent (2). Lkroux seul s'y refusa, quoique ayant approuvé le rapport.

II fait remarquer que « jamais le maire, iaterpellé à rAssemblée, ne donna Tétat des morts »; il signale les o^dres d'arrestation lancés contre Danton, Camille Desmoclins, Fréron, Brdne, Fabre (d'Églantine) et SaNterre, et il ajoute :

A propos des citoyens fde la section] du Théâtre -français, je dois révéler la faction^ auteur de cet événement.

J'étais à neuf heures chez Danton, où Je trouvai ceux que je viens de nommer, plus Duplain, libraire voisin, et MoMoao, imprimeur. On s'occupait de Tassassinat des deux invalides; on cherchait à expliquer le but du feuilleton du Postillon, lorsque le boucher Legrndre arriva fort empressé et dit à cette société que deux personnes (qu'il nomma, mais je ne me rappelle que le nommé Lefèvre, homme dévoué aux Lameth, à Duport, Barnave et autres députés) s'étaient rendues chez lui et lui avaient dit : » Nous sommes chargés de vous prévenir d aller hors de Paris, aujourd*hui, diner à la campagne; emmenez Danton, Camille et Fréron ; qu*on ne les voie pas de la journée à la ville. C'est Alexandre Lambth qui vous y engage. » En effet, ils crurent devoir s'éloigner et voulurent que je fusse de leur partie. Mais je restai, pour veiller à la tranquillité de l'arrondissement que je présidais (3;. MoMORo et d'autres, au nombre de six ou huit, je crois me rappeler, furent arrêtés, conduits à la Conciergerie; une section du Chàtelet dut les juger. On les amena à l'audience avec les menottes, ce qui indigna les assistants. Je rédijuieai sur-le-champ une pétition au tribunal, et M. le conseiller MuTEL, qui faisait le rapport de cette affaire, fit faire droit à ma pétition et fit descendre du banc des accusés les gendarmes (4). Tous furent acquittés et mis eh liberté.

Quel résultat voulait obtenir la faction des députés? Le rejet de la déchéance et la revision de l'acte constitutionnel, dont les principes furent altérés.

Dans deux séances dii Club électoral, j'eus jlieu de rendre compte de cet événement, comme je le fais Ici, et je produisis toutes les pièces pro-

(1) Ordres formulés dans un discours du 16 juillet et dans une lettre du 17. (Voir Tome V, p. 365, 402 et 413.)

(2) Aucune protestation, mAme pas la protestation indirecte résultant du rapport, ne figure au procès-verbal du Corps municipal, du 17 juillet. (Voir Tome V, p. 405-406 et 4Î9.)

(3) StiiàENT était alors président du comité de la section du Théâtre- français,

(4) Il ne peut s'agir d'une « section du Châlelet ». D'une part, le Chàtelet n'existait plus eu tant que juridiction. D'autre part, le tribunal de la nouvelle organisation qui siégeait dans l'ancien bâtiment du Châtclct était celui du lîl» arrondissement du département de Paris, alors que Mutel, anciiîU conseiller au Chàtelet, était juge du tribunal «lu VI« arrondissement, siégeant à l'abbaye Saint- (iermaiu-des-Prés et dé>igué pour counaltre de l'afl'aire du Champ-de-Mars par les décrets du 23 juillet et du 8 août. (Voir Tomes 11, p. 260, et V, p. 48i et 484.)

At^PENDÎGE 6B7

banies (i). Je ne fus contredit par personne, quoique le Club de la Sainle-Chapelie eût e'i intérêt à me démentir, si je n eusse pas été si bien établi dans le cercle de la vérité.

Signé : Sergent-Marceau (2).

(1) SsROENT, électeur de la section du Théâtre-français, faisait partie du Club électoral de rÉvéché, en opposition avec la réunion des électeurs modérés, dite Club de la Sainte-Chapelie.

(2) Ayant épousé la sœur du général Mahckau, Sergent jugea bon d*ajouter k son propre nom celui de son illustre beau-frère.

Arrestation de Rotonde le 17 juillet.

(Septembre 1791.)

On a eu, à différentes reprises, Toccasion de parler d'un personnage mal connu, qui joua dans la Révolution un rôle d'agitateur difficile à classer et qui s'appelait Rotondo (Jean-Baptiste), professeur de langues étrangères (<).

Nous croyons utile de signaler ici, d'après le dernier volume de la Bibliographie de M. Tourneux (2), un imprimé émané de cet homme mystérieux et tenace, qui raconte la façon dont il fut arrêté, arbitrairement selon lui, au cours de la journée du \1 juillet.

Cet imprimé est intitulé: Adresse du professeur Rottondo à tous les citoyens français, amis de la liberté (3). il paraît avoir été publié à la fin d'août ou en septembre 1791. En voici le début:

Français! C'est un martyr de la liberté, c'est un homme traîné de cachots en cachots à cause de son patriotisme, c'est le professeur Rottondo...

Immédiatement, il apprend aux lecteurs qu'il a été choisi, de préférence sur plusieurs concurrents, pour être professeur de langues anglaise, italienne et latine, à la Société nationale des jeunes Français, établie^ sous les auspices du Directoire et de la Municipalité de Paris, au ci-devant prieuré de Saint-Martin-des-champs (4).

Après avoir longuement insisté sur ses démêlés violents avec les

(1) Voir 2« série, Tomes I, p. 63S, 634, 637, et II, 293, 804-806 (additioM%

(2) Bibliographie de C histoire de Paris pendant la Hévolulion, par M. Tourneux (t. IV, n» 23152).

(3) Imp. 7 p. in-8. signé, non daté (Bib. oat,, Ln 27/17889).

(4) II s'agit de Técole foudée par Boui^don de La Crosnière (Louis-Jean- Joseph-Léonard), recommandée par la Société des Amis de la constitution, le 7 octobre 1791, et dont la Chronique de Paria (n» ^xi 4 décembre 1791) annonce l'ouverture du 15 décembre au lc«" janvier 1792, une réumon préparatoire devant avoir lieu le 8 décembre aux ci-devant Jacobins. (Vt»ir 1« ^érie, Tomes IV, p. 647- 618yet V,p. 742 (addition).

mouchards de La Fayette (dont il donne les noms), il rapporte que, ayant été accusé d'avoir mal parlé des ministres et de la reine, il fut traduit devant le tribunal des Dix (1), où il fut jugé au milieu des acclamations d'un peuple immense ; son arrestation est déclarée nulle, injurieuse et vexatoire (2).

Puis, il ajoute :

Les monstres, dont les projets sont encore déjoués, tentent de. nouveau de m'assassiner au commencement du mois de juillet : je demeurais alors rue Contrescarpe, vis-à-vis de la poste aux chevaux (3). Cinq d'entre eux se rendent chez moi; et, sans les postillons qui accoururent à mon secours, j'aurais sans doute perdu la vie.

Enfin, le jour à jamais affreux, le jour exécrable où l'on a souillé Tautel de la liberté du sang du peuple, qui ne devait être répandu que pour elle, ce jour a manqué d*être le dernier de ma vie. Je revenais d*une assemblée où j*avais passé deux heures avec le commandant Santerre et un grand nombre d*excellents citoyens, qui tous ont attesté ce fait. Je suis arrêté sur le pont Neuf, par un nommé Duru, simple soldat du bataillon d'Henri IV et aujourd'hui adjudant de ce même bataillon, grade qui est vraisemblablement le prix de son lâche assassinat. Il s'écrie : <r Rottondo a tiré, il y a environ une demi-heure, un coup de pistolet sur le général, au Champ-de- Mars! » Cependant, il est prouvé que je n*y avais pas mis les pieds ce jourlà (i). Néanmoins, je suis aussitôt enveloppé, sabré et traîné, mourant, dans le coips-de-garde, où un malheur plus grand m*attendait encore, puisque j'y trouvai ëtiennk et consorts, mes assassins de la rue Groix-des-Petits- Champs (5). J'avais presque perdu tout mon sang; et, qui le croira? mes bourreaux délibéraient entre eux pour savoir s'ils me pendraient ou s'ils m'achèveraient à coup de baïonnettes. Mais ils ne furent scélérats qu'à demi; peut-être espéraient-ils que j*expirerais des suites de mes blessures. Ils me firent panser pourtant, pour me conduire à la Mairie, d'où je fus amené à l'Abbaye [Saint-Germain-des-prés], sans avoir été interrogé. Après uoe détention de plusieurs semaines (6), je suis sorti de ma prison, sans

(1) Le Tribunal criminel provisoire, créé par décret du !•' décembre 1190, avait été installé le 9 décembre. (Voir Tome I, p. 35i et 487.)

(2) RoTONDo fut jugé et acquitté le 19 janvier 1791. (Voir Tome I, p. e33.)

(3) La poste aux chevaux était située rue Contrescarpe-Saint- André, devenue rue Mazet. (Voir ci-dessous, p. 679, addition à la p. 131 du Tome V.)

(4) A Tafflrmalion de Hotondo, on peut opposer un procès-verbal du commissaire de police de la section de TObservatoire, en date du 22 juillet, constatant qu'il avait reçu une dénonciation contre l'abbé Malfrang, dit ^Iassoulaud, l'un des signataires de la pétition signée au Cbamp-de-Mars et portée à l'Assemblée nationale, qui se trouvait à la tête de ladéputation avec le sieur Rotondo, pièce manusc. (Arch. de la Préfecture de police). De même, i>e Fkrrières écrit dans ses Mémoirefi (t. II, p. 459) : « Les Orléanistes et les Jacobins prirent le parti de se rendre directement au Champ-de-Mars. II était trois heures après midi lorsqu'ils y arrivèrent. Danton lut la prétendue {jétition du [leuple français. Camille Desmoulins et Rotondo, placés sur l'autel de la patrie, haranguèrent le peuple. »

(o) Le 28 novembre 1790. (Voir Tome I, p. 63t.)

(6) Les plusieurs semaines se réduisent, en réalité, à deux, du 17 juillet au

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